• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Comment l’homme est gouverné par lui-même ? Des sacrifices (...)

Comment l’homme est gouverné par lui-même ? Des sacrifices nécessaires pour avancer

 

Comment comprendre le monde aujourd’hui ? Où va le monde ? Notre temps ne ressemble en rien aux temps passés, surtout, il est complexe, incompréhensible, difficile à définir, difficile de savoir où il va ? Comment se fait-il que le monde s’est transformé lentement au fil des siècles passés ? Et, depuis le XXe siècle, il va tellement vite qu’il faut dire au fil des décennies, des années. Quel sens donner à ce formidable développement du monde ?

 

  1. L’« Essence du Temps » et la formation de l’Histoire

 

 La science a fait des bons considérables. Si on regarde, par exemple, le Moyen-Âge où l’humanité comptait moins de 400 millions d’êtres humains, la population mondiale, aujourd’hui, compte plus de sept milliards d’êtres humains. Le nombre d’êtres a été multiplié par 17. Pourtant, c’est la même Terre, les mêmes Hommes, la seule variable peut-elle être le Temps. Le Temps varie-t-il ? Ou est-il simplement une illusion de notre pensée qui nous fait croire que le Temps avance, alors qu’en réalité le Temps n’existe pas ou s’il existe nous ne savons pas ce qu’il est. Cependant, le temps est commode pour nous qu’il varie puisqu’il nous situe ce que l’on est, ce que l’on a été, il y a 10 ans, 1 an, 1 semaine, ce que l’on est aujourd’hui et ce qu’on sera ce soir, demain ou dans dix ans, ou que l’on ne sera plus, ou même que nous n’avons jamais été. Nous avons certes existé mais nous ne l’avons pas fait par nous-mêmes, on nous a fait exister pour être et puis pour passer. Étrange que la destinée de l’être humain d’être et ensuite de ne plus être, ou qu’il croit être et tout lui donne à loisir de croire qu’il se gouverne alors qu’il est « gouverné » sans même qu’il prenne conscience qu’en fait qu’il n’est rien, rien, rien, et vient de rien. Et c’est là le prodige d’être rien et tout comme l’a si bien énoncé le célèbre philosophe français Blaise Pascal « l’Homme est un milieu entre rien et tout ».

De même, l’espace varie-t-il ? Avance-t-il ? Rétrécit-il ? Albert Einstein avec ses équations liant le Temps, la Masse, l’Espace et la vitesse de la lumière est arrivé à démontrer avec le rapport d’un infiniment epsillon déduit de ceux-ci que le temps comme l’espace s’étire ou se contracte, de même la Masse d’un corps n’est plus constante, seule la vitesse de la lumière est constante. N’est-ce pas là un prodige de la pensée qui fait dire ce qu’elle veut à l’être humain Aussi il est peut-être plus juste de dire que l’espace est fini, même s’il est immensément infini. Un paradoxe entre le fini et l’infini de l’esprit humain, puisque tout vient de cet esprit-pensée que nous ne connaissons pas.

Il reste cependant dans notre grande illusion que l’on existe que « si la Terre existait, et le Temps ne serait pas ressenti dans l’« âme de l’Homme », il n’y aurait pas d’existence. » C’est quoi être sans le temps ? Le Temps englobe la Terre, les Hommes et l’Espace sidéral. Sans le Temps, « l’Homme ne peut se savoir ». Le Temps est son seul repère dans l’Existence, dans l’Histoire.

Si l’Espace lui est donné et il le voit dans son immensité, le Temps, il ne le voit pas, il le sent seulement. L’Homme, peut-il sentir le temps s’écouler ? Non comme le sentir dans le sens qu’il le sent s’égrener, nous emporter, par exemple, nous sommes assis, nous marchons, nous discutons, nous travaillons, nous n’y pensons pas au temps, mais entre-temps, le temps s’écoule, mais le temps n’est pas tout cela, il doit être senti aussi dans son « essence ». Le temps est, il est notre histoire, il est notre existence. Et par ce qu’il est, et ce qu’il renferme de surprises, de bonnes ou de mauvaises nouvelles, il est non seulement le témoin des infimes instants que l’on a passé, mais aussi le Temps, au sens de notre existence.

Pouvons-nous comprendre le sens de notre existence, et donc du Temps ? Ou plus encore, le « Temps du Temps », même le Temps a une Âme, une Essence, et de la même façon notre Histoire a une âme », et s’il en est ainsi, on peut comprendre « l’Histoire de notre Histoire », dans le sens de dépasser ce que Hegel et nombre de philosophes, dénomment la philosophie de l’Histoire. Notre temps n’est pas le temps des Anciens, il s’est passé beaucoup d’histoires dans l’Histoire. L’humanité a beaucoup avancé dans le Temps. Aujourd’hui, avec le recul, on peut survoler cet écoulement du temps qui a commencé depuis des millénaires, voire des millions d’années qui ne sont qu’un Instant ou quelques instants que la mémoire aujourd’hui remémore en l’homme par la pensée, en un seul instant.

Le Moyen-Âge qui a été particulièrement difficile dans la formation de l’humanité a été non moins nécessaire. Ce temps a été un peu un stade intermédiaire entre le monde antique et le monde d’aujourd’hui. Une époque souvent ravagée par la famine, les maladies, les épidémies à grande échelle, décimant hameaux, villages et villes. La « Mort noire », entre 1300 et 1400, décima un tiers de l’Europe, transformant des territoires entiers en mouroirs. Elle s’étendit aux autres parties du monde. Des historiens occidentaux avancent qu’elle a été ramenée par les Croisés, à l’époque, venant du Proche-Orient ou d’Afrique du Nord. Mais, qui peut, à l’époque, le certifier ? Et même si c’était vrai, « Pourquoi y sont-ils allés les Croisés ? » Pour les Croisades ? Dès lors, cela est difficile à dire, il ne faut pas avoir peur des mots et de leur sens dialectique. Et si c’est une rétribution de l’Esprit ? Voilà ce qu’a coûté à l’Europe plus de huit croisades recensées sur les terres d’Islam. Que les peuples d’Islam n’ont pas demandé à venir. Et si tout se paye sur terre ? Ce qu’on croit le chaos, du moins pour l’humain, n’est en réalité qu’un ordre de l’Esprit tant pour les Croisés que pour les peuples musulmans. Et toute sanction n’est que le fait de la Providence ?

