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Chronique des temps pandémiques

Chronique des temps pandémiques

Pierre espérait pouvoir livrer sa précieuse trouvaille à son commanditaire avant la fin de cette semaine. De quoi vivre et se nourrir une bonne quinzaine avec son précieux butin. Peut-être même qu’il achèterait de la viande, chez son ami Habib, l’épicier mozabite. Moyennant un ou deux billets en plus, il lui préparerait la plus belle des entrecôtes charolaises y ajoutant les épices dont il avait le secret, la crème fraîche et la ciboulette qui accompagneraient les pommes de terre au four.

Le plus lucratif pour Pierre n’était pas le mieux conservé mais le plus rare. Et le client payait cash la commande passée un mois plus tôt. C’était un connaisseur éclairé d’après ce qu’il en avait deviné. C’était sa seconde livraison. Réellement, l’homme était un collectionneur méticuleux que le milieu avait fini par surnommer « le croquemort ». Et un unique sujet le captivait : la pandémie. Trois ans plus tôt, chaque soir vers 19h30, y compris le dimanche, notre fossoyeur se présentait dans son costume bien taillé, le plus souvent gris ou bleu, pour égrainer devant la France entière sa litanie lugubre des chiffres des morts de la COVID-19 des dernières 24 heures, scrupuleusement comptabilisés par les hôpitaux et dans les mouroirs. L’usage du mot EHPAD avait disparu à l’été 2022 quand on avait dépassé les 105 000 décès. Le croque-mort lui, avait disparu des écrans comme il était apparu. Du jour au lendemain. La rumeur disait qu’il avait été mis à l’écart par le pouvoir avant de séjourner longuement en établissement psychiatrique. Pierre s’en foutait pas mal mais il pensait que c’était vrai. La preuve, il n’avait jamais vu le visage du croque-mort parmi tous ceux qui défilaient au Grand Procès de la COVID-19.

La peur avait continué de faire son œuvre tout au long de l’année 2021, lentement destructrice de la société. L’état d’exception était devenu la norme sans que ni le parlement, ni les voix de l’opposition politique n’y soient associées. Le comité de défense sous l’égide d’Emmanuel MACRON avait remplacé le conseil des ministres. Les pansements et les analgésiques sociaux perduraient. À coups de milliards d’euros de dettes supplémentaires, les aides aux entreprises et le chômage partiel avaient été prolongés jusqu’au 31 décembre. À cette date, l’état dénombrait officiellement 5,2 millions de chômeurs en métropole.

Curieusement, le cinquante millième mort de la COVID-19 fut atteint le 17 mars 2021. Un an, jour pour jour après le premier jour du premier confinement. Le pouvoir décida alors de distinguer les décès en hôpital de ceux des mouroirs. Puis, en octobre de la même année, de ne plus donner les chiffres des personnes décédées dans les mouroirs. Il est vrai que la canicule d’août 2021 n’en finissait plus et avait décimé quelques 18 000 séniors en à peine trois semaines. L’engagement présidentiel « Sauvez des vies » « était de plus en plus intenable voire sans issue. Submergés par le double effet de la canicule et de la COVID-19, le corps médical, résigné et épuisé, se condamna à renier son serment d’Hippocrate en triant les patients. Avait-il une autre alternative ? Le système hospitalier s’effondrait devant les caméras des chaînes d’information et surtout sous les yeux ébahis des français qui pleuraient chaque jour par centaine leurs défunts parents. L’armée fut réquisitionnée pour sécuriser les hôpitaux et les cliniques, les entrées des cimetières et les entreprises de pompes funèbres, les services funéraires des mairies et même les églises.

Réélu par défaut en 2022 avec plus 71% d’abstentions, Emmanuel MACRON et ses redevables concentraient toutes les impuissances du pouvoir face à la pandémie et à la crise économique et sociale. Face aussi aux actes terroristes qui n’avaient jamais cessé. À la sortie de l’hiver 2022, le 7ème confinement se profilait. La promesse du vaccin salvateur aussi, mais plus personne n’y croyait, même pas les médecins des plateaux de télévision. Depuis le printemps 2020, les mesures politiques légitimées par les recommandations des scientifiques avaient démontré leur inefficacité. Mais, mais nos technocrates gouvernants persistaient à ne rien modifier.

Diplômé d’un master en informatique, doué, discret mais ultra connecté, Pierre, 26 ans, s’était éloigné peu à peu du réel devenu sans perspective à ses yeux. Ses talents avaient fait de lui un « rapineur » apprécié. Il avait démarré en amateur, pour rendre service, fabriquant et délivrant de parfaits faux ausweis pendant les périodes de confinement.

