• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > De Gaulle et Churchill : des relations tumultueuses (1940/1958)

De Gaulle et Churchill : des relations tumultueuses (1940/1958)

En ces années où la France, après être passée entre les mains de Sarkozy puis de Hollande se livre à celui qui, bien davantage que ses deux piteux prédécesseurs, s'est donné (on le lui a donné pour mandat de…) pour mission de liquider le pays ainsi que tout l’héritage du Grand Charles, et ou l’amitié entre la France et le modèle anglo saxon dominé par l’Angleterre tireuse de ficelles des USA et d’Israël demeure des plus étranges si l’on prend en compte l’intérêt des peuples et lui seul, il est intéressant de se pencher sur la relation tumultueuse entrecoupée de respect et de partages de visions entre les deux grandes figures que furent Winston Churchill et celui qui fut l’architecte de la Vème république et de très loin son meilleur Président.

 

Ce texte ci-dessous, hélas non signé, figure sur le site de la Fondation Charles de Gaulle, www.charles-de-gaulle.org.

 

Nous français devons énormément à cet homme immense tellement plus grand que nous, qui incarna le meilleur de nous-mêmes et jusqu’ au pays tout entier dans son Histoire et dans son influence dans le Monde. Disons-le : nous ne parvînmes point à être dignes de lui, tant en 1945 (il ne resta que quelques mois au pouvoir après la Libération) qu’au-delà (il fut désavoué par les électeurs en 1969, se retira avec une élégance rare et mourut un an plus tard). Restons humbles et soyons reconnaissants, l’Histoire qu’il porta si haut nous jugera.

 

Entre deux personnalités aussi exceptionnelles que Winston Churchill et Charles de Gaulle, chargés l'un et l'autre de responsabilités écrasantes dans des circonstances extrêmement difficiles, on sait que les relations n'ont pas toujours été au beau fixe. En témoignent nombre de formules aujourd'hui connues, mais dont l'écho n'était, à l'époque, pas parvenu aux opinions publiques qui ne pouvaient l'imaginer et qui en auraient été démoralisées. Ainsi du célèbre mot de Churchill, "Si vous m'obstaclerez, je vous liquiderai !", à quoi le Général avait rétorqué peu après "Libre à vous de vous déshonorer" : expressions outrancières, formulées en privé ou réservées au cercle des collaborateurs, et qu'il faut se garder de dissocier d’un contexte particulièrement orageux, tel celui de la rencontre avec Giraud et Roosevelt à Anfa, fin janvier 1943.

 

Au-delà de tels éclats, il est important de comprendre d'abord l’identité des valeurs et des objectifs pour lesquels ces deux hommes d'Etat ont œuvré en commun. Ensuite, on cherchera à identifier les points sur lesquels leur désaccord a pu momentanément se manifester et pour quelles raisons.

 

Depuis leur première rencontre, le 9 juin 1940, "le courant passe" entre les deux hommes. Churchill perçoit immédiatement que le général de Gaulle refuse toute idée de cesser le combat ; il croit en "l'idée De Gaulle", voit en lui "l’homme du destin", car il sent que le patriotisme de cet homme est de la même étoffe que le sien. De là sa décision courageuse, contre l’avis de son propre gouvernement, de soutenir le chef des Français libres en lui offrant les ondes de la BBC, et de le reconnaître comme son partenaire dans le combat pour la défaite de l'Allemagne et du nazisme (28/06/1940). Entre les deux hommes l'estime réciproque recouvre une perception différente de l'autre, liée à leur culture et à leurs situations respectives. Churchill connaît bien et admire l'histoire de France ; sa francophilie est indéniable, même si elle est parfois teintée d'une condescendance dont son allié s'agace. L'éducation qu'a reçue le Général, nourrie, par la tradition familiale comme par l'école, des images de Jeanne d'Arc et de Napoléon ou des souvenirs de Fachoda, ne l'inclinait pas à l'amitié pour "Albion" et les Anglo-saxons ; il reconnaît cependant les vertus britanniques de courage, de discipline, de fair-play, ainsi que la grande expérience politique et diplomatique de Churchill, son aîné. A de nombreuses reprises il marquera sa reconnaissance au roi et au peuple britannique pour l'accueil chaleureux réservé à lui et aux Français libres.

 

La compréhension dont fait montre le Général lors du bombardement de Mers-el-Kébir et la solidarité maintenue par Churchill après l'échec de l'expédition de Dakar, permettent à l'alliance entre les deux hommes de se maintenir sans vagues jusqu'à l'été 1941. Mais par la suite, un certain nombre d'éléments extérieurs liés à l'extension géographique du conflit, notamment l'entrée en guerre des Etats-Unis, vont avoir des répercussions sur les relations entre de Gaulle et Churchill.

 

L'élargissement du conflit vers la Méditerranée orientale à partir de 1941 fait rejouer de vieilles rivalités coloniales, restées sous-jacentes et qui vont empoisonner les relations entre les deux alliés. C'est le cas en Syrie et au Liban où le général de Gaulle craint que les Britanniques cherchent à tