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Accueil du site > Tribune Libre > Covid19 et métadiscours sur le XX- XXIe siècle. Pourquoi le pétrole à 100 (...)

Covid19 et métadiscours sur le XX- XXIe siècle. Pourquoi le pétrole à 100 dollars est un passage obligé pour la reprise économique mondiale ?

 

 On est en droit de se poser des questions sur le sens du Covid-19. Une pandémie qui a dérouté tous les experts du monde, biologistes, virologues, chercheurs du monde entier, et il n’y a pas une réponse rationnelle. Et surtout qu’en quelques mois, elle s’est étendue à l’ensemble du monde. A notre sens, la seule approche qui nous apparaît en relation avec les grands événements que l’humanité a vécus est de se référer à l’histoire. Tenter de comprendre l’histoire nous permet de situer chaque grand évènement dans son contexte historique et ce qui a résulté pour l’humanité dans la marche de l’histoire. 

Portons un regard sur les pandémies qui ont surgi au XXème siècle. Mis à part la grippe espagnole, de 1918 à 1920, qui a été une des pandémies les plus mortelles de l’histoire, les autres pandémies ont été plus modérées. Le taux de létalité pour la grippe espagnole était de 5, soit entre 2% et 3%, le plus haut de l’échelle. Le taux de létalité est le rapport en pourcent du nombre de décès sur le nombre total de contaminés. Pour la grippe asiatique en 1957 et la grippe de Hong-Kong en 1968, le taux était de 2, compris entre 0,1% et 0,5%.

Au début du XXIème siècle, la grippe saisonnière et la grippe A (H1N1) de 2009 ont un taux de létalité inférieur à 0,1%. Pour l’épidémie de l’Ebola, une fièvre hémorragique à virus Ebola qui a sévit en Afrique de l’Ouest, en un an, l’analyse du Geography of Ebola virus. Socio-Spatial Issues in Central Africa. Outlook for West Africa fait état : « L’épidémie qui sévit en Afrique de l’Ouest depuis plus d’un an a fait à ce jour près de 25 791 cas et 10 689 morts (15 avril 2015), notamment en Guinée - 2 346 décès-, au Libéria - 4 486 décès- et en Sierra Leone - 3 857 décès (WHO, 2015). »

Des chiffres qui ne peuvent se comparer à la pandémie Covid-19 qui sévit aujourd’hui dans le monde, dont le taux de létalité est similaire à celui de la grippe espagnole de 1918, soit 2% (2,3 millions de décès sur plus de 105 millions de contaminés). Bien que le nombre de décès est beaucoup moindre et ce, essentiellement en rapport des formidables progrès dans la médecine, de l’hygiène corporelle et collective et des moyens de prévention. Cependant, les structures économiques au niveau mondial ont subi le choc de la pandémie, avec l’explosion du chômage à travers le monde.

Mais si on regarde la structure de l’histoire et les événements qui ont marqué le XXème siècle jusqu’à la pandémie Covid-19 aujourd’hui, on constaterait que chaque événement qui surgit tire son origine du précédent. Sur le plan historique, la 1ère Guerre mondiale a été un concours de circonstances qui a amené les empires européens, dans leurs rivalités sur le partage du monde, à en venir aux armes. Et c’est ainsi que la guerre a éclaté en 1914. Les gouvernements et souverains de l’époque ne savaient pas qu’ils allaient provoquer le premier conflit mondial qui va faire des millions de morts, et que cette guerre va emporter plusieurs empires d’Europe.

En 1917, éclate la Grippe espagnole, elle a fait plus de morts que la première Guerre mondiale, entre 50 et 100 millions selon les chiffres donnés. Il est fait état par les historiens que, par le nombre de morts dans les rangs des armées des pays en guerre, la grippe espagnole a accéléré la fin de la guerre. On peut même dire que les ravages qu’elle a commises en vies humaines a fait pressentir la 2ème Guerre mondiale. On décompte plus de 70 millions le nombre de morts entre les pays en conflit.

Que peut-on dire des deux Guerres mondiales ? Relèvent-elles de la fatalité ? Le prix Nobel, François Jacob : « Une partie n'est jamais perdue, les jeux n'y sont jamais faits. L'histoire, ce n'est pas une fatalité, une série de circonstances irrévocables fixées par le destin [...] Personne ne connaît la tournure que prendra l'histoire. Rien n'est joué, jamais. » (Le Monde, 25 juin 1980).

Oui, c’est vrai, personne ne connaît la tournure, cependant ces guerres ont permis de libérer des continents entiers. L’Afrique de la tutelle coloniale. 54 pays souverains sont nés du mouvement de décolonisation. Les grands pays d’Asie dont l’Inde, la Chine qui recouvre la Mandchourie annexée par le Japon, se sont aussi libérés de la mainmise des puissances. Le Pakistan s’est scindé de l’Inde, les deux Corées… On ne peut s’empêcher donc de dire que ces guerres ont visé des objectifs que les puissances n’avaient pas pensés, et par les formidables bouleversements qu’elles ont générés, force de dire que ces guerres non seulement ont joué un rôle majeur dans le réveil des peuples, mais étrangement ont été prédestinées. Évidemment, là nous entrons dans l’herméneutique, mais il n’y a pas d’explication rationnelle motivant ces guerres, mis à part les velléités de guerre des puissances et le mouvement majeur de la décolonisation du monde.

Un autre événement qui a marqué le monde, et ce jusqu’à aujourd’hui, c’est la Conférence qui s’est tenue, le 1er juillet 1944, à Bretton Woods, aux États-Unis. Les États-Unis n’ont pas attendu la fin de la guerre que déjà ils imposent le nouveau système monétaire international, avec le dollar comme la monnaie-centre et seule monnaie convertible en or. Les autres puissances, endettées, affaiblies par la guerre, ont entériné les Accords, qui prévoient la création de deux institutions financières internationales, le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale. Le FMI et la BM survivront à l’effondrement du système monétaire en 1971.

Après la reconstruction, les trois grands pays d’Europe (France, Royaume-Uni, République fédérale allemande) procèdent à la convertibilité de leurs monnaies. Elles sont devenues, en 1958, des monnaies, librement convertibles en or, à leur cours international. A la fin des années 1960 début des années 1970, l’excès d’émissions monétaires par la Banque centrale américaine (Fed) pour financer les déficits commerciaux provoque un clash entre les pays d’Europe et les États-Unis. Le refus des Européens d’accepter des dollars non adossés à l’or poussent les États-Unis à mettre fin à la convertibilité du dollar en or, le 15 août 1971. Les pays d’Europe, en rang dispersé, abandonnent le change fixe et passent au change flottant.

Face à l’Europe, les États-Unis se retrouvent confrontés à une situation difficile en matière monétaire. Ils ne peuvent plus répercuter leurs déficits commerciaux sur le reste du monde. En effet, continuer à émettre plus de liquidités en dollars pour financer les déficits extérieurs ne fera que déprécier leur monnaie puisque le change flottant est régi par l’offre de monnaie selon la loi et la demande sur les marchés monétaires. Mais un événement va changer le cours de l’histoire.

