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Accueil du site > Tribune Libre > Coronavirus : l’occasion d’un New Deal écologique (...)

Coronavirus : l’occasion d’un New Deal écologique !

La crise du COVID-19 laissera derrière elle une forte chute de la croissance française, de graves problèmes de trésorerie pour les entreprises et partout des marchés fragilisés. Mais le tremblement de terre économique qu’elle aura fait naître posera aussi, pour les dirigeants, la question du type de relance souhaitable. Tandis que la facilité amènerait à reconstituer les secteurs préexistants à la crise, indépendamment de leur effets sur la planète, une autre solution plus audacieuse pourrait permettre de lier la résilience humaine face au coronavirus avec celle qu’exige la crise environnementale.

Une relance écologique fera cependant émerger de nombreuses questions, et tout autant de contestations : les capacités d’endettement de l’Etat sont déjà saturées, les secteurs économiques polluants sont pourvoyeurs d’emplois indispensables et le profit à tirer des nouveaux secteurs ne serait pas égal, dans l’immédiat, à celui tiré des placements actuels.

Voici donc un article pour répondre à ces inquiétudes, bien souvent infondées, et jeter les bases d’un New Deal écologique en faveur du développement durable de nos sociétés.

 

 

Qu'est-ce qu'un New Deal ?

En 1933, Roosevelt annonce mettre en place un immense plan de relance sur tout le territoire américain pour faire face aux conséquences désastreuses de la grande dépression de 1929 et redresser l’économie nationale. De ce plan de relance, nous avons gardé un terme : le New Deal. Il est, dans l’Histoire, l’une des premières expériences de l’Etat providence et figure toujours parmi les mesures ayant permises, aux États-Unis, de grandes avancées sociales ainsi qu’une véritable amélioration de la situation des citoyens les plus pauvres.

Aujourd’hui, nos sociétés font face à une nouvelle crise bien plus importante : la crise environnementale ; et cette crise appelle à une “nouvelle donne” : le développement durable.

Le New Deal vert n’est pas une proposition nouvelle, en ce qu’il apparaît comme une solution d’évidence pour lier le rôle théorique de l’Etat, censé posséder des moyens illimités, aux enjeux d’avenir qui légitiment les inquiétudes des administrés. Mais bien souvent, ce type de proposition politique se cantonne à de timides avancées, promues dans l’ombre des intérêts individuels d’une classe économique dominante (prenons par exemple le “green deal européen”, dont la promesse tient en la neutralité carbone des Etats membres pour 2050, mais pour lequel les leviers proposés sont partout dénoncés comme insuffisants (1)).

Il est impératif de dégager méthodiquement les principales étapes aboutissant à la mise en place d’un New Deal vert : quels objectifs de développement durable faut-il choisir d’atteindre ? Quel doit être le rôle de l’Etat ? Où trouver le financement nécessaire à la relance ?

 

L’Etat doit être le promoteur de la transition écologique, en menant sur tous les fronts les réformes nécessaires à sa réalisation. Mais la transition écologique ne doit pas être pensée sans un changement plus profond du fonctionnement de nos sociétés : c’est la question globale de la durabilité qui doit être appréhendée par l’action politique.

Ainsi, si des mesures doivent concerner l’écologie, elles doivent tout autant chercher à réduire les inégalités et favoriser la responsabilisation de l’économie. Ces deux composantes permettront d’accroître le sentiment de cohésion sociale, nécessaire à l’adoption collective d’un horizon commun, mais aussi de renforcer l’inertie du mouvement vers un capitalisme moins agressif et plus responsable.

 

Quel rôle pour l'Etat ?

Il existe autant de “développement durable” que d’organismes qui le définissent, mais une institution fait sans aucun doute référence : l’ONU, avec ses “ODD” (2). Ces objectifs divers concernent tant l’environnement (“transiter vers une société bas carbone, économiser les ressources naturelles ou encore agir en faveur de la sauvegarde de la biodiversité), que les questions sociales et sociétales (“converger vers un modèle parfait d’égalité homme-femme, s’appuyer sur l’éducation tout au long de la vie et agir pour la santé en défendant une agriculture saine et durable”) et les questions politiques (“renforcer la participation citoyenne dans la fixation des objectifs de développement durable ou encore renforcer la démocratie directe et les mécanismes étatiques de solidarité”).

Quelles mesures concrètes l’Etat pourrait-il mettre en oeuvre pour répondre aux exigences posées par ces objectifs abstraits ?

