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Accueil du site > Tribune Libre > Courte symptomatologie islamique

Courte symptomatologie islamique

L'islam est sur toutes les lèvres. Le salafisme d'autant plus : à en croire les adeptes d'une telle mouvance, l'islam devrait être regénéré pour retrouver son lustre de l'époque mahométane. Or, ceci est un avertissement à tous les intégrismes : vos doctrines sont inutiles, sinon néfastes, et pour vous-mêmes et pour les vôtres. Abandonnez par conséquent tout espoir.

On expecte craintivement, peut-être à juste titre, la montée du salafisme en France.

Pourtant le salafisme lui-même ne tient pas l'analyse : quand on le décortique jusqu'à la moelle, on remarque d'emblée que son mode de fonctionnement, au sein même de l'islam, est anormal. Pire encore : le salafisme, en étant, dit également que l'islam, en tant que généralité, n'est plus. Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu'une religion est d'ordinaire une structure, une institution, une norme, et que cette modalité d'existence, très prégnante dans le passé, a subi un saut qualitatif d'une grande ampleur.

L'islam ne s'avère plus la norme, elle veut (re)devenir la norme. Et ce « vouloir devenir la norme » signifie qu'elle échoue là même où elle triomphait autrefois. Donc qu'est-ce qu'affiche le salafisme en doublant le caractère moribond de la religion qu'il prétend vouloir faire renaître ?

Eh bien, qu'elle n'est pas encore renée. Or, plus le salafisme s'étend et se généralise, plus il avoue que l'islam n'est plus sur le point de renaître, sans quoi ce dernier se passerait bien des velléités bizarres des salafistes... 

Car comment parler de renaissance quand on s'acharne tant à vouloir faire renaître quelque chose ? La renaissance est toujours dans les faits, jamais dans les mots. Elle est pratique, non pas théorique. Et théoriser sa renaissance, c'est vouloir dire, à notre insu, que nous sommes incapables de donner une nouvelle vigueur. Cependant, les salafistes croient qu'ils ravivent l'islam. Mais cette tentative maladroite de résurrection prouve en somme leur échec. Ce retour au passé n'était pas nécessaire auparavant, étant donné que dans le passé, c'est-à-dire selon les musulmans d'autrefois, ceux-ci considéraient que leur islam n'était pas suffisamment, voire pas du tout, en état de décadence. De même, on n'use du remède de derniers recours pour lors qu'on sait qu'on en est au stade du « dernier recours ». 

Pourquoi craint-on, toutefois, la bête quand on sait son agonie ? À cause de ses spasmes étonnants signes avant-coureurs d'une mort prochaine.

Au fond, l'islam n'est donc plus évidence. Il y a eu césure : de norme, de structure, on est passé à la foi1, à savoir d'un appel de Dieu qui ne touche que quelques-uns. En d'autres termes : la religion musulmane passe d'automatisme à vocation extraordinaire. 

D'habitude, la question de l'intégrisme (ou du non-intégrisme) apparaît au moment où la religion n'est plus constitutive de la société qui l'abrite, puisque l'intégrisme porte, en lui, la possibilité d'une attitude non-intégriste, par conséquent l'existence d'une attitude divergente. 

Pareillement, on n'eût pas l'idée incongrue de parler de nationalisme ou d'intégrisme dans la France de Louis XIV. Et les lefebvristes eussent passé pour des cons. 

Non seulement l'intégrisme est un signe de mort prochaine, mais il est de surcroît dommageable pour le reste des (non-)croyants. Car qui devient croyant sous la pression ? Puis qui a envie de le devenir quand on remarque que, sur un tel paquebot, les membres de l'équipage font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher le navire de sombrer ? Auriez-vous eu la soudaine envie d'embarquer sur le Titanic au moment où celui-ci lâchait à la mer ses (trop vides) canots de sauvetage ?

Non.

La foi, la vraie, dépend des conditions de la croyance.

Soit donc les conditions sont favorables, soit elles ne le sont pas (ou plus) : il n'y a pas d'entre deux. La norme ou l'anorme. La religion-norme se constate dès lors qu'il n'y a pas d'intégristes, que les conditions de la croyance (c'est-à-dire les « moyens » de croire) sont là, la religion-anorme se constate du moment que les intégristes grouillent et se multiplient – quand on ne peut plus croire « comme avant ».

Néanmoins, ce n'est pas une question d'imposer la religion. Car on pourrait me dire que jadis des religions se sont imposées avec succès. Oui et non. Puisque si la religion s'impose, la croyance, elle, ne se rétablira pas. Et que veulent les intégrismes de toutes espèces ? La foi, la vocation universelle. Ils ne veulent plus les pratiques corrompues du passé, où tout le monde croyait sans y croire. Ils veulent que tout le monde soit religieux de cœur, et non plus par mode. Belle lubie.

Jamais dans l'Histoire les religieux n'avaient eu une telle ambition.

Mais les intégristes confondent la croyance la religion, et considèrent naïvement que la croyance (qui est pour eux la religion) et ses conditions peuvent s'imposer verticalement par des décrets de l'Etat et la récitation obligatoire de crédos.