Avant de parler de cet évènement, il faut donner la situation financière et monétaire qui prévalait à l’époque et prévaut encore aujourd’hui. L’ensemble des pays du reste du monde non occidental, soit plus des trois-quarts de l’humanité, dépendait et dépend encore des monnaies internationales que seul l’Occident émettait. Les ex-pays colonisés, qui ont recouvré leurs indépendances, se trouvaient en plus dépendants des Bourses occidentales, et c’est en leur sein que se fixaient les prix des matières premières, du pétrole, du gaz et des produits agricoles. Aujourd’hui, la situation est pour ainsi dire pratiquement inchangée, malgré la nouvelle monnaie chinoise, le renminbi du peuple ou yuan devenue une monnaie internationale, depuis son entrée, en octobre 2016, dans le panier de monnaie auquel est adossé le DTS (droits de tirage spéciaux), étalon monétaire du FMI.

Une situation donc qui octroie un pouvoir exorbitant à l’Occident dans le commerce extérieur. De leurs politiques économiques, financières et monétaires dépend l’essor, la stagnation ou l’appauvrissement des pays du Sud. Ce qui d’ailleurs impacte la demande mondiale et, par ricochet, si la situation de stagnation pour ces pays perdure, les économies occidentales. Or, le pétrole est la matière la plus stratégique du monde, toute l’industrie mondiale en dépend, le secteur domestique et agricole aussi. Et, depuis longtemps, le prix du baril est fixé à un cours très bas, oscillant entre 1 et 2 dollars. Ce qui ne faisait que maintenir les pays exportateurs de matières premières, de produits agricoles et de de pétrole dans le marasme économique et la dépendance financière.

L’évènement qui vient sauver le dollar des États-Unis viendra de la guerre qui a éclaté en octobre 1973, entre les pays arabes et Israël. Pour avoir aidé Israël, les pays arabes décrètent un embargo pétrolier contre les États-Unis et quadruplent le prix du pétrole, le faisant passer de 3 dollars à 12 dollars. Ce quadruplement du prix du pétrole qualifié de 1er choc pétrolier, constituera une bouffée d’oxygène pour les pays exportateurs de pétrole, la hausse du prix du pétrole impactera les autres produits de bases. Bref, que peut-on dire de la quatrième guerre israélo-arabe ? Du pain béni pour les pays exportateurs de pétrole au point que ce choc pétrolier leur a fait pousser les ailes puisqu’ils ont cherché à instaurer un Nouvel Ordre mondial, et cela crié au sein même des institutions onusiennes. Alors qu’en réalité, il n’y a pas de Nouvel ordre mondial que l’Ordre américain. Le choc pétrolier et même la guerre, on peut le penser pourraient être « provoqué » par les États-Unis, puisque c’est eux qui tirent le plus grand intérêt. Le deal conclu entre les États-Unis et l’Arabie saoudite pour facturer les exportations pétrolières en dollar US et le quadruplement du prix de pétrole permettait aux Américains de « passer les barrages » du change flottant européen, obligeant les pays européens à acheter des dollars sur les marchés internationaux pour régler leurs importations pétrolières.

Le formidable transfert du pouvoir d’achat aux pays exportateurs de pétrole, et aussi les pays exportateurs de matières premières, a permis de doper la demande mondiale. En effet, l’économie mondiale s’est trouvée tirée par le premier moteur, les États-Unis, par leurs déficits extérieurs, et par les pays exportateurs de pétrole, par la hausse des prix de pétrole. Deux moteurs qui ont dopé la demande mondiale.

On peut dire en fait que le discours des crises monétaires avait un autre discours, ou plutôt un discours dans un discours, dans le sens qu’il renfermait une finalité qui n’était pas apparente mais non moins réelle. C’est en fait un métadiscours qui était à l’œuvre comme si le discours cherchait à faire avancer l’humanité, où chaque partie devait tirer son épingle du jeu mondial, c’est-à-dire se tirer d’affaire, sauver sa mise.

Et on le constate même avec les pays d’Europe qui finalement n’ont pas été des perdants puisque les bouleversements sur le plan financier et monétaire ont été de courte durée. En qu’émetteurs de monnaies internationales, ils ont monétisé à leur tour leurs déficits commerciaux, ce qui, par dépression de leurs monnaies, a boosté leurs exportations.

Cependant, cette embellie pétrolière ne va pas durer parce qu’elle était accompagnée d’une hausse de l’inflation. En effet, les États-Unis ne cessaient d’émettre des liquidités en dollars pour financer leurs déficits commerciaux, les pays d’Europe, enregistrant des déficits commerciaux, faisaient de même. A la fin des années 1970, l’inflation était en forte hausse. En 1979, un 2ème choc pétrolier éclate, le même processus pour les États-Unis suit, celui d’absorber les masses de dollars injectés et d’éviter une forte dépréciation à la monnaie américaine.

La décennie 1980 va démarrer sur les chapeaux de roues. En effet, le président de la Réserve fédérale (Fed), Paul Volcker, relève brusquement le taux d’intérêt directeur à court terme de 10% à 20%. Les conséquences sont immédiates. En 1980, éclate les émeutes de la faim dans les pays du Sud. Les pays en développement et les pays qui devaient devenir plus tard des émergents sauf la Chine, reçoivent un choc économique historique. Ils ploient du jour au lendemain sous l’endettement. Crises politiques, détresses des peuples, émeutes de la faim, misère…, tout s’accumule pour ces pays. La décennie 1980 a été un retournement total de la situation économique mondial.

Une question se pose. Est-ce un autre discours dans un discours ? L’humanité ne va-t-elle pas de métadiscours en métadiscours, et ce depuis les premier métadiscours que furent les deux Guerres mondiales ?

Aussi constate-t-on qu’choc pétrolier de 1979 s’est ajouté le choc du taux d’intérêt de la Fed. Le prix du baril de pétrole a triplé, passant de 12 dollars à 36 dollars. Et à ces chocs, un troisième vient compliquer les économies des pays du reste du monde qui ployaient déjà sous l’endettement. Celui-ci porte sur l’appréciation du dollar américain entre 1980 et 1985. En effet, de 4,037885 FRF, en janvier 1980, le taux de change du dollar USD en franc français passe, en mars 1985, à 10,111696 FRF. Même processus pour le deutschemark et la livre sterling, respectivement le taux de change du dollar USD passe de 1,723970 DEM, en janvier 1980, à 3,308957 DEM, en mars 1985, et de 0,452970 GBP, avril1980, à 0,911996 GBP, en février 1985. (1) (https://fxtop.com/fr/historique-taux-change.)

Que peut-on dire de l’endettement mondial, véritable cataclysme qui s’est abattue sur plus de la moitié de l’humanité ? Le relèvement du taux d’intérêt directeur par le président de la Banque centrale des États-Unis relevait d’un cours naturel des choses, il était nécessaire de lutter contre l’inflation qui était à deux chiffres. D’autre part, il était impératif pour la Fed de diminuer les injections monétaires malgré la hausse du prix du pétrole, et qui était libellé en dollars. L’appréciation du dollar américain était inévitable d’autant plus que les pays d’Europe, confrontés au cours élevé du prix de pétrole, n’avaient pas d’alternative sinon de monétiser leurs déficits commerciaux. Ce qui se traduisait par une baisse continue de leurs monnaies face au dollar.

