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Accueil du site > Tribune Libre > Connais-toi toi-même : en trois dimensions !

Connais-toi toi-même : en trois dimensions !

Il serait trop ardu d'essayer d'appréhender le précepte grec "connais-toi toi-même" dans sa globalité. En revanche, l'examiner sous trois angles (ou trois "dimensions"), est à la portée de notre compréhension. Mais, nous ignorons souvent que la suite de ce précepte est le conseil "Rien de trop" qui figure pourtant aussi au fronton du temple de Delphes. Or, cette seconde partie est essentielle à la bonne observance du précepte "connais-toi toi-même" parce qu'elle évite de glisser dans le risque d'hybris (de démesure). J'ai donc incorporé ce "rien de trop" (pour qu'il ne soit plus oublier) dans chacune des déclinaisons du précepte "connais-toi toi-même". L'adverbe "assez", comme il est court, a été mon choix. Il est l'équivalent de "ce qui est nécessaire et suffisant".

Voici donc ce que donne la déclinaison du précepte "connais-toi toi-même" en trois dimensions :

- "Connais-toi assez dans ton essence même" (par la conscience)

- "Connais-toi assez dans ton étendue" (par le savoir)

- "Connais-toi assez dans ta vitalité" (par la maîtrise des forces qui sont en toi)

I - "Connais-toi assez dans ton essence !"

Le champ d'investigation est : l'essence de Soi (le "Je").
Le moyen est : la conscience.
L'enjeu est : la liberté.

Ici, Descartes a déjà fait le gros du travail avec le cogito qui démontre l'existence du "Je", de la Res cogitans ou "chose qui pense". Mais cela a ses limites car le cogito ne concerne que le "Je" universel et pas le "Je" singulier" de chacun pris isolément.

Pour accéder à la connaissance de son Soi singulier, je préconise d'employer le cogito comme un outil en lui adjoignant les catégories universelles que sont : la qualité, la quantité, l'espace et le temps.

Que suis-je en qualité ?

Sur le plan de la qualité, je suis un sujet pensant. Je suis "sujet" au sens que je subis ce que je suis et ce qui m'arrive. Ces deux aspects ne doivent jamais être perdus de vue quand on se met en quête de soi-même. En toute occasion, sur le plan métaphysique, il est requis de se demander si je pense librement ou sous pression. On ne peut pas écarter toute pensée formée sous pression mais il est utile de savoir s'il y a pression et en quelles proportions.

Qui est "je" ? (sans parler ici de l'identité qui relève en fait du point II) A chaque fois que nous pensons ou parlons, nous devons nous questionner sur ce point, à savoir est-ce bien "je" qui pense ou bien est-ce "nous" (la société, l'intérêt collectif) ou "on" (la doxa, les préjugés, l'habitude) ?

Suis-je en pleine conscience ?

Sur le plan de la quantité, plus l'être est au monde en conscience et plus il est et donc plus sa liberté est grande. La pleine conscience de Soi et du monde auquel il est relié renforce en quantité notre être.

Qui suis-je dans l'espace-temps ?

Nous avons à tenir compte de notre double "Je" ; le "Je" universel (cartésien) et le "Je" singulier qui nous appartient en propre. Il nous faut connaître les deux. De plus, nous devons avoir une bonne conscience de la part de notre "Je" qui demeure permanente malgré le temps qui passe et les endroits où nous sommes. C'est le "Je" qui garantit la cohérence temporelle du Soi. Enfin, la conscience de la finitude dans cet espace-temps se résume en la formule bien connue "memento mori" ("souviens-toi que tu vas mourir"), un rappel qui, à lui seul, est censé nous éviter de tomber dans l'hybris.

II - "Connais-toi assez dans ton étendue !"

Le champ d'investigation est : le Moi.
Le moyen est : la mémoire
L'enjeu est : le savoir

Le champ d'investigation est le Moi. Le Moi est une simple extension de l'être, un prolongement pratique de la Res cogitans. Ce Moi a toute son utilité dans notre vie sociale. Il construit par ailleurs notre identité (devrais-je dire plutôt "nos identités" ?). Qui dit identité dit emprunts aux modèles, appartenances à des groupes réels ou conceptuels. C'est là une partie du champ de la recherche de ce que nous sommes.

La mémoire est le moyen qui nous permet de rassembler le puzzle des pièces de notre Moi. La mémoire établit une cohérence qui fait que nous restons fidèles à une certaine image de nous-mêmes malgré les transformations et les divers rôles que nous menons simultanément ou successivement. Ces rôles doivent être connus de nous.

