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Covid-19-Occident-Chine : Comment deux mauvaises politiques donnent une moins mauvaise politique. Le sens de l’humanité dans l’Histoire

 Comment comprendre le Covid-19 ? Il est évident que le sens de cette pandémie est très complexe. Cependant, à notre échelle humaine, elle peut avoir un sens. Qu’en est-il ? 

 

Une analyse faite par Jean-Paul Betbeze, économiste français, membre de plusieurs organisations européennes, membre aussi du Cercle des économistes, donne une analyse originale sur la situation économique mondiale qui a prévalu juste avant l’irruption du Covid-19. Il écrit :

« Ben Bernanke n’est plus à la barre de la Fed depuis janvier 2014, mais ses décisions vont encore peser pendant dix ans au moins : quinze ans d’influence ! Mario Draghi reste, pendant un an encore, à celle de la BCE, et ses décisions vont peser presque une décennie : dix ans d’influence ! Pourquoi ces persistances, indépendamment de la maestria de ces deux présidents ? Réponse : les magots de bons du Trésor accumulés des années durant, sous leur égide et au plus fort de la crise, sous le nom de code de Quantitative Easing. Il s’est ainsi agi de faire baisser les taux longs, en complément de ce qu’ils faisaient sur les taux courts en les menant à zéro : de la « répression financière » sur longue période, même si le mot paraît violent.

Avec cette dernière grande crise, la boîte à outils de la politique monétaire, la « toolkit », s’est renforcée. On connaît la traditionnelle arme des taux courts. On y a ajouté le langage, avec la « forward guidance », plus la surveillance bancaire, avec la stabilité macrofinancière, et surtout les trillions de bons du Trésor, acquis non sans difficulté ni suspicion au début.

Trillions dont on ne mesure pas tous les effets.

Ce magot à amortir, c’est le secret de la prolongation de l’effet des politiques monétaires actuelles. Bien sûr, le banquier central parle constamment de ses objectifs financiers. C’est l’inflation en zone euro – avec les broderies autour du « près de 2 % mais au-dessous, à moyen terme » que tisse Mario Draghi. (1)

 

Jean-Paul Betbèze parle de « magots » de bons de Trésor accumulés par les États-Unis et de l’Eurozone. Comment comprendre ? N’y a-t-il pas un sens voilé sur ces fameux magots sous le nom de code de Quantitative Easing mené par les deux plus grandes Banques centrales du monde, la Réserve fédérale américains (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE), et nommément, il annonce que Ben Bernanke n’étant plus à la barre de l’institution monétaire américaine depuis janvier 2014. Il sera remplacé par Janet Yellen, puis par Jérôme, depuis le 5 février 2018. Et Mario Draghi reste, pendant un an encore. Aujourd’hui il est remplacé par Christine Lagarde, depuis le 1er novembre 2019.

 

Mais leurs décisions vont peser au moins pour quinze ans d’influence pour le premier et dix ans au moins pour le second. Cela signifie en clair pour les Banquiers centraux suivants tant pour la Fed que pour la BCE, la politique monétaire sera en « pilotage automatique ». Du côté États-Unis, Janet Yellen que Jérôme Powell ou du côté Eurozone, Christine Lagarde, ne feront que continuer la stratégie des deux présidents des deux grandes Banques centrales du monde. Stratégie qui a pris son envol à l’ombre de la crise financière de 2008 qui est venu remettre en question tout l’édifice économique, financier et monétaire occidental construit depuis les années 1970.

 

Plus précisément depuis les crises monétaires à la fin des années 1960, qui ont fini par emporter le système du Gold Exchange Standard centré sur le dollar standard convertible en or. Et ces crises ont abouti, le 15 août 1971, à la fin de la convertibilité du dollar en or. Le passage du régime de change fixe au régime de changes flottants, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 et l’avènement du pétrodollar ont transformé le système monétaire international, datant des accords de 1944, à Bretton Woods (États-Unis).

 

  1. L’augmentation des bilans de la Fed et de la BCE pour sortir de la débâcle financière de 2008 

 

 Une question se pose. Quel est le sens de cette sortie de l’économiste français qui est allé jusqu’à appeler la politique monétaire non conventionnelle du nom de code, les « Quantitative easing, de politique monétaire secrète » et qui se rapportent aux « magots de bons du Trésor accumulés des années durant » pour les deux Banques centrales Fed US et BCE ? Pour répondre, définissons le processus des quantitative easing.

Tout d’abord, il faut rappeler que tout a commencé lorsque la crise financière a surgi en 2008, aux États-Unis. La détérioration économique qui a suivi a été très mal ressentie par les économies occidentales. Les banques centrales occidentales ont dû mettre en urgence une série de mesures financières pour sauver leurs systèmes bancaires, et ensuite procéder à des politiques de relance économique. La situation était très grave. Une forte hausse du chômage entraîne forcément une hausse des déficits publics pour répondre à la question de la protection sociale, ce qui a fait gonfler les dettes publiques de la plupart des pays occidentaux.

Pour la première fois, devant la crise, l’Occident était réellement ébranlé. D’autant plus que la crise immobilière en 2007 a été suivie de la crise financière en 2008. L’une était liée à l’autre. Surtout que la méfiance qui s’est instaurée entre banques craignant l’insolvabilité a mis à mal les économies occidentales. Par conséquent, tant le sauvetage que les plans de relance des économies occidentales commandaient des « politiques monétaires non conventionnelles », dites aussi « assouplissement monétaire quantitatif », en anglais « Quantitative easing » (QE) qui passaient par des injections de liquidités massives dans leurs systèmes bancaires. L’injection de liquidités devait rétablir la confiance entra banques, assouplir les conditions d’octroi de crédits financiers, et donc réduire le coût de l’accès au financement des entreprises et des ménages et favoriser la relance de l’économie.

Au total, entre 2008 et 2014, la Banque centrale américaine a procédé à trois programmes de rachats d’actifs financiers ou Quantitative easing (QE1, QE2, QE3) et une opération Twist. Le QE1 a débuté en novembre 2008 et prit fin en mars 2010. Le QE2 de novembre 2010 à juin 2011. Le troisième cycle d’assouplissement monétaire QE3 de septembre 2012 au 30 octobre 2014.

L’objectif de ces émissions monétaires pour relancer l’économie occidentale a été atteint puisque, après 6 années d’injections monétaires, la situation s’est nettement améliorée. Il faut rappeler qu’après avoir injecté 85 milliards de dollars par mois du QE3, entre 2012 et 2013, la Fed a échelonné la dernière tranche du QE3, par 10 milliards de dollars par mois, de février 2014 jusqu’à son extinction en octobre 2014.

A la fin du dernier programme de quantitative easing, le journal économique et financier français, La Tribune, écrit : « Les actifs portés au bilan de la Réserve fédérale américaine (Fed), gonflés par sa politique monétaire ultra-accommodante, ont atteint 4.008 milliards de dollars, selon les chiffres publiés par la Fed jeudi. Et ce n'est pas fini. [...] A titre de comparaison, avant la crise financière de 2008, celui-ci ne dépassait pas 900 millions. » (2) Mars 2020, le bilan de la Fed a atteint 4700 milliards de dollars.

Si les bilans de la Fed et de la BCE ont continué à augmenter, il faut indiquer que c’était à la fois pour soutenir leurs économies mais aussi pour faire baisser les taux d’intérêt à long terme des obligations et bons de Trésor. La Fed et la BCE ont acheté en masse des bons du Trésor. Par exemple, en décembre 2013, comme la Tribune.fr écrit : « Pour rappel, les actifs portés au bilan de la Fed sont notamment composés d'obligations du Trésor pour 2.200 milliards de dollars, de titres adossés à des créances hypothécaires pour 1.500 milliards et d'autres actifs immobiliers. ... malgré la baisse des rachats d'actifs.

