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Accueil du site > Tribune Libre > Crises monétaires USA-Europe. Les transferts monétaires massifs aux pays (...)

Crises monétaires USA-Europe. Les transferts monétaires massifs aux pays arabes, un double moteur pour la « relance » de l’économie mondiale

Quatrième partie

 

 Comme il a été écrit dans l’analyse précédente, l’économie se lit presque à livre ouvert, mais on ne veut pas qu’elle se lise à livre ouvert. Pourquoi ? Parce qu’il y a de gros intérêts en jeu. Qu’elle concerne un pays ou l’ensemble des pays du monde, ce sont les mêmes rouages sauf que les forces changent parce qu’elles concernent l’ensemble des pays du monde. Prenons « la période qui a duré de 1945 aux années 1970 – les « Trente Glorieuses ». [...] on avait énuméré quatre facteurs qui ont expliqué cette période faste. 1. Les destructions et les morts d’hommes du deuxième conflit mondial sont sans commune mesure avec ce qui a prévalu au premier conflit. Le plan Marshall américain. Une décennie aux pays d’Europe pour se reconstruire. Une aide massive américaine au Japon dictée par l’avènement de la Chine communiste en 1949 et la guerre de Corée (1950-1953). Le japon devenant un allié de première importance pour les États-Unis en Asie devait aussi être reconstruit et son économie modernisée. 2. Le deuxième facteur vient de ce nouveau débouché que représentent les pays décolonisés, que l’on a appelé le « tiers-monde » – cette appellation aujourd’hui est pratiquement abandonnée puisque de leur sein de grandes puissances économiques ont émergé. Et ce tiers-monde qui a eu une grande part dans le « réajustement » de l’absorption à la « production de masse », explique aussi pourquoi il n’y a pas eu de crise économique grave à l’instar de de celle de 1929. Une crise qui a fait une hécatombe sur le plan de l’emploi dans le monde, et a mené à la Deuxième Guerre mondiale. 3. Le troisième facteur fut le complexe militaro-industriel. Une course de l’armement et dans l’espace s’est opérée entre les deux grands, l’Union soviétique et les États-Unis, qui se sont constitués en deux blocs occidental et communiste adverses. 4. Le quatrième facteur, c’est l’antagonisme idéologique entre les deux blocs, la « guerre froide ». L’arme nucléaire empêchant toute confrontation entre les deux grandes puissances, les guerres se sont déplacées dans les pays nouvellement indépendants, devenus un enjeu entre les deux tenants de l’ordre mondial. Le troisième et quatrième facteur ont fortement tiré l’économie mondiale par les dépenses d’armements et des guerres. » (1)
 

  1. Le droit de seigneuriage du dollar américain sur le reste du monde partagé, à partir de 1958, avec les monnaies européennes

 

 On avait vu que les balances commerciales des États-Unis et des pays d’Europe qui s’équilibraient exactement étaient « négatives » pour l’Europe en pleine reconstruction, et ne pouvaient que différer plus longtemps l’intégration « complète » de l’Europe sur le marché mondial. En effet, pour comprendre, on sait que la balance commerciale d’un pays est la différence entre la valeur des exportations et des importations de biens et services à partir des valeurs douanières. On avait énoncé aussi que si les soldes des balances commerciales entre ces deux grands pôles économiques étaient nulles, l’équation des échanges économiques qui les lie était aussi nulle ? Pourquoi ? La réponse vient d’elle-même. Puisque le système monétaire international est basé sur le dollar-or, celui-ci étant convertible sur un poids d’or fixe, 35 dollars l’once, et si le processus des échanges est à « somme nulle », toutes les importations américaines seraient équilibrées par des exportations américaines. Ce qui signifie qu’une sortie d’une masse donnée de dollars pour les importations va être compensée par le retour aux États-Unis, par les exportations, de la même masse de dollars qui est sortie. De même pour les pays d’Europe qui vont voir la masse de leurs monnaies converties en dollars sorties pour le règlement de leurs importations en provenance des États-Unis leur revenir par les exportations vers ce même pays. Donc, c’est bien un jeu économique États-Unis-pays d’Europe à « somme nulle », mais « non positif » pour l’Europe. On avait dit qu’il est « négatif ». Pourquoi ? Ce strict équilibre dans les balances commerciales des deux pôles va affecter la situation monétaire de l’Europe. Certes les pays d’Europe ont des transactions commerciales avec les pays du reste du monde, mais des balances commerciales équilibrées avec les États-Unis ne feront que différer plus longtemps la convertibilité commerciale de leurs monnaies, et donc leur intégration dans le commerce mondial et la reprise de leurs parts de marchés avec les pays du reste du monde, y compris avec les États-Unis.

