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Accueil du site > Tribune Libre > Covid-19 : Vaccin Anti Epoque ?

Covid-19 : Vaccin Anti Epoque ?

Quelque chose de l’ordre de l’ironie. Vitesse, distance, viralité, frontières… Ce virus qui met le monde à genou s’est drapé des oripeaux de l’Epoque. Ces mots, d’ordinaire relatifs à la mondialisation, sont peu à peu devenus des maux de la globalisation. Dès lors, ce virus qui semble n’agir qu’en miroir de nos sociétés peinant à enclencher un nouveau cycle, tant espéré et promis, nous y contraindrait. Pour nous en immuniser ? Il y a un peu de cela dans ce confinement.

Et c'est dans une ambiance martiale, conséquence de l’état d’urgence sanitaire, que le gouvernement français a enjoint à ses troupes de faire acte de bravoure en se circonscrivant à leur domicile. Sacrifice ultime de notre Epoque qu’accomplissent près de trois milliards d’individus sur la planète. Une planète qui tourne au ralenti et menace, à mesure que sa vitesse décroît, de dégringoler, de chuter, de s’écrouler. Suicide collectif de notre secte mondialiste ou simple caillou dans la chaussure de l’Homme nomade[i] ? Sachons voir en ce confinement des réalités dont jusqu’ici nous nous détournions, happés par le désir d’accomplissement de vies que l'on souhaite trépidantes mais qui ne sont que frénésie. Ce texte, loin de la contrition, se veut une maigre contribution à l’effort de guerre. Et à toute guerre ses martyrs : faibles, précaires, pauvres, vieux, mal-logés, SDF, femmes battus, enfants battus, personnel soignant, petits personnels, petits patrons…

 

Et à toute guerre sa propagande

Dépêché sur le théâtre des opérations, un escadron d’experts médicoécosocioculturojudiricomartialoécolopoliticofinanciaromédiaticofrancointernationaux se relaye, à toute heure du jour et de la nuit, sur les plateaux de chaînes d’« aproxi-information » en flux continu. Outre des analyses et prospectives contradictoires, il est un point sur lequel tous s’entendent : personne ne semblait préparé à ce qu’il advient. Comment ! Comment un virus, grain de sable à l’échelle d’un grain de sable, a-t-il pu enrayer l’engrenage mondial en marche depuis la fin de la Seconde (qui a dit Deuxième !) Guerre Mondiale ?

Le grain de sable en question n’était pas prévisible, convenons-en. Bien que certaines voix, à l’issue de la crise du SRAS au début des années 2000 eussent déclaré que le développement d’un vaccin contre les coronavirus était un projet réalisable mais qui faute de financement, et non de volonté (restons courtois), ne dépassera jamais ce stade[ii][iii].

Non, de tels évènements n’étaient pas prévisibles. En revanche, ce qui l’était davantage, c’est l’effondrement qui suivrait, notre incapacité à faire face à une quelconque crise, qui, par définition est imprévisible. Cela n’a pas été le cas, cela ne sera pas le cas, quoiqu’en disent ces experts qui, haut-perchés sur leur expertise, ont fait preuve, au mieux de naïveté, au pire de complaisance, voire de connivence, on ne sait plus, vis-à-vis du système qui nous a conduit à cette débâcle. Pour la majorité d’entre nous, cette guerre est déjà perdue, par le nombre de victimes, bien sûr, mais aussi par le monde qui se prépare. Un monde que nous avons bâti et dans lequel nous n’avons déjà plus voix au chapitre. Mais laissons cela pour plus tard. Il y a une guerre à perdre.

 

La guerre rêvée

Pour qu’une guerre soit, elle implique de désigner son ennemi. Elle implique un chef de guerre. Elle implique une population unie et donc encline à de grands sacrifices. Or, de tout cela nous paraissons dépourvus. Nous nous retrouvons avec un pis-aller[iv] qui désigne comme ennemi un virus, c’est-à-dire la nature, dans un pays en voie d’archipélisation[v] comme certains le disent, tyrannisé par les minorités comme d’autres le pensent. Désigner un ennemi pour mieux masquer ses torts, vieux procédé auquel souscrit un peuple bovin, ovin, abêti, qui face à la peur n’a pour seul automatisme la gloutonnerie[vi]. Empressons-nous de proposer aux éditeurs du Larousse la mise à jour qui suit. « Consommer : réflexe pavlovien de l’Epoque face à la peur, la joie, la tristesse, la nostalgie, la colère, l’ennui, l’anxiété, le dégout, le soulagement, le désir sexuel ». A trop penser à son estomac on finit par ressembler au bétail a-t-on-lu un jour. De parole d’éleveur on n’a jamais vu troupeau aussi docile ! En route pour l’abattoir !