Or le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a annoncé mercredi une diminution progressive de ces achats d'actifs qui vont passer à partir de janvier de 85 milliards de dollars à 75 milliards de dollars par mois. Ces injections de liquidités continueront de diminuer au cours de 2014 tant que le taux de chômage baissera et à condition que l'inflation reste sous contrôle. » (2)

Ces 4.700 milliards de dollars de rachats de bons de Trésor et de titres de créances hypothécaires par la Fed américaine que l’économiste français Jean-Paul Betbeze appelle des « magots de bons de Trésor accumulés durant  », dont le plus grand montant d’actifs rachetés s’est opérée entre 2008 et 2014, nous interpelle pour comprendre l’impact qu’ils ont sur l’économie mondiale. En 2013, le bilan de la Fed avait atteint 4.008 milliards de dollars.

 D’autant plus qu’elle n’est pas la seule concernée par les programmes d’achats de titres de créances qui sont essentiellement des bons de Trésor et obligations d’Etat, et des titres privés tels les subprimes (les créances hypothécaires à risque). La Banque centrale européenne a aussi mené une politique monétaire non conventionnelle depuis la crise financière de 2008. Les LTRO, TLTRO et QE sont aussi des rachats de titres publics et privés. Y compris les Banques centrales du Royaume-Uni et du Japon. Mais ce sont surtout la Fed et la BCE qui ont eu le plus grand rôle dans le rachat de titres publics (dettes souveraines).

 Le volume de rachats de titres publics par la Banque centrale européenne dépasse sensiblement celui de la Fed américaine. « En juin 2019, le bilan de rachats d’actifs de la BCE atteint 4690,44 milliards d’euros, ce qui représente environ 40,5 % du Pib de la zone euro. (Pour la Fed c’est 18,3% du Pib US, pour le Japon 102,3% du Pib Nippon, et pour la Suisse 117,7% de son Pib.) » (3)

Le 20 mars 2020, le bilan de la BCE, augmente encore, il s’élève à 4927,267 milliards d’euros.

Si les liquidités injectées pour sortir les « économies occidentales de la débâcle financière de 2008 » ont joué un rôle essentiel dans le sauvetage du système bancaire et la relance économique en Occident, une nuance cependant est à observer entre l’usage des politiques monétaires conventionnelles et non conventionnelles. Pourquoi une politique monétaire non conventionnelle se différencie tant d’une politique monétaire classique, tant dans son emploi et les avantages qu’elle est censée apporter et que n’apporte pas une politique monétaire classique. Comparons-les. 

 

  1. Différences entre les politiques monétaires conventionnelles et non-conventionnelles faibles voire nulles

 
 La première remarque qu’il faut souligner, c’est que les liquidités injectées dans le cadre d’une politique monétaire non conventionnelle n’ont pas été des prêts aux banques en échanges d’actifs (bons de Trésor, obligations, créances hypothécaires), mais des rachats d’actifs. Ce qui est nouveau.

Dans une politique monétaire classique, la Banque centrale peut prêter des liquidités à une banque commerciale qui ne trouve pas le montant nécessaire auprès des autres banques, et, dans le cadre de sa politique dite d’« open market », accorde un prêt à une banque en difficulté à un taux d’intérêt appelé « taux des opérations principales de refinancement » ou « taux directeur ». La banque doit pour cela apporter à la Banque centrale des garanties sous la forme de titres de créances de qualité qu’elle détient. Et ce mode d’intervention de la Banque centrale est dit « conventionnel ».

 Pour une politique monétaire non conventionnelle, une Banque centrale peut prendre des mesures de refinancement massif des banques, lorsque la situation du système financier et bancaire l’exige. Par exemple, une grave crise bancaire généralisée, une faillite boursière avec une chute du marché des actions et obligataire, de l’immobilier et s’installe par la suite une situation de méfiance entre les banques commerciales. Celles-ci ne se prêtent plus de peur de de ne pas recouvrer leurs avoirs prêtés.

 Ainsi la Banque centrale devient un prêteur de dernier de ressort. L’assouplissement dans le cadre de la politique dite non conventionnelle peut être à la fois qualitatif et quantitatif. Pour l’assouplissement qualitatif, les règles d’accès à un refinancement par la Banque centrale sont étendues à d’autres actifs éligibles tels, par exemple, les créances hypothécaires à risque ou subprimes. Par assouplissement quantitatif ou « Quantitative easing » (QE), on entend le rachat massif d’actifs financiers par la Banque centrale. En effet, le but de ces injections monétaires, via les rachats d’actifs, est dans un premier temps de sauver les banques qui peuvent être sauvées d’un dépôt de bilan (faillite), de faire baisser les taux longs dans le marché obligataire et, dans un deuxième temps, relancer ensuite l’économie.

Si on compare la mise en œuvre des politiques monétaires conventionnelles et non conventionnelles, on constate qu’au final la différence réside essentiellement dans l’« achat » d’actifs pour un assouplissement quantitatif non conventionnel et le « prêt » pour un assouplissement quantitatif conventionnel. Mais si on regarde les effets des deux politiques monétaires conventionnelles ou non, on s’aperçoit qu’en fait, dans les deux cas, le bilan de la Banque centrale grossit. Si la crise financière et bancaire est sévère, la Banque centrale qui aura opté pour un politique monétaire classique, et qui aura prêté massivement des liquidités en échange des titres mis en pensions auprès d’elle, sera obligée d’allonger la durée de ses prêts et même d’augmenter massivement la création monétaire ex nihilo, et donc des fonds prêtables, si la situation de l’après-crise n’est pas rétablie.

 Le bilan de la Banque centrale grossit forcément dans le cas d’une politique monétaire classique, mais la Banque est couverte par les garanties en titres de créances que les banques lui ont apportées.

 Pour la politique monétaire non conventionnelle, le mode de financement adopté par la Banque centrale n’est pas le prêt mais le rachat de titres de créances, et la même situation se retrouve dans les deux modes. Le bilan de la Banque centrale est grossi des créances que les banques lui ont apportées soit mises en pension donc comme garanties soit rachetées. Lorsque la crise est dépassée et que l’économie est relancée, dans les deux cas de politique monétaire classique ou non conventionnelle, la Banque centrale, en remettant sur le marché les titres de créances, recouvre les fonds accordés. Que ces titres de créances soient dans le mode classique de mises en pension (gages) prêts ou dans le mode non conventionnel de rachats.

 En effet, dans le mode de prêts sur gages, les banques qui lui remboursent les liquidités qu’elle a créées reprennent leurs créances, dans le mode de rachat, la BC qui procède à la vente des créances recouvre les liquidités monétaires qu’elle a créées. Et, dans les deux cas, la Banque centrale procède à la destruction des liquidités créées.

 Dès lors la question se pose pourquoi les grandes Banques centrales occidentales se sont entendues pour « appeler » le mode de rachat des titres publics et privés de « politique d’assouplissement monétaire quantitatif ou non conventionnel » puisque les deux modes classique ou non sont pratiquement similaires. Et les différences qui existent influent peu sur l’effet, puisque qu’elles prêtent ou qu’elles rachètent, les liquidités créées après qu’elles les aient recouvrées doivent être détruites. Leurs bilans s’assainissent.

 Il existe, par conséquent, une énigme dans la politique monétaire non conventionnelle. En clair, cette politique monétaire n’exprime pas tout, elle a un autre sens, et explique pourquoi l’économiste français Jean-Paul Betbeze a intitulé le titre de son article : « Quantitative easing : la politique monétaire secrète ».