 L’Histoire de l’homme recèle une infinité de cas où la Providence se substitue à l’Homme quand celui-ci ne peut réparer le préjudice fait par l’homme à l’homme. Et là c’est un « principe relevant de l’essentialité de l’existence  », qui signifie que les Croisés devaient y aller et que la « maladie noire  » entrait comme « nécessité » et « devait éclater pour mettre un arrêt à ces raids chrétiens en terre d’islam ». Et surtout c’est chèrement payé quand on pense ce qu’elle a décimé en vies humaines.

Le problème n’est pas qu’il y a eu un tribut à payer ou qu’il eut eu des croisades, c’est pourquoi il y a eu les croisades ? Et là, on peut avancer toutes sortes d’explications, comme l’appel d’Urbain II ou autres crises démographique, économique, politique à l’époque, il demeure cependant que le Temps-providence a pour ainsi ordonné ces événements. Donc ces croisades ont été une Nécessité de l’Histoire, comme ce qui a prévalu, ensuite en Europe, pour mettre fin aux croisades. Hegel dira qu’il y a un Esprit dans l’Histoire. L’auteur de ces lignes dit encore, il faut déchiffrer, comprendre le message de cet Esprit du Temps de l’Histoire.

 L’homme n’est pas seulement un témoin de l’Esprit dans le Temps de l’Histoire, mais aussi un acteur de l’Esprit qui peut comprendre le message de la Providence.

Au Moyen-Âge, les conditions d’existence des peuples, que ce soit en Europe, en Afrique, ou dans les autres contrées du monde, étaient très dures. Les hommes et peuples n’avaient presque pas le statut d’êtres humains, ils étaient confinés dans des Etats-royaumes, pour la plupart, dans la condition de serfs, de vilains. L’idéologie, le capitalisme, le socialisme, le communisme, la démocratie, et autres doctrines étaient des notions absolument étrangères à l’être de ces temps. Seul des initiés des Anciens Grecs sur la démocratie et encore un mot vide de sens au sein des peuples en coupe réglée dans le servage par les rois et seigneurs de l’époque. Un statut proche de l’esclavage. Les domaines des seigneurs étaient vendus avec leurs paysans-serfs qui vivaient dans le dénuement et la soumission complète.

 Le monde était brut et ignorant, les centres de lumières rares. L’Eglise faisait tout pour maintenir la régression et évidemment les privilèges des prélats. Le monde médiéval était pratiquement le même partout en Europe et hors d’Europe. Sauf que, malgré le servage, et les religions monopolisées et politisées, cette période de plus de huit siècles était un stade de pacification nécessaire dans l’évolution de l’histoire des peuples.

 Et ce qu’il y a d’incroyable, c’est que le temps des seigneurs et des rois perdurent encore aujourd’hui, en plein XXIe siècle, les peuples parce qu’ils sont soumis gardent toujours cet esprit moyenâgeux même s’ils utilisent l’avion pour voyager ou internet pour communiquer. Ceci prouve que l’histoire est têtue et que rien n’est acquis pour l’humanité, qui est en perpétuelle évolution.

 

  1. D’où l’Europe a tenu sa puissance ?

 

 Vint le temps de la Renaissance, et après le Siècle des Lumières, l’Europe revient de nouveau à ses expéditions d’antan, mais cette fois-ci elle vise des continents entiers. L’Amérique du Sud et du Nord, l’Afrique, l’Australie et l’Asie. La pression démographique et les avancées scientifiques lui donneront les moyens d’imposer sa puissance sur tous les peuples du monde. Une minuscule Europe, mosaïque de nations et de langues, se transforme en Centre de décision qui aura à régir les destinées du monde, pendant quatre siècles. Rien dans le monde ne se fera sans l’Europe. Une « destinée », une « histoire », une « nécessité », c’est en fait tout cela pour l’Europe, sans lequel elle ne serait pas allée dominer le monde. Cela a existé pour les empires passés. L’empire romain, l’empire byzantin, l’empire arabe, et d’autres empires dans l’histoire de l’antiquité. Il n’y a rien d’extraordinaire dans ces phénomènes, il arrive toujours à un temps de l’Histoire qu’un peuple, une grande nation, un peuple-continent domine et surplombe les autres peuples.

 Si on regarde la géographie de l’Europe par rapport aux autres régions du monde, on s’apercevrait qu’une équidistance géographique lie les continents asiatiques, américains et africains à ce centre mondial. Une géographie qui vient renforcer la place de l’Europe dans le monde. Mais tout processus a une fin, d’autant plus que le monde colonisé ne pouvait être assujetti à l’infini. Sinon le sens de l’humain n’aurait pas de sens. Un animal peut être domestiqué mais pas un homme qui pense. La pensée est à la fois prison et libération. Il arrive toujours un concours de circonstances nécessaires qui viendrait délivrer l’homme de ses chaînes. Pourquoi un concours de circonstances nécessaires ? Parce que l’homme ne peut être au-dessus d’un autre homme. Il peut l’être dans la richesse, il peut coloniser un autre homme si l’un est plus robuste ou plus armé, dispose de plus d’armement, de plus d’avancées technologiques, mais l’histoire évolue en boucle. Il viendra toujours un temps où tout est remis en question, ou celui qui a dominé vient lui aussi à être dominé. Et cela relève de l’Esprit du monde qui gouverne les humains, et les humains le plus souvent en sont ignorants.

Par exemple, deux pays naissent au XIXe siècle, et deviennent deux grandes puissances. Ces deux pays sont en fait l’Allemagne et le Japon. Arrivés en retard au partage du monde, ils cherchent, en tant que nouvelles puissances qui comptent sur l’échiquier géopolitique mondial, à négocier leurs parts qui leur reviennent sur les territoires d’Afrique et d’Asie.