Or ce n'est plus la religion qu'il faut imposer, mais les conditions de la croyance – qui, elles, en vérité, ne s'imposent pas, même avec le pire des obscurantismes (dont l'emploi, en conséquence, double la « Lumière » à laquelle l'obscurité s'oppose), comme elles dépendent de singularités spatio-temporelles : des conditions sont des conditions « d'époque » et non pas de structure.

________

1 Foi =/= croyance =/= religion. Religion = idéologie momentanée. Conditions de la croyance = le fait qu'on puisse croire plus facilement, donc adhérer à une religion. Foi = vocation favorisée par les conditions de la croyance.


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17 réactions à cet article    


  • Arthur S Gwynplaine 17 septembre 2018 17:26

    Foi = fidélité

    croyance = superstition
    religion = lien (entre naturel et surnaturel et entre les êtres humains)
    intégrisme = névrose, perversion aboutissant à une psychose paranoïde

    • Arthur S Gwynplaine 17 septembre 2018 17:29

      @Gwynplaine

      le titre n’est pas adapté à l’article qui traite de tous les intégrismes religieux et pas seulement de l’islam qui connait les mêmes dérives que les autres monothéismes
      les polythéisme étant plus archaïques résistent mieux
      les shamans ont de l’avenir

    • Arthur S Gwynplaine 17 septembre 2018 17:32

      @Gwynplaine

      erratum 

      je voulais écrire : 

      foi = confiance (se fier à, j’ai foi en lui).

    • Le Vautre Oméga Vertagus 17 septembre 2018 19:13

      @Gwynplaine Les polythéismes ne sont pas mieux. Ils ont simplement disparu (dans leur majorité). Ce faisant, ils ne sont pas confrontés, en étant morts, au phénomène des intégrismes. L’hindouisme n’est pas un contre-exemple : les Jai Hind ! (nationalisme religieux, évidemment, comme l’hindouisme est une religion ethnique) ne feraient sinon pas florès sur le net indien.


    • Le Vautre Oméga Vertagus 17 septembre 2018 19:16

      De sorte que ce que je dis vaut non seulement pour toutes les religions, mais aussi pour toutes les civilisations, et (pourquoi pas ?), par extension, pour la psyché individuelle.


    • Arthur S Gwynplaine 17 septembre 2018 21:17

      Vous savez, Monsieur Bébert, les français restent très sensibles au tutoiement, même sans connaissance de l’histoire du pays et en particulier de la révolution. Dans notre culture, le « tu » reste le symbole de l’infériorité hiérarchique et la frontière entre vie publique et vie privée. 


      La révolution de 1789 qui avait tenté de rendre l’usage du « tu » systématique pour abolir la hiérarchisation de la société n’a pas réussi à l’imposer. La société restant hiérarchisée, le recours au « tu » rappelle la féodalité quand le noble tutoyait le paysan, parce qu’il était son supérieur et propriétaire.

      Or, vous n’êtes ni mon supérieur ni mon propriétaire. Vous n’êtes pas noble et je ne suis pas ignoble.

      Je sais bien qu’apprendre la forme du verbe à la deuxième personne du pluriel va vous demander un effort, mais cet effort est nécessaire si vous souhaitez entretenir avec moi des relations harmonieuses.

      Pour ce qui est de la teneur de vos propres articles et commentaires, peu me chaud (verbe chaloir, indicatif présent, troisième personne du singulier) votre propre pratique, et il me siérait que votre attitude envers les-miens se calquât sur la-mienne.

      • JC_Lavau JC_Lavau 17 septembre 2018 21:33

        @Gwynplaine. Peu me chaut.


      • Arthur S Gwynplaine 18 septembre 2018 07:43

        @bébert

        Pour ce qui est de vos performances, votre tableau de bord est éloquent !

         

        Difficile de commenter vos articles…


      • Alcastor 18 septembre 2018 17:14

        @Gwynplaine
        Bien envoyé, spirituel et d’une belle écriture....
        J’apprécie tout particulièrement le subjonctif imparfait final...
        Mais certains auront besoin d’un dictionnaire...

         


      • Crab2 18 septembre 2018 09:46

        Civilité  : tous les dictionnaires s’accordent à ne reconnaître au nom civilité que les deux sens suivants : au singulier, il désigne une manière courtoise et polie de vivre et de se comporter en société et, au pluriel, les manifestations de cette courtoisie et de cette politesse

        https://laicite-moderne.blogspot.com/2018/09/dictionnaire-du-savoir-vivre.html


        • Pierre Régnier Pierre Régnier 18 septembre 2018 11:35

          Article bien intentionné... et complètement à côté de la réalité.

          En France et en Europe l’islam, la plus violente des religions, ne progresse pas principalement, ou plus, par l’activité de ses composantes les plus violentes, celles qui tuent à l’école juive de Toulouse, à Charlie Hebdo, au Bataclan, à Saint Étienne du Rouvray...