 D’autre part, pourquoi la politique monétaire non conventionnelle a été utilisée pour la première fois aujourd’hui ? Alors que les occasions n’ont pas manqué dans les crises passées. Sans remonter loin, se rappeler seulement le krach des valeurs technologiques en 2000 et les krachs qui ont suivi en cascade, entre 2001 et 2002. Le marché des actions dans toutes les Bourses du monde a dévissé entre 30 % et 60 % en l’espace de trois ans. Alors que le marché obligataire s’est envolé, les taux d’intérêt longs ont fortement augmenté. Et c’est normal en période de crise financière, les investisseurs demandent des rendements supérieurs compte tenu de la prise de risque, d’une part, et de la crise de liquidités, d’autre part.

 La politique monétaire non conventionnelle menée pour la première fois, lors de la crise financière de 2008, par la Banque centrale américaine (Fed) et suivie par les Banques centrales de la zone euro, du Royaume-Uni et du Japon n’a pas tout dit sur le sens qu’elle apporte en termes de « finance » et de « bénéfices » à l’Occident.

 

  1. Le danger de l’endettement extérieur de l’Occident

 

 Pour répondre à ces questions, étudions le processus de la politique monétaire non conventionnelle mené par la Fed américaine comme il s’est déroulé. Surtout que cette politique, dans le principe, est pratiquement identique à la politique monétaire conventionnelle. La seule différence se trouve dans le rachat des actifs au lieu de la mise en pension des actifs.

 Tout d’abord, la crise financière de 2008 est survenue et il fallait à tout prix la dépasser, cela a été le but des programmes d’assouplissement monétaire massif non conventionnel. Il y avait aussi la nécessité d’instaurer des politiques d’austérité drastiques surtout en Europe pour diminuer les déficits publics et regagner en compétitivité, ce qui a été une exigence soutenue. Aujourd’hui, les États-Unis prônent une politique protectionniste pour éviter que la Chine soit toujours gagnante dans leur commerce avec elle. Et elle l’est toujours, ce qui provoque des tensions internationales et l’incertitude ne cesse de gagner et d’hypothéquer l’avenir du monde, sans savoir où le monde va.

Il fallait aussi éviter que les liquidités créées ex nihilo par les Banques centrales, dans le cadre des quantitative easing, soient inflationnistes. La création monétaire ex nihilo par les Banques centrales occidentales, surtout américaine et européenne, et déversée dans l’économie, ne pouvait que créer de l’inflation et augmenter l’endettement public de l’Occident.

Alors comment les Banques centrales occidentales ont-elles réagi ? Prenons les deux premières – la Fed américaine et la BCE – qui comptent pour plus de 80 % dans les monnaies internationales en circulation dans le monde, entre monnaies de réserves et de compte dans les échanges commerciaux. Puisque les programmes d’assouplissement monétaire non conventionnel ne portent que sur les rachats de titres publics et privés, qu’en est-il des injections massives de liquidités créées ex nihilo par ces Banques centrales ?

 Pour les rachats de titres privés, à savoir les créances hypothécaires à risque, il ne faut pas oublier que les créances hypothécaires rachetées sont adossées à des contreparties immobilières. Dès lors que le marché immobilier américain se reprend, elles seront revalorisées. Achetées à des prix bas, eu égard de la crise immobilière, puis remises sur le marché par la Fed et la BCE, ces Banques feront forcément des bénéfices qu’elles peuvent octroyer au Trésor. Donc qu’elles grossissent les bilans des Banques centrales importe peu puisqu’elles sont en stand-by, donc à l’arrêt, en veilleuse, et surtout adossées à des contreparties physiques réelles (maisons, immeubles hypothéqués).

 Quant aux titres publics, c’est-à-dire les bons de Trésor, obligations d’État, etc., racheter directement sur le marché primaire serait une mauvaise solution. Puisque les Banques centrales, en achetant directement au Trésor, ne feront que financer les dépenses du Trésor qui va, à son tour, financer les dépenses publiques, ce qui, par une augmentation monétaire dans le circuit économique, fera inévitablement monter l’inflation. Et puis les textes juridiques interdisent la monétisation directe des dépenses publiques du Trésor par les Banques centrales.

Or, dans la situation règlementée des émissions de titres publics, le Trésor, dans ses émissions de bons de Trésor, est tenu de vendre les titres publics aux « Spécialiste en valeurs de Trésor » (SVT ou en anglais ou primary dealers), qui sont des banques commerciales, des maisons de courtage, etc., accréditées, chargées de commercer ces titres (ventes et achats) sur le marché secondaire.

 Donc, la seule solution pour les Banques centrales occidentales est le rachat de titres publics sur le marché secondaire. Mais, en 2008, il y avait problème surtout sur les bons de Trésor. En effet, tandis que les taux d’intérêt court directeur ont fortement baissé, les taux longs ont fortement augmenté. Et ce par le fait que la panique a survenu lors de la crise financière, et tout le monde s’est mis à vendre des titres publics et privés du fait de l’endettement des agents économiques. Et cela a concerné les banques, les institutions financières et non financières, les ménages, tous porteurs de titres. Situation qui a fait fortement baisser le marché des actions, les « prix des titres publics » ont aussi baissé du fait de la demande de liquidités. En revanche, les « taux d’intérêt long » ont augmenté sur le marché obligataire du fait que les investisseurs demandaient un rendement plus grand pour l’acquisition de titres.

 Le premier objectif des Banques centrales était donc de faire « baisser les taux longs », complément de ce qu’ils faisaient sur les taux courts en les menant « à zéro », comme l’a écrit l’économiste français Jean- Paul Betbeze. Mais le volume de titres publics en circulation est restreint. Et cela pose un problème important pour les QE qui devaient être massifs pour les Banques centrales, dont l’objectif était le sauvetage de leurs systèmes bancaires et la relance de leurs économies.

 En effet, les bons de Trésor ne sont pas détenus que par les résidents américains et européens. Ils sont détenus aussi par les non-résidents, c’est-à-dire des pays étrangers tels la Chine, les pays émergents d’Asie et d’Amérique du Sud et les pays exportateurs de pétrole dont les pays arabes.

 Dans une analyse dans le monde.fr, « Ce sont les pays exportateurs de pétrole, la Grande-Bretagne et la Russie qui assument la charge financière du creusement de la dette du Trésor des USA [...] L’accroissement de la dette de marché a été assuré par deux grands investisseurs : les investisseurs américains et les investisseurs étrangers qui se partagent moitie-moitié la dette aujourd’hui. Il s’agit là des calculs du Trésor qui corroborent imparfaitement les chiffres que nous avons cités plus bas. Les grands investisseurs asiatiques possèdent près de 50 % de la dette avec une tendance à l’effritement de leurs avoirs en pourcentage. » (4)

 Cette analyse du journal Le Monde fait ressortir que près de 50% de la dette sont détenus par des investisseurs étrangers. De plus, la dette publique totale des États-Unis est organisée, en deux parties. Une concerne la dette intragouvernementale qui n’est pas mise sur le marché, un peu plus de 30 % sur la dette totale, l’autre porte sur la dette de marché, i.e. le restant, un peu plus de 60 % sur la dette totale. Et c’est cette partie qui est mise sur le marché qui est détenue par des investisseurs résidents et non-résidents (étrangers). En février 2019, la dette américaine a atteint 22 000 milliards de dollars. Si on prend la dette de marché, d’environ 60 % de la dette publique totale, on constate qu’elle est de l’ordre de 13.200 milliards de dollars. Et, à raison de moitié-moitié entre les investisseurs américains et étrangers, 6600 milliards de dollars sont détenus par des résidents américains et 6600 milliards de dollars par des non-résidents (étrangers). Une situation qui rend l’endettement américain ne cessant d’augmenter réellement problématique pour un futur proche de l’économie américaine.