Rêvons un peu, et consentons donc à cette fiction guerrière. Nous n’y aurons aucun mal. Après tout, le plus difficile reste toujours la première fois. Il y a huit ans nous avions souscrit à un ennemi commun : la Finance, sans que rien ne soit fait pour le combattre, au contraire[vii]. La même chose advint après les attentats de 2015 où la réponse fut d’aller bombarder des civils[viii] et de ne pas faire d’amalgames. Gageons que l’adage « jamais deux sans trois » ne se vérifie pas à chaque fois.

Or, nous sommes en droit de douter quand le pays qui a inscrit dans sa Constitution le Principe de Précaution fait preuve de tant de légèreté face à une menace qui a contraint la Chine à mettre sous cloche son équivalent démographique. Cela au risque de bloquer son économie et donc celle du monde. Sachant combien ne pèse pas la vie humaine (ne parlons même pas de la vie animale ou végétale) dans la balance de l’Epoque face à l’économie, de telles précautions prises par un empire peu démocratique (le truisme est nécessaire) aurait pu interroger les cerveaux les mieux constitués (qui a dit formatés !) de la Nation. Pour rappel : « Le principe de précaution vise à permettre aux décideurs de prendre des mesures de protection lorsque les preuves scientifiques relatives à un danger pour l'environnement ou la santé humaine sont incertaines et que les enjeux sont importants. »[ix] 

Cela dit, lorsqu’on se convainc que le pire peut toujours advenir, il n’y a plus qu’à s’abstenir de tous commentaires quant à nos chances de faire face aux défis qu’imposent l’Histoire, puisque par là-même on y renonce. Reconnaissons que, noyé dans la soupe légaliste européenne, le précipité a fière allure, il y est seyant.

Poursuivons donc la fiction. Toute guerre implique un chef, et un chef n’en est un que, si, chronologiquement, il pense, agit puis parle. C'est ce que nous dit « le plus grand des français » dans le Fil De l’épée, l’ouvrage qui donne les clés de sa pensée et donc de son action. Or, l’Epoque a réussi à inverser ce triptyque pour nous vendre un tiercé gagnant auquel nous souscrivons : parole, action, pensée. Recèle, faux et usage de faux, complicité. A noter que la parole, intrinsèquement volatile, est forcément d’or dans cette Epoque de communication, verbeuse et sans ancrage.

Pour mener une guerre, complète De Gaulle, dont tous se réclament mais dont peu s’inspirent, il faut du renseignement, selon lui une arme indispensable, éliminant bien des variables et réduisant le champ d’erreurs. Et du renseignement nous en possédions. N’est-il pas vrai que dès 2016, le Pr Salomon, alors conseiller santé du candidat Macron, avait adressé un rapport faisant état de l’incapacité des services de santé à faire face à une quelconque crise[x] ? Ne pas prévoir c’est déjà gémir. Si le candidat Macron était en droit de douter, le président Macron aurait pu être convaincu par les manifestations de soignants réclamant davantage de moyens pour faire face à un quotidien qui a des allures de crise[xi]. Mais non, pour être entendus ils devront faire face à une crise qui a des allures de chaos. Et ils ont fini par l'être [xii] (entendus et K.O.), après avoir prouvé leur valeur au combat, hourra ! C’est que tout se mérite ! Obscénité ? Non, juste du « je t’aime, moi non plus », énième variation sur le thème du « en même temps », vague conceptualisation de la tergiversation. Restez chez vous. Allez voter. Le masque ne sert à rien. Mettez un masque. Le virus n’a pas de passeport. Fermons les frontières.

Enfin, dans cet ouvrage, De Gaulle nous livre ce qui suit. Le chef peut exiger de ses troupes qu’elles donnent tout ce qu’elles aient à donner. C’est là son droit de chef. Le chef se doit, en amont, de bien les connaître, de les employer à bon escient et au gré des circonstances, mais surtout, il se doit de les pourvoir du nécessaire. C’est là son devoir de chef. Le déroulement des évènements montre, hélas, le sens des priorités de ce Jupiter 2.0. De Gaulle… Jamais imité, donc jamais égalé.