 Et ce qui est incroyable, c’est que ce qui a été construit par l’Europe pendant au moins quatre siècles sera détruit en trois décennies par ces mêmes puissances qui entrent en guerre avec celles qui les ont devancées. Deux guerres mondiales qui ont été, à l’instar de la « Mort noire » au XIIIe et XIVe siècle, un tribut à payer par les grandes puissances mondiales, pour déconstruire ce qu’elles ont construit par la colonisation. En clair, le temps de la libération des peuples d’Afrique et d’Asie a sonné. Comme le temps de la fin de la colonisation a sonné pour les empires coloniaux européens et asiatiques.

 Si on veut comprendre l’Histoire de l’humanité, l’Homme doit se dévoiler la face. Le problème n’est pas de dénigrer les pays européens, mais de comprendre la dynamique qui fait avancer l’humanité. Et rien n’est fortuit, tout relève d’un « Plan qui transcende l’homme ». Ce n’est même pas de la Religion, c’est la RELI-GION, l’Homme est « relié à une Essence » dont il ne sait rien.

 En outre, on peut transposer la situation des Européens de l’époque aux Chinois ou aux Arabes, si ceux-ci s’étaient trouvés en Europe, ils auraient certainement menés les mêmes politiques coloniales. Le problème n’est pas l’Europe ou le tribut qui a été payé par l’Europe et les autres puissances, c’est pourquoi la colonisation et ensuite les guerres mondiales pour mettre fin à la colonisation. C’est cela la marche herméneutique de l’histoire. Cela devait arriver pour qu’ensuite être dépassé par ce qui devait de nouveau arriver mais différemment. Les êtres humains ne décident pas de leurs destinées. Tout au plus, ils se perdent sur les conjectures terrestres, mais n’appréhendent pas l’« essence de l’Histoire ».

 Il y a donc des buts assignés à l’Histoire qui déterminent les conjonctures, dussent-elles être révoltantes pour faire avancer l’Histoire ». En d’autres termes, l’Homme est agissant, mais il y a « toujours une autre Force plus agissante qui le transcende et change ses actions en d’autres actions. Cette pensée peut être appréhendée par l’intelligence de l’homme, sauf si cet homme refuse cette pensée parce qu’elle lui paraît trop abstraite, peu claire. Et même dans cas qui est fréquent, on ne peut même pas incriminer cet homme puisque ce n’est pas lui qui pense sa pensée mais la pensée qui pense en lui. Donc si un homme est plus pensant dans la juste pensée, ou plus simplement plus intelligent qu’un autre, au final, ce n’est pas lui qui pense juste c’est la pensée juste en lui. De même, si un autre homme refuse cette pensée et il ne la croit pas juste, c’est encore la pensée qui en est l’auteure. Sauf à l’un elle donne des arguments très forts et agissants, à l’autre elle le garde dans le déni.

Et ce qui est dit ici à l’échelle des peuples peut être dit à l’échelle de l’homme, qui est une partie de cette humanité. A son existence, à ses rapports aux problèmes de sa vie, ses succès, ses échecs, ses rapports avec ses semblables bons ou mauvais. Dans le sens qu’il y a toujours des raisons qui expliquent ce qui lui arrive de bon ou de mauvais dans son existence. De même dans la force qui lui fait affronter les épreuves qu’ils traversent dans son existence. En clair, tout dans son illusion d’être, il est véritablement une réalité objective. Il est un dans son tout. Comme l’histoire de l’humanité est une dans son tout.

Donc tout homme a la possibilité, par une introspective, de mesurer son vécu et voir souvent, dans les grands événements heureux ou malheureux qu’il traverse, et qui ont changé le cours de sa vie, qu’ils lui étaient destinés à lui seul, qu’ils relèvent réellement d’un processus ordonné, intelligent, nécessaire et propre à son vécu. L’homme peut penser ces événements à un hasard, mais un hasard « contingent » propre à son histoire. Cependant, une seule condition pour ce vouloir être, c’est d’effacer volontairement les préjugés que lui distille sa pensée, une sorte d’épreuve que la pensée impose à l’être en qui elle pense. Une sorte de « pensée dans la pensée ».

 Ce mode de penser l’Histoire humaine est à prendre ou à laisser. Il est ce qu’il est et ce « parce qu’il est. » L’auteur le propose à ceux qui veulent s’en inspirer à moins qu’ils soient déjà inspirés, pourquoi le conseille-t-il ? Parce qu’il permet à l’homme de mieux saisir l’herméneutique de son existence. Et surtout l’approche qui fonde le penser de l’humain est d’abord de considérer que « l’Homme ne fait pas seul l’Histoire ». S’il la faisait seul l’Histoire, comme il peut le penser, et le croire, que l’Homme explique le plus élémentaire de son existant. D’où il tient son être, son corps, ses organes des sens ? D’où il tire sa pensée ? Et plus simplement qui est-il et pourquoi existe-t-il ? Il n’est existant que parce qu’il pense. Si on lui retire sa pensée, l’homme n’est pas, n’existe pas. C’est par la Pensée qui existe en lui qu’il existe, qu’il compte pour l’Histoire et pour l’humanité.

Descartes, dans sa Deuxième Méditation, n’a-t-il pas proclamé : « Je suis, j’existe […] si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d’être ou d’exister. Je n’admets maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai : je ne suis donc, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à-dire un esprit, un entendement ou une raison, qui sont des termes dont la signification m’était auparavant inconnue. Or je suis une chose vraie, et vraiment existante ; mais quelle chose ? Je l’ai dit : une chose qui pense.

