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Chine des minorités, les Miaos

De nos jours comme autrefois, des Etats centralisateurs combattent les velléités d’indépendance de populations qui refusent toute assimilation. Cela dure jusqu’à ce que l’apport de ces minorités au plan culturel ou économique soit reconnu en même temps que ces minorités s’assimilent. Finis alors les combats, tout le monde est gagnant.

 

Je résume ici l’histoire des Miaos de Chine écrite pendant et après un voyage sur place, dans les montagnes. Voici :

 

Chez les MIAOS

Lorsque l’avion se pose à KUNMING, capitale du YUNNAN, jolie ville à 1900 m d’altitude, au Sud Est de la Chine, et que l’on visite son musée des minorités, avec une magnificence de présentation de leurs costumes, on n’imagine encore pas encore la richesse de cette diversité que le mini car va nous faire découvrir étape par étape, jusqu’au GHIZOU, un peu plus à l’Ouest encore et au Sud encore de la grande CHINE.

Certes l’ethnie HAN est dominante, - ils sont les chinois à 92%, mais dès qu’on quitte les villes, pour une escapade dans des montagnes peu accessibles, on s’émerveille devant la diversité des minorités rencontrées, leur labeur, leur « solidité », eux qui furent chassés dans ces zones difficiles à cultiver il y a des siècles.

Le GHIZOU, avec son relief karstique, très tourmenté, avec des grottes, des rivières souterraines à profusion, offrait un refuge particulièrement sûr. Il abrite le plus grand peuplement MIAO du monde 4 millions sur 9 en tout.

Peuple sans écriture, utilisant le chant, l’objet, le récit, pour communiquer et transmettre sa culture de génération en génération, peuple fier et gai, dur au labeur, spécialiste de la forge qui leur fournit tant d’outils et d’armes, ils ont résisté de manière extraordinaire aux expéditions de marchands d’esclaves, puis à toutes les tentatives d’intégration aux Han. Plus récemment, ils sont restés imperméables aux nouvelles croyances que leur proposaient des missionnaires catholiques ou protestants.

En langage populaire chinois, Miao veut dire indocile, têtu, mystérieux. Ils se disent venus du Nord, loin vers l’Himalaya et le Tibet.

Les empereurs Ming pour les réduire construisirent de 1573 à 1630 une muraille tout au long d’une frontière nouvelle entre le Yunnan et le Guizhou, une manière de les séparer en deux groupes. A peine terminée, une révolte miao partie en même temps des deux côtés de la muraille la rasa entièrement. Et on ne la refit pas. Les empereurs déportaient des populations han de peuplement dans ces régions dès le 14 ème siècle, mais les coins reculés des montagnes ne pouvaient faire vivre que des peuples très adaptés à la résistance et à la survie difficile : les miaos ! Les colons et les missionnaires qui suivirent Christophe COLOMB en Amérique réussiront mieux que les han l’anéantissement de la culture indienne refoulée dans le far west, puis dans des colonies zoos. Les massacres furent souvent la solution des colons.

Les Quing, une dynastie étrangère mandchoue, tentent de dompter les Miaos entre 1644 et 1911 par une occupation militaire. Ceux-ci se révoltent, prennent ZHENYUAN, HUANJING, KAILI. Finalement vaincus, déportés, punis nombreux de mort, ils relancent aussitôt une autre révolte encore plus vaste qui couvre le Guizou, le Hunnan, le Sichuan. Vaincus à nouveau ils recommencent encore plus fort en 1860. Ils ont perdu les 9/10 ème de leur population mais résistent toujours, certains se sont enfuis et installés au Laos, au Vietnam, où on les appelle Méo. Mais ils sont encore nombreux à rester, 4 millions aujourd’hui. Ils ne s’assimilent pas, ne se rendent pas, ils se déplacent toujours plus loin dans les montagnes, qu’ils sculptent en terrasses pour les cultiver lopin par lopin. Ils ne reconnaissent pas le gouvernement chinois.

1934 : la longue marche de MAO et de son armée rouge entre à LIPING à son centième jour. Les Miaos alors en guerre contre les troupes de Tchang Kaï Chek s’allient naturellement à lui. Mao Tsé Tung est un enfant du Hunan, lettré, conquis par les théories de Rousseau, Montesquieu, Adam Smith. Révolutionnaire, re distributeur de terres, il plaît aux Miaos indomptables. D’où un début d’intégration.

De 1952 à 1958, après le triomphe de MAO, un statut d’autonomie est accordé à toutes les minorités ethniques de Chine dans tous les territoires où leur nombre dépasse 30% de la population. Administration locale mixte, représentation des minorités dans les instances nationales, garantie de l’enseignement de la langue minoritaire, autorisation de porter le costume traditionnel (les Miaos se sont toujours passés de l’autorisation)….400 groupes ethniques sont recensés, 56 nationalités reconnues, plus des 2/3 sont dans cette région de CHINE du Sud. A côté de villages miaos, majoritaires, on trouve des BUYI (langue parlée de la famille taï kadaï, 2 840 000), des Dongs (1 600 000), Gelao (494 000), des Shui (370 000), les Tujia (1 180 000), les Yi 812 000 de la famille tibéto birmane, les Hui, musulmans chinois.