Et cette problématique de l’endettement extérieur de l’Occident est en fait risquée. Pourquoi ? Pour la simple raison que si l’Occident continue de s’endetter, qu’une partie importante de la dette publique est détenue par les pays étrangers, qui est en fait une dette extérieure, les pays étrangers à force d’accumuler des excédents commerciaux et donc des réserves de change qui viendront se placer en bons de Trésor américain et européens, auront une influence grandissante sur l’économie occidentale. Ce qui, dans le fond, n’est pas positive.

D’autre part les programmes des quantitative easing menés par les Banques centrales américaine et européenne ont fait monter le pétrole à des sommets entre 2008 et 2014. Hormis le 2ème semestre de 2008, suite à l’éclatement de la crise financière, le prix du baril de pétrole est resté haussier, fluctuant entre 100 dollars et 120 dollars en moyenne. La création monétaire ex nihilo massive durant cette période de crise était telle qu’il a fallu un autre pondérateur en plus du pétrole pour éviter une dépréciation dangereuse et incontrôlée du dollar US. Ce deuxième pondérateur a été l’« or  » qui est passé de 280 dollars l’once en 2001 à près de 1900 dollars fin 2011. Le prix de l’once d’or a été multiplié en une décennie par six. Sans oublier un troisième pondérateur qui a joué fortement entre 2007 et 2009, ce sont les hausses drastiques des produits de base alimentaires qui d’ailleurs ont provoqué une grave crise alimentaire dans le monde. L’objectif de ces pondérateurs étant d’absorber les formidables liquidités monétaires émises ex nihilo par les Banques centrales occidentales. Sinon se produisait une hyperinflation dans le monde.

Précisément cette forte hausse du pétrole grâce à la politique monétaire occidentale non conventionnelle a permis aux pays exportateurs de pétrole d’engranger encore des excédents commerciaux massifs. D’abord entre 2003 et 2008 avec une politique monétaire conventionnelle, ensuite non conventionnelle, entre 2008 et 2014. Et donc des réserves de change considérables faisant de ces pays aussi des créanciers importants pour l’Occident.

Une situation qui ne fera qu’augmenter, en Occident, la consommation en pétrole et en produits étrangers surtout made in china. Résultat : avec une balance commerciale déficitaire, un solde public déficitaire et donc l’endettement extérieur, l’Occident se met dans la posture du débiteur même si c’est lui qui créé l’argent. » Et les intérêts risquent de pousser à la hausse la dette extérieure occidentale.

 

  1. L’apport stratégique des politiques monétaire non conventionnelles. La chute du pétrole « programmée » ?

 

  Quelle sera alors la démarche à prendre dans la politique monétaire non conventionnelle menée par les Banques centrales occidentales pour répondre aux risques que suscite un endettement en hausse ? Comme nous l’avons dit, cela ne peut pas passer sur le marché primaire qui est une mauvaise solution, de plus ce mode de financement est interdit par la loi. Par ce mode, les Banques centrales, en achetant directement des titres publics au Trésor, ne feront que financer les dépenses du Trésor qui, à son tour, finançant ses dépenses publiques, va augmenter la masse monétaire dans le circuit économique, ce qui fera inévitablement monter l’inflation, entraînant la destruction lente de l’épargne. Et c’est la raison pour laquelle est interdite par les textes de lois la monétisation directe des dépenses publiques du Trésor par les Banques centrales.

 La seule solution qui reste passe par le rachat de titres publics sur le marché secondaire. Comme nous l’avons développé plus haut, le rachat des créances hypothécaires ne pose pas problème puisque celles-ci sont adossées à des contreparties physiques réelles, l’immobilier hypothéqué. Et celui-ci avec le dépassement de la crise, et revalorisé, les créances revendues permettront le remboursement de liquidités créées et leur destruction ultérieure.

 Mais, pour le rachat de titres publics, la situation est plus complexe, elle pose problème. En effet, avec la crise financière en 2008 qui a imposé le sauvetage des banques, et donc la création monétaire ex nihilo menée par les Banques centrales imposaient aux banques commerciales occidentales d’apporter des contreparties, c’est-à-dire des titres publics (bons de Trésor, obligations, etc.). Mais, au fur et à mesure que les rachats de titres publics s’opéraient, ces titres devenaient de plus en plus rares. Les Banques commerciales, les institutions financières, les ménages comme les Banques centrales des pays étrangers ou de résidents étrangers n’étaient pas tous enclins à vendre leurs bons de Trésor et obligations, préférant les détenir à leur actif. Seules les banques endettées, en situation difficile, et qui avaient un besoin urgent de liquidités, étaient obligées de vendre. De même pour les autres institutions financières (fonds de pensons, assurances, etc.) en difficulté. Quant aux autres banques moins touchées, les titres publics qu’elles détenaient leur permettaient d’avoir des fonds propres suffisants, pour pouvoir répondre au ratio de liquidité règlementaire.

 Pour les non-résidents, c’est-à-dire les pays étrangers, ils n’avaient pour la plupart aucun besoin urgent de liquidités. Bien plus, grâce aux programmes de quantitative easing, ces pays ont enregistré de 2008 au premier semestre 2014, des excédents commerciaux considérables, et par conséquent des réserves de change en augmentation durant toutes ces années, qu’ils plaçaient aux États-Unis et en Europe. Et, par ces placements en bons de Trésor, finançant les déficits occidentaux, ils dopaient en retour leur commerce extérieur, par les exportations vers l’Occident. Ce qui fait que ces pays n’avaient aucune raison de vendre les titres publics qu’ils achetaient auprès des banques occidentales. Bien plus, ils en accumulaient via leurs excédents commerciaux.

 Que restait-il alors pour les rachats de titres publics qui devenaient de plus en plus rares ? Précisément, vu les montants considérables prévus pour les rachats, le seul moyen qui restait pour mener avec succès les programmes de quantitative easing était de s’adresser directement aux primary dealers ou Spécialiste en valeurs de Trésor (SVT), c’est-à-dire les grandes banques commerciales accréditées dans la vente et l’achat des titres publics par le Trésor américain et européen. Et ce sont ces banques SVT qui sont chargées de la gestion de ces titres et donc de la dette souveraine américaine et européenne. Le gros des titres émis par les Trésors publics a été vendu par les SVT aux résidents et non-résidents, et les passifs des actifs vendus sont inscrits dans leurs bilans. Et ces banques SVT sont tenues de rembourser avec intérêts les bons de Trésor qui leurs sont présentés par leurs clients lorsque ceux-ci arrivent à maturité, ou s’ils ne le sont pas, sont négociés selon leur cours sur le marché.

 Cette situation fait qu’il ne reste qu’une alternative pour la Fed et la BCE : « acheter les passifs des titres publics que les banques accréditées aux États-Unis ou en Zone euro ont vendu sur les marchés secondaires ». Mais se pose la question : « quels passifs de titres publics faut-il acheter ? Ceux détenus par des résidents ? Ou ceux détenus par les non-résidents ? » 

 Il est évident que si les passifs des actifs des résidents sont achetés, les capitaux qui seront versés et bloqués dans les comptes que les banques SVT ont auprès de leurs Banques centrales respectives serviront à rembourser les clients résidents au fur et à mesure que ces derniers présenteront leurs actifs. Ces achats de passifs qui serviront à rembourser les clients résidents ne feront qu’augmenter la masse monétaire en Occident. Et celle-ci fera monter l’inflation. En outre, ces capitaux injectés qui vont circuler dans l’économie serviront aussi à augmenter la consommation de produits étrangers, entraînant l’Occident à s’endetter plus vis-à-vis du reste du monde.

 Donc les rachats de passifs des actifs des résidents doivent être limités au maximum. Par contre, les rachats des passifs des actifs des non-résidents, c’est-à-dire la Chine, les pays émergents, les pays exportateurs de pétrole, sont très intéressants pour l’Occident. Puisqu’ils offrent deux avantages majeurs. Le premier, les capitaux remis par les Banques centrales américaine et européenne en échange de passifs seront bloqués dans les comptes que les banques SVT ont auprès de leurs Banques centrales respectives et serviront à rembourser les non-résidents lorsque ces derniers viendront présenter au fur et à mesure leurs actifs pour remboursement. L’avantage majeur ici est que la grande partie des liquidités créées ex nihilo par les Banques centrales et qui serviront à rembourser les non-résidents ne va pas circuler en Occident du moins très peu mais dans les échanges internationaux, en particulier avec la Chine. Puisque les non-résidents qui vendront à l’Occident leurs actifs achetés auparavant auprès de l’Occident vont avoir besoin de liquidités pour importer des biens et services pour leurs pays. De plus, non seulement le processus de rachat des passifs des actifs des non-résidents évite l’inflation mais il est déflationniste pour l’économie occidentale.

 Le deuxième avantage, les actifs (bons de Trésor, etc.) vendus par les non-résidents aux banques occidentales, qui, à leur tour, les remettent à leurs Banques centrales respectives, se traduit aussi par un désendettement progressif. En clair, les quantitative easing ou les politiques monétaires non conventionnelles deviennent un instrument de désendettement de l’Occident vis-à-vis du reste du monde. Et on comprend le vrai sens du mot « non conventionnel  » pour qualifier les nouvelles politiques monétaires non occidentales.

 Et on comprend aussi pourquoi les États-Unis ont mis fin au QE3 en octobre 2014. Et au deuxième semestre avec la fin de la création de liquidités, dans le cadre du QE3, le prix du baril de pétrole qui a été «  programmé » a commencé à chuter, passant de plus de 110 dollars en juin 2014 à 50 dollars en décembre 2014.

 Précisément la chute considérable du prix du pétrole avec l’arrêt des quantitative easing va transformer les excédents commerciaux des pays exportateurs de pétrole en déficits commerciaux, à partir de 2014. Et ces pays exportateurs qui enregistrent depuis cette date des déficits commerciaux vont se retrouver à puiser, année après année, dans leurs réserves de change, celles-ci étant placées en Occident en bons de Trésor et obligations aux États-Unis et en Europe.

 C’est ainsi que, chaque année, ces pays présentent des actifs selon leurs besoins de liquidités en dollars et en euros aux Banques SVT qui alimentent leurs comptes en monnaies centrales, tirées précisément des liquidités en monnaie centrale bloquées issues des quantitative easing. Ainsi, chaque fois que diminuent les réserves de change des pays exportateurs de pétrole (pays arabes, Russie, pays d’Opep...), diminuent aussi l’endettement extérieur américain et européen.

 Une telle diminution des réserves de change des pays du reste du monde engendre inévitablement une « diminution des échanges » puisque ces pays sont tenus de mettre en œuvre des politiques économiques très restrictives, donc austéritaires, dans le but de limiter les dépenses extérieures, c’est-à-dire les importations de biens et services. Ces politiques cherchant à éviter une fonte rapide des réserves de change impactent nécessairement le commerce mondial. On le constate depuis 2014, du moins avant que la crise sanitaire n’éclate. Le Covide-19, il faut le souligner, a complètement bouleversé aujourd’hui la situation économique mondiale.

Reste que la croissance pour les pays du reste du monde, entre 2014 et 2019, a été très anémique, ce qui ne peut qu’impacter à moyen terme l’économie occidentale.

 Pour ce qui est de la situation des réserves de change aujourd’hui, la Chine à elle seule a perdu environ 1000 milliards de dollars sur les 4000 milliards qu’elle avait engrangés sur au moins vingt années depuis son ascension fulgurante au début des années 2000. La banque mondiale donne des chiffres effarants. Pour la Chine, les réserves de change sont passées de 3859 milliards de dollars à 3345 milliards de dollars en 2015, et à 3030 milliards de dollars en 2016. Un quart des réserves de a Chine se sont pratiquement évaporé en deux ans. En 2017, ses réserves de change ont légèrement augmenté, à 3159 milliards de dollars puis de nouveau ont baissé en 2018, à 3092 milliards de dollars. (5)

 Pour les autres pays, notamment l’Arabie saoudite, ses réserves de change sont passées de 731,92 milliards, en 2014, à 495,99 milliards de dollars, en 2017. Pour l’Algérie, les réserves ont aussi fondu. De 194,712 milliards de dollars, en 2013, les réserves de change ont baissé à 179,618 milliards de dollars, en 2014. A partir de cette date, elles ne cessent de baisser, vu les déficits de sa balance des paiements. En avril 2019, les réserves de change de l’Algérie se sont élevées à 72,6 milliards de dollars. Soit une perte franche de 122,112 milliards de dollars en quatre ans et 10 mois pour l’Algérie. (6) 

 

  1. Les QE des « armes de destruction massive » ?

 

 Que peut-on dire de ce qu’a appelé l’économiste français Jean-Paul Betbeze « les magots de bons du Trésor accumulés des années durant. » Ce sont certes des magots, de trésors issus des QE, c’est-à-dire de la création monétaire adossée sur rien, mais dans la réalité, les États-Unis et l’Europe, sans les quantitative easing, auraient-ils pu continuer à consommer, à importer des biens et richesses du monde, et donc à s’endetter, sans risque d’un clash de leurs économies, et à leur suite, le clash de l’économie du monde, c’est-à-dire l’ensemble des pays du monde. Ce qui signifie que les QE étaient nécessaires et peu importe qu’ils étaient issus de la création monétaire ex nihilo.

Ce qui compte, au-dessus de tout, n’est-ce pas la création de richesse, la consommation et l’emploi qui permet précisément cette création de richesse, et s’applique aussi bien à l’Occident qu’au reste du monde. D’autant plus que si le bilan d’une Banque centrale augmente, et ces 4700 milliards de dollars, par exemple, n’implique pas le peuple dans le sens qu’il n’est pas concerné. Si on prend un syllogisme simple, le peuple est l’État, et l’État est le peuple, et si le peuple n’est pas endetté, l’État aussi n’est pas endetté. Par conséquent, les 4700 milliards du bilan de la Banque centrale ne sont que de l’écriture comptable, sans impact sur l’État.

Détenir 4700 milliards de dollars n’a de sens pour la Fed que si le peuple lui doit de l’argent. Or, la Fed a racheté les bons de Trésor, et c’est le Trésor qui lui doit de l’argent, mais le Trésor public comme la Fed sont l’État. C’est comme si la Fed et le Trésor public sont un même homme, et cet homme s’endette sur lui-même, il prête à lui et rembourse à lui, ce qui est impossible. D’autant plus que ces liquidités émises ont créé la richesse et participé à la consommation et au sauvetage et à la relance de l’économie.

Donc, on comprend l’importance de la politique monétaire non conventionnelle. Et pourquoi la création monétaire a été portée à des sommets, non par les prêts mais par les achats. Parce que les prêts resteront pendants, alors que les achats libèrent le système bancaire et le peuple. Or, sur le plan de la dette extérieure occidentale, le processus qui s’est enclenché depuis les années 2000 et se résume comme suit. D’un côté, les pays du reste du monde enregistrent sans cesse des excédents commerciaux, et donc des réserves de change qu’ils accumulaient qui étaient de l’argent-dette que l’Occident émettait, et de l’autre côté, l’endettement occidental sans cesse en augmentation, par perte de compétitivité et de déficits extérieurs récurrents. Ce processus ne pouvait être viable ni pour une partie ni pour l’autre.

Un processus qui ne reposerait que sur la consommation et l’endettement occidental et l’accumulation des réserves de l’autre sera à la fin très préjudiciable à l’Occident et ne rendra pas service au reste du monde. Puisqu’à un certain niveau des réserves de change, l’Occident va se trouver « prisonnier  » dans ses émissions monétaires, et viendra le moment où l’Occident sera sommé de vendre ses ports, ses aéroports, ses autoroutes, etc. Et ce processus ne pourrait marcher puisqu’une colonisation par la finance est impossible pour les grandes puissances dans le sens qu’en tant qu’émetteurs de monnaies internationales, ils peuvent toujours provoquer une hyperinflation monétaire mondiale qui fera fondre la valeur des réserves de change des pays du reste du monde.

Si, par exemple, le dollar perd 90 % de sa valeur d’aujourd’hui, et les autres monnaies occidentales suivent le mouvement, et tous les prix remontent de 1 à 10, et opéré de manière concertée entre les pays occidentaux, les 3000 milliards de dollars que détient la Chine ne vaudront plus que 300 milliards de pouvoir d’achat après l’hyperinflation, soit une perte de 2700 milliards de dollars pour la Chine.

Rappelons aussi le clash de l’économie soviétique. L’URSS ne détenait pas une monnaie internationale. Et avec l’endettement mondial des années 1980, et l’économie soviétique qui a commencé à s’endetter, la Banque centrale de l’URSS a massivement émis des liquidités adossées sur rien. Résultat, le pain qui coûtait 5 roubles, par exemple, a flambé. Une inflation à 2000%. Les magasins étaient pratiquement vides. L’URSS importait difficilement les produits de première nécessité. Il fallait accepter les conditions d’aides occidentales, i.e. les programmes structurels. On connaît la suite. L’URSS a cessé d’exister en 1991.

Or, si l’Occident appliquait des mesures protectionnistes sévères à la Chine, et provoquait une hyperinflation dans le monde, et les prix des biens et services qui flambaient après le choc de la chute de la valeur des monnaies qui se généralisait partout dans le monde, provoquant la montée des salaires au prorata de la hausse des prix dans le monde, il est clair que l’Occident en souffrirait, mais la Chine en souffrirait doublement d’abord par l’hyperinflation qui fera fondre ses réserves de change, et ensuite par la montée protectionniste en Occident, ce qui constituera une secousse grave à l’emploi en Chine, et partout dans le monde.

On voit là que « ni la Chine (et surtout la Chine) ni l’Occident n’ont intérêt dans ce cas de figure extrême.  » Et on comprend la prudence dans les négociations États-Unis-Chine.

Cependant si la situation est claire entre les deux pôles de puissance, la situation est autre pour le troisième pôle qui est dépendant de ces deux pôles, en particulier du pôle occidental. Et il constitue plus de la moitié de la population mondiale dont une grande partie vit au-dessous du seuil de pauvreté. Ce sont essentiellement les pays pauvres du Moyen-Orient et Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne, d’Europe et d’Asie centrale, d’Asie du Sud, d’Amérique latine et les Caraïbes.

Aussi peut-on dire que si les QE sont certes nécessaires et peu importe qu’ils soient issus de la création monétaire ex nihilo, il demeure qu’ils sont devenus de véritables « ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE » pour les réserves de change des pays du reste du monde. L’affrontement Occident-Chine fait de cette population du monde, des « victimes collatérales ».

Comme nous l’avons mentionné plus haut, les réserves de change de la Chine ont fortement baissé, une perte de près de 1000 milliards de dollars entre 2015 et 2016. Pour l’Arabie saoudite, une perte de plus de 250 milliards de dollars. Et c’est valable pour tous les pays émergents notamment ceux du BRICS. L’Algérie a perdu en réserves de change plus de 120 milliards de dollars, soit 63 %, entre 2014 et 2019.

Si rien n’est fait, rien n’arrête cette fonte inexorable des réserves de change, les pays pauvres ou en développement qui constituent la plupart des pays dépendant que des exportations de matières et de pétrole vont progressivement s’asphyxier sur le plan financier et monétaire ouvrant voie aux deux prêteurs internationaux, le FMI, la Banque mondiale, les clubs de Paris et de Rome, sous l’égide de l’Occident, et de l’autre, le prêteur international, la Chine qui, fort de ses réserves de change, va concurrencer les institutions internationales occidentales.

On peut penser ce qu’il en sera de ces pays. Les ambitions des uns et des autres est de s’accaparer des richesses de ces pays en échange de prêts financiers que ces pays ne pourront pas rembourser tant que cette situation conflictuelle entre les deux grands ne trouvent pas solution. Et cela passe par l’accaparement de sources d’énergie, i.e. gisements de pétrole, de gaz, d’uranium, mines d’extractions de minerais, de terres agricoles, de ports, de centres touristiques (balnéaires, en montagne…), etc.

En clair, ce qui est intéressant dans cette situation qui a commencé pour certains pays s’assimile tout simplement à un « néo-colonialisme pacifique ». Plus besoin d’armées pour coloniser. Les armes sont l’argent international : « Je vous sauve, vous me devez, et donc je prends ce qui me revient de droit.  »

 

  1. Et vient l’inattendu le « covid-19 », une guerre mondiale contre l’invisible qui va mettre au pas les puissances mondiales

 

 Et vient l’inattendu, le « Covid-19 » qui fausse tous les plans des deux grands pôles du monde, l’Occident et la Chine. Il est évident que ce ne sont pas les peuples occidentaux qui eux aussi subissent ces stratégies, mais aux puissances financières et politiques qui dirigent le monde. On lit dans le dernier compte-rendu du 31 mars 2020.

 

« Paris (AFP) - Nouveaux bilans, nouvelles mesures, faits marquants : un point sur les dernières évolutions de la pandémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 36.000 morts dans le monde.

- Plus de 750.000 cas dans le monde - Plus de 757.940 cas d'infection ont été diagnostiqués dans 184 pays et territoires depuis l'apparition du virus en décembre en Chine, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles lundi à 19H00 GMT.

Au total, au moins 36.674 décès ont été recensés, dont 26.543 en Europe. L'Italie compte 11.591 morts, suivie par l'Espagne (7.340 morts) et la Chine (3.304 morts).

En France, la barre des 3.000 décès à l'hôpital (3.024) a été franchie.

- Confinement -

En Italie, le confinement, imposé depuis près de trois semaines, a été prolongé « au moins jusqu'à Pâques », soit à la mi-avril.

En Russie, où le confinement est entré en vigueur à Moscou lundi, il a été étendu dans la journée à une vingtaine de régions et entités dont St-Petersbourg, deuxième ville du pays.

Au Zimbabwe, la police est descendue en force dans les rues des grandes villes pour faire respecter le confinement, alors qu'au Nigeria, les villes d'Abuja et Lagos sont entrées en confinement total pour au moins 14 jours.

La Géorgie a imposé un confinement général et un couvre-feu. La République tchèque a prolongé le confinement jusqu'au 11 avril. […]

- Un navire-hôpital à New York -

Un navire-hôpital militaire de 1.000 lits est arrivé dans le port de New York. Il doit permettre de décharger les hôpitaux new-yorkais de malades nécessitant des soins intensifs non liés au coronavirus.  » (7)

 

Les chiffres provisoires donnés, au total, plus de 3,4 milliards de personnes sont appelées ou astreintes à rester confinées chez elles, soit 44% de la population mondiale, selon un décompte réalisé à partir d'une base de données de l'AFP. Et surtout que le Fonds monétaire international a estimé qu'une « profonde récession » en 2020 sur le continent européen était un « fait acquis ». Les économistes de l'ONU ont demandé 1.500 milliards de dollars pour les pays en développement.

Et le problème pour l’ensemble des pays du monde entrés en guerre contre un « ennemi invisible, diffus, insaisissable, le virus Covid-19 », qui peut frapper n’importe où et n’importe qui certainement a un sens, en particulier en ce tournant de l’histoire. Cela nous rappelle la dépression économique des années 1930. A cette époque, l’humanité était régie par une mauvaise politique coloniale occidentale qui a mis les trois-quarts de l’humanité en coupe, et une autre mauvaise politique aussi occidentale nazie qui a cherché à concurrencer les empires coloniaux européens pour créer un empire impérial allemand qui devait durer 1000 ans. Et la confrontation de ces deux mauvaises politiques, à travers la 2ème guerre mondiale, a donné une moindre mauvaise politique mondiale. Un continent entier et un sous-continent en Asie se sont libérés du joug colonial, et à la place des empires coloniaux, se sont institués des dictatures militaires, des régimes communistes totalitaires, des monarchies absolutistes. Ce qui fait dire que les peuples n’ont pas tout gagné, et le chemin reste long pour accéder à une véritable indépendance politique et économique.

Aujourd’hui pareillement le monde attend fébrilement le pic de la pandémie, et ensuite la fin de la guerre contre cet ennemi invisible qui est toujours là. Le mal étant fait, l’humanité va se relever très difficilement de cette pandémie qui a touché l’humanité entière. C’est comme si une guerre mondiale a touché le monde en un temps si restreint. Cependant, les mesures déjà prises par les États-Unis, l’Europe, l’Allemagne, le Japon, la Chine sont encourageantes et incitent à l’espoir pour une humanité plus solidaire.

 

« Le président américain Donald Trump a promulgué, le vendredi 27 mars 2020, un plan historique de relance pour éviter un plongeon de l'économie américaine dans une récession durable. Sous l'impact de la pandémie du nouveau coronavirus, il a déclaré lors d'une cérémonie de signature dans le Bureau ovale : « Nous avons été frappés par l'ennemi invisible et nous avons été durement frappés. »

Le locataire de la Maison Blanche a une nouvelle fois prédit un rebond économique «  spectaculaire » de la première économie mondiale, lorsque le combat contre le virus aura été remporté. Mobilisant 2.200 milliards de dollars, c'est le plus vaste ensemble de mesures jamais adopté aux Etats-Unis.

 Désormais premier pays du monde en nombre de cas de coronavirus officiellement déclarés (plus de 97.000), les Etats-Unis ont enregistré un nouveau sombre record vendredi, avec 345 personnes décédées en seulement 24 heures.

Et l'Organisation mondiale de la santé craint que le pays et ses près de 330 millions d'habitants, ne devienne le prochain épicentre de la pandémie.

« Notre Nation fait face à une situation d'urgence économique et sanitaire d'une envergure historique », avait déclaré la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, juste avant l'adoption de ce plan par le Congrès.

Le plan prévoit notamment l'envoi d'un chèque de 1.200 dollars à de nombreux Américains, près de 400 milliards de dollars d'assistance aux petites entreprises, et 500 milliards d'aide aux grandes sociétés, qui seront soumises à la surveillance d'un contrôleur général.

Il alloue également quelque 100 milliards de dollars aux hôpitaux, et 30 milliards pour financer la recherche sur les vaccins et traitements du Covid-19.

Une enveloppe 25 milliards est en outre destinée aux compagnies aériennes, qui bénéficieront de plus de 25 milliards de dollars de prêts et de garanties de prêts. » (8)

 

La BCE a déjà déclenché un plan de 750 milliards d’Euro, et face à l’endettement inédit des Etats, elle va devoir poursuivre cet effort.

 

« La Chine de son côté a annoncé un plan de soutien de 1.000 milliards de yuans (131,4 milliards d'euros) pour soutenir son économie qui devrait chuter cette année pour la première fois en 40 ans en raison de la pandémie de coronavirus, obligeant Pékin à revoir sa prévision de croissance, selon quatre sources proches des instances dirigeantes.

Ce plan visera à stimuler les investissements dans les infrastructures grâce à des emprunts des gouvernements locaux à hauteur de 2.800 milliards de yuans (368 milliards d'euros), selon ces sources, qui ajoutent que le ratio du déficit budgétaire national pourrait atteindre des niveaux records cette année.

Pékin devrait probablement revoir à la baisse son objectif de croissance économique pour 2020 étant donné l'impact prolongé de la pandémie, selon les sources impliquées dans les discussions de politique interne qui ont souhaité rester anonymes.

D'après ces sources, le gouvernement chinois examine les propositions de conseillers visant à réduire l'objectif de croissance à 5% en 2020 contre une prévision de 6% établie en décembre.

La Commission nationale de développement et de réforme, le principal organe de planification de l'État, le ministère des finances et la banque centrale n'ont pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires de Reuters. » (9)

 

Comment peut-on interpréter ce revirement des grandes puissances qui cherchent maintenant à sauver leurs économies et à procéder tous ensemble à ce que préconisait Milton Friedman à imprimer des billets et à les jeter par hélicoptère sur les contribuables, les entreprises, les ménages seul moyen pour faire repartir l’inflation en territoire positif, et donc la croissance par la consommation, la production et l’épargne ? N’est-ce pas un prodige ? Imprévisible ? Inattendu ? Il est clair qu’il n’obéit pas à la loi des hommes. Et il n’y a rien à expliquer car on ne peut comprendre l’imprévisible, un malheur qui tombe sur l’humanité. Tout au plus l’interpréter sur l’impact qu’elle peut susciter sur la marche du monde.

La pandémie Covid-19 a un sens, ne serait-ce que parce qu’elle a mis à néant les plans des grandes puissances d’asphyxier les pays pauvres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine qui ne font pas partie des grands blocs monétaires, comme les États-Unis, l’Union européenne, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni… des pays émetteurs de monnaies internationales et fortement industrialisés.

Avant cette pandémie, c’était tout simplement inimaginable que les États-Unis vont se trouver dans ce terrible désastre qui les touche et touche l’humanité entière. Ils cherchent maintenant à mettre des moyens financiers massifs pour sauver leurs économies. Près de la moitié du monde confiné, des hôpitaux surpeuplés, des hangars de sport et des parcs transformés en hôpitaux, l’activité économique, les écoles et universités presque partout à l’arrêt sauf pour les services chargés des besoins vitaux (alimentation, produits médicaux, sécurité…)

Aussi ce mal qu’est le Covid-19, les victimes qui ont été touchées, le personnel soignant dans le monde qui travaille d’arrache-pied pour sauver des vies humaines et à qui on doit rendre hommage, vont-ils apporter, après l’extinction de la pandémie, un espoir aux peuples sans défense ? Et par cet espoir la relance économique mondiale. Seul le développement, la consommation mondiale aideront les pays industrialisés toutes puissances confondues à renouer à nouveau avec la croissance économique. Et ce faisant créer massivement des emplois dans le monde. Et si cette stratégie occidentale de quantitative easing certes a besoin d’être utilisée, pour éviter le surendettement occidental, et le déséquilibre mondial qui peut être nocif pour toute l’humanité, elle ne doit pas être une fin en soi, en tant que « moyen de guerre  » utilisé abusivement contre la puissance adverse, la Chine.

Ce serait tout simplement « suffoquer » financièrement les pays pauvres et en développement du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie centrale, du Sud et d’Amérique latine par les QE, et pourquoi ? Pour l’ultime but d’asphyxier le commerce extérieur de la Chine. Faisant de ces pays des victimes collatérales. Ce qui ne fera que déprimer les économies d’une grande partie du monde, et leur impact sur les pays industrialisés.

Le Covid-19 a apporté une preuve magistrale qu’il faut aussi compter avec la Providence. Tel est un peu le message du Covid-19 dans cette phase cruciale que vit l’humanité entière. Il est certain que l’humanité passera cette épreuve comme elle a passé toutes les épreuves, tout au long de son histoire. Elle n’en ressortira que plus forte. Elle suivra toujours cette loi de la Nature et du Progrès divin qui restera immuable dans le destin des peuples.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

  Notes :

 

1. « Quantitative Easing : la politique monétaire secrète », par Jean-Paul Betbeze. Le 20 novembre 2018
http://www.jpbetbeze.com/medias/quantitative-easing-la-politique-monetaire-secrete/

2. «  Le bilan de la Fed passe le seuil des 4.000 milliards de dollars  », par la Tribune.fr. Le 20 décembre 2013
https://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20131220trib000802072/le-bilan-de-la-fed-passe-le-seuil-des-4.000-milliards-de-dollars.html

3. «  La taille du Bilan de la BCE a enflé de 4,5 milliards € et atteint désormais 4690,44 milliards €, soit 40,5% du Pib de la zone euro », par businessbourse.com Le 12 juin 2019 https://www.businessbourse.com/2019/06/12/la-taille-du-bilan-de-la-bce-a-enfle-de-45-milliards-e-et-atteint-desormais-469044-milliards-e-soit-405-du-pib-de-la-zone-euro/

4. « Les détenteurs des bons du Trésor Américain », par criseusa.blog.lemonde.fr Le 19 juillet 2010
http://criseusa.blog.lemonde.fr/2010/07/19/les-detenteurs-des-bons-du-tresor-americain/

5. Total des réserves (comprend l’or, $ US courants), par la Banque mondiale
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=CN
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=RU
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=SA
https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/FI.RES.TOTL.CD?locations=DZ

6. « Les réserves de change à 72,6 milliards de dollars fin avril 2019 », par APS Algérie Le 12 juillet 2019
http://www.aps.dz/economie/91802-les-reserves-de-change-a-72-6-milliards-de-dollars-fin-avril-2019

7. « Coronavirus : le point sur la pandémie dans le monde  », par AFP. Le 31 mars 2020

8. «  Coronavirus : Trump promulgue le plan historique de relance de l'économie  », par Challenge. Le 27 mars 2020

https://www.challenges.fr/economie/coronavirus-trump-promulgue-le-plan-historique-de-relance-de-l-economie_704327

9. «  Pékin prévoit un plan de relance et une révision de l'objectif de croissance  », par L’USINENOUVELLE. Le 20 mars 2020
https://www.usinenouvelle.com/article/pekin-prevoit-un-plan-de-relance-et-une-revision-de-l-objectif-de-croissance.N943371

 


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3 réactions à cet article    


  • Feste Feste 6 avril 18:57

    Bonjour et merci à l’auteur.

    C’est trés intéressant, mais pour un beotien comme moi, un peu trop complexe et touffu.

    J’ai noté un truc, vous dites « Or, la Fed a racheté les bons de Trésor, et c’est le Trésor qui lui doit de l’argent, mais le Trésor public comme la Fed sont l’État. C’est comme si la Fed et le Trésor public sont un même homme, et cet homme s’endette sur lui-même, il prête à lui et rembourse à lui, ce qui est impossible. »

    Mais si j’ai aussi bien compris par ailleurs, la FED est une institution composée de banques privées : Goldman Sachs, Morgan Stanley , JP Morgan Chase, Citigroup , Bank of America, Wells Fargo et quelques autres.

    En quoi donc la FED serait elle l’état ?

    Et si j’ai aussi bien compris, la FED est en train de prendre le controle du Département du Trésor ces derniers jours. 

    https://lesakerfrancophone.fr/bienvenue-au-bagne-amerika 

    Qu’en pensez vous ?

    Merci. 


    • Hamed 7 avril 11:25

      @Feste

      La Fed n’est pas composée de banques privées. La Fed est une institution étatique pour superviser les banques quelles qu’elles sont privées ou publiques.

      Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, Citigroup , Bank of America, Wells Fargo et quelques autres, sont astreintes à respecter les règles et textes officiels pour exercer leurs activités bancaires qui sont essentiellement commerciales. Et en tant que banques privées, elles prennent des risques et peuvent faire faillite. Si une banque privée prend beaucoup de risques et disons que la Fed lâche du mou, moins de contrôle, car la Fed, en tant qu’institution de l’Etat veille aussi à la croissance économique.

      Qu’une banque privée se retrouve dans une situation de risque sévère ou faillite, la Fed peut l’aider. La sauver ou la laisser tomber. Si elle la sauve, ce n’est pas la Fed elle-même qui l’a sauvé, mais l’État sans que cela fait de bruit qui lui ordonne de la sauver. Parce que l’argent qui est émis relève de l’État. La Fed n’est que le maillon étatique qui gère les banques.

      D’ailleurs, la Fed est le centre du système financier américain, et c’est pour cela qu’ailleurs on les appelle des Banques centrales qui sont toutes nationales. Par exemple, les échanges internationaux (exportations et importations) ne se règlent pas avec de la monnaie créée par Goldman Sachs, Morgan Stanley

      ou autres, mais par des monnaies nationales. Le dollar US, l’euro, le yen... sont des monnaies nationales. Une exigence entre États et seule la monnaie nationale remplit le critère de confiance dans les transactions.

      Et les banques privées Goldman Sachs et autres doivent détenir des monnaies centrales. Ce sont elles qui les couvrent du risque de faillites. Si elles accordent plus de crédits que ceux qui sont autorisés, ou des achats de titres plus ou moins toxiques, ce sont elles qui subissent les problèmes s’ils viennent à se poser.

      En revanche, le Trésor public c’est l’autre institution de l’État qui travaille avec la Fed. Elles sont complémentaires. La Fed ne prend pas le contrôle du Département du Trésor. Malgré l’indépendance de la Fed votée par le Congrès, si le Trésor se retrouve dans une situation difficile, et le Trésor public n’est pas une banque privée, c’est l’État. 

      Et l’État, ce sont tous les fonctionnaires, les écoles, les universités, les hôpitaux publics, la Défense nationale, la police, les routes, les musés, les caisses de retraites qui relèvent de l’État, les ambassades à l’étranger, les aides aux familles pauvres, etc. Forcément, indépendance ou non, la Fed en fait n’est pas libre. Et ceux qui la dirigent sont des fonctionnaires désignés par les structures de l’État. Du président aux parlements, ils ont tous voix à ce chapitre.

      Et c’est la raison pour laquelle Fed et Trésor sont l’État. Vous comprenez alors qu’ils ne font que servir l’État. C’est leur rôle. Comme le Congrès américain a le rôle de voter les lois et d’avoir un regard sur toutes les activités de la nation. Et Trump a le rôle d’exécuter l’application des lois et de prendre toute décision qui sert la nation. Si elle dessert la nation, il y a des structures pour l’en empêcher. C’est le rôle du Congrès.

      En clair, l’État est multiforme mais vise une seule chose « l’unité nationale ». Et la Fed ou autre existent dans ce contexte.

      J’espère avoir été explicite.


    • Feste Feste 8 avril 17:24

      Bonjour l’auteur et merci de vos explications. je vais fouiller sur le lien de subordination entre l’Etat US et la FED.

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Hamed


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