Et quoi davantage ? J’exciterai encore mon imagination, pour chercher si je ne suis point quelque chose de plus. Je ne suis point cet assemblage de membres, que l’on appelle le corps humain ; je ne suis point un air délié et pénétrant, répandu dans tous ces membres ; je ne suis point un vent, un souffle, une vapeur, ni rien de tout ce que je puis feindre et imaginer, puisque j’ai supposé que tout cela n’était rien, et que, sans changer cette supposition, je trouve que je ne laisse pas d’être certain que je suis quelque chose. […] Mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. »

 Ceci est révélateur sur le sens phénoménologique de la pensée de l’être humain qu’exprime Descartes, il y a plus de trois siècles. On peut même étendre cette question à la pensée de ma personne et à toute personne qui pense, c’est-à-dire à tous les humains. Est-ce que c’est moi qui suis en train de développer cette analyse ? En suis-je certain ? Suis-je en train de la penser ? Cela est certain que je pense. Et si ce n’est pas moi qui pense mes idées mais les idées qui pensent en moi ? C’est une possibilité, je n’ai pas l’assurance totale que c’est moi qui pense mes idées. Et si je suis la chose de la pensée, mon cerveau n’étant que l’interface entre la chose humaine que je suis et la pensée pensant en moi ? Ou ma pensée que je pense, à travers mon cerveau, me dit que c’est moi qui pense ? Et je me meus, à travers mon cerveau, et la pensée en lui, au moindre mouvement que je fais, au moindre clignement de l’œil, au moindre tressaillement, à la moindre crainte, angoisse que je ressens, bref à toute réaction qui m’arrive. « Je suis ce par quoi je suis, c’est tout. »

Et cette situation est la situation de tout être humain, de tout homme qui pense ou ne pense pas. Il est toujours « pensée ». S’il est conscient qu’il pense, il peut ainsi le penser. S’il en est inconscient, il pense néanmoins même s’il ne se sent pas penser.

De plus, on peut le questionner sur sa présence sur Terre : En quoi l’homme est-il utile à la Terre ? En quoi l’homme est-il nécessaire à l’Histoire du monde ? A l’Univers ? Le monde, l’univers peut-il exister sans l’homme ? Est-il irremplaçable ? Et surtout il est fait de quoi l’homme ? N’est-il pas fait de de la Terre ? N’est-il pas un élément de la Terre ? Ou plus simplement fait de terre ?

Si l’« Intelligence suprême » voulait remplacer toutes les espèces vivant sur la Terre ? Qui l’arrêterait ? Puisque l’Homme ne se sait pas sinon qu’il est constitué des éléments de la Terre et qu’il retourne à la terre. Un cataclysme sur la terre (collusion de la terre avec un astéroïde géant, augmentation de température sup. à 80°C par changement de l’orbite terrestre autour du soleil, épidémie mondiale qui emporterait toute l’humanité, etc.) ferait disparaître certainement l’espèce humaine de la Terre. C’est cette situation phénoménologique de l’humain qui nous interpelle.

Un autre principe que l’auteur donne, que nous constatons souvent, parce qu’il nous entoure ou que nous y sommes dedans, c’est la misère, la régression, mais nécessaires parce qu’elles tracent le chemin du progrès continuel de l’humanité qui ne s’arrête jamais. Sans ces constantes au cours des siècles, l’humanité n’aurait jamais pu se constituer, ni même exister. Précisément, ce sont eux qui font que l’humanité est « humanité  », et en constant devenir. Car l’humanité n’a pas choisi d’être ou à être, elle fait avec ce « être Qui lui est donné pour être ».

Aujourd’hui encore, le mal humain est incompréhensible, mais que nous voulions ou non, ce mal humain nous accompagne parce que c’est lui qui fait en grande partie notre histoire. Mais face du mal humain, il y a le bien humain qui combat toujours le mal humain. Une nécessité du mal et du bien car sans eux il n’y a pas d’existence. « Le bien est la victoire sur le mal, « le mal est la victoire aussi sur le mal. » Le bien et le mal, opposés, s’entraident pour lutter contre le mal et ainsi aller vers le bien. Puisque c’est le bien qui va contre le mal pour qu’il soit, le mal va aussi souvent contre le mal pour qu’il ne soit pas. Il y a cette expression populaire « Á quelque chose malheur est bon. » On lutte contre le mal parce que c’est nécessaire, on fait avec le mal souvent pour le faire reculer. Un processus nécessaire allant de dépassement en régression, et de régression en dépassement, et ce sont ces alternances qui tracent le chemin du progrès du monde.

 Ainsi on voit que s’il n’y avait pas une évolution positive de l’humanité dans le temps, l’existence ne serait que grisaille et décadence, entraînant progressivement la fin de sa présence sur terre. La Terre n’aurait plus besoin de l’homme pour être. Pour avoir une idée du sens de l’humain, lorsque les Américains et les Chinois ont envoyé deux robots sur Mars en 2021, le premier appelé Perseverance et le second Zhurong, c’est en fait la Terre qui est allée sur Mars, les hommes n’ont été qu’un trait d’union entre les deux astres, ceci dit dans l’absolu.

 Ainsi, partant de ces principes simples, l’Homme peut comprendra mieux ce qu’il en est de lui, ce qu’il sera de son existence ? De même, à l’échelle de l’humanité entière, les crises économiques, les guerres, le sous-développement, le développement, la croissance, la pauvreté, la misère, toutes ces formes d’existence ont sens dans le devenir du monde. L’humanité tout en évoluant devient, et ne cesse de devenir, le Temps est progrès.

 

  1. Richesse et pauvreté se sont substituées à l’ordre ancien

 

 Deux Guerres mondiales ont été nécessaires pour féconder un nouvel Etat du monde. Le Temps de l’Histoire va s’accélérer comme il ne l’a jamais été par le passé. Quelques décennies seulement changeront l’Histoire de l’humanité pour qui les quatre siècles depuis le siècle des Lumières, ou les 3000 ans depuis le commencement du monde antique, ne seront que des vestiges qui n’ont rien à voir avec l’âge atomique. Plus de 100 nations d’Afrique et d’Asie naîtront, à partir de la fin des années 1940.