 

Le seul moyen économique qui apparaissait pour accélérer ce processus, et opérer la convertibilité des monnaies européennes résidait dans l’accord des États-Unis d’« accepter d’avoir des balances commerciales déficitaires ». Par ce moyen, les pays d’Europe, disposant d’excédents commerciaux, pourront alors « accumuler » des dollars et une grande partie de l’or du temps où le dollar était convertible en or, ce qui se ferait au détriment de la puissance américaine. Précisément, ces masses de dollars et les stocks d’or-métal accumulés par chaque pays d’Europe, en particulier les anciennes puissances industrielles, à savoir le Royaume-Uni, la France et la République fédérale allemande, vont leur permettre d’accélérer la convertibilité de leurs monnaies. Puisque ces dollars qui ont, sur le plan quantitatif et qualitatif, la même valeur-or (dollar gold standard), plus les stocks d’or constitueront les paniers d’or et de dollars sur lesquels viendront s’adosser leurs monnaies. Donc en quantité suffisante, d’une part, et de leurs performances commerciales en reprise de parts de marché dans le monde, d’autre part, ces masses monétaires permettront aux pays d’Europe d’opérer la convertibilité commerciale de leurs monnaies. C’est ce qui s’est passé en 1958, la plupart des pays d’Europe ont commencé à rendre convertibles leurs monnaies sur les marchés monétaires internationaux, et leurs monnaies à jouer aussi en monnaie de réserve dans les banques centrales des pays du reste du monde (Afrique, Asie, Amérique du Sud...). La convertibilité de leurs monnaies retrouvée, les pays d’Europe partagent de nouveau le « droit de seigneuriage » du dollar US (monnaie-centre du système Bretton Woods) sur le reste du monde. Ces pays s’érigent en même temps en concurrent à la puissance américaine.

 

Une précision néanmoins, les États-Unis n’avaient pas à accepter ou à refuser d’avoir des déficits extérieurs avec l’Europe pour la simple raison qu’engagés dans des guerres (guerre de Corée, Vietnam, Proche-Orient, Afrique, Amérique du Sud...), dans la course aux armements et la conquête spatiale avec l’URSS, les aides aux pays alliés, dans le cadre de la guerre froide, les dépenses ne pouvaient que se traduire en déficits pour la balance des paiements américaine, et ce durant des années. Bien évidemment, à la fin des années 1960, les relations commerciales, financières et monétaires se sont détériorées au point qu’elles ont provoquées une remise en cause du statut du dollar dans le commerce international. Les pays d’Europe reprochaient aux États-Unis un recours excessif à la « planche à billet » pour le financement de leurs déficits extérieurs. An temps où la guerre menée par les États-Unis au Vietnam était à son sommet.

 

  1. Traité de Rome : un Marché commun européen à Six

 

 Avant même la convertibilité des monnaies européennes, faut-il rappeler, les sages de l’Europe avaient commencé à unifier cette Europe « désintégrée » par les guerres jusqu’à ces dernières – deux guerres mondiales – qui ont changé la face du monde. Des raisons donc politiques, économiques, et surtout historiques qui ont amené l’Europe à cette situation, et poussé à son unification, dont le plus important des traités post-guerre a été la création de la « Communauté économique européenne ». C’est le « Traité de Rome », signé le 25 mars 1957, à Rome, qui instaure le « Marché commun européen à Six » : l’Allemagne de l’Ouest, la France, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas. Deux autres traités furent signés le même jour : l’Euratom et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA).