Cependant, ce processus doit avoir un sens. Comme dit Einstein « Dieu ne joue pas aux dés. » Ce qui signifie que l’évolution de l’humanité ne relève pas d’un jeu de hasard, tout événement entre dans un discours évènementiel cohérent et logique. Alors dans ce processus complexe, y a-t-il un autre discours dans le discours ? Il faut se rappeler la crise des euromissiles en Europe que l’Union soviétique a provoquée, en déployant des missiles nucléaires SS-20, contrebalancés par les Pershing-II américains. Une situation de crise latente entre les deux blocs. En 1986, le contrechoc pétrolier va retourner la situation. C’est le de la descente aux enfers pour l’URSS. En effet, enlisé dans le bourbier afghan depuis décembre 1979, le prix du pétrole a chuté à moins de 10 dollars le baril en 1986, les réserves de change placées en dollars US ayant fondu, après les accords de Plaza à New York, en septembre 1985, et la forte dépréciation du dollar, à partir de cette date, et enfin les exportations soviétiques surtout en armements en forte baisse pour cause d’endettement des pays du Sud, l’issue était devenue inévitable pour la superpuissance soviétique.

C’est ainsi qu’après la chute du Mur de Berlin, en 1989, et la fin du glacis européen, c’est-à-dire les pays socialistes d’Europe centrale et orientale qui se sont détachés de l’aire soviétique, vient le tour de l’URSS. Après son éclatement et la fin de l’URSS en décembre 1991, vient aussi le tour de la Fédération de Yougoslavie en 1992.

Mais ce refondement de l’ordre de puissance mondial ne va pas s’arrêter là, il va provoquer un autre refondement sur le plan économique dans les rapports Nord-Sud. Comment ce nouveau processus qui a touché économiquement l’Occident s’est déployé ? Difficilement imaginable, essentiellement par l’entremise du Japon. En effet, sommé par les puissances européennes et les États-Unis de réévaluer sa monnaie, lors des Accords de Plaza, en 1985, le Japon s’est trouvé progressivement en difficulté dans son commerce extérieur. En perte de compétitivité par un yen plus cher, le Japon n’avait pas de solution, sinon de se rapprocher de ses voisins asiatiques. Le but étant de profiter de leurs marchés et du bas coût de main d’œuvre, absolument sans comparaison avec la main d’œuvre des pays riches. Et cela passait par les délocalisations d’entreprises japonaises. Et comme la Chine s’est convertie au socialisme de marché au début des années 1980, elle est devenue la première destination pour les délocalisations de firmes de production à forte intensité de main d’œuvre. Et la Chine est pourvue d’un formidable réservoir humain qui se compte en centaines de millions. Une des populations les plus laborieuses du monde, environ 800 millions sur 1,4 milliard de chinois.

Ce double profit permettait au Japon d’exporter sa production délocalisée sous le label « made in Japan », contournant ainsi les éventuelles mesures protectionnistes prises à son encontre. Cette situation qui avantage le Japon a fait tache d’huile sur les autres puissances industrielles européennes, américaines et asiatiques. Comme le Japon, ces puissances sont aussi confrontées au coût élevé de leur main d’œuvre. Sans alternative, pour éviter de fermer les firmes de production, ces puissances se sont mises elles aussi à délocaliser les entreprises qui ne sont pas compétitives sur le marché mondial. Et c’est ainsi que les pays pauvres, en Asie, surtout en Chine, vont bénéficier d’un formidable mouvement de délocalisations d’entreprises industrielles et manufacturières. Par ce transfert massif, la Chine deviendra, dans les années 2000, l’atelier du monde.

Un point cependant à souligner, les délocalisations ont eu leur point de départ par les Accords de Plaza qui ont obligé le Japon à réévaluer le yen. Sans la réévaluation de la monnaie, il n’aurait subi ni un krach financier et immobilier en 1990 ni se serait trouvé contraint à délocaliser massivement en Chine. Donc un processus tout à fait naturel qui, au départ, le discours portait essentiellement sur la compétitivité du Japon avec un yen qui ne reflétait pas ses vraies performances sur le commerce mondial. Et ce discours ne faisait pas entrevoir le véritable discours à venir, le métadiscours.

Même, dans l’effondrement de l’URSS, les États-Unis y ont joué un rôle majeur. Enlisé en Afghanistan, l’URSS fut frappée par le contrechoc pétrolier de 1986. Et, à cela, s’ajoutait l’endettement mondial de ses clients du Sud qui importaient massivement des armements. L’économie soviétique s’étant trouvée très affectée, les États-Unis ont maintenu les prix du pétrole et des matières premières très bas, excepté la courte durée en 1990, lorsque l’Irak a envahi le Koweït. Il était évident que, en maintenant les prix très bas du pétrole, en procédant à des injections monétaires au strict minimum possible, les États-Unis étouffaient à la fois financièrement les pays du Sud et l’Union soviétique. Le prix du pétrole est resté fixé autour de 20 dollars, durant plus d’une décennie. En 1998, il descendit jusqu’à 10 dollars le baril.

Ce n’est qu’en 1993, après la récession américaine, en 1992, que la Réserve fédérale américaine changea de politique monétaire et qu’elle commença à injecter massivement des liquidités. Mais, entre-temps l’URSS a cessé d’exister et la Yougoslavie en cours de démembrement. Même la récession américaine en 1992 et la récession européenne de 1992 entrait dans cette politique d’endiguement du bloc Est, qui a fini par le disloquer.

Que peut-on dire de ce double refondement d’ordre politique et économique à l’échelle mondiale ? Ne peut-on pas dire que les événements des années 1970 et les événements de 1980, étaient « pliées  » pour une double finalité. Que les États-Unis ou le Japon ont pris le train de l’histoire en marche. Qu’en fait, la marche de l’histoire par ce double métadiscours durant deux décennies portaient en elle des forces historiques qui allaient mettre fin à la fin à la guerre froide et aussi prendre de l’Occident pour l’attribuer au reste du monde. Un processus rationnel et ascendant dans la marche de l’histoire du monde. Non pas que l’Occident a perdu, mais l’histoire en a décidé ainsi, dans un contexte historique d’auto-développement et toujours en progression. 

Pour débattre de ce qui se passe aujourd’hui, sautons la période 1993-2014, nous y reviendrons dans une prochaine analyse, et enchaînons sur le nouveau discours depuis l’irruption de la pandémie Covid-19. Tentons de comprendre les forces historiques en cours aujourd’hui. Tant sur le plan politique que sur le plan économique au niveau mondial. Et quelles perspectives pour l’économie mondiale ?