 L’Afrique et l’Asie libérées de la domination occidentale. L’essor de la science a fait un bond prodigieux – jamais autant de découvertes scientifiques, de techniques ne virent le jour que durant cette période de l’Histoire. La libération de l’Occident de la guerre grâce à la crainte d’une apocalypse nucléaire. L’homme se lance à la conquête spatiale. Ce qui était inimaginable devient possibilité avec les temps nouveaux. Marcher sur la Lune, atteindre la planète Mars changent complètement la vision de l’homme sur l’univers. Quant aux pays décolonisés, toute guerre menée par une grande puissance contre ces pays coûtera cher financièrement et en hommes. Les guerres au Vietnam, en Afghanistan, en Irak… montrent qu’une petite armée de nationalistes engagés mettent en échec les armées les plus puissantes du monde. Les armements et la sophistication des stratégies du faible par rapport au fort créent de nouvelles formes de combat. Le terrorisme et la guerre « asymétrique » demeurent une arme presque imparables, ils rendent inopérants l’usage d’armements lourds par les grandes puissances.

 Cependant, malgré ces avancées tout azimut, l’euphorie de l’humanité ne va durer que le temps de la reconstruction de l’Europe et l’édification des nouveaux Etats issus de la décolonisation. Le nouveau visage de l’humanité dû à l’essor de la consommation de masse, le développement prodigieux des moyens de communications, les avancées de la médecine et de l’hygiène dont l’emploi est systématisé dans les pays riches et pays pauvres, concourent à une formidable poussée démographique dans le monde. 

 Un monde sans guerre entre les grandes puissances, malgré la Guerre froide et les conflits régionaux qui ne menacent pas la paix mondiale, conjugué au formidable essor économique, attisent précisément cette croissance démographique que n’a jamais connue de mémoire l’humanité. Une croissance qui ira de pair avec l’essoufflement des grandes économies occidentales et les crises économiques qui commencent à apparaître dès les années 1970. Des insatisfactions sont ressenties, dès ces années, par les peuples tant du Nord que du Sud. Les années 1980 et 1990 verront le chômage filer fortement dans le monde, remettant en cause l’Etat-Providence. Le doute s’installe désormais dans les consciences sur l’avenir du monde.

 Malgré les accords internationaux sur le commerce mondial, dans le cadre du G.A.T.T. devenu l’OMC depuis janvier 1995, les puissances industrielles sont entrées en concurrence les unes contre les autres. Chaque pays s’affaire à préserver son équilibre économique d’autant plus que la population mondiale n’a cessé d’augmenter. De 2,07 milliards d’êtres humains en 1930, elle est passée à 3 milliards en 1960, en 30 ans seulement. Alors qu’il a fallu 130 ans pour arriver à ce chiffre, le premier milliard sur terre étant bouclé en 1800. Le quatrième milliard est atteint en 1975, en quinze ans seulement, l’écart de temps est divisé par deux. Le cinquième milliard en 1987, en 12 ans seulement. Le sixième milliard en 1999. Le septième milliard en 2011. L’écart n’ayant pas changé, on peut pronostiquer qu’en 2023, la population mondiale bouclerait les 8 milliards d’êtres humains. Le 11 novembre 2014 à 20 heures, la population mondiale a atteint, 7, 257 440 milliards d’êtres humains, soit 250 millions d’êtres humains de plus par rapport à 2011, en l’espace de trois ans seulement.

 Ces chiffres astronomiques montrent que le monde humain vit désormais à l’étroit.

La chute du Mur de Berlin, en 1989 et la fin de l’URSS en décembre 1991 montrent que les systèmes socialistes qui ont rempli leur rôle dans l’histoire ont atteint leurs limites. Tous les pays socialistes (Russie, PECO intégré à l’Union européenne, et socialisme de marché pour la Chine) sont tous mis à l’enseigne du libéralisme économique, seul système susceptible de répondre à l’équilibre démographique et économique mondial.

 Les résultats sont fulgurants entre 1980 à 2010. Si l’Occident compte des fortunes colossales, les nouveaux pays d’Afrique et d’Asie comptent aussi leurs fortunés, et ce en moins de trois décennies. Au point qu’on se demande comment ces récents colonisés et dominés ont pu amasser de telles fortunes, qui plus est de pays communistes nouvellement converti au socialisme de marché, un capitalisme hybride.

La Chine, par exemple, compte 358 milliardaires en dollars et se classe, en 2014, deuxième derrière les États-Unis qui en comptent 481. Aujourd’hui, les milliardaires chinois ont dépassé les milliardaires américains. Mais alors où est le communisme en Chine ? La Russie en compte un nombre important. L’Afrique compte 3000 fortunes, de à plus de 30 millions de dollars. Les fortunes africaines entre millionnaires et milliardaires détiennent 400 milliards de dollars. Quant aux milliardaires cheikhs arabes, africains et latino-américains, combien sont-ils dans le classement mondial ?

 Richesse ostentatoire rime avec le dénuement et la misère dans le monde. 809 milliards d’êtres humains subsistent avec moins de 1 dollar par jour, quant aux moins de 1,25 dollars par jour, on recense 1,289 milliard. Enfin les plus riches des pauvres, ils sont 2,471 milliards d’êtres humains à subsister avec moins de 2 dollars par jour. Pour la seule Chine, on recense 97,4 millions de chinois vivent avec moins de 1 dollar, 173 millions avec moins de 1,25 dollar et 394,6 milliards avec moins de 2 dollars (données 2008, Banque mondiale).

 En Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan), la situation est encore plus catastrophique. En tout dans le monde, un nombre hallucinant, 4,5 milliards d’êtres humains sur plus de 7,7 milliards que comptent aujourd’hui l’humanité vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

 On peut s’interroger à juste raison si cette situation de l’humanité est normale ? Ces humains très pauvres ont-ils demandé cet état de dénuement et de misère ? Ou ces nouveaux riches à devenir de riches milliardaires ? La question peut se transposer aussi aux époques passées. Les peuples d’Afrique et d’Asie ont-ils demandé à être colonisés ? Où des noirs à devenir esclaves et transportés aux États-Unis pour servir de main-d’œuvre aux cultures cotonnières ?

 L’humanité dans sa globalité a vu des siècles de souffrances et, on a vu ce qu’il est advenu ensuite. Jusqu’aux deux guerres mondiales qui ont changé la face du monde. Aussi, peut-on dire si personne ne choisit sa destinée ne signifie pas que l’humanité et les êtres qui la composent ne doivent pas évoluer. Si tout reste en l’état, par exemple, les rois et seigneurs du Moyen-Âge n’ont pas été balayés par l’histoire, le monde serait ce qu’il était. Et un monde médiéval à l’infini serait sans sens pour l’existence humaine. De même si les peuples d’Afrique et d’Asie seraient restés dominés par l’Europe, quel sens aurait été l’existence des peuples d’Afrique et d’Asie ? Sans sens.