La définition des actions précises qui doivent êtres menées en faveur d’un changement de société ne pourra résulter que d’une procédure de consultation, lancée à l’issue des recommandations formulées par des groupes de spécialistes, mais par aussi les représentants de citoyens. Nous pouvons dégager cependant les quelques grandes réformes qui doivent figurer au rang d’un développement durable réussi ; mais celles-ci ne doivent pas être regardées comme exhaustives.

Pour l’écologie, il doit par exemple s’agir de créer des fonds généreux et spécifiques pour la sauvegarde de la biodiversité sur chaque territoire de la République, de refonder le fonctionnement du marché de la pollution et des titres carbone, d’atteindre rapidement la neutralité carbone dans les politiques nationales et européennes et dans les accords de libre-échange, ou encore de soutenir les crédits “ayant un effet démultiplicateur dans la transition écologique et solidaire” (3) tels que ceux visant à développer l’isolation des logements sociaux, des transports en commun et des structures de valorisation des déchets.

Au plan social et sociétal, l’action politique doit passer entre autres par la généralisation de l’éducation au développement durable, mais aussi par la construction d’infrastructures permettant à tous un accès à l’eau potable et aux services d’assainissement, ou encore par un développement du système d’aide aux agriculteurs pour que ces derniers puissent produire une alimentation saine et durable.

Enfin, au plan politique, les mesures qui doivent être mises en oeuvre devraient viser à soutenir la participation citoyenne et les initiatives locales faites en faveur d’un changement des comportements et des pratiques, mais aussi à réduire la fracture territoriale par un rapprochement de la présence de l’Etat, notamment en multipliant les infrastructures de service public.

 

Comment finance-t-on un changement de société ?

Dans un logiciel économique où la dette publique fait craindre l’insolvabilité des Etats et où elle atteint désormais 100% du PIB Français, la question du financement constitue sans aucun doute l’obstacle le plus important à la mise ne place d’un New Deal écologique. Pour autant, il s’agit aussi de la question la plus essentielle qui, si elle n’est pas résolue, empêchera les acteurs publics comme privés de mettre en oeuvre une relance massive en faveur du développement durable. En ce sens, de nombreuses propositions alternatives à la doctrine économique classique peuvent être entendues et considérées avec beaucoup de sérieux : elles penchent toutes pour un nouveau rôle des banques centrales, et dans notre, cas de la Banque Centrale Européenne.

Dans un ouvrage paru en Février 2020 (4), les économistes Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne plaident pour une méthode de financement des dépenses étatiques novatrice par laquelle la BCE annulerait les dettes publiques des Etats membres qu’elle détient (soit un tiers de la dette publique pour la France), sous la condition que ces derniers engagent des investissements équivalents dans les actifs verts et au sein des entreprises “bas carbone”.

Cette proposition ne pourrait donc pas être strictement assimilée à une disparition soudaine des charges de l’Etat, puisque ceux-ci devraient allouer les charges annulées au financement de la transition écologique.

Par ailleurs, ces nouveaux investissements seraient, eux, libérés d’un endettement futur pénalisant la santé comptable du Pays.

Dans le contexte européen actuel, d’inflation faible et d’attentes grandissantes quant au rôle de la BCE, la solution apparaît à la fois réalisable et bénéfique pour l’économie comme pour l’écologie. Elle implique cependant une chute des dogmes monétaires classiques à l’origine de la régulation de l’économie depuis un demi siècle ; mais la volonté de changer de modèle de société n’est-elle pas l’occasion de passer au delà des certitudes qui font l’ancien monde ?

Après la crise du COVID-19, les Etats auront des charges importantes, là où “une augmentation de la dette risque malheureusement d’être compensée par une baisse des dépenses d’investissement, reproduisant la dynamique néfaste d’austérité de la crise des dettes souveraines, à l’heure où le financement de la transition écologique ne peut plus attendre” (5). Il est donc du rôle de la BCE d’intervenir.

Les acteurs privés doivent aussi prendre la part de responsabilité qui leur incombe pour la réussite de la transition écologique. C’est principalement le rôle des marchés financiers que nous visons ici, ainsi que les flux de capitaux qu’ils charrient : de fait, l’Etat doit mettre en oeuvre, à la fois des règles et des incitations économiques nouveaux, pour permettre une réorientation des capitaux vers des actifs plus verts. En effet, les acteurs financiers ne sont pas neutres : ils déterminent leurs investissements selon la rentabilité des action. Or, la finance est probablement trop court-termiste, tandis que la transition écologique s’inscrit nécessairement dans le long terme.