En 1966 les Miaos doivent à nouveau résister à la trop normalisatrice à leurs yeux Révolution culturelle. Certains s’enfuient jusqu’en Thaîlande. Les autres résistent sur place. Victorieusement.

En 1984, c’est le retour à l’autonomie régionale. 

 

Les HAN n’ont droit qu’à un enfant, les minorités en ont autant qu’ils veulent.

 

Les Miaos ont conservé leur culture, ils ne s’assimilent pas, continuent à vivre de manière ancestrale dans leurs zones déshéritées :

« Des jours, il n’y en a pas 3 avec du soleil, de la terre, il n’y en a pas 3 arpents de plate, des gens il n’y en a pas 3 avec de l’argent » disent les habitants du GHIZOU.

Les Miaos ont conservé leur calendrier lunaire qui fixe toutes les grandes dates : nouvel an, foires, célébration des morts, semailles, moissons, au gré des cycles de lunaisons. Le nouvel an se place à la fin de l’été, aux récoltes. Le 1er jour, chaque maître de maison convie ses ancêtres l’un après l’autre à un repas de riz et de porc. Les festivités, avec beaucoup de danse (les Miaos sont un peuple de danseurs), sont accompagnées du son des lusheng qui sont des orgue de bouche en bambou, une plante vénérée, voici pourquoi :

Au second siècle avant Jésus Christ la légende du Roi Bambou a été inscrite précisément sur une stèle qu’on déchiffre toujours au village de HELI. « Tandis qu’une jeune fille se baignait dans la rivière, sa jambe heurta une grosse tige de bambou à trois nœuds qui flottait sur l’eau. Comme elle allait la jeter au loin, elle entendit un cri sourd venir de l’intérieur. Curieuse, elle fendit la tige de sa machette et eut la surprise d’y découvrir un petit garçon qu’elle ramena à la maison pour raconter l’événement, qu’elle adopta avec l’accord de ses parents, et éleva seule. L’enfant était très doué, un vrai prodige, au point qu’adulte il fut acclamé le Roi BAMBOU. »

Le lusheng, orgue de bouche de tailles diverses est joué en orchestre en toute occasion festive. Par exemple pour accueillir des étrangers à la porte du village : Un chant accompagne la musique : « Arrêtez vous au village/Mais avant d’entrer buvons ensemble/Je ne sais pas d’où vous venez/Mais votre sourire me dit que vous êtes mes amis/Je ne sais pas quel vent vous a amenés chez nous/Aujourd’hui n’était pas un jour de fête/Mais puisque vous êtes arrivé nous ferons la fête/. » Les jeunes filles Miaos offrent à boire dans des cornes de bufle sculptées et peintes, il faut accepter bien sûr, celui qui a accepté de plusieurs jeunes filles de vider la corne est marqué par les mains de ces généreuses garde barrière à la peinture végétale bleue, soigneusement dessinée sur le visage.

 

Le lusheng accompagne aussi les accordailles : il les conduit même. Aux dates prévues (telle lune, tel jour) plusieurs villages se réunissent régulièrement autour d’une aire aménagée pour les danseurs. Ces fêtes de rassemblement permettent de respecter un tabou : l’interdiction d’épouser dans son clan. Les filles en grande tenue font la ronde avec un porte bébé finement brodé et vide sur le dos : elles sont disponibles. La qualité de la broderie comme du costume donne une indication sur ses talents de future maîtresse de maison. Les garçons jouent de manière acrobatique avec leur lusheng (roulades, sauts, pirouettes). Des danses mixtes suivent, de contact parfois rude, de poursuites et de refus jusqu’à ce qu’un garçon et une fille se soient compris : un foulard est alors noué sur le lusheng, à l’initiative de la jeune fille qui choisit, puis une ceinture très longue entoure le garçon, tenue par le jeune fille qui peu à peu l’enroule et le ramène vers lui. Jeu, spectacle, qui dure et se prolonge par des séparations, des défis à distance, les filles et les garçons se retrouvant entre eux. Les spectateurs commentent et festoient.

 

Le mariage est une plus grande fête encore.

Le bébé ne reçoit son nom qu’à l’âge d’un mois, un baptême ancestral partout en Chine la présente au groupe, évoque sa lignée, ses ancêtres, puis on festoie.

 

Toutes ces fêtes sont mises en place par le Conseil des anciens, des bénévoles qui dirigent le groupe et préparent tout ce qui rassemble périodiquement les clans.