Le Traité de Rome a permis à renforcer la cohésion et la stabilité de ces six pays. Il était évident que la situation économique de ces pays n’était pas comparable (compétitivité et tissu industriel). Il y avait nécessité pour les six pays de coordonner leurs politiques économiques, harmoniser les régimes fiscaux, renforcer les instances politiques et collaborer en matière monétaire. Ces points d’une grande importance pour les dirigeants européens devaient contribuer pour asseoir une Europe unie et pacifique. Retenons deux articles très important du Traité de Rome – articles 104 et 105, balance des paiements (chapitre 2) – qui traitent des questions monétaires de l’union douanière :

« Article 104 : Chaque État membre pratique la politique économique nécessaire en vue d'assurer l'équilibre de sa balance globale des paiements et de maintenir la confiance dans sa monnaie, tout en veillant à assurer un haut degré d'emploi et la stabilité du niveau des prix.

Article 105 : 1. En vue de faciliter la réalisation des objectifs énoncés dans l'article 104, les États membres coordonnent leurs politiques économiques. Ils instituent à cet effet une collaboration entre les services compétents de leurs administrations et entre leurs banques centrales.
La Commission présente au Conseil des recommandations pour la mise en œuvre de cette collaboration.
2. En vue de promouvoir la coordination des politiques des États membres en matière monétaire dans toute la mesure nécessaire au fonctionnement du marché commun, il est institué un Comité monétaire de caractère consultatif, qui a pour mission :

- de suivre la situation monétaire et financière des États membres et de la Communauté, ainsi que le régime général des paiements des États membres et de faire rapport régulièrement au Conseil et à la Commission à ce sujet,

- de formuler des avis, soit à la requête du Conseil ou de la Commission, soit de sa propre initiative, à l'intention de ces institutions.
Les États membres et la Commission nomment chacun deux membres du Comité monétaire
 » (2)

Ces deux articles montrent l’importance des politiques économiques communautaires et des organes institués pour assurer la stabilité monétaire, et donc du niveau des prix afin d’éviter de fausser au sein de l’union douanière les conditions de concurrence entre les Six par des dévaluations excessives. Comme seule la politique commerciale relève de la Communauté européenne, les politiques économique, fiscale, monétaire, régionale étant du ressort des Etats, le problème va forcément se poser en termes de compétitivité dans les échanges entre les membres qui provoquera des dévaluations monétaires. Précisément le traité de Rome cherche à éviter les dévaluations monétaires compétitives, comme cela s’est passé dans les années 1930 provoquant la constitution de blocs monétaires puis à la fin ont mené à la guerre. L’objectif était d’harmoniser les politiques économiques des États membres au sein de l’union douanière.
 

  1. Des Crises monétaires des années 1969-1970 à la fin du système Bretton Woods 

 

 Les déficits américains dans le commerce intra-occidental avaient une importance absolue tant pour l’Europe que pour le Japon. Sauf que les États-Unis, en compétition avec l’URSS et les guerres, en ont abusé en les monétisant, donc à créer une masse de dollars supplémentaires de dollars non adossés à l’or.

La fin des années 1960 va voir les grands pays d’Europe remettre en question le dollar-or du système Bretton Woods. En février 1969, le commissaire aux Affaires économiques et financières, Raymond Barre, a proposé le plan Barre I pour trouver une issue au problème monétaire avec les États-Unis. Ce plan est entériné en juillet par le Conseil des ministres des finances de la CEE.

Le 9 février 1970, un accord signé entre les gouverneurs des banques centrales des États membres pour un soutien monétaire à court terme. Le 4 mars 1970, un autre plan est proposé, c’est le plan Barre II qui présente une date pour instituer une Union européenne et monétaire en 1978. Il soumet un programme daté de convergence des politiques économiques, budgétaires et monétaires, d’harmonisation des politiques fiscales, et un rapprochement des taux de change. Un fonds de réserves européen de solidarité européenne était prévu dans le plan.

Le chef du gouvernement du Luxembourg, Pierre Werner, a été chargé d’une réflexion sur l'union économique et monétaire. A la tête d’un comité d'experts, Pierre Werner a abouti aux mêmes conclusions du plan Barre II. Le principe d'une progression parallèle de l'union monétaire et de l'union économique a été retenu. Malgré les différences d’approche entre la France (par le monétaire) et l’Allemagne (par une convergence économique), un compromis fut trouvé pour avancer le processus d’une union monétaire européenne.

Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon change les donnes, il annonce la fin de la convertibilité du dollar en or, et impose une taxe de 10% sur l’importation. Un extrait du discours de Nixon. (3) « J'ai pris une mesure supplémentaire pour protéger le dollar, pour améliorer la balance des paiements, et pour augmenter l'emploi des Américains.