La situation aujourd’hui est devenue plus complexe avec la nouvelle donne, la « pandémie Covid-19 ». Bien qu’elle soit en baisse, les statistiques le montrent, il demeure que l’on doit situer sa place dans le contexte mondial. Puisqu’elle-même, par ses conséquences, la pandémie est d’essence mondiale. A voir les bouleversements qu’elle a opérés sur l’ensemble des économies du monde, et le nombre de contaminés qui a explosé en l’espace d’une année. Plus de 105 millions de personnes ont été touchées, et plus de 2,3 millions de décès, en février 2021. Aujourd’hui encore, bien qu’une campagne de vaccination ait été lancée à l’échelle mondiale, avec les nouveaux variants britannique, brésilien et sud-africain, l’incertitude demeure sur le futur de la pandémie.

Aussi, ayons une idée sur la situation économique dans le monde, en particulier sur l’endettement. Un article « La pandémie de la dette » de la revue Financement et Développement du FMI de Septembre 2020, écrit par Jeremy Bulow, Carmen Reinhart, Kenneth Rogoff et Christoph Trebesh, est à bien d’égard révélateur de la situation des pays émergents et en développement.

« La pandémie de COVID-19 a considérablement allongé la liste des pays en développement et émergents en situation de surendettement. Pour certains, la crise est imminente. Pour beaucoup d’autres, seuls des taux d’intérêt mondiaux exceptionnellement bas pourraient retarder l’heure des comptes. Les taux de défaillance augmentent, comme la nécessité d’une restructuration des dettes. Mais de nouveaux défis pourraient compliquer les renégociations si les États et les prêteurs multilatéraux ne proposent pas des outils plus performants pour traiter la vague de restructurations. […]

À ce jour, le choc pandémique s’est limité aux pays les plus pauvres et ne s’est pas transformé en une véritable crise des pays émergents à revenu intermédiaire. Grâce, notamment, aux conditions de liquidité mondiales favorables liées à l’aide massive fournie par les banques centrales aux pays avancés, les sorties de capitaux privés ont été modérées et de nombreux pays à revenu intermédiaire ont pu continuer à emprunter sur les marchés de capitaux. D’après le FMI, les États de pays émergents ont émis 124 milliards de dollars de dette en devises fortes pendant le premier semestre de 2020, dont les deux tiers au deuxième trimestre.

Mais l’accès durable des pays émergents aux marchés de capitaux demeure un sujet de préoccupation. La période la plus risquée est peut-être devant nous. La première vague pandémique n’est pas terminée. L’expérience de la pandémie grippale de 1918 donne à penser qu’une seconde vague, encore plus virulente, est possible, surtout s’il faut attendre mi-2021 (voire plus tard) pour qu’un vaccin efficace soit disponible partout. Même dans le scénario le plus optimiste, les voyages internationaux seront compliqués et la conjoncture restera très incertaine, tant au niveau de la consommation que des entre- prises. La pauvreté a fortement augmenté dans le monde, et de nombreuses personnes ne retourneront pas travailler après la crise. Dans les pays avancés également, la crise n’a pas encore déployé toutes ses ramifications politiques. L’hostilité à la mondialisation, qui montait déjà avant la COVID-19, pourrait s’intensifier. »

L’article fait apparaître une situation d’endettement très préoccupante des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, dont les pays émergents, principalement, le groupe des BRICS. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que les pays émergents et en développement ont amassé des réserves de change considérables entre durant la décennie 2002 et 2014, et, à partir de 2014, la situation s’est financière s’est retournée pour ces pays. Une question cruciale se pose. Que s’est-il passé pour que ces pays qui se sont fortement développés pendant une décennie et demie, et ont enregistré pratiquement sans interruption des excédents commerciaux, à l’exception de l’année 2008 qui a vu l’Occident frappé durement par la crise financière, et de l’année 2009, une récession généralisée a touché pratiquement tous les pays occidentaux ?

Pour comprendre la situation économique mondiale aujourd’hui, il faut se référer à ce qui s’est passé sur le plan économique et financier mondial au cours des deux premières décennies du XXIe siècle. Appelons la première période 1999-2008, la première phase et 2008-2014, la deuxième phase, et regardons l’évolution des réserves de change des pays émergents et des pays en développement, en particulier les pays exportateurs de pétrole, qui ont explosé, et comparons les avec l’évolution des dettes publiques occidentales qui ont fortement augmenté. (Données Banque mondiale)

Première phase 1999-2008. Les réserves de change de la Chine passent de 161,414 M$ (milliards de dollars), en 1999, à 1966 M$ (milliards de dollars). La Russie de 12,325 M$, en 1999, à 426,279 M$, en 2008. L’Arabie Saoudite de 18,321 M$, en 1999, à 451,279 M$, en 2008. L’Inde de 36,005 M$, en 1999, à 257,423 M$, en 2008. Le Brésil de 36,342 M$, en 1999, à 193,783 M$, en 2008. L’Afrique du Sud de 7,497 M$, en 1999, à 34,07 M$, en 2008. L’Algérie de 6,146 M$, en 1999, à 148,099 M$, en 2008.

La dette publique des États-Unis passe de 37,612 % du PIB, en 1999, à 64,032 % du PIB, en 2008. Royaume-Uni de 43, 62 % du PIB, en 1999, à 55,651 % du PIB, en 2008. France de 58,869 % du PIB, en 1999, à 64,901 % du PIB, en 2008. Allemagne de 39,15 % du PIB, en 1999, à 41,987 % du PIB, en 2008. Japon de 93,328 % du PIB, en 1999, à 139,798 % du PIB, en 2008.

Deuxième phase 2008-2014. Les réserves de change de la Chine passent de 1966 M$, en 2008, à 3900 M$, en 2014. La Russie de 426,279 M$, en 2008, à 386,216 milliards de dollars, en 2014. L’Inde de 257,423 M$, en 2008, à 325,081 M$, en 2014. Le Brésil de 193,783 M$, en 2008, à 363,57 M$, en 2014. L’Afrique du Sud de 34,07 M$, en 2008, à 49,122 M$, en 2014. L’Arabie Saoudite de 451,279 M$, en 2008, à 744,441 M$, en 2014. L’Algérie de 148,099 M$, en 2008, à 186,351 M$, en 2014.

La dette publique des États-Unis passe de 64,032 % du PIB, en 2008, à 97,108 % du PIB, en 2014. Royaume-Uni de 55,651 % du PIB, en 2008, à 108,605 % du PIB. France de 64,901 % du PIB, en 2008, à 97,666 % du PIB, en 2014. Allemagne de 41,987 % du PIB, en 2008, à 53,533 % du PIB. Japon de 139,798 % du PIB, en 2008, à 193,433 % du PIB.

Que donnent, entre 2008 et 2014, les évolutions des dettes publiques occidentales et l’accumulation des réserves de change par les pays émergents et exportateurs de pétrole ? En 6 ans, les dettes publiques occidentales ont augmenté respectivement de 51,65 %pour les États-Unis (par rapport à leur niveau de 2008), 95,15 % pour le Royaume-Uni, 50,48 % pour la France, 27,49 % pour l’Allemagne et 38,36 % pour le Japon.