 

Château de carte sur faille sismique

Il est cependant facile et vil de toujours désigner un bouc émissaire. On pourrait même être compatissant à certains égards. Ne pourrait-il pas être, après tout, qu’un Jupiter privé des moyens de ses ambitions ? Il est vrai que les mains liées à une Union Européenne© qui entrave ses velléités révolutionnaires[xiii], la responsabilité de ce désastre ne lui incomberait donc qu’en partie. Car tout un chacun a pu le vérifier, cet épisode met en lumière la prodigieuse incapacité de notre Union Européenne© à répondre, même pas rapidement, à répondre, tout simplement, à une crise. La fonction n’est pas inscrite dans son logiciel.

La crise grecque[xiv]. La crise migratoire[xv]. La crise du Covid-19. Autant d’occasions manquées pour l’Union Européenne© de montrer au moins de la solidarité, au mieux de proposer des solutions à la hauteur de sa prétention supranationale. Malheureusement, qu’avons-nous eu à chaque fois ? Dédain, mépris et 3%. Pour sûr qu’aux prochaines élections européennes, qui mêmes perdues sont gagnées[xvi], nous aurons droit, comme depuis sa naissance, à des discours prônant une Europe plus sociale, plus écolo, plus juste. Plus progressiste, en somme. Un progrès qui prend tout son sens aujourd’hui. Un progrès supranational et « en même temps » infrahumain. Un progrès qui déshabille les états et parfois les déculotte. Un progrès qui creuse les inégalités[xvii][xviii]. Un progrès qui met en compétition sociale, fiscale[xix], règlementaire et écologique des états membres qui n’ont guère d’autres moyens d’actions[xx]. Un progrès moins disant[xxi]. Un progrès qui fait qu’un chef d’état n’accède à ce titre qu’en étant prélat ou architecte de ce progrès européen. Jupiter, ce démiurge... Ce progrès européen qui affaiblit les souverainetés populaires, contribuant à faire le lit des « populistes », ces ennemis désignés qu’elle crée et entend éradiquer pour mieux asseoir son emprise. Pompier pyromane doublé d’un Frankenstein. Glaçant mais efficace, donc machiavélique.

A notre échelle, la polémique autour du Pr Raoult nous a rappelé, malgré des millions dépensés en décentralisation incontrôlée et mal pensée, l’antagonisme jamais réglé entre Paris et la Province. Opposition entre décideurs et producteurs, entre vie théorique et vie pratique. Pour certains, hélas, entre vie rêvée et vie subie. Une province, d’ailleurs, que s’empressent de gagner des Parisiens à l’étroit dans leur capitale, essaimant sans doute un peu plus le virus sur le territoire, contribuant, au passage, à affermir les mesures de confinement. Ces mêmes Parisiens qui doivent bouillir devant des reportages (peu nombreux) montrant combien il est difficile de faire respecter ces assignations à résidence dans les banlieues[xxii]. Oubliant que la promiscuité imposée dans des espaces réduits, étriqués, exigus, contigus (parfois insalubres) est la cause de leur fuite au grand air. Bien que nous ne soyons pas tout à fait dupes quant à l’état actuel de ces « Territoires perdus de la République » dont les brigades de recherches n’ont à priori toujours pas entamé leur entreprise. Pour faire très simple, on y achète la paix sociale à coup de subventions tout en y laissant se développer une économie souterraine. On y fait semblant d’instruire en y laissant se propager une vision erronée de la spiritualité. Et « par-dessous » tout, on racialise. L’ensemble concourant à ne rendre, comme à l’état de nature, rien d’autre d’intelligible que la loi du plus fort et donc du plus riche. Tantôt blâmés, tantôt victimisés, rarement responsabilisés. Mais peut-on l’être sans une once d’autorité ?

Aujourd’hui la santé. Demain l’onde de choc atteindra-t-elle d’autres secteurs également en souffrance ? Justice, agriculture, éducation, police... Jusqu’à quand accepterons-nous de décharner des institutions qui, naguère, faisait de nous une nation enviable, désirable et surtout égalitaire. Car, acceptons-le, ces institutions ont déjà cessé de fonctionner pour une bonne partie de la population. Notamment celle qui l'a exprimé en novembre 2018, sur les ronds-points, symboles de cette France qui ne tourne pas rond[xxiii][xxiv].

 

Make our planet green again

Alors que le président Macron déclare que rien ne sera plus jamais comme avant ce qui a précédé cette crise, rappelons-nous, et, rappelons-lui, que nous vivons déjà dans un monde post 11 septembre, post 21 avril 2002, post crise des subprimes, post COP21, post Trump, post Brexit, post Charlie, post Bataclan. On nous avait annoncé, assuré, certifié, scandé, quitte à l’imposer, un monde meilleur après chacun de ces évènements. Chacun jugera.