Comme mesure temporaire, j'impose dès aujourd'hui une taxe de 10 pour cent sur les biens importés aux Etats-Unis.

C'est une meilleure solution pour le commerce international que le contrôle direct sur les quantités importées. Cette taxe à l'importation est une action temporaire. Elle n'est pas dirigée directement contre les autres pays. C'est une action qui fait que les produits américains ne seront pas désavantagés en raison de taux de change inéquitables.

Quand le traitement inéquitable aura pris fin, les taxes à l'importation cesseront. La conséquence de ces actions, c'est que le produit du travail des Américains sera plus compétitif, et le côté inéquitable d'une partie de nos compétiteurs étrangers sera supprimé.

C'est une des raisons majeures qui ont provoqué l'érosion de notre balance commerciale au cours des 15 dernières années. »
R. Nixon, Président des Etats Unis d'Amérique. 15/08/1971

 

L’arme employée par le président Nixon en imposant la surtaxe de 10 % sur toutes les importations industrielles était une tentative pour pousser les pays d’Europe à réévaluer leurs monnaies par rapport au dollar. Une réévaluation qui renchérissait les produits étrangers pour les acheteurs américains, donc moins d’achat de produits européens pour ces derniers, elle avantageait aussi les produits américains à l’exportation. La négociation du 18 décembre 1971, à Washington, a permis de trouver un compromis entre la thèse américaine exigeant la réévaluation des monnaies européennes et la thèse française qui s’y est opposée. La surtaxe américaine de 10 % a été supprimée et les parités monétaires ont été réalignées selon le poids économique de chaque pays dans le commerce mondial. Les monnaies fortes (franc suisse, deutschemark, yen, franc belge, florin) ont été réévaluées par rapport à l’or, le dollar a été dévalué, le Franc et la livre sterling restés inchangés.

 

Après les accords de Washington, les Six États membres, pour augmenter la flexibilité de leurs monnaies par rapport au dollar, ont élargi les marges de fluctuations, les faisant passer de 1% de part et d’autre de la parité par rapport au dollar (auparavant dans le système de Bretton Woods) à ±2,25 %, le 21 mars 1972. Ce système d'encadrement entre elles et par rapport au dollar dessine un « serpent » se déplaçant dans un tunnel, ayant pour centre le dollar. Un Fonds européen de coopération monétaire (FECOM) est créé pour décourager les afflux massifs des capitaux à court terme. Pour éviter que les marges de fluctuations entre monnaies de la CEE atteignent 9 % (par exemple, 4,5 % entre le franc et le dollar et 4,5 % entre le dollar et le mark), les ministres des finances des Six ont institué, par l’accord de Bâle du 12 avril 1972, un mécanisme de rétrécissement des marges de fluctuations de 2,25 % entre les monnaies européennes. L’écart de cours entre la monnaie la plus faible de la Communauté et la monnaie la plus forte ne peut dépasser 2,25 % à partir du 24 avril 1972.

 

Les six monnaies communautaires sont rejointes le 1er mai 1972 par les monnaies des trois futurs États membres, le Royaume-Uni, l'Irlande, le Danemark et la Norvège. Mais ces mesures, compte tenu des mauvaises performances économiques, ne pouvaient assurer la stabilité financière et monétaire au sein de la CEE. Plusieurs pays laissent flotter leur monnaies eu égard aux déficits des balances commerciales. Le Royaume-Uni, l’Irlande, le Danemark, la Norvège, l’Italie quittent le serpent monétaire.

Si le Conseil, et le comité des gouverneurs des banques centrales, réitèrent pendant l'été de 1972 leur ferme volonté de respecter l'accord de Washington et de poursuivre l'application de l'accord européen de rétrécissement des marges entre les monnaies communautaires, et donc pérenniser le serpent monétaire, la situation économique des pays d’Europe et des États-Unis toujours instable s’est fortement dégradée au début de l'année 1973. « Les accords de Washington, écrivait Denise Flouzat, professeur renommée d’économie, étaient voués à l’échec car ils tentaient de reconstituer un système de taux de change fixes en l’absence de l’élément régulateur que représente l’obligation des autorités monétaires, de défendre un cours fixe de l’or. » (4)