          La soumission des responsables et décideurs qui ignorent volontairement la réalité islamique de toujours et de toutes les composantes est bien plus efficace : politiciens de droite et de la fausse Gauche, maires des grandes villes, directeurs de supermarchés, directeurs d’école et enseignants, journalistes, gouvernants...

          En ce moment ces derniers sont particulièrement écoeurants et lâches : ils laissent faire la monstrueuse promotion de l’islam AU BATACLAN, là où cette religion a fait près de 100 morts il y a quelques mois.


          • Zolko Zolko 18 septembre 2018 14:58
            Thèse intéressante. Ca me rappelle le « Punk is not dead » qui signifiait que si, justement, le punk était (déjà) mort.
             
            C’est comme le sauvetage de l’€uro : qui voudrait d’une monnaie qu’il faut sauver à tout prix ? Si un monnaie est faible au point de nécessiter d’être sauvée, c’est qu’elle n’est pas viable. Donnez-donc un seul exemple de monnaie qu’il faille sauver sans cesse ?

            • Le Vautre Oméga Vertagus 18 septembre 2018 17:19

              @Zolko Oui, encore que, l’économie et la religion sont deux domaines (très) différents. 


            • blablablietblabla blablablietblabla 18 septembre 2018 17:15

              Très bonne analyse , bon article. « la renaissance c’est dans les faits » l’art en général , mais chez ces tarées de salafiste même l’art est haram c’est dire .


              • Jonas 21 septembre 2018 15:43

                A l’auteur. 

                Les deux religions monothéistes nées des siècles avant celle fondée , par un marchand illettré et psychopathe, ont eu a leur tête, un législateur pour la première et un homme prêchant la paix pour la seconde. Le chef bédouin illettré , lui s’est appliqué à enseigner la haine ,les razzias , et les violes à ses nombreux compagnons. . Cela au VIIe siècle , nous sommes au XXIe siècle , les salafistes , les islamistes ,les jihadistes , les Frères musulmans, les Wahhabistes , Al-Qaïda comme l’Etat islamique , tirent leurs inspirations et leurs pratiques du Coran , des Hadiths et de la Sunnah. Ces différents groupes issus de l’islam , n’inventent rien , n’improvisent rien , ne fabriquent , ils puisent leurs sources et leurs comportements dans leurs écritures. 

                Qui mieux qu’un arabo-musulman et de surcroit palestinien , peut mieux exprimer ce qu’est l’islam . Je cite , Waleed Al-Husseini , habitant de Cisjordanie devenu athée a eu l’audace de critiquer l’islam en public, chose interdite dans les pays de la « religion de paix et d’amour ». Il fut arrêter , emprisonner et a réussi à fuir dans des conditions spéciales. 

                 Dans une interview voici ce qu’il dit : 
                (...)
                -Vous écrivez que Daesh est  << à 100% musulman >> . En quoi ?
                - W.AL.Husseini : Ils ont fait ce que Mahomet a ordonné, ils ont fait ce que les fondateurs de l’islam ont fait. Ils ont fait exactement ce qui est écrit dans le Coran et les Hadiths . Sauf sur un point : Ils couvraient les femmes , qu’ils vendaient comme esclaves , alors que selon Mahomet le fondateur de l’islam, elles devaient être nues. 

                -Considérez-vous que le salafisme « quiétiste » ou les Frères musulmans qui ne sont pas favorables au jihad , sont eux aussi dangereux ? 
                -Le problème n’est pas seulement le jihad, mais aussi le fondamentalisme . Et le fondamentaliste n’est pas seulement celui qui possède des armes. Le fondamentalisme est dans les esprits. Ces gens qui veulent faire passer leurs valeurs archaïques dans la société moderne , ces gens qui ne croient pas à l’égalité entre humains sont des fondamentalistes et c’est ce que les les Frères musulmans font : ils veulent que le foulard se répande partout , ils veulent aussi des commerces halal etc .Ils veulent l’islamisation de la société . Et si vous n’êtes pas d’accord , ils vous traiteront d’islamophobes. Et lorsque les jihadistes attaquent , ils disent eux aussi que c’est à cause de l’islamophobie. Donc les fondamentalistes et les jihadistes sont complémentaires et poursuivent le même but (...)

                • Le Vautre Oméga Vertagus 21 septembre 2018 18:50

                  @Jonas Je ne fais pas de jugement de valeur sur l’islam en tant que tel. Insulter les religions n’est pas ma lubie, même si je sais que c’est aujourd’hui une tendance qui rapporte lecteurs imbéciles & goujats consorts.


                • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 septembre 2018 14:11

                  @Vertagus

                  Vous ne faites pas de jugement de valeur sur l’islam et c’est bien votre faiblesse.

                  Mais vous la partagez avec beaucoup de citoyens français, de la fausse Gauche et de la vraie Droite, des médias dominants, du gouvernement...

                  Ce n’est pas une lubie que de vouloir raisonner sur l’islam en regardant sa réalité théologique et historique. C’est être responsable.

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