Alors que les réserves de change, pour la même période, ont augmenté en 2014, par rapport à leur niveau de 2008, respectivement de 98,3 % pour la Chine, 26,2 % pour l’Inde, 87,6 % pour le Brésil, 44,1 % pour l’Afrique du Sud, 64,9 % pour l’Arabie Saoudite, 25,8 % pour l’Algérie (36 % en 2013).

La Russie est un cas à part. Ses réserves de change ont augmenté de 12,3 % en 2012, par rapport à leur niveau de 2008, passant à 537,816 M$. Leur diminution est liée essentiellement à la crise ukrainienne et l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, les sanctions occidentales et les attaques spéculatives sur le rouble ont fait fondre fortement ses réserves de change de la Russie. En 2014, elles ont diminué de 19,3 %, en 2014, par rapport à leur niveau de 2008.

On constate qu’il y a bien une corrélation entre la croissance des réserves de change d’un côté, pays émergents et exportateurs de pétrole et augmentation des dettes publiques occidentales. Pour l’Occident se pose la question du rééquilibrage de ce dysfonctionnement financier entre les deux bords qui pourraient être fatal pour les monnaies occidentales si ces pays continuent à enregistrer des excédents commerciaux et, par voie de conséquence, à amasser des réserves des réserves de change. Et pour l’autre bord, c’est-à-dire occidental, à enregistrer des déficits commerciaux et à voir leurs dettes publiques s’envoler.

Et c’est là où entre pour la première fois de l’histoire économique du monde une stratégie dite « non conventionnelle » et laissée à la seule discrétion des quatre Banques centrales occidentales, qui sont les seules émettrices des monnaies internationales, et régies par le régime du change flottant (loi de l’offre et de la demande). La Chine n’a internationalisé son renminbi ou yuan qu’en 2016 depuis qu’il est devenu la cinquième monnaie de l’étalon monétaire du FMI, le DTS.

On a beaucoup écrit sur les politiques monétaires non conventionnelles, dite aussi quantitative easing ou QE. En réalité, il n’y a rien d’énigmatique dans ces politiques non conventionnelles, en fait, elles se sont imposées d’elles-mêmes. Et les Banques centrales des pays du reste du monde n’ont pas cette possibilité d’en user car elles sont dépendantes des monnaies internationales.

Le processus de ces politiques non conventionnelles parle de lui-même. En effet, tous les programmes de soutien à l’économie américaine pour faire aux déficits budgétaires passent par le vote du Congrès, en vertu de ses pouvoirs budgétaires. Aujourd’hui, le même processus avec le plan de relance de l’économie américaine d’un montant de 1900 milliards de dollars pour compenser l’impact de la crise du coronavirus et qui doit avoir l’aval du Congrès. Donc une situation qui ne fait qu’augmenter la dette publique. Sauf qu’avant les années 2000, la dette publique américaine était maîtrisée et évoluait autour de 50%. Mais, à partir de 2005, elle a commencé à croître. En 2014, elle était à 96,342%, et en en 2020, avec la crise sanitaire, plusieurs sources font état que la dette publique des États-Unis pourrait dépasser les100%

Or, pour les États-Unis, le danger vient certes de l’envolée de la dette publique mais surtout de la part qu’elle renferme, la dette extérieure, et donc de ses créanciers que sont les pays du reste du monde, essentiellement les pays émergents dont en première position la Chine, et les pays exportateurs de pétrole. Et tous ces pays détiennent de la dette publique, sous forme de placements en bons de Trésor américains. De plus, le problème des intérêts se pose, c’est-à-dire ce que rapportent ces placements, et donc ce que les États-Unis doivent aux créanciers qu’ils soient des résidents américains ou étrangers.

Donc un des problèmes pour la Banque centrale américaine (Fed) est de diminuer les taux d’intérêt longs sur obligations publiques qui se sont envolés en 2007, avec la crise immobilière. En Europe et au Canada, la même évolution des taux longs a suivi. Et une politique monétaire conventionnelle avec les instruments classiques était inopérante face à la plus grave crise qu’ait connue l’Occident entre 2007 et 2008. Précisément une politique monétaire non conventionnelle répondait au problème de l’envolée à la fois des taux d’intérêt longs et de la dette publique dont la dette extérieure.

Et c’est ce qu’elle a fait la Fed en lançant trois programmes de quantitative easing (QE1, QE2, QE3), entre 2008 et 2014, par lesquels elle achetait massivement les passifs des bons de Trésor américain – les actifs étant détenus par les résidents américains et non-résidents notamment la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du sud et les pays exportateurs de pétrole dont l’Arabie saoudite, Algérie…. Par cette politique d’assouplissement monétaire non conventionnel, elle a fait baisser fortement les taux d’intérêt longs et, en même temps, a anticipé la monétisation d’une part importante des actifs en bons de Trésor et autres obligations publiques, détenues par les résidents et non-résidents. Puisque les liquidités remises par la Fed aux banques commerciales pour les passifs de la dette restent stockés dans leurs comptes que celles-ci ont auprès de la Banque centrale.

En septembre 2014, la dernière tranche d’achat de 10 milliards de dollars d’achats de bons de Trésor dans le cadre du QE3 a été effectuée. Et ce que l’on constate, c’est qu’avec la fin du quantitative easing 3, les prix du pétrole ont fortement baissé. D’un haut de 115 dollar, en mai 2014, le prix du baril de pétrole chute à 50 dollars, en décembre 2014. Le prix du pétrole est resté dans un cours baissier, en janvier 2016, il chuté jusqu’à 35 dollars le baril.

Il est évident que les États-Unis, avec les quantitative easing, et la baisse programmée du prix du pétrole pratiquent ce qu’on peut appeler la politique de la « terre brûlée ». Dans le sens qu’ils battent en retraite mais détruisent tout derrière eux. Comment peut-on le comprendre ?

Regardons ce qui s’est passé pour la Chine, les autres pays émergents et les pays exportateurs de pétrole. Pour ce qui est de la situation des réserves de change aujourd’hui, la Chine à elle seule a perdu environ 1000 milliards de dollars sur les 4000 milliards qu’elle avait engrangés sur au moins vingt années depuis son ascension fulgurante au début des années 2000. La banque mondiale donne des chiffres effarants. Pour la Chine, les réserves de change sont passées de 3859 milliards de dollars à 3345 milliards de dollars en 2015, et à 3030 milliards de dollars en 2016. Un quart des réserves de la Chine se sont pratiquement évaporé en deux ans. En 2017, ses réserves de change ont légèrement augmenté, à 3159 milliards de dollars puis de nouveau ont baissé en 2018, à 3092 milliards de dollars.

Pour les autres pays, notamment l’Arabie saoudite, ses réserves de change sont passées de 731,92 milliards, en 2014, à 495,99 milliards de dollars, en 2017. Pour l’Algérie, les réserves ont aussi fondu. De 194,712 milliards de dollars, en 2013, les réserves de change ont baissé à 179,618 milliards de dollars, en 2014. A partir de cette date, elles ne cessent de baisser, vu les déficits de sa balance des paiements. En avril 2019, les réserves de change de l’Algérie se situent à 72,6 milliards de dollars. Soit une perte franche de 122,112 milliards de dollars en cinq ans pour l’Algérie.