Les attaques spéculatives contre le dollar ne se sont pas interrompues, obligeant les autorités européennes à intervenir massivement sur les marchés. L'achat de dollars accroissant les volumes des liquidités sur les marchés européens ne faisait en fait qu’alimentait l'inflation en Europe. Les États-Unis intervenaient aussi massivement en vendant des marks pour soutenir le dollar, sans effet, ce qui les a obligés à dévaluer le dollar de 10 % le 13 février 1973 en augmentant le prix officiel de l'or de 38 dollars l'once à 42,222 dollars. Confrontée à de mauvaises performances économiques, l'Italie suspend ses interventions sur le marché des devises le 13 février. La spéculation ne se réduisant pas, le lien opéré par le « serpent monétaire » entre les monnaies européennes et le cours du dollar a contraint les banques centrales de la Communauté à continuer d'intervenir sur les marchés des devises. Le 1er mars 1973, la Bundesbank acquière 3,7 milliards de dollars (montant inégalé à ce jour) et la Banque de France 580 millions de dollars en à peine 90 minutes ! Les marchés européens sont fermés le 4 mars et le 12 mars. La Belgique, la France, l'Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas décident de laisser leurs monnaies flotter conjointement par rapport au dollar. Le serpent est maintenu mais il sort du tunnel.

« Le « flottement concerté des monnaies européennes », écrit Denise Flouzat. Il fut décidé lors de la Conférence monétaire de Paris du 16 mars 1973. Les pays européens à monnaie considérée à cette date comme forte (France, Allemagne, Pays-Bas, Union belgo-luxembourgeoise, Danemark et Suède) décidèrent d’affranchir, à partir du 19 mars 1973, leurs Banques centrales de l’obligation de soutenir le dollar. Ce que la Suisse avait déjà fait le 23 janvier et le Japon depuis le 13 février 1973. » (4) page 423

Il est clair que la crise monétaire de février-mars 1973 a entériné le flottement du dollar et des monnaies européennes sur les marchés. Il n’y avait pas moyen d’échapper sinon c’était le clash pour les économies européennes tant à la fois les monétisations des déficits américains étaient excessives tant les spéculations sur la dépréciation du dollar ne s’interrompaient entraînant dans ces attaques spéculatives les monnaies européennes à leur tour. Seul moyen d’échapper était de couper le cordon ombilical qui reliait les monnaies européennes au dollar. Cependant, la rupture du cordon ombilical n’était pas totale pour certains pays d’Europe qui étaient très liés par le marché américain. Pour ces pays, le flottement n’était pas intégral puisque leurs Banques centrales, si elles le jugeaient nécessaires, pouvait intervenir pour protéger leurs exportations. Donc selon les intérêts de chaque pays d’Europe dans son commerce extérieur. Le flottement des monnaies européennes et le flottement du dollar sur les marchés monétaires entérinaient la fin du système Bretton Woods.

 

  1. Conclusion de la quatrième partie : l’émergence de deux moteurs pour l’économie mondiale

 

 Les crises monétaires au début des années 1970 nous rappellent beaucoup ce qui s’est passé entre 1929 et 1933. Si la situation a été dans un certain sens maîtrisée durant les crises monétaires, c’est essentiellement grâce aux concertations entre les puissances occidentales qui n’ont pas voulu retomber dans la situation d’avant-guerre. De plus, des trois grands pôles économiques (États-Unis, Europe, Japon), il y avait aussi le reste du monde, i.e. les trois-quarts de l’humanité qui participent dans le commerce mondial. Donc un quatrième pôle qui compte dans l’offre et la demande mondiale. Mais, sur le plan monétaire, l’Occident détient une suprématie totale sur le reste du monde. Malgré le rouble-or, l’URSS est aussi dépendante des monnaies occidentale dans son commerce extérieur.