Dès lors, certains estiment que cet épisode du Covid-19 marque le basculement vers une polarisation extrême orientale du monde. Rien d’autre que des déclinistes, des pessimistes pour les tenants de l’ordre établi. Il est vrai que l’empire du milieu (et ses dragons) n’a pas pour lui la démographie[xxv], la jeunesse et l’instruction[xxvi]. Il est également vrai que sa pensée ne repose pas sur une spiritualité emplie de sagesse, de patience et de discipline. Il est aussi vrai qu’il n’a pas avancé, sur le futur continent le plus jeune[xxvii] et plus peuplé[xxviii], et donc échiquier des décisions géopolitiques de demain, ses pions, ou plutôt ses cavaliers qui passent allègrement au-dessus de règlements et autres traités[xxix] internationaux que nous ne savons (pouvons ?) faire respecter. Il est enfin vrai qu’il n’a pas face à lui un occident sans transcendance, perclus de tous côtés, moribond, obèse de biens, de services, d’informations, de divertissements, de paradis artificiels et de maladies. La confrontation n’a pas eu lieu et elle n’aura pas lieu. West has left the building !

Mais rassurons-nous, la Terre se porte mieux ! C’est avec cette bonne nouvelle que les tenants du schéma actuel nous abreuvent. Et les médias, ces boussoles qui ont perdu le Nord, s’en font le relai et multiplient les reportages attestant des bienfaits de ce confinement sur la planète. Un bien drôle de relent de morale judéo-chrétienne, culpabilisante à souhait, dans ce monde pré-transhumaniste.

Alors qu’hier nous avions opté pour une société de quantité au détriment de la qualité, que choisirons-nous, demain, dans l’arbitrage qui se profile entre sécurité et liberté ? Cette liberté déjà en haillons.

Il y a tant de nuances dans le vert mais la tendance sera au vert brun. Avec des dessous rouges, c’est exquis ! Et nous y adhérerons. L’Epoque réussira, de sa main invisible, à nous faire avaler que l’écologisme, roi des conservatismes, est en fait un progressisme.

Et même si nous n’avons de constance que dans l’asservissement, sachons donc, en ces temps sans repère, se servir de ce confinement pour mieux regarder et accepter nos défectuosités, nos failles. Car c’est bien souvent à travers elles que des auditeurs discrets, feignant de l’être, pénètrent et exploitent nos rancœurs, fruits de ces failles, elles-mêmes fruits de nos manquements. Pour le meilleur ? A l’heure où les GAFA font des dystopies jadis imaginées un présent possible, rien n’est moins sûr.

Mais, pour l’heure, menons cette guerre dont on nous promet la victoire, les lendemains qui chantent et la libération. Et profitons. Oui, profitons. Car, à chaque libération, son épuration.


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5 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 18 avril 12:14

    « Car, à chaque libération, son épuration. »

    faut pas rêver a la guerre succède l’état d’urgence économique caractérisé par

    une abolition « provisoire » du droit du travail 

    une interdiction « provisoire » de rassemblement ( le covid rode ...)

    un report « provisoire » des élections ...

    pour rappel de l’histoire en union soviétique la dictature du prolétariat était une mesure provisoire et les gouvernements provisoires de tout bord sont ceux qui durent en général le plus longtemps ....

    loué soit macron car lui seul est juste et bon

    cordialement ...

    n°6


    • Cadoudal Cadoudal 18 avril 13:59

      @gaijin
      Il y aura quand même un remaniement pour répondre aux légitimes attentes des français, voila un aperçu du casting...

      Selon le Parisien, Macron envisage de monter un gouvernement de « concorde » pour l’après-crise avec des personnalités comme NKM, Valls, Barnier, Le Foll...

      https://twitter.com/s_jourdain/status/1250312523393290241

      Concernant la remplaçante de Sibeth au poste envié de néo-française racisée à prénom évocateur je verrais bien Maboula Souhamoro...

      Les Sénégalais vont exprimer leur mécontentement, mais dans l’intérêt de la France Macron devra passer outre...


    • gaijin gaijin 18 avril 18:29

      @Cadoudal
      et cyril anouna a la culture ?


    • caillou14 rita 20 avril 08:43

      (Non, de tels évènements n’étaient pas prévisibles) mais si, plusieurs organismes l’avaient annoncé depuis 2003, mais comme toujours le petit monde politique se cache sous le tapis pour éviter de prendre des décisions !

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