 

Au solstice d’hiver, le tambour remplace le lusheng dont il est le contrepoint rythmique. Il a deux faces : un, yin (féminin), un yang (masculin).

Les tambours sont le réceptacle de l’esprit des ancêtres. Le passage de l’automne à l’hiver est l’occasion de les sortir de leur remise avec des rites (offrandes). Ils sont les totems fédérateurs du clan, leur voix met le souvenir des ancêtres au premier plan. Une ronde au son des tambours soude le groupe.

 

Il y a aussi la fête du buffle, un animal qui vaut de l’or dans ces pays pauvres, parfois possédé collectivement il est aussi un élément fédérateur, symbole de force et de prodigalité. Les filles de villages miaos (les miaos verts par exemple) attachent une paire de cornes sur leur tête et l’intègrent à leur coiffure.

Au son du tambour – voix des ancêtres, on sacrifie un buffle dans de grands moments fixés par le conseil des anciens (tous les 13, 16, 30 ou 60 ans suivant les villages) avant que des chants énumèrent les tabous et les lois régissant la société Miao, retraçant l’histoire de sa migration.

Le buffle symbolise l’énergie du yang. Pour mettre cette force en valeur on organise des combats de buffles parés, mais ils se battent librement, et on les sépare au lasso si le jeu devient dangereux pour eux. Pas de toréador, on n’excite pas les buffles.

Ensuite on fête les combattants.

 

La saison des morts est l’hiver. Le culte des ancêtres est fondamental. Le Miao, chassé, errant, a parfois tout perdu, sauf ses ancêtres. Il n’est jamais orphelin.

 

Dans chaque maison les cercueils sont prêts des années à l’avance. La mort n’est pas chez les miaos une fin, mais le début de retrouvailles des aïeux, car on devient à son tour ancêtre. Au moment du décès se dissocient trois personnalité dans une : une qui s’en va se réincarner, une seconde qui accompagne le corps dans la tombe, une troisième qui reste à la maison sur l’autel des ancêtres.

Les obsèques durent plusieurs jours, les cortèges arrivent parfois de loin et signalent leur arrivée par un chapelet de pétards. Le géomancien a déterminé le bon emplacement pour la tombe. On sacrifiera un cochon.

On reviendra là à tout moment important et on signalera la visite par une bannière de papier blanc accrochée à un petit mât. Chaque visite sera l’occasion d’un pique nique, repas de partage des vivants et des morts : on sacrifiera un poulet.

 

Les images nous emmènent à GUYANG, KAILI, avec le contraste entre la ville peuplée essentiellement de Han et les villages miaos. Un beau site touristique, HUANGOSHU, les chutes magnifiques de la rivière qui s’appelait autrefois BAISHUI (la rivière blanche). Nous sommes en pays MIAO colonisé par les Han, très sympathiques aussi. Nous avons rencontré là un groupe MIAO habillé comme en 2008 aux JO de PEKIN : les Miaos sont les meilleurs pour la danse…. Et l’un d’eux nous a accompagnés et introduits pour un accueil dans leur village : notre minibus était notre autonomie dans un programme souple.

 


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5 réactions à cet article    


  • popov 31 mars 10:14

    @C BARRATIER

    Reportage intéressant.

    J’ai travaillé quelque temps en Chine (côte est), mais je n’avais jamais entend parler des Miaos.


    • jef88 jef88 31 mars 10:27
      Chine des minorités, les Miaos

      France des majorités : les Miaous ....


      • Decouz 31 mars 10:31

        Film en grande partie documentaire : une française peintre malade est recueillie dans un village Miao, très isolé, on peut voir les paysages et les coutumes (sous-titrage anglais) :

        https://www.youtube.com/watch?v=8qketsgK8LE

        lls fabriquent un papier artisanal, il y a des séquences dans le film :

        http://j.poitou.free.fr/pro/html/tkn/miao.html


        •  C BARRATIER C BARRATIER 31 mars 10:54

          @Decouz
          j’ai filmé cette fabrication de papier de très belle qualité. Village pauvre, tenue de travail impeccable, c’est ce qui m’a frappé chez les chinois en général. Les femmes travaillaient toutes à cette production, pour l’une avec son bébé sur le dos(porte bébé répandu en Chine), les pieds dans l’eau, alimentant le four qui préparait le végétal et même à l’extraordinaire marteau pilon actionné par un pied, sans autre force motrice pour le remonter et qui frappait par simple gravité de sa charge sur la pâte à papier.


        • Esprit Critique 31 mars 17:11

          ça faisait un moment que le Tibétain n’amusait plus la galerie, Heureusement il y a le ouighours , c’est le nom chinois pour certain terroriste islamique.

          Sauf que la chine est de fait la première puissance mondiale d’ici 20 ans maxi.

          Et y a des cons aux cuisses douteuses Macron ou Biden qui veulent aller leur faire la morale. Espérons que ça reste une rigolade et pas une guerre mondiale.

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