 

La question qui se pose dans ces années de négociations entre l’Europe, les États-Unis et le Japon sur le plan monétaire qui, au final, ont abouti à un flottement généralisé des monnaies, même si celui-ci est qualifié d’«  impur », ce qui signifie que les Banques centrales peuvent toujours acheter des dollars américains pour protéger leur commerce extérieur, est « qui remplacera les États-Unis, en tant que moteur des économies européennes et japonaise et, bien entendu, du monde ?  »

 

Si les pays d’Europe et le Japon se détournent des dollars américains, ce qui signifie qu’ils refusent d’absorber des dollars et donc financer les déficits commerciaux américains, il est clair qu’une récession économique va apparaître puisque le plus gros demandeur de biens et services est repoussé. Et ni l’Europe ni le Japon ne veulent soutenir le dollar en absorbants les masses de dollars que les États-Unis émettent pour financer leurs déficits extérieurs. Donc, sans moteur pour soutenir l’économie mondiale, le monde va alors se trouver dans un « état stationnaire », voire « dépressif ». L’inflation va augmenter, le dollar ne cessera pas de se déprécier, donc gagnant en compétitivité dans le commerce extérieur, mais les États-Unis obligés d’augmenter les taxes à l’importation pour contrebalancer la faiblesse du dollar. Ce qui nuira au commerce extérieur européen et japonais.

 

L’Europe et le Japon vont forcément, sans moteur de relance, ériger à leur tour des barrières protectionnistes, ce qui les amènera à se cloisonner et donc à se constituer en blocs monétaires. Un remake des années 1930, avec une situation grave sur le plan de l’emploi. En effet, sans moteur de relance, et donc une demande mondiale qui s’amenuise, les investissements dans l’industrie vont se raréfier, les firmes occidentales qui ont de plus en plus de difficultés pour exporter vont fermer. Le chômage va augmenter. Les exportations agricoles seront aussi touchées. Une spirale dépressive va toucher tous les pays occidentaux et s’étendra forcément au reste du monde, celui-ci dépendant de la demande occidentale en matières premières, en pétrole et gaz.

 

Comme alors sortir de ce piège puisque ni les plans Barre I, II et III, ni le rapport Werner, ni les accords de Washington et de Paris n’auront réglé la question monétaire entre les puissances occidentales. La question restera totale sur qui remplacera les États-Unis. Comment l’Occident sortira de cette situation qui risque d’être chaotique et peut être extrêmement grave sur le plan économique, politique et social ?

Il est évident que le pouvoir financier mondial a certainement planché sur cette situation qui pourrait être menaçante même à court terme. Il était d’une importance capitale qu’un « substitut au moteur que furent les États-Unis » depuis les années 1950 pour l’ensemble des pays du monde doit « être trouvé ». Mais où vont-ils trouver ce moteur qui ne doit pas être un concurrent dans le commerce international ? Il ne peut être que dans le reste du monde, et doit être « non producteur de biens finis et services. » Et un pays ou des pays doivent être des « alliés au bloc occidental. » Une condition sine qua none.

Et c’est là où entre Henry Kissinger qui était, à cette époque, conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis, puis devenu, en 1973, secrétaire d’Etat, et son rôle de premier plan dans la guerre israélo-arabe, en octobre 1973. Les pays arabes du Golfe, membres de l’OPEP, ont décidé d’augmenter unilatéralement le prix du baril de brut. En quatre mois, le prix du pétrole a « quadruplé ». Il passe de 3 dollars à 11,65 dollars US. Peut-on penser que c’est la guerre avec Israël qui a poussé les pays du Golfe à augmenter le prix du pétrole. Dans les faits, oui, puisque ce sont eux qui l’ont annoncé. Mais il demeure que ces pays monarchiques sous la protection du parapluie nucléaire américain, d’une part, et ils n’ont aucun moyen pour fixer le prix du brut d’autre part, puisque celui-ci est déterminé par les Bourses occidentales, à New York, Chicago et Londres, seule l’hypothèse laisse ouverte la main de Henry Kissinger, lui-même la « cheville ouvrière » du pouvoir financier mondial. Qui, paradoxalement et dans le sens absolu des faits historiques, est « globalement positive » pour les économies des nations et la pérennité de la croissance mondiale.  

Donc, si la guerre israélo-arabe a été retenue pour le quadruplement du prix du pétrole, c’est que cette guerre devait justifier cette hausse, alors qu’en réalité, elle était programmée par le pouvoir financier mondial, et « ce pouvoir est en grande partie américain. » Une hausse qui en fait était « vitale » pour l’économie des États-Unis. Par l’augmentation de leurs parts de revenus dans les sociétés pétrolières américaines qui exploitent les gisements pétroliers arabes, par le retour d’une grande partie des excédents pétroliers des pays arabes pour être placés dans les banques américaines et leur recyclage, et le plus important est que « les exportations de pétrole arabe soient facturées en dollars US. » Par cette facturation, les pays européens et le Japon qui refusaient d’absorber des dollars vont se retrouver obligés d’acquérir des masses de dollars sur les marchés monétaires pour régler leurs importations pétrolières.