Pour pallier les problèmes de temps et de rentabilité, l’Etat se doit de modifier les réglementations financières, qui résultent pour la plupart d’accords internationaux (6), en réformant par exemple le ratio de solvabilité prudentiel.

Ce ratio, défini par les accords de Bâle III, détermine la quantité de crédit que peut fournir une banque au regard de ses fonds propres. Aujourd’hui, il n’est pas fait mention d’une distinction entre les crédits finançant des projets verts et ceux finançant des projets polluants. Une modification de la réglementation entourant ce ratio prudentiel pourrait être promue, au niveau international, de sorte à surpondérer les financements polluants et à sous-pondérer ceux qui sont verts. Ainsi les banques d’affaires, dont la quantité de fonds propres est fixe, seraient davantage incitées à financer des projets responsables (un prêt de rénovation énergétique par exemple) puisque ces derniers leur permettraient d’augmenter leur capacité d’octroi de crédits et donc leur propre rentabilité.

Mais d’autres ressorts peuvent aussi être utilisés : la fiscalité, les taux d’intérêts, l’obligation pour les entreprises de rendre des comptes au plan environnemental et social (mouvement de la RSE) sont autant d’hypothèses qui peuvent être avancées en faveur d’une réorientation du comportement des acteurs privés et de leurs capitaux.

 

Bien évidemment, les effets d’un New Deal écologique ne pourront être pérennisés sans des mesures structurelles moins immédiates. En ce sens, l’Etat a pour rôle de sensibiliser et d’éduquer la société aux enjeux du développement durable. C’est probablement sur ce dernier point que le chantier s’annonce le plus colossal.

 

(1) Le Green Deal Européen, porté par la commission Van Der Leyen, s’engage à la neutralité carbone pour 2050 (sans la Pologne), et sera présenté en été 2020 devant le Parlement Européen.

(2) Les “ODD” (objectifs de développement durable) constituent 17 objectifs pour réaliser la transition vers un monde durable à l’horizon 2030.

(3) Rapport Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030 : “agissons pour un monde plus durable et solidaire”, Février 2020.

(4) Alain Grandjean et Nicolas Dufrêne, “La monnaie écologique”, 26 Février 2020, Ed. Odile Jacob.

(5) Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau, “Crise économique et écologique : osons les décisions de rupture, 2 Avril 2020, Terra Nova.

(6) Un changement de paradigme ne pourra avoir vraiment lieu qu’au travers d’une coordination mondiale des différentes économies.

 


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8 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 16 avril 08:12

    c’est cousu de fil blanc

    mais ça se voit !


    • François Vesin François Vesin 16 avril 09:12

      L’Etat, l’Etat, l’Etat !

      N’est-ce pas plutôt à l’échelle de chaque bourg, village, ville

      loin des technocrates mondiaux, européens, parisiens-jacobins

      qu’il faudrait impliquer nos concitoyens dans leur avenir ?

      .

      Redevenons une Démocratie, réapprenons à définir nos besoins

      collectifs, nos objectifs et mutualisons nos moyens et nos outils.

      L’Etat est en faillite ! Il faudrait être des débiles profonds pour

      en confier la restauration à ceux là mêmes qui l’ont détruit !!!


      • berry 16 avril 10:05

        « Les technocrates, c’est les mecs, que quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée. »

        Coluche


        • Spartacus Lequidam Spartacus 16 avril 13:04

          Affligeant !

          Cette croyance que l’état ne peut pas faire faillite....

          L’Argentine a fait faillite et encore aujourd’hui elle ne s’en remet pas.

          La Grèce a fait quasi faillite et ne doit son sauvetage qu’au fait que c’est un petit pays et que l’Europe l’a aidé.

          Mais personne ne viendra en aide à la France. Nassin Nicolas Tahieb et son cygne noir n’est pas enseigné chez les ecolos ?

          C’est super beau l’écologie dans que dans le fantasme, mais malgré 70% du budget de bombardement médiatique, dans les rayons bio, c’est vide.

          C’est beau l’écologie, mais quand on regarde de près, ceux qui les représentent sont des Staliniens totalitaristes et foncièrement méchants, condescendants et méprisants de la vie des autres qui ne rentrent pas dans leurs normes.