L'enjeu du savoir est délicat. "Que sais-je ?" fut depuis Montaigne la règle d'or, car le savoir est une chose bien relative. Les philosophes (Hilbert, Husserl...) ont, en plus de cela, montré que la perception joue un rôle déterminant et profond dans la constitution de nos représentations mentales et qu'elle sujette à caution. Les perceptions contribuent à l'édification de notre Moi et de la vision du monde que ce Moi se fait. La mémoire travaille au service de cette cohérence spatiale et temporelle. Mais cette cohérence, résultat d'un travail sur l'observation des perceptions et d'une construction, ne saurait se confondre avec la réalité. Elle ne saurait non plus se confondre avec la vérité au sens où l'être l'entend (voir point I), qui est fondée sur l'expérience originelle de l'Evidence incontestable par la conscience pure.

Le savoir établi est à questionner, à remettre en cause, à confronter de façon régulière aux faits, aux sources, à la contradiction d'autrui, à l'expérience nouvelle qui l'enrichit. Nous parlons toujours, je vous le rappelle, uniquement du savoir sur soi-même. C'est déjà bien assez !

III - "Connais-toi assez dans ta vitalité !"

Le champ d'investigation est : tout ce qui nous meut et nous émeut.
Les moyens sont : la mesure et la maîtrise.
L'enjeu est : la force.

Ce qui nous meut, ce sont les moteurs (comme je les nomme) : la confiance, le désir, la volonté. La confiance est la force la plus courante car elle inclut la force de l'habitude. Elle travaille en background, on ne la voit presque pas. C'est elle qui nous fait marcher ou conduire une voiture sans avoir conscience de toute la masse d'apprentissage et d'expérience que nous avons cumulée pour accomplir ces prodiges en toute confiance. A cette confiance s'ajoute celle du savoir (que le jour succède à la nuit, etc. Bref tout ce qui ressort du phénomène dit de l'induction).

Vient ensuite le désir. La connaissance de soi joue à son égard un rôle très important. Qui veut se maîtriser et vivre épanoui doit cerner ses vrais désirs, les accepter, les vivre de façon réfléchie et consentie.

La volonté enfin est ce qui vient en dernier recours, quand la confiance et le désir ne suffisent pas. Car il est évident que nous préférons agir en employant ces deux premiers moteurs, lesquels sont d'un usage facile voire agréable, alors que la volonté repose sur l'effort. Quand nous manquons totalement d'envie de faire une chose, nous temporisons à l'excès jusqu'au moment où enfin acculés, nous sommes contraints d'agir en requérant à la seule volonté. La volonté est alors substitut au désir et à l'habitude.

Se connaître au sens du point III, c'est identifier dans quels cas nous recourons à tel ou tel moteur d'action et qu'il est le plus souhaitable d'actionner. Parfois, nous prétendons agir par désir alors que c'est autre chose qui nous meut.

La force est la quintessence de tous ces moteurs, c'est l'art de les contrôler, de les maîtriser, de les combiner avec talent.

La force, résultat de tous ces moteurs, permet de gérer nos passions au lieu d'en être les objets voire les esclaves. Les vertus antiques avaient ce but de maîtrise des passions : pondération, modération, prudence et courage.

"Mon troisième c'est l'amour" la la la !

L'amour est assimilable à la force. Il ne se confond pas avec le désir. Il s'agit d'une force qui transcende tout.

"Aime-toi toi-même" est la condition sine qua non de l'application pleine et entière du précepte "connais-toi toi-même". S'aimer soi-même permet de se sonder comme un ami qui nous dit tout, qui ne nous cache rien. C'est aussi la condition préalable à l'amour que l'on porte aux autres. En effet, le commandement "aime-ton prochain comme toi-même" suppose que nous nous aimions bien nous-même.

L'amour reçu des autres est un autre moyen de nous connaître nous-mêmes. D'où l'amour inconditionnel de soi vient-il ? Il vient de la mère dans la petite enfance. Mais l'amour complet est l'amour qui comprend aussi une part d'autorité. C'est ainsi que l'autorité parentale renforce normalement l'estime de soi.

Il s'agit de s'estimer soi-même, dans les deux sens du terme : se jauger, se respecter. Le "Rien de trop" doit conduire l'amour-propre pour qu'il ne s'enfle pas.

S'aimer, et non point se peindre !

Le Moi est haïssable car il consiste à peindre l'image que l'on veut donner aux autres et à soi-même. L'estime de soi n'a pas ce défaut, elle a pour objet de rester aimable à soi-même de façon lucide et clairvoyante.

