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Cinq leçons à tirer des élections israéliennes

Source : Electronic Intifada, 24 mars 2021

Traduit par  Fausto Giudice  pour Tlaxcala, le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique.

Le résultat final des élections générales en Israël ne sera peut-être pas connu avant un jour ou deux, jusqu'à ce que tous les votes aient été comptabilisés. Mais avec 90 % des votes déjà comptabilisés, une image claire est apparue.

Voici les cinq principales leçons qu’on peut tirer de ces élections :

Netanyahu est le seul Premier ministre probable

Benjamin Netanyahou a beau être plongé dans un procès pour de multiples accusations de corruption.

Il a beau avoir entraîné les Israéliens dans quatre élections en deux ans. Et il a beau avoir tenu ses rivaux politiques - et le pays - en otage en refusant de voter un budget.

Mais malgré tout cela, le résultat de ces élections montre sans aucun doute qu'aucun chef de parti n'égale Netanyahou pour gagner la confiance des Israéliens.

Après le dépouillement de la plupart des votes, son parti, le Likoud, dispose de 30 sièges, soit près de deux fois plus que son plus proche rival, Yesh Atid, avec 17 mandats. Le reste du peloton - 11 autres partis - se bouscule loin derrière, la plupart d'entre eux ayant entre six et huit sièges chacun.

Ces élections marquent une victoire historique pour ce que l'on appelle en Israël « la droite », mais qui comprend les partis fondamentalistes religieux et d'extrême droite. Même dans l'évaluation la plus prudente, ce bloc a remporté 72 sièges sur les 120 que compte le Parlement.

Vingt-cinq autres sièges appartiennent à ce que les Israéliens considèrent comme le « centre-droit ».

Mais Netanyahou pourrait encore avoir du mal à bricoler un gouvernement, compte tenu des combats de coq au sein de l'extrême-droite. Il semble qu'il n'ait pas réussi, une fois de plus, à rassembler suffisamment de sièges parmi les partis qui lui sont loyaux pour franchir le seuil des 60 sièges.

Néanmoins, l'avance massive du Likoud rendra pratiquement impossible à tout autre leader, y compris Yair Lapid du « centre-droit » de Yesh Atid, de présenter des arguments plausibles pour former un gouvernement alternatif.

Netanyahou devra s'engager une fois de plus dans un marchandage complexe pour forger une coalition gouvernementale ténue. Il devra attirer dans son giron Naftali Bennett, le leader de Yamina, un parti de colons d'extrême droite, malgré les tensions qui existent depuis longtemps entre les deux partis.

Mais Netanyahou pourrait encore avoir besoin d'un ou deux sièges supplémentaires, ce qui nécessitera probablement d’embarquer un autre parti de droite. Il se peut aussi qu'il ait un autre tour dans son sac (voir le paragraphe sur la minorité palestinienne ci-dessous).

Si ce n'est pas le cas, Israël se dirige vers une cinquième élection plus tard cet été, avec Netanyahou restant à nouveau en charge en tant que Premier ministre intérimaire.

Le triomphe des kahanistes

La grande surprise - du moins pour les Israéliens convaincus de vivre dans une démocratie - est que la version israélienne du Ku Klux Klan a fait beaucoup mieux que prévu. Le chef d’Otzma Yehudit (Force juive), Itamar Ben Gvir, est maintenant au parlement israélien et Netanyahou himself peut s'en attribuer le mérite.

Désespérant d'obtenir une majorité claire pour son bloc d'extrême droite, Netanyahou a négocié une alliance entre le parti de Ben Gvir et deux autres partis anti-arabes à forte connotation suprémaciste juive, pour créer une nouvelle liste appelée Sionisme religieux.

Netanyahou espérait faire passer la liste au-dessus du seuil électoral, qui exige que tout parti obtienne des voix donnant droit à quatre sièges. En fin de compte, les six sièges de Sionisme religieux le placent presque à égalité avec le parti travailliste, qui a fondé Israël.

Ben Gvir, un disciple de feu le rabbin Meir Kahane, dont le parti Kach a été interdit dans les années 1990 et est traité comme une organisation terroriste par la plupart des États occidentaux, est maintenant en position de force pour négocier. Même s'il parvient à obtenir l'adhésion de Bennett, Netanyahou aura besoin de Ben Gvir dans la coalition gouvernementale.

Horreur des horreurs, le leader de la version israélienne du Ku Klux Klan pourrait même devenir ministre. Ça la foutrait mal pour l’image.

Mais Ben Gvir ne se retrouvera probablement pas si éloigné idéologiquement que ça de nombreux autres membres d'un cabinet Netanyahou.