C’est ainsi que l’économie mondiale va se retrouver dotée de deux moteurs mondiaux. Grâce à quel processus ? Grâce « aux transferts monétaires massifs aux pays arabes, qui permettront un double moteur pour la « relance » de l’économie mondiale.  » Par le processus des « pétrodollars », les États-Unis continueront de répercuter leurs déficits extérieurs sur le reste du monde et donc redevenir demandeur de biens et services, ce qui dopera l’économie mondiale. De l’autre, les transferts monétaires massifs et le pouvoir d’achat massif conséquent permettront aux pays arabes de doper la demande mondiale. Cette crise pétrolière a en fait évité une grave dépression économique au monde qui, certes n’était pas visible, mais sans solution, aurait certainement été pire que les crises qui ont précédé ces dernières décennies. Elle aura évité des destructions d’emplois qui se seraient comptés probablement en dizaines de millions en Occident et dans le reste du monde.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective.
www.sens-du-monde.com

 

Notes :

1. «  Crises monétaires intra-occidentales et importance des déficits américains. Une partie de l’histoire du monde se clôt ?  » Troisième partie. Par Medjdoub Hamed. Le 11 juin 2018
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/crises-monetaires-intra-205061

2. « Traité de Rome, 25 mars 1957 » Troisième partie : La politique de la
Communauté. Titre II : La politique économique. Chapitre 2 : La balance des paiements
http://mjp.univ-perp.fr/europe/1957rome3.htm

3. « Nixon et la fin de la convertibilité du dollar en or », par Numismatique en ligne. Le 15/08/2011
http://www.sacra-moneta.com/Crise-financiere/Nixon-et-la-fin-de-la-convertibilite-du-dollar-en-or.html

4. « Economie contemporaine. 2/ Les phénomènes monétaires  », livre, page 422 par Denise Flouzat. THÉMIS Sciences économiques. Presses universitaires de France
 

 


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5 réactions à cet article    


  • MagicBuster 21 juin 11:17


    Une fois que tous les Africains auront quitté l’Afrique, l’Europe pourra se développer la-bas.

    C’est plus grand  smiley


    • Hamed 21 juin 11:59

      @MagicBuster

      A mon sens, ce ne sont quelques centaines de milliers d’Africains, ou au plus en prenant un max pour ceux qui ont quitté leur continent, disons 10 millions d’Africains, d’Asie centrale, entre noirs et musulmans, le phénomène est tout d’abord contemporain, et donc historique. 

      Le deuxième phénomène est économique et culturel. Pour ces millions de migrants, l’Europe constitue un eldorado. C’est presque la course vers l’or. Et l’Europe, il ne faut pas l’occulter, pour les Européens qui y vivent, ce n’est pas un eldorado, c’est même une vie en Europe complexe, difficile compte tenu des déboires économiques et sociétaux. Ceci est vrai, et c’est un fait. Mais pour les étrangers africains, musulmans ou autres, qui ont perdu beaucoup d’espoir sur le sens de leurs vies dans leur propre pays, pour eux l’Europe, c’est le Paradis.

      C’est un peu comme voir Paris et mourir. Sauf que ce n’est pas Paris mais l’Europe qu’ils veulent voir pour y vivre, avec cet espoir que l’Europe voudra d’eux.

      Le troisième phénomène est le vieillissement de l’Europe, la forte chute de la natalité, et la dévirilisation masculine et féminine provoquée par la révolution sexuelle en Europe et dans le monde, 

      Le quatrième phénomène rejoint le troisième. La révolution sexuelle est elle-même conséquent à la vie trépidante d’une économie moderne, où l’homme a perdu le sens de l’humain. Où l’homme et le système de reproduction ainsi que sa place dans la société n’est plus qu’un numéro, un fichier, une bouche à nourrir, un travail pour l’occuper, une fonction ou une voix pour voter. Donc un système politique et économique entièrement transformé qui a transformé la société et le ciment que sont les valeurs sociales.