Lorsque l'on fait un bon usage du précepte "connais-toi toi-même", la récompense qui doit en découler au bout est le bonheur.

Voilà la méthode brossée du précepte à des fins d'utilité courante. La méthode ne dit rien des moyens. Ces moyens sont nombreux et variés mais certains sont demeurés célèbres, comme le journal (Les Essais de Montaigne), la confession (Saint-Augustin, Rousseau) le roman-confession (Musset), le journal de bord (bilan quotidien recommandé par Pythagore à la fin de chaque journée), les "Pensées pour moi-même" de l'empereur Marc-Aurèle. J'en oublie sans doute. La méthode est souvent une chose stricte et rigoureuse, mais les moyens sont libres ! A nous de les choisir.

Merci aux lecteurs et aux lectrices d'enrichir cette thèse & méthode par des réflexions qu'ils voudraient partager.

 


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7 réactions à cet article    


  • Gasty Gasty 18 avril 17:42

    La vie

    La vue, l’ouïe, l’odorat, le gout.

    Le toucher, le geste, le verbe, le regard.

    Sensation,émotion,sentiment.

    Partage, semblable, différence.

    Le respect, la haine, la mort.

    Le vide.


    • Jean De Songy Jean De Songy 18 avril 20:15

      Nietzsche a un plus marrant aphorisme  :

       

      « Où que tu sois, creuse profond. »

       

      C’est valable pour la crasse bobo gocho aussi donc.


      • Jean De Songy Jean De Songy 18 avril 20:32

        « memento mori » (« souviens-toi que tu vas mourir »), un rappel qui, à lui seul, est censé nous éviter de tomber dans l’hybris....

         

        Moi je préfère « Viva la muerte » de la légion espagnole... des mecs qui ne tombèrent pas dans l’hybris donc...

         

        Je suis « sujet » au sens que je subis ce que je suis et ce qui m’arrive.

         

        Pas du tout la définition du sujet... le sujet est en rapport avec la subjectivité (et donc les objets séparés et l’objectivité). ça fait vraiment dans la niaiserie pontifiante ces articles... « Je subis ce que je suis » est en rapport avec l’existence, l’aliénation (la fausse conscience de Marx, la conscience malheureuse de Hegel, la mauvaise foi de Sartre, le « on » heideggerien etc.) où le Moi devient objet « réifié ».

         

        Avec votre « être » grandiloquent, à contre-sens et masturbatoire, c’est vraiment ridicule votre article


        • moderatus moderatus 19 avril 13:01

          Boujour Taverne,

          Le Moi est haïssable car il consiste à peindre l’image que l’on veut donner aux autres et à soi-même. L’estime de soi n’a pas ce défaut, elle a pour objet de rester aimable à soi-même de façon lucide et clairvoyante.

          =========================================================

          Bien sur connais toi toi même comme disait Socrate est essentiel, pour arriver à donner le meilleur de soi-même, mais le regard des autres nous permet de mieux se connaitre et peut être de corriger certaines certitudes nous concernant.

          Quand au Moi haïssable, Pascal pensait surement à un moi poussé au narcissisme, les psychanalystes eux pensent que pour aimer les autres il faut commencer par s’aimer soi même.


          • Taverne Taverne 19 avril 13:55

            @moderatus

            J’aurais dû plutôt écrire ainsi : "Le Moi est haïssable car quand il consiste à peindre l’image que l’on veut donner aux autres..."


          • moderatus moderatus 19 avril 22:59

            @Taverne
            J’aurais dû plutôt écrire ainsi : "Le Moi est haïssable car quand il consiste à peindre l’image que l’on veut donner aux autres..."

            =======================================================
            C’est une évidence, si le moi cnsiste à travestir ses pensées pour complaire aux autres, c’est une trahison de son moi profond.


          • L'enfoiré L’enfoiré 20 avril 15:25

            Salut Paul,

             Me connaitre en 3D, amusant...

             Cela fait sept décénnies que je me connais en 3D si pas en 4D en y ajoutant le temps.

             Il suffit d’écouter ce qu’on dit de toi, et tu as tous les éléments nécessaires pour confirmer des aprioris.

             On t’a probablement appelé Taverne (ex des Poètes). moi on m’a appelé L’enfoiré.

             Le reste c’est du remplissage. smiley

             Alors comme je termine mon dernier billet pascal « L’immortalité pour objectif final », je dirai « Pâquestion de rater les cloches et bonne chasse aux œufs en chocolat »

             smiley


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