 De même, si les peuples d’Europe, d’Afrique, des deux Amériques et d’Asie resteraient structurés dans leurs êtres, conditionnés par la nouvelle doctrine en vogue, la mondialisation, et vivants avec 1 dollar, 1,25 dollar, 2 dollars, ou 10, 20, 30, 40 dollar par jour, et cette masse humaine n’est même pas assurée de son emploi (du moins pour ceux qui ont un emploi), alors qu’une minorité de milliardaires de tous les continents, possède une grande partie de la richesse du monde, l’existence serait aussi sans sens.

L’humanité est donc en devenir, la mondialisation, qui n’est qu’un édifice doctrinal, entré par la porte de l’Histoire, est elle aussi en transition. Comme le furent le communisme, le socialisme et aujourd’hui le néo-libéralisme sous le visage de la mondialisation. Aucune situation politique, géopolitique, géoéconomique n’est pérenne, et ne peut exister à l’infini. Tout système politique mondial a un rôle dans l’histoire du développement de l’humanité. Le monde est toujours en transition, toujours en devenir. C’est le sens même de l’essence du monde.

Un autre principe peut apporter une meilleure compréhension de la marche du monde. L’homme, sans être totalement, est toujours renaissant, éphémère mais toujours renaissant. Sans une évolution dans le temps, l’humain ne serait qu’une chose sans véritable pensée. Un monde à l’état stationnaire, sans réelle existence. Tout le sens de l’humain se situe dans sa créativité, elle-même due à cet esprit pensant en lui. C’est de lui que vient la raison sur le pourquoi vivre, c’est lui qui cimente l’existence de l’humain. C’est l’esprit-monde que l’homme ne sait pas qui fait prendre conscience à l’homme ce qu’il est et où il va.

 

  1. Une « colonisation planétaire » par la mondialisation et le pouvoir de l’argent

 

 Le temps des idéologies est passé. Marx, Engels, Lénine, Mao-tsé-Toung ne sont plus que des souvenirs que la mémoire universelle vénère parce qu’ils ont été des hommes de pensée, ils ont cherché à améliorer la condition humaine. Ils sont des produits de l’Histoire.

 Mais qu’en est-il de l’humanité aujourd’hui ? Le monde s’est divisé en blocs qui, de plus en plus, se ressemblent. Tous unis par de formidables réseaux financiers. La répartition des richesses est telle que de nouveau l’exploitation de l’homme par l’homme est revenue en force, où, sous la fausse couverture de l’idéologie de la libre-entreprise, du libre-échange, de la démocratie, du libéralisme économique, des doctrines politiques, font croire tant au Nord qu’au Sud, que la souveraineté des nations appartient aux peuples. Alors que le monde est désormais quadrillé en réseaux, en Bourses mondiales interconnectées, où les détenteurs de capitaux dans le monde brassent des dizaines de milliers de milliards de dollars, mais ne sont plus seulement en Occident, ils sont aussi en Asie, en Afrique, en Amérique latine, et tous solidaires entre eux, puisque leurs avoirs sont surtout en Occident. Et ces avoirs cachés offshore et in shore, sont en train d’enserrer, d’étouffer l’humanité. Et elle opère en toute impunité.

 Des idéologies qui faisaient contrepoids et qui ont toutes disparu, que restent-ils ? Sinon des conflits géopolitiques entre les puissances de l’argent ? Où les peuples désormais conditionnés par les formidables moyens de masse de communications et de diffusion de culture (presse, publicité, radio, télévision, cinéma), mais aussi des institutions à des fins politiques, « deviennent de simples spectateurs aux souffrances des autres peuples », alors que cette souffrance des peuples est en train de s’étendre de plus en plus à tous les peuples. Le monde entier devient mécanique, de plus en plus inhumain. Les réactions politiques des masses, cristallisées selon des formules préfabriquées par le matraquage de la propagande néolibérale audio-visuelle annihilent tout sentiment de solidarité entre les peuples. Les initiatives ça et là contre ce système financier international, excessif et déréglé, ne sont qu’un ornement au statu quo qui fait l’affaire de ceux (le pouvoir financier mondial) qui dominent en sous-main le monde.

 Dès lors pourrait-on s’interroger, le monde pourrait-il changer et dépasser ce conditionnement des peuples ? Les peuples prendraient-ils conscience de leur conditionnement ? D’autant plus que les peuples tant d’Occident que d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine sont embarqués dans le même vaisseau de la mondialisation qui fait la part belle à une minorité de richissimes et leur clientèle, d’abord les gouvernements (qui sont pour ainsi dire nommés par le pouvoir de l’argent) et ceux qui les servent directement, la masse dirigeante, alors que la grande masse qui reste de l’humanité est transformée en simple marchandise. En n’oubliant pas que 4,5 milliards d’êtres humains vivent de moins de 2 dollars par jour.

 Et c’est cela le plus grave, le monde entier depuis la fin de la colonisation est-il retombé de nouveau dans une nouvelle colonisation planétaire, appelée « mondialisation  ».

 C’est cela ce que l’humanité est en train de vivre aujourd’hui. Depuis la libération de l’Afrique et l’Asie, et surtout la montée de l’Asie, en particulier la Chine et l’Inde, les richesses du monde sont en train de diminuer en Occident. Ce qui pose problème au pouvoir de l’argent en Occident. Une bonne partie des richesses passe désormais vers les nouveaux pays, aujourd’hui appelés émergents. Et si ces pays émergent, il se fait au détriment de la richesse des pays du Nord.