      Le cinquième phénomène est la synthèse des quatre autres. C’est le phénomène démographique qui est en chute et risque d’être une menace pour l’Europe dans un ou deux siècles à venir. En 2150, l’Europe restera-t-elle l’Europe d’hier et d’aujourd’hui ? 

      Alors les Africains et étrangers vont-ils s’osmoser avec les Européens et changer radicalement la face de l’Europe ?

      Questions et phénomènes à méditer ?



    • Hamed 21 juin 13:53

      @bob14

      Vous dîtes : «  Le problème avec ce continent, c’est que ses habitants « Baisent » comme des lapins.. ! »

      Excellente réponse, bob14. Vous tapez dans le mille. Moi j’ai eu à maintes reprises cette question. Pourquoi font-ils tant d’enfants alors qu’ils crèvent la misère. Je me suis dit, ce n’est pas normal tant d’ignorance sur ce que sera le devenir de leurs enfants qui vont grossir les rangs des pauvres, et bien sûr des candidats à l’émigration au péril de leurs vies.

      Alors, bob14, si moi j’étais à leur place, ou vous à leur place, ou quiconque à leur place, et probablement n’ont à cirer le jour, peu de travail, et beaucoup vivent la nuit avec des lampes à pétrole, leurs gouvernements n’ont pas beaucoup d’argent pour des aides sur fonds publics, que vont faire ces pauvres africains ? Eh bien baiser « pour tuer le temps ». Ils n’ont que ça à faire. Pas d’occupation. Donc baiser la nuit leur donne un sentiment qu’ils sont humains et probablement leur procure le plus grand plaisir de leur vie. Et peu importe celui qui a ce plaisir, l’homme et la femme. 

      Mais globalement cela doit être consenti pour les deux sexes. C’est probablement leur « sport humain préféré. »

      Donc des lapins humains relèvent à la fois d’une situation historique, géographique, économique et donc politique et démographique. Et je dirais aussi que cela relève aussi d’un ordre métaphysique. Pourquoi métaphysique ? Parce que le monde est « ainsi » fabriqué.« 

      Si, par exemple, les Européens vivaient la situation des Africains, pauvres, sans industries, vivant la galère des jours et des nuits, et les Africains vivaient dans l’opulence, ont une industrie et une couverture sociale performante, les lapins seront les Européens. Il est évident que faire l’amour et procréer sera le sport favori des Européens. Parce qu’ils n’auront rien à cirer le jour et la nuit, dans les moments de répit, que »baiser".

      Et je pense que cette opinion sur les Africains est partagé par tout le monde, y compris par les Africains eux-mêmes. Sinon comment expliquer la pauvreté qui va de pair avec la croissance démographique. L’Afrique, l’Inde.

      Sinon, bob14, votre réponse est très juste.





       


    • Hamed 21 juin 14:05

      @bob14

      Non, pas forcément. Le Sida est partout. l’esclavage aussi. Que cela soit en Afrique, en Europe ou dans les autres parties du monde. L’esclavage antique existe encore de nos jours. En Afrique, dans les pays arabes, en Inde, et ailleurs.

      Mais il y a aussi l’esclavage moderne qui lui est diffus. Une grande masse subit l’esclavage moderne. Puisque cette masse de gens qui se compte en milliard d’individus sont tous dans les grandes métropoles et continents (Europe, Amérique du Nord et du Sud, Asie, dépendent de l’emploi dans l’industrie, l’agriculture et les services. Ils vivent donc de la précarité. Et les aides sociales leur assurent leurs survie. 

      Pour, par exemple, les retraités, ils doivent tout faire pour joindre les deux bouts. Pour ceux qui se trouvent ou ne se trouvent pas sur le marché du travail, ils doivent leur survie sur la débrouille. Soit pour trouver un job, soit trouver autre chose pour survivre. Et ils doivent tous survivre. Cette volonté de survie avec peu de moyens et peu de garanties pour s’en sortir est une forme d’esclavage évolué.

      Voilà. Je ne sais si vous êtes d’accord avec moi. Mais il demeure que nous tous qui croyons être libres sommes plus ou moins esclaves de quelque chose. Même de sa femme si cela arrive. Le monde a simplement changé. Et on doit s’y faire pour survivre.



    • zygzornifle zygzornifle 22 juin 08:54

      @bob14


      et ils envoient leurs rejetons conquérir l’Europe ....

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