La minorité palestinienne en difficulté

Les partis représentant l'importante minorité de citoyens palestiniens d'Israël - un cinquième de la population - étaient apparus lors des trois élections précédentes comme le principal obstacle à la formation d'un gouvernement par Netanyahou. Les éliminer a été l'une des principales ambitions du leader du Likoud.

Les quatre partis palestiniens, réunis depuis six ans dans une alliance électorale connue sous le nom de Liste unifiée, sont devenus l'un des plus grands blocs du Parlement. Lors des dernières élections, il y a un an, ils ont remporté un nombre record de 15 sièges.

Mais cette fois, ils savaient qu'ils étaient en difficulté.

Netanyahou a réussi à provoquer une scission en persuadant l'un d'entre eux, la Liste arabe unie, un parti islamique conservateur, qu'il ferait mieux de quitter la Liste unifiée que d'y rester.

Netanyahou s'est rebaptisé « Abou Yair » pendant la campagne et a promis qu'il était prêt à couvrir la minorité de cadeaux post-électoraux si l'un de ses partis était prêt à faire affaires avec lui.

Entre en scène de Mansour Abbas, le leader de la Liste arabe unie.

Dans le scénario de Netanyahou, cet Abbas-là devrait jouer un rôle aussi accommodant que son homonyme en Cisjordanie occupée, Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité palestinienne. Les autres membres de la Liste unifiée joueraient donc le rôle de croquemitaine à la Hamas.

Le pari semble avoir porté ses fruits. La Liste unifiée s'est effondrée à six sièges, juste un de plus que la Liste arabe unie d'Abbas, après une baisse significative de la participation des citoyens palestiniens.

Mansour Abbas, partiellement justifié, peut maintenant prétendre qu'il a un mandat pour négocier avec Netanyahou afin de l'aider à créer un gouvernement. Cela pourrait s'avérer difficile pour Netanyahou, étant donné que sa coalition comprendra nécessairement Sionisme religieux, qui est farouchement raciste.

Mais tout rôle de soutien pour Abbas dans un gouvernement Netanyahou diviserait profondément et dangereusement la minorité palestinienne : entre ceux qui sont prêts à faire tout ce qu'il faut pour gagner un peu d'influence dans un État juif autoproclamé et ceux qui sont certains qu'on les mène en bateau pour qu'ils soutiennent un gouvernement d'occupants.

Le nombrilisme de la gauche sioniste

Ce que les Israéliens appellent « la gauche sioniste » avait frôlé l'extinction politique lors des dernières élections. Cette fois, elle a réussi un léger retournement de situation.

À eux deux, le parti travailliste et le parti Meretz ont obtenu 12 sièges, contre six il y a seulement un an.

Mais si certains observateurs y voient le signe d'un début de renaissance du camp de la paix en Israël, c'est une erreur d'interprétation.

Les travaillistes et le Meretz n'ont pas gagné des voix en se faisant les champions d'un processus de paix ou de négociations avec les Palestiniens. En fait, comme il est désormais tout à fait normal pendant les campagnes électorales, ils n'ont pas du tout parlé des Palestiniens ou de l'occupation.

Le succès mineur de la gauche sioniste reflète deux facteurs. Le premier est qu'aucun leader « centriste » anti-Netanyahou crédible n'a émergé pour remplacer l'ex-général Benny Gantz, qui a trahi ses partisans lors des dernières élections en rejoignant le gouvernement de Netanyahou. (Cette fois-ci, Gantz s'est contenté d'un nombre très réduit de huit sièges).

En l'absence d'un centre de gravité pour le bloc anti-Netanyahou, les travaillistes et le Meretz ont minimisé les questions politiques traditionnelles et mis l'accent sur la politique identitaire. Cela semble avoir porté ses fruits.

Merav Michaeli, la nouvelle leadeure du parti travailliste, a attiré de nombreux membres de la gauche culturelle par ses opinions féministes tranchées - selon les normes israéliennes. Et Nitzan Horowitz, le leader de Meretz, qui est ouvertement gay, a accentué le programme LGBT de manière à séduire les électeurs plus jeunes et plus cosmopolites.

Tous deux ont bénéficié de l'intolérance croissante et explicite de la droite religieuse - fermement adoptée par Netanyahou et son parti, le Likoud. Pour la première fois, le parlement israélien comptera un représentant du parti Noam, agressivement homophobe, qui fait partie de la nouvelle faction du Sionisme religieux que Netanyahu a contribué à mettre sur pied.