 S’il existait un équilibre jusqu’aux années 1970, en Occident, cet équilibre est rompu par la nouvelle voilure économique qu’ont pris les pays du reste du monde. D’ailleurs voilure auquel ont participé massivement le pouvoir de l’argent du Nord, croyant qu’en délocalisant une grande partie de leur industrie dans les nouveaux pays industriels et en gardant la main sur le pouvoir de l’argent, il ne risquait rien puisque les délocalisations leur permettaient de se créer des débouchés pour leur industrie et leur commerce grâce à une main d’œuvre peu coûteuse et que cela rentabiliserait les transferts industriels. Oubliant que ces pays peuvent les rattraper voire même les dépasser. Et c’est ce qui s’est produit à la fin du XXe et début du XXIe siècle.

 Ce qui explique d’ailleurs la crise de 2008 et la manipulation dans la crise immobilière qui a servi à la fois de substitut de la perte de compétitivité industrielle des pays du Nord et de colmatage d’une brèche ouverte par la politique désastreuse du pouvoir de l’argent en Occident.

 Aujourd’hui encore, tous les plans et programmes en Occident, par le biais de cette perte de compétitivité internationale, et à colmater la brèche par des politiques monétaires au taux d’intérêt zéro et au recours massif à la création monétaire, donne, évidemment, un bol d’oxygène à l’économie occidentale, mais l’essentiel n’est pas résolu. La mer économique, financière et monétaire reste de plus en plus houleuse.

 Le plus grave est que, si en Chine et dans les pays du reste du monde, les peuples semblent accepter leur destin puisqu’ils en retirent plus ou moins une certaine satisfaction sur le plan de création d'emplois d’autant plus que ces peuples ont longtemps vécu dans la misère, la situation en Occident est beaucoup plus complexe. Ne perdant pas de vue qu’une grande partie des profits s’est dirigé hors-Occident, le pouvoir de l’argent en Occident s’en prend aux couches sociales pauvres du système. Il pratique des politiques monétaires d’austérité qui ne disent pas leur nom. Par exemple, pour l’Europe, il commence par la périphérie, en appauvrissant les peuples de Grèce, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, d’Irlande. Il diminue les salaires, les retraites, les dépenses sociales, etc. Et le même processus joue sous des dehors de hausse d’emplois, en Amérique, que ne dopent que les politiques monétaires américaines fortement expansive depuis 2008.

Et concentriquement, il se dirige vers le centre. Et c’est la raison pour laquelle rien n’est clair dans ces nouvelles donnes économiques historique pour l’humanité.

Une question se pose. Jusqu’à quand les quatre banques centrales du monde (États-Unis, Union monétaire, Japon et Grande-Bretagne) et sa clientèle, à travers le monde, pourront-ils diriger le monde ? La banque de Chine est plus suiveuse. Jamais le pouvoir de l’argent dans le monde n’a pris autant de puissance qu’il ne l’a aujourd’hui ? Et jamais il n’a été exposé comme il l’est aujourd’hui ?

 Rappelons seulement qu’Hitler et Mussolini n’ont accédé au pouvoir que parce que le pouvoir de l’argent dans le monde l’avait décidé. A cette époque, il fallait faire barrage au communisme en Europe. Moins de deux de mois après son investiture au poste de chancelier, le 30 janvier 1933, Hitler s’est débarrassé de tous les appareils syndicaux, chrétiens, libéraux, et surtout du parti communiste allemand le plus puissant d’Europe. Et nous avons vu la terreur et les destructions qui ont suivi en suite dans le monde.

 

  1. Destin des hommes et « sacrifices pour avancer »

 

 Comme toujours l’histoire de l’humanité n’est pas uniforme. Et toujours des causes contingentes qui font irruption et réorientent l’évolution du monde. Et si Hitler a pris si facilement le pouvoir, en 1933, c’est que le changement du monde était déjà en puissance. Ce qui n’était pas du tout pensé par le pouvoir de l’Argent, à l’époque, occupé dans sa lutte contre le communisme, alors que cette lutte allait dégénérer en guerre mondiale, qui changera complètement le cours de l’humanité. Et la crise de 1929 aussi a été providentielle puisqu’elle a brisé la république de Weimar, seul rempart qui pouvait s’opposer au pouvoir totalitaire hitlérien.

 Ce sont deux faits auxquels le pouvoir de l’argent n’a rien vu sinon son intérêt immédiat comme cela d’ailleurs a été avec les délocalisations massives vers les petits pays asiatiques, puis vers les grands pays d’Asie (Chine, Inde) et Amérique du Sud. Ce qui montre que le pouvoir de l’argent croit présider au destin du monde, mais, en réalité, il est lui-même instrumentalisé par une main invisible.

 Aussi peut-on dire l’humanité n’est pas par elle-même, mais est par une Intelligence suprême à laquelle le pouvoir de l’argent orienté à son insu joue dans un certain sens le rôle de moteur dans les avancées de cette humanité. Ce qui ne signifie pas pour autant que les peuples sont abandonnés. Pour cause, les partis socialistes en Allemagne ne sont-ils pas revenus après la guerre ? Notamment le SPD. Les peuples colonisés n’ont-ils pas regagné leur liberté ? Sauf qu’aujourd’hui, le monde fait face à de nouvelles mutations, et les changements sont en train de s’accélérer.

 A voir ce qui se passe en Ukraine, en Iran, en Irak, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Lybie, au Yémen, en Afghanistan, en Afrique noire, en Europe avec les conflits sociaux, et aujourd’hui la pandémie Covid-19 qui a changé la vision du monde. Et tous ces conflits ont lien avec la mutation de la Chine, de la Russie, deux grands pays nucléaires pivots dans l’organisation des BRICS qui, avec leur périphérie sur les trois continents, et une population de plus 5 milliards d’êtres humains, cherchent à changer l’ordre du monde.

 Et c’est à cette pression que le pouvoir de l’argent occidental, paradoxalement allié au pouvoir de l’argent hors-Occident, met toutes ces forces pour s’opposer à cette reconfiguration du monde en cours sans penser que ce pouvoir de l’argent sera de nouveau orienté à son insu vers des objectifs complètement autres que ceux qu’il a visés. Objectifs nécessaires ce à quoi l’humanité doit aboutir.