Pour les autres pays émergents, les réserves de change ont cessé de croître. Pour la Russie, après une forte baisse de ses réserves de change, elles ont remontées, en 2019, et se situent légèrement au-dessus du niveau de 2012. Seule l’Inde a vu ses réserves de change augmenter. Que peut-on conclure ? Que la stratégie de la politique de la « terre brûlée » a porté. En effet, la Réserve fédérale américaine a réussi à faire fondre une partie des réserves de change des pays émergents et exportateurs de pétrole ou, pour certains, les a maintenu pratiquement à leur niveau de 2012-2014.Pour les pays exportateurs de pétrole, la situation est pire.

Pour l’Algérie, selon les données fournies par l’APS, on lit dans l’article « PLFC : baisse des réserves de change à 44,2 mds à fin 2020 » du 03 mai 2020 : « ALGER- Les réserves de change du pays baisseront à 44,2 milliards de dollars d’ici fin 2020 selon les estimations de la Loi de finances complémentaire (LFC) 2020, a indiqué dimanche le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement. »

Et le problème est que les quantitative easing n’ont pas concerné que les États-Unis, la Banque centrale européenne a aussi mené une politique monétaire non conventionnelle depuis la crise financière de 2008. Les LTRO, TLTRO et QE sont aussi des rachats de titres publics et privés. Les Banques du Royaume-Uni et du Japon aussi. Donc un processus synchronisé par les quatre Banques centrales occidentales, dont la Fed et la BCE ont eu un rôle central dans le rachat de titres publics, appelées aussi des « dettes souveraines ».

La question qui se pose est pourquoi la situation s’est retournée surtout pour les pays en développement puisque les excédents commerciaux d’avant 2014 se sont transformés, à partir de cette date en déficits commerciaux. L’année 2014 est une année charnière, ou une « année maudite » ? Et ces pays, chaque année, en fonction de leurs déficits commerciaux, doivent présenter leurs actifs en bons de Trésor américains, européens…, selon leurs besoins de liquidités en dollars et en euros, aux Banques SVT occidentales (primary dealers ou Spécialistes en valeurs de Trésor, agrées). Celles-ci, en échange des titres, alimentent leurs comptes en monnaies centrales, tirées précisément des liquidités en monnaie centrale bloquées et fournies par les quantitative easing des Banques centrales – une création monétaire ex nihilo. Ainsi, à chaque fois que diminuent les réserves de change des pays exportateurs de pétrole, diminuent aussi l’endettement extérieur américain et européen. Et c’est valable pour les besoins en liquidités pour les pays émergents.

Si on prend l’Algérie qui est assez bien lotie par rapport à d’autres pays, ses réserves de change lui permettent encore de tenir. Mais qu’en sera-t-il en 2023, 2024… ? Qu’en sera-t-il pour le reste du monde ? Comme l’ont écrit Jeremy Bulow, Carmen Reinhart, Kenneth Rogoff et Christoph Trebesh dans la revue « Financement et Développement » du FMI de Septembre 2020. (Voir plus haut). « La pandémie de COVID-19 a considérablement allongé la liste des pays en développement et émergents en situation de surendettement. Pour certains, la crise est imminente. Pour beaucoup d’autres, seuls des taux d’intérêt mondiaux exceptionnellement bas pourraient retarder l’heure des comptes. Les taux de défaillance augmentent, comme la nécessité d’une restructuration des dettes. Mais de nouveaux défis pourraient compliquer les renégociations si les États et les prêteurs multilatéraux ne proposent pas des outils plus performants pour traiter la vague de restructurations. »

Il est évident qu’il y a une raison à la fermeture du robinet monétaire par les pays occidentaux. Si les banques commerciales occidentales SVT attendent tranquillement que les pays du reste monde leur présentent leurs actifs publics achetés auprès de l’Occident et que celui-ci les rembourse, il reste la question : « Jusqu’à quelle limite une diminution de la dette extérieure américaine et européenne est « acceptable » par les autorités américaines et européennes ? Et qu’en sera cette « acceptabilité » de la diminution de la dette surtout eu égard au désastre qui touche et va encore aggraver la situation économique des pays en développement, des pays émergents mais aussi l’économie mondiale lorsque une grande partie du monde dont les pays arabes et d’Afrique ne compteraient que très peu dans l’économie mondiale. Puisqu’ils ne pourraient importer des biens et services que selon les réserves de change qui leur seraient disponibles, et qu’ils n’auraient plus, puisque remplacés par les emprunts auprès du FMI ou auprès de la Chine.

Ces pays devenus surendettés importeraient donc tout au plus ce que leur permettraient leurs exportations de pétrole ou de matières premières au cours baissier, et les emprunts extérieurs qu’ils contracteraient. Donc des importations réduites au strict minimum et une pauvreté touchant une grande partie de leurs populations. Bref un prix de pétrole et de matières premières bas qui ne leur assurera qu’une existence précaire, pratiquement de survie. Et donc un endettement voir un surendettement sans sortie de crise. Une décennie 2020 à 2030 plus grave que ne le fut la décennie 1980. Et cette situation de marasme économique toucherait aussi les pays d’Amérique centrale et du Sud et d’Asie. L’Occident comme la Chine seraient touchés en matière de croissance économique et en emplois.

Déjà une guerre économique qui oppose les États-Unis à la Chine, qui, ne cessant d’augmenter de part et d’autre des taxes douaniers, vise pour chacun à tirer parti de son commerce extérieur. La Chine profitant du marché américain et du dollar américain tant qu’il est hégémonique puisqu’il lui permet un tremplin pour demain, et les États-Unis, se sachant utilisés économiquement par la Chine pour passer à une étape ultérieure, cherchent, en les paralysant économiquement, à retarder cette étape à venir que vise la Chine à dominer le monde à un horizon relativement proche.

Évidemment, cette situation que vit le monde par la « fermeture délibérée du robinet monétaire » par l’Occident, via les quantitative easing, vise à asphyxier les pays du reste du monde. A voir la Banque centrale européenne qui se lance sans relâche dans le quantitative easing, c’est-à-dire les rachats des passifs des actifs des pays du reste du monde de la dette extérieure européenne, détenus par les banques SVT européennes et américaines. Et on comprend la situation déflationniste de l’économie européenne et les répercussions qu’elle a sur le plan mondial. « On n’injecte pas des liquidités pour relancer l’économie européenne et américaine et donc mondiale, on injecte des liquidités « pour retirer de la dette occidentale », et donc des réserves de change du monde, ce qui équivaut aux Banques centrales occidentales « à injecter des liquidités à partir de rien donc ex nihilo » pour retirer des actifs liquides du reste du monde. »

Et pour les États-Unis, l’enjeu c’est la Chine. Et, en asséchant le monde de liquidités internationales, les États-Unis, l’Europe en particulier, tout en diminuant leurs dettes extérieurs, maintiennent les cours bas des matières premières et du pétrole. Ce qui se traduit par des déficits pour un grand nombre de pays du monde. La Chine, confrontée déjà au protectionnisme occidental, sera aussi confrontée à une baisse de la demande des pays exportateurs de pétrole et de matières premières. Une situation qui pourrait devenir catastrophique dans les années à venir.