L’écologie avait parfois du bon. À peine la nuit était-elle tombée que les vitrines et les lampadaires s’éteignaient et que les rues s’assombrissaient, brutalement pour ainsi dire, laissant la place à tous les noctambules épris de liberté. La vie pouvait alors s’épanouir, hors de la vue de l’omniprésente surveillance.

En se postant dans le prolongement du mât d’un poteau électrique, Pierre devint invisible. Il sortit son portable en prenant soin de vérifier que le mode « silence » était activé. Il orienta l’appareil photo à une vingtaine de mètres devant lui, sur le trottoir d’en face où s’élevait un immeuble haussmannien. Un zoom sur la plaque métallique bleue du porche massif à deux battants lui confirma le dessin du numéro de son rendez-vous. 66. Au loin, il devinait le ronronnement des maraudes des drones de surveillance affrétés par la mairie de Paris. Une lumière blanche perça la fenêtre du balcon du deuxième étage de l’immeuble. Elle cessa pendant deux ou trois secondes puis repris, à l’identique à trois reprises. Pierre répondit avec son portable, imitant à s’y méprendre le message de lumière reçu quelques secondes auparavant. L’échange était confirmé et la livraison sécurisée. Pierre se redressa en relevant sa capuche et marcha en direction du porche de l’immeuble. Arrivé à sa hauteur, le battant gauche s’entrouvrit suffisamment pour le laisser s’engouffrer dans le hall sombre. Il progressa de quelques mètres jusqu’à l’entrée de la conciergerie où une enveloppe format A5 était posée à même le sol. Il procéda sans attendre, saisissant l’enveloppe et jetant simultanément son colis dans la boîte aux lettres du concierge. Il avait juste le temps de rentrer, lesté de 4 000 € et excité à l’idée d’encore gagner à son jeu de cache-cache avec les brigades policières de nuit.

L’interminable état d’urgence sanitaire (et terroriste) avait fourni le prétexte légal - à défaut d’être légitime - aux gouvernants pour décréter la réduction des libertés des français, étonnamment dociles. Drôle de pays où un ausweis pour sortir de chez soi était obligatoire tandis que des milliers de migrants clandestins sans aucun papier continuaient d’entrer sans véritable contrôle dans le pays, pour ne plus en ressortir et s’installer.

La peur nourrissait la peur. Est-ce donc pour cela que la vente de livres était interdite ? s’interrogeait Pierre. Ne plus penser et obéir en silence aux injonctions sanitaires de l’état, il s’y refusait de toutes ses forces. Alors que les offices religieux étaient eux aussi proscrits pendant les périodes de confinement, Pierre entrait souvent dans les églises pour réfléchir et pour se ressourcer en bavardant avec les prêtres accueillants.

L’effondrement de l’hôpital durant l’hiver 2020 avait conduit nos gouvernants dans l’impasse mortelle du « sauvez des vies ». La dictature sanitaire s’était subrepticement installée au fil des mois. Le pays plongeait profondément vers la neurasthénie collective. Les fractures s’agrandissaient entre les métropoles régionales et les territoires plus ruraux surtout quand le port du masque fut très fortement recommandé dans la sphère familiale après l’été 2021. Autre sujet de tension, les États-Unis. La réélection très contestée de Donald TRUMP avait conduit la Californie, emmenée par les GAFAM à vouloir sortir de l’union et à proclamer son indépendance. Pierre s’était arrimé à une Amérique fantasmée par la pratique du basket de rue avec ses copains. Il avait complété sa formation en se gavant de cinéma et de séries TV américains. Mais comment s’approcher de son rêve alors que les avions transatlantiques restaient parqués sur le tarmac, sans pouvoir redécoller ? Il tira de son étui fatigué une cigarette de cannabis. Il voulait prolonger les effluves de ses pensées et de ses fantasmes d’Amérique et alluma aussitôt le pétard.

Le « monde d’après » n’était que faux-semblants. Derrière les apparences respectueuses de la légalité imposées par l’hygiénisme étatique tout puissant, la dissimulation et les petits arrangements personnels constituaient l’invisible norme pour survivre. Toutes les injonctions gouvernementales et leur cortège d’interdictions excitaient des milliers de personnes qui basculaient dans le camp de la résistance. Refuser le port du masque, continuer de se réunir pour faire la fête, braver le couvre-feu, organiser dignement l’enterrement d’un proche, fêter Noël en famille ou son quarantième anniversaire avec ses amis, randonner en forêt, se promener sur les plages, voir un film au cinéma, offrir des fleurs ou un jouet, acheter un livre etc. Tous ces banals comportements sociaux désormais prohibés et bien autres encore symbolisaient la résistance, en lutte contre le monde crépusculaire et mensonger auquel l’état nous assignait. « Je n’aime pas vivre en 2022 » clamait souvent Pierre.