 Telle est l’approche qui est en train de se préfigurer dans la marche du monde. Les défis d’aujourd’hui et à venir se posent de manière cruciale à l’humanité. Ce que l’on ne doit pas oublier, le monde n’est pas livré à lui-même, il a un sens qu’il faut comprendre. Aujourd’hui l’humanité est à un nouveau stade de l’histoire, la pandémie Covid-19 qui a fait irruption à la fin de l’année 2019 n’est pas un événement fortuit relevant d’un hasard de l’histoire. Non, elle relève de « l’essence de l’Esprit du monde  ». Rien ne vient de rien, toute chose a un sens causal, tout ce qui arrive à l’humanité a un sens historique.

D’emblée on peut dire que le Covid-19 a réorienté à 180° les stratégies des Banques centrales occidentales qui ont voulu, en étouffant la croissance du reste du monde, contrer l’ascension de la Chine.

En fait, et c’est métaphysique et n’est pas sûr que les Banquiers centraux occidentaux qui ont mené depuis une décennie des quantitative easing, puissent comprendre le langage de l’Esprit du monde. Qui a réorienté aujourd’hui d’une manière magistrale les QE des Banques centrales américaine, européennes, japonaise… qui étaient censés affaiblir la Chine et le reste du monde. Au-delà de près de 4 millions de décès et plus de 180 millions de contaminés dans le monde, si les QE certes étaient nécessaires, et donnaient raison aux Banquiers centraux de les mener, il était aussi nécessaire de ne pas en abuser.

Ce paradoxe du pouvoir de l’argent en Occident contre le reste du monde viendra éclairer la conjoncture historique que vivait le monde de la crise financière de 2008 jusqu’en 2019. Et ensuite ce qui a prévalu après l’irruption de la pandémie Covid-19. Deux périodes, deux histoires absolument contradictoires qui se sont succédé. Force de dire que la pandémie a mis à néant les politiques monétaires de quantitative easing, véritables armes de destruction massives pour contrer le monde en marche. Malheureusement avec d’immenses sacrifices. Mais tel est le destin des hommes, qui nécessite «  des sacrifices pour avancer.  »

Dans une prochaine analyse, il sera montré certes le bien fondé des quantitative easing dans une première phase, mais non en tant qu’armes de destructions massives contre le reste du monde, comme cela a été durant la seconde phase. L’année 2019-2020 était une année critique pour le monde. L’irruption de la pandémie du coronavirus qui a changé le cours de l’histoire était en fait un événement-phare, un événement nécessaire qui montrait que les puissants du monde sont aussi assignés à des limites qu’ils ne peuvent transgresser sinon à faire payer le prix fort à leurs peuples. 

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
relations internationales et Prospective
 


Moyenne des avis sur cet article :  2.11/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • Les sacrificies pour avancer ; Oui c’est ce qui se fit tout au long de l’histoire : on sacrifiait les enfants au Dieux....Années milléniales ou génération Y : un mauvais cru semblte-t-il...


    • https://www.nouvelobs.com/sciences/20190828.OBS17654/un-gigantesque-site-de-sacrifice-rituel-d-enfants-decouvert-au-perou.html

      Moloch ou Molech est une divinité dont le culte était pratiqué dans la région de Canaan selon la tradition biblique. Il apparaît dans un contexte lié à des sacrifices d’enfants par le feu. ... offerts à Carthage selon Diodore de Sicile et Plutarque, associant Moloch avec Ba’al Hammon et Tanit, dieux de la colonie phénicienne.

      • Le taux de suicide chez les jeunes a augmenté de 50 %.....



          • La troisième génération est toujours celle qui porte le poids du trauma (la guerre 40-45. C’est ainsi que les jeunes nés après 1985, au moment où la maternité fut tant idéalisée (derrière l’idéalisation se cache souvent une haine profonde) seront les « sacrifiés..... du monde actuel......Il suffit d’observer le regard de Greta ogle.com/search ?&biw=idéalisée (derrière l’idéalisation se cache souvent une haine profonde) seront les »sacrifiés..... du monde actuel......Il suffit d’observer le regard de Greta Thunberg. https://www.google.com/search?q=Greta+Thunberg&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwjW5MTkkcfxAhXL_KQKHQKqABUQ_AUoAXoECAEQAw&biw=1280&bih=598#imgrc=bpBRnnwfMe5z_M


            • Jean Keim Jean Keim 4 juillet 08:33

              La richesse engendre la pauvreté dit autrement, il faut beaucoup de pauvres pour faire un riche.

              Le temps et le penser sont un couple indissociable.


              • Hamed 4 juillet 09:58

                @Jean Keim

                Très juste « Le temps et le penser sont un couple indissociable ». Mais il existe pour eux-mêmes et non pour nous qui croyons exister alors que nous sommes que dans l’ « ek-sisté ».

                Nous sommes par notre conscience, comme vous l’êtes Jean par votre conscience. Mais qu’est que c’est que votre con-science ? Ou simplement votre pensée qui dit que vous êtes alors que dans l’absolu vous n’êtes pas par vous-même. Vous êtes par autre en vous qui vous dit sans vous le dire que vous êtes vous.

                Dans le Nous « ek-sistons » heideggerien, par cette substantialité qu’appelle Heidegger « Dasein » par laquelle nous ne faisons rien pour qu’elle soit mais fait que nous soyons, forcément cette substantialité ne relève pas de nous mais d’une Puissance extérieure à nous, qui met en jeu cet Etant ( et il n’a pas sibien dit dit Heidegger" qui a compris ce que nous ne comprenons pas.

                Oui, nous y baignons et par lequel nous signifions nous que nous sommes nous mais en même temps un nous qui s’impose à nous.

                Voilà pour votre pensée, Jean Keim qui cherchez à enfanter la pauvreté de la richesse, alors que toutes deux n’existent pas réellement. Elles sont simplement pour nous. Le pauvre est riche de sa pauvreté et le riche est pauvre de sa richesse. Et qui est le plus riche ? Tous deux sont riches dans l’Etant qui n’est qu’un Etant un passage d’une histoire de vie. Commune à tous.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON

Auteur de l'article

Hamed


Voir ses articles



Publicité




Palmarès



Publicité