          Ils n’ont que totalitarisme, coercition, contraintes et dictature a proposer.

          Le communisme voulait changer la nature de l’homme pour un monde social et égalitaire. 100 millions de morts.

          Le national socialiste voulait changer l’homme en homme Arien. 20 Millions de morts.

          L’écologie veut changer le monde en vert.

          Les 1er exemples montrent un mépris inhumain des humains aux besoins primaires et des mesures qui appauvrissent énormément les gens pour des bénéfices microscopiques.

          Les criquets détruisent les ressources primaires au Kenya. Les écolos veulent interdire les pesticides pour les sauver. Inhumanisme.

          Le riz doré est indispensable aux malnutrition humaines, les écolos ont empêché sa diffusion sous prétexte que c’était OGM. Inhumanisme

          Le vent, le soleil ne produit rien mais les taxes appauvrissent le pouvoir d’achat. En Europe le carburant indispensable coûte le double qu’ailleurs. 0.6€ le l USA, 1.5€ en France. Les factures d’énergie sont le double de leur valeur pour planter des éoliennes qui produisent une électricité hors de prix. Appauvrissement des masses.

          La France avec le niveau de prélèvement obligatoire record mondial, sa bureaucratie écrasante est saturée et son 1% de pollution mondiale est hors sujet..

          Alors les écolos, au lieu de faire de la propagande dans un pays saturé d’état et endetté factures de projets chimériques, vous assumez vos idées, et allez vendre vos salades fantasmées en Chine, Inde ou Pakistan.

          Déménagez et allez voir là bas et faites de l’extinction rébellion à ceux qui font 60% de la pollution mondiale. A moins que se soit le courage qui vous manque d’attaquer des pays totalitaires pour imposer une autre politique totalitaire.

          C’est plus facile ici, mais c’est pas le lieu.


          • Alain 16 avril 19:11

            Le communisme c’est mal. L’écologie, c’est encore plus mal.

            Le capitalisme, c’est bien

            Les pesticides : c’est bien

            le transhumanisme : c’est bien

            Les USA ruinés mais faisant tourner la planche à billet : c’est bien

            Les OGM et la privatisation du vivant : c’est bien

            Les patrons qui se gavent comme Amazon, Microsoft, Apple, Lagardère, Xavier Niel dans une condescendance méprisable : c’est bien

            L’argentine, la Grêce et tous ces pays de débiles et d’attardés économiques : c’est mal

            La France, les USA : système de santé pourri, corruption, copinage, partenariat privé-public : c’est bien

            Spartacus : c’est bien

            les autres : déménagez !


          • aliante 17 avril 10:34

            @Spartacus

            La France ne fera pas faillite ,ils voleront l’épargne des clients tout ça est dans les cartons ,le prolongement du confinement a une date indéterminée peut franchement le laisser penser en clair c’est un peuple en faillite qui risque de revenir aux realités avec des banques fermées


          • Spartacus Lequidam Spartacus 17 avril 13:18

            @Alain
            Le communisme et l’écologie sont des idéologies. C’est mal car elles s’attaquent à la nature de ce qu’est l’homme. C’est donc contre nature c’est mal.

            Le capitalisme est une doctrine. Il met a protée de main ce qui était le luxe des riches d’hier. Il favorise l’échange dans la paix par l’accord mutule entre celui qui achète et qui vend

            Les USA c’est un pays ou les plus pauvres ont le pouvoir d’achat supérieur à 95% des habitants de la terre.

            Les OGM c’est mettre la nature au service de l’homme. La privatisation du vivant c’est comme un droit d’auteur pour un écrivain. 

            Les patrons qui investissent, créent sont les personnes qui ont le plus d’utilité sociale sur terre.
            Sans Gates, tu ne pourrai avoir de tableur et tu ,ne pourrait pas rependre de la propagande sur Internet. Sans Apple tu n’aurai jamais connu le smartphone qui te permet de communiquer tous les jours, sans Niel tu serrai resyté a payer 3 fois ton forfait Internet.

            L’Argentine, la Grèce, ces pays géré au présent sans penser au futur c’est mal.

            La France, les USA, les services publics dans un marais de gauchistes, c’est mal.


          • Les derniers seront les premiers. Je parle des Décroissants. On ne pourra rien leur reprocher, c’est un virus qui s’en mêle et c’est le système néo-libéral mortifère pour l’écosystème qui l’a généré.

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