Le bruit débridé d’un scooter le fit émerger de son spleen parfumé au shit. Protégé par la noirceur de la nuit, il choisit de finir à pied le chemin jusqu’à chez lui où il rejoindrait ses colocataires. Quelques gouttes de pluie glissèrent sur ses verres de lunettes. Pour se protéger, il ajusta sa casquette à visière surmontée du logo des Los Angeles Lakers et se mit à jogger, irrité à l’idée d’arriver trempé. Il détestait la pluie lourde et grasse des villes. Pressé d’arriver, il gardait un bon rythme de course et en pénétrant dans l’immeuble, il monta par les escaliers jusqu’au palier du 5ème.

Pour « sauver des vies quoi qu’il en coûte », des secteurs économiques entiers avaient été sacrifiés. Fleuristes, salons de coiffure, salles de sports, restaurants, cinémas, librairies etc. Et, la passivité des français facilitait l’exécution de ces mesures d’exception. Aucun Charles de Gaulle ne fit d’appel du 18 juin pour lancer la reconquête du pays, depuis trop longtemps abandonné aux mains des experts et confisqué par les bureaucrates. Les crises sont souvent des moments de vérité. Nombre de français, sous le joug du régime sanitaire antidémocratique, commençait à vouloir faire revivre les trois couleurs : liberté, égalité, fraternité. Qui dans sa cage d’escalier, sans sa rue, dans son entreprise (pour ceux qui travaillaient) s’activait pour hisser au plus haut « les trois couleurs », nom de ce mouvement naissant et appelé à grandir. La révolte était en marche. Et Pierre en était.

Ses colocataires s’étaient absentés de l’appartement. Il ôta sa casquette et s’affala sur le sofa pour souffler quelques minutes. Puis, il ouvrit son sac à dos léger pour en sortir l’enveloppe de billets, récompense de sa trouvaille : Une édition manuscrite, commentée et raturée du roman « La peste » d’Albert CAMUS. Il avait conservé le livre une dizaine de jours, le temps d’organiser et de sécuriser la livraison. Et, il l’avait feuilleté, puis parcouru, déchiffrant quelques lignes puis quelques pages de l’écriture serrée du grand homme. Enfin, il avait plongé dans l’œuvre et avait lu intensément deux fois cette invitation à la réflexion et à la révolte.

« (…) à mesure que les jours passaient, on se mit à craindre que le malheur n’eût véritablement pas de fin et, du même coup, la cessation de l’épidémie devint l’objet de toutes les espérances ». Albert CAMUS. La peste. 1947.

Bertrand RENAULT – 8 novembre 2020.


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2 réactions à cet article    


  • xana 9 novembre 2020 12:05

    Qui s’imagine encore qu’il y aura une fin à la prétendue « pandémie » ?

    C’est beaucoup trop commode. La Terre aux riches, et les pauvres en usine tant qu’on en aura besoin ; ensuite... On gardera sans doute quelques nègres domestiques.


    • SPQR Sono Pazzi Questi Romani SPQR Sono Pazzi Questi Romani 10 novembre 2020 08:01

      Le film Hold-up révèle l’incroyable déroulement d’un machiavélique plan de destruction des êtres humains par les classes dirigeantes .

      A l’heure actuel il y a 7 virus différents qui circulent en Europe et dans le monde .

      Il n’y a pas de deuxième vague mais une épidémie nouvelle puisque le virus à muté et mutera encore .

      Le gouvernement et Macron mentent , mentent, mentent ......

      Macron est le pire criminel de la politique française de tous les temps .

      Attali est tout simplement un salopard, bien informé influenceur vicieux .

      Il souhaite qu’il n’y ait aucune échappatoire , la vaccination et la 5G sont là pour réduire nos libertés et réduire le pouvoir d’agir des humains devenus des esclaves .

      Il va falloir que l’humain actuel montre qu’il est prêt à se sacrifier pour assurer un avenir libre à ses enfants .

      IL N’Y A AUCUNE AUTRE SOLUTION QUE LE COMBAT PHYSIQUE ET CES DESTRUCTIONS

      Aux Armes .. !

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bertie1064


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