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Crise tunisienne  : La suite d’échecs de Frères

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En prenant connaissance des détails de la scène politique tunisienne, nous constatons que ce pays vit une situation exceptionnelle qui ne ressemble à aucun autre pays arabe. Certains considèrent même que les Frères musulmans de Tunisie ne sont pas comme les autres groupes éparpillés dans plusieurs pays arabes.

Ceux-ci pensent qu’ils ont acquis des expériences différentes, du fait que leurs dirigeants ont séjourné dans les capitales occidentales pendant de nombreuses années. Mais l’expérience tunisienne depuis 2011 a montré que les Frères tunisiens portent les mêmes gènes organisationnels que leurs congénères en Égypte, à Gaza, au Yémen, en Syrie et ailleurs.

Ils sont empêtrés dans des conflits politiques profonds et permanents depuis le retour de dirigeants qui étaient censés avoir tiré quelques leçons des expériences politiques occidentales. Surtout en ce qui concerne le pluralisme. Mais leur réalité s’est révélée, avec la première expérience politique, par leur insistance à faire cavalier seul au pouvoir.

Mais le peuple tunisien avec l’ensemble de ses forces politiques s’est avéré bien conscient de ça. Du coup, ils se sont vite tournés vers un scénario consistant à tirer les autres vers le bas. Ils s’affrontent tantôt avec le président de la République, tantôt avec d’autres forces partisanes et politiques.

Puis, ils ont fini par se heurter au peuple lui-même et tenter de le sacrifier pour masquer leur incapacité à assumer leurs responsabilités politiques et à répondre aux aspirations des Tunisiens.

Au lendemain des décisions du président, le Premier ministre tunisien Hichem Mechichi a reconnu dans un communiqué «  le potentiel limité de l’État et la détérioration de l’économie nationale et des finances publiques.  »

«  La convulsion politique s’est amplifiée et le système politique issu des élections de 2019 n’a pas réussi à former un gouvernement en raison de la grande disparité entre les exigences du public et les priorités des partis politiques, ce qui a continué à décrépir le paysage parlementaire au point de provoquer une rupture entre les citoyens et les politiciens.  »

Il a reconnu la difficulté de trouver une issue convenable à la crise politique que traverse la Tunisie. C’est un fait qui explique le recours du président Kais Saied à des procédures extraordinaires pour faire face à une crise qu’il voit s’aggraver rapidement. Après tout, la solution du gouvernement des technocrates n’a pas réussi à atteindre ses objectifs et à réaliser des réformes.

Il y a de profonds clivages et divergences entre les piliers du pouvoir, dans lesquels Ennahda a joué un rôle prépondérant. Le mouvement avait pour objectif de participer à des élections anticipées - dans lesquelles il pense obtenir une plus grande part du gâteau politique - sans tenir compte du désastre sanitaire que connaît le pays, où l’épidémie de coronavirus a causé la mort de plus de 17 000 Tunisiens.

Ennahda a cherché par tous les moyens, à travers le parlement, à contrecarrer tout effort présidentiel ou gouvernemental visant à dépasser le statu quo. Le président l’a même accusée de protéger les corrompus et de retarder les dossiers judiciaires. Ça a provoqué la colère du public, qui a appelé à la dissolution du parlement et au renversement du gouvernement.

Des personnes ont attaqué et brûlé certains des sièges du mouvement des Frères, qui détient la majorité parlementaire et perturbe le rôle du législateur. Le véritable dilemme auquel la Tunisie est confrontée à ce stade est le non-respect par Ennahda des règles et des principes de la pratique démocratique. Et ce, même si la situation tunisienne lui permet de s’engager dans le jeu démocratique.

Cependant, le mouvement porte des gènes idéologiques contraires au pluralisme. Il ne veut pas reconnaître sa baisse de popularité affichée lors des scrutins électoraux jusqu’en 2019. L’échec de la qualification d’Abdelfattah Mourou au second tour de l’élection présidentielle ne lui sourit pas.

Ce mouvement et les autres élites politiques tunisiennes n’ont pas non plus réussi à s’attaquer aux raisons du déclin de la participation populaire aux élections parlementaires successives. La jeunesse tunisienne est frustrée. Le taux d’immigration clandestine a de nouveau augmenté. Ça signifie de nombreuses années perdues sans un retour du développement dont les Tunisiens rêvent depuis 2011.

La part des sièges parlementaires des Frères de Tunisie est passée de 89 sièges lors des premières élections législatives, après le renversement de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, à 52 sièges lors des dernières élections. Ils ont obtenu 69 sièges lors des deuxièmes élections législatives de 2014. Lors de la première élection, le mouvement a obtenu 37 % des voix. Lors de la deuxième, 28 %, et lors de la dernière, seulement 23 %.

Mais le mouvement n’a pas saisi le sens de cette baisse significative de sa popularité. Il est resté opiniâtre, comme d’autres groupes fréristes avant lui. Bien qu’il ait promis au peuple tunisien de «  lui assurer une vie décente, d’augmenter son pouvoir d’achat et son employabilité, de renforcer la sécurité et de lutter contre la pauvreté, le terrorisme, la corruption et la contrebande.  »

La crise tunisienne est à l’image de la crise des Frères musulmans et de leurs groupes dans différents pays. L’organisation est dans le déni total de son échec en politique. Elle a pratiqué la politique selon une logique hermétique hautaine, qui n’accepte pas le pluralisme, ne comprend pas les leçons du passé et n’accepte pas d’apprendre des autres.

Elle a essayé de tromper tout le monde, y compris le peuple, seulement pour perdre à la fois la politique et le peuple. Elle ne peut même plus garder son statut de groupe de conseil religieux.

 


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1 réactions à cet article    


  • SilentArrow 6 août 13:15

    C’est l’islam qu’elle est mauvaise. Les frères musulmans n’en sont que les disciples un peu plus enragés.

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