Et c’est dans ce discours mondial bloqué par l’antagonisme sino-américain qui ne mène nulle part, parce que les États-Unis croient qu’ils peuvent jouer la stratégie des années 1980 en « fermant le robinet monétaire », qui a fini par asphyxier l’Union soviétique – elle s’est effondrée en décembre 1991. Sauf que cette situation d’asphyxie financière qui s’est vérifiée par la disparition de l’URSS était aussi dans l’autre discours du discours, et on entend par l’autre, le métadiscours.

Or, aujourd’hui, la Chine n’est pas l’URSS, c’est une puissance économique mondiale avérée, en plus, elle est devenue l’« atelier du monde ». Et le yuan chinois est internationalisé, et ce même si le taux de change est piloté par la Banque de Chine. La situation est donc incomparable. Aussi, l’occident, en cherchant à asphyxier la Chine, « asphyxie » l’Afrique, l’Amérique du sud, l’Asie, le Moyen-Orient, et il n’y a pas de but réellement géostratégique. La Chine, une grande puissance économique dont dépend une grande partie du monde, ne pourrait pas tomber comme l’URSS, une union de 15 républiques qui ont éclaté.

Et, étrangement, en décembre 2019, la situation prend une autre tournure sur le plan sanitaire et économique et change complètement les donnes mondiales. Le coronavirus fait irruption et étrangement en Chine. En deux mois, la pandémie s’étend au monde, elle est appelée la Covid-19. Les États-Unis sont les plus frappés. Ils ont plus de 27 millions de contaminés et plus de 460 000 décès. On ne peut s’empêcher de lier la pandémie Covid-19 avec le métadiscours qui est venu mettre de l’ordre dans les affaires du monde. Non seulement des pertes humaines, mais surtout la pandémie a plongé l’économie mondiale dans la pire récession depuis la Deuxième Guerre mondiale. Partout l’activité économique dans le monde s’est contractée. Dans un rapport de la Banque mondiale, du 8 juin 2020, on lit :

« WASHINGTON, 8 juin 2020 — Le choc massif et brutal produit par la pandémie de coronavirus (COVID-19) et par les mesures d’arrêt de l’activité prises pour l’enrayer plonge l’économie mondiale dans une grave récession. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le PIB mondial diminuera de 5,2 % cette année, ce qui représente la plus forte récession planétaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour la première fois depuis 1870, un nombre sans précédent de pays vont enregistrer une baisse de leur production par habitant, indique la Banque mondiale dans sa dernière édition semestrielle des Perspectives économiques mondiales.

L'activité économique dans les économies avancées devrait décliner de 7 % en 2020, sous l'effet des graves perturbations qui ont frappé l’offre et la demande intérieures, ainsi que les échanges et la finance. Le groupe des économies de marché émergentes et en développement devrait connaître sa première contraction en soixante ans, avec une baisse globale de son PIB de 2,5 %. Les prévisions font état d’une diminution de 3,6 % des revenus par habitant, ce qui fera basculer des millions de personnes dans l'extrême pauvreté cette année.

Les pays les plus durement touchés sont ceux où l’épidémie a été la plus grave et ceux qui se caractérisent par une forte dépendance vis-à-vis du commerce mondial, du tourisme, des exportations de produits de base et des financements extérieurs. Bien que l’ampleur de la crise varie d’une région du monde à l’autre, tous les pays émergents et en développement souffrent de vulnérabilités qui sont accentuées par ces chocs exogènes. En outre, la fermeture des écoles et les difficultés accrues d’accès aux soins de santé primaires auront probablement des effets durables sur le développement du capital humain. »

Il est évident que, quoique l’on dise, la solution à la pandémie est là, visible. Elle est, par elle-même, par le métadiscours en cours. Et logiquement la situation économique mondiale va se redresser parce que c’est une nouvelle carte qui est entrée jeu, la pandémie du coronavirus va battre les cartes du monde et obliger les grandes puissances à ouvrir le « robinet monétaire » en grand et ce qu’il faut pour que l’économie mondiale reparte – elle a besoin de beaucoup d’oxygène monétaire pour qu’elle reparte.

Déjà, le prix du baril de pétrole a passé la barre des 60 dollars, une bonne nouvelle pour les pays en développement et les pays émergents. Une hausse des prix du pétrole impacte les prix des matières premières à la hausse. Le pétrole Brent cote à presque 62 dollars. Et un cours de pétrole à 100 dollars est raisonnable surtout qu’il constitue la contrepartie productive des injections monétaires massives que la Banque centrale aura à opérer avec la « planche à billet  », et don ex nihilo. Le monde a besoin de produire et de consommer. Et la forte consommation passe d’abord par les plus de quatre milliards d’êtres humains qui sont réellement pauvres.

Aussi peut-on dire que les 1900 milliards de dollars du plan de soutien que demande le nouveau président américain Joe Biden et qui restent à être avalisés par le Congrès américain ne pourrait suffire. Il ne faut pas perdre de vue que le quatuor que sont les Banques centrales des États-Unis, de l’Europe des dix-neuf, du Royaume-Uni et du Japon auxquels s’ajoute la Banque centrale de Chine constitue en fait la Banque centrale du monde. Tous les États du monde dépendent de ces cinq Banques centrales. Par conséquent leur responsabilité est grande dans le bonheur ou le malheur des peuples.

 

Et le message que lancent au monde l’ancienne Banquière centrale, Janet Yellen, devenue aujourd’hui la secrétaire d’Etat du Trésor dans l’administration Biden, et la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, est éloquent sur ce qui se joue aujourd’hui dans le monde. On lit dans l’article « Yellen et Georgieva soulignent le besoin de solutions multilatérales face à la crise », du 3 février 2021 sur yahoo.fr : 

« La secrétaire Yellen a fait part de son intention de travailler étroitement avec le FMI sur les priorités comme la poursuite d'une réponse efficace à la pandémie de COVID-19, revigorer la croissance économique afin de soutenir un rétablissement solide mondial, lutter contre les inégalités et lutter avec vigueur contre la menace du changement climatique », a déclaré le département du Trésor dans un communiqué. »

 

On comprend, par conséquent le besoin d’une réponse financière et monétaire mondiale, un plan Marshall pour l’ensemble des pays du monde. Et tout dépendra des tenants de l’ordre économique et financier mondial.