La gauche culturelle a également célébré le fait que la prochaine Knesset comprendra le premier rabbin réformé, qui s'est présenté comme candidat travailliste. Le Parlement a toujours compté de nombreux rabbins - Israël fait partie des théocraties - mais auparavant, ils n'étaient issus que des courants fondamentalistes orthodoxes et ultra-orthodoxes.

Les Palestiniens hors jeu - une fois de plus

Une fois de plus, ce sont les Palestiniens sous occupation qui feront les frais du résultat des élections. Et une fois de plus, ils n'ont pas eu leur mot à dire.

En fait, le jour même de l'élection, les Palestiniens n'ont pu s'exprimer qu'au moyen d'une seule roquette tirée sans faire de dégâts depuis la bande de Gaza, alors que Netanyahou faisait campagne dans la ville voisine de Beersheva.

Avec le triomphe de l'extrême-droite en Israël, le soutien des « partenaires de paix » du Golfe et l'absence d'obstruction probable de la part de la Maison Blanche, quel que soit son locataire, les Palestiniens sont devenus un non-sujet.

Le consensus politique de la droite israélienne dominante est qu'il n'y aura pas d'État palestinien et que l'occupation est permanente. L'annexion formelle de la Cisjordanie est également à l'horizon.

Les divergences au sein de la droite ne portent que sur le moment où cela se produira, sur l'étendue du territoire saisi et sur la manière dont le coup sera vendu à l'étranger.

Pour la première fois, la voix des Palestiniens sous occupation est également marginalisée au sein de la minorité palestinienne en Israël. Avec la scission de Mansour Abbas de la Liste unifiée, les divisions internes ont prédominé.

Si Abbas décide effectivement de soutenir Netanyahou - que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur du gouvernement - ce sera un sale coup de plus.

A ce sujet, voir également Israël est un État à parti unique (et Sharon fut le dernier des Rois d’Israël) & Norman Finkelstein : Netanyahou est un raciste et un suprématiste juif, à l’image d’Israël

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4 réactions à cet article    


  • Allexandre 26 mars 19:09

    Au moins nous pourrons confirmer qu’Israël est l’Etat le plus démocratique de la région.

    LeKuKLUK KLAN israélien n’est en rien surprenant. Israël soutenait bien l’Apartheid en Afrique du Sud. Les juifs ne sont pas les « victimes » qu’ils ont voulu nous convaincre être depuis 3000 ans. On en est même très loin.

    Quant au premier ministre, c’est une ordure de première catégorie dont on ne connait pas les moyens utilisés pour remporter les élections...


    • Emohtaryp Emohtaryp 26 mars 20:28

      Élections truquées, cela va sans dire.....


      • OMAR 27 mars 18:15

        Omar9

        .

        « Il a beau avoir entraîné les Israéliens dans quatre élections en deux ans ».

        De élections tous les 6 mois en Israël ?

        .

        Normal.

        .

        C’est un excellent moyen de repousser ad vitam æternam, la création de l’état palestinien.

        .
        C’est cela, la fourberie sioniste...
        .


        • Jonas 28 mars 10:51

          Israël c’est la quatrième République Française en pire. 
           
          Tant que le système électoral à la proportionnelle intégrale perdure aucune stabilité gouvernementale ne peut exister. Quel que soit le Premier ministre. 

          Ce système ne permet pas de faire apparaître des majorités stables et fortes, sans coalitions. Et ces mêmes coalitions sont elles-mêmes fragiles et ont une durée de vie très courte ce qui donne un pouvoir faible. Ces petits partis sont au gouvernement uniquement pour monnayer leur soutien, a coups de subventions , comme les partis religieux qui pensent d’abord à leurs ouailles , les autres demandent des ministères ou des fonctions administratives lucratives.
           C’est en Israël que l’on peut voir en grandeur nature , ce qu’est la tyrannie des minorités. Un petit parti représentant , 3,5% , peut faire mordre la poussière à un parti de 29 ou 30%.

          La cause de cet état de fait est l’absence de Constitution  car depuis sa création , Israël est régi par des lois fondamentales. Pourtant l’Assemblée Constituante , de 1949 , devait voter une Constitution afin de choisir un régime politique et puis s’autodissoudre au bout de quelques mois pour faire place a la première Knesset , cela ne s’est pas fait à cause des événements politiques de la région et surtout le conflit entre laïcs et religieux. Alors , il fut adopter provisoirement les lois fondamentales. Un provisoire qui dure . 

          Aujourd’hui , il est temps de changer ce système politique par un référendum , car passer par le Parlement cela est impossible , les petits partis ne sont pas des candidats au suicide. 

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