Et la pandémie Covid-19 comme ses variants ne peuvent être commandés par l’homme y compris par la vaccination, qui aide tout au plus. Un variant peut fausser toute la prévention. Aussi la pandémie peut être capricieuse, se terminer, se faire oublier ou revenir, le métadiscours lui n’est pas capricieux. Et il n’est pas pour rien qu’il est le discours du discours. Qui est en fait une finalité qui s’inscrit dans le progrès perpétuel de l’humanité. Et c’est cela que ceux qui dirigent les grandes puissances doivent comprendre, qu’ils ont une part de responsabilité dans la marche du monde. En espérant que la raison l’emporte dans le monde.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 


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5 réactions à cet article    


  • chantecler chantecler 11 février 07:46

    Bonjour ,

    Votre article est très massif .

    C’est quasi un opuscule .

    Et comment discuter tant il contient d’arguments .... ?

    Il aurait fallu le scinder en plusieurs éditions ...

    Quant au chapeau ,« le pétrole à 100 $ » , je ne suis pas convaincu : est ce un souhait , pour aider les pays producteurs , ou une nécessité ?

    Je constate que le pétrole fait rarement le bonheur des populations et c’est un euphémisme .

    Il attire plutôt des guerres et des massacres .

    Le Vénézuela qui possède des immenses réserves dit on , supérieures à celles de l’Arabie Saoudite , a bien du mal à en faire profiter son peuple et les tentatives de déstabilisation sont permanentes .

    ...

    Bref...

    Quel pays aurait les moyens aujourd’hui de s’offrir du pétrole à ce tarif hormis la Chine qui ne le paiera certainement pas en $ ?

    Un nouveau choc pétrolier se transformera automatiquement en guerre mais pas en une manne pour les dirigeants .


    • Hamed 11 février 09:35

      @chantecler

      Bonjour,

      C’est vrai ce que vous dîtes du pétrole, « Il attire plutôt des guerres et des massacres ».

      Mais cela fait partie de la métahistoire. La terre est une, mais l’humanité bien qu’elle une est aussi multiple. Et l’enjeu chaque humanité veut dominer une autre humanité. Et l’homme n’y peut rien, c’est un trait humain et Hobbes, dans ses écrits n’en a fait qu’un constat naturel de la nature humaine.

      Ceci étant, le pétrole au-delà des guerres qu’il provoque est dans tous les rouages de l’économie des nations. Dès lors, il est comme le coronavirus sauf que la démarche de lutte est inverse.

      Les nations luttent contre le coronavirus pour l’éradiquer. Pour le pétrole, les nations luttent pour l’avoir et éradiquer les autres. Et c’est ce qui fait et ne fait pas le bonheur des peuples. Mais c’est ainsi la marche de l’histoire de l’humanité, avec cette nouvelle donne, le pétrole, qui joue un rôle central dans l’évolution du monde depuis les années 1970. Et encore aujourd’hui, et demain, et probalement encore une décennie et plus.

      Et vous dîtes : "Quel pays aurait les moyens aujourd’hui de s’offrir du pétrole à ce tarif hormis la Chine qui ne le paiera certainement pas en $ ?

      Un nouveau choc pétrolier se transformera automatiquement en guerre mais pas en une manne pour les dirigeants."

      Et là force de constater que vous n’avez pas compris au sens même du pétrole développé dans cette analyse. Pour vous expliquer simplement. Supposez vous chantecler que vous êtes les Etats-Unis et vous avez le pouvoir de crée de l’argent à partir de rien, et vous avez des déficits structurels, et les les pays d’Europe refusent vos dollars créés à partir de rien, et vous n’avez pas d’or ni de richesses à leur offrir puisqu’eux produisent des richesses en surplus. Puisque vous avez des pays arabes, des monarchies, que vous chanteclerc défendez militairement, vous demandez à ce qu’ils facturent leur pétrole en dollar, vous obligerez les pays d’Europe à acheter des dollars pour régler le pétrole importé.

      Que feront-ils avec des déficits US en hausse et plus de dollars crées, et un prix du pétrole en forte hausse ? Les pays d’Europe font la même chose que vous (Etats-Unis). Ils créent de l’argent. La hausse des prix du baril de pétrole impacte à la hausse les prix des matières premières.

      Donc grâce à vous, chantecler, avec vos milliards de dollars et les milliards d’euros, de pounds, de yen, et de yuan, vous avez fortement financiarisé l’économie mondiale. Vous avez accordé un formidable pouvoir d’achat à l’ensemble de pays du monde.

      Le seul hic, la part sera belle pour la Chine, elle va attirer par ses exportations tout azimut les milliards de dollars, d’euros, de sterling, de yens, et donc vous endetter vous chantecler, et vos alliés européens.

      A terme, ou plutôt viendra un jour, où la Chine n’aura plus besoin de vos dollars, et comme tous les pays d’Afrique, d’Amérique et d’Asie sont liés économiquement, par l’import-export et que leurs dettes augmentent, elles viendra à exiger que le pétrole et les matières premières soient facturées en yuan chinois.

      Et ce processus a déjà commencé, et c’est ainsi chantecler vous serez à terme entièrement dépendant du yuan, et donc de la Chine. Et fini les dépenses de guerre, les déficits, vous serez un pays comme les autres. La seule puissance mondiale sera la Chine, et les armes nucléaires ne produisent pas des richesses.

      Cependant, en attendant, avec la pandémie, il faut répondre au plus pressé, un baril à 100 dollars est raisonnable.

      J’espère avoir été explicite.


    • chantecler chantecler 11 février 20:45

      @Hamed
      Oui, mais votre raisonnement est basé sur ce qui s’est fait depuis 30 ou 40 ans : l’impérialisme du dollar .
      Mais j’ai le sentiment qu’on en voit la fin : créer de la monnaie papier est un subterfuge qui a atteint ses limites , comme le système libéral , bien davantage que les ressources en pétrole qui elles sont matérielles ...
      Et du pétrole , ou du gaz , il y en a encore .
      Même si plein de pays producteurs sont empêchés actuellement pour cause de guerres, d’interventions extérieures ou embargos .
      Et ces ressources existantes valent de l’or ...
      Donc vous pensez et souhaitez que le pétrole atteigne les 100 $ le baril et personnellement je n’y crois pas .


    • Hamed 12 février 00:02

      @chantecler

      Entièrement d’accord avec vous. Je comprends pourquoi vous ne croyez pas. tout d’abord, vous pensez que je souhaite.

      En économie, il n’y a pas de sentiment, l’économie est froide elle régit, elle commande, elle exige. Vous achetez un pain, il fat payer. Il n’y a pas de cadeau, et le cadeau est lui-même comptabilisé.

      Une création de richesse dépend d’un nombre de facteurs précis. Or, aujourd’hui, est entré un facteur massif, il est impondérable. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, cet impondérable a unifié le genre humain, nations riches ou nations pauvres sont logées à la même enseigne.

      Quant au prix du pétrole, il a commencé à monté, et il va encore monter. Et c’est en relation des plans de soutien à l’économie, 2200 milliards de dollars injectés par les États-Unis adossés à rien ont besoin de contreparties productives, pétrole, or, matières premières. Sinon c’est l’inflation.Et ce n’est pas fini les plans de soutien, en Occident.

      Qui est le menant ? L’impondérable ? C’est la pandémie. J’espère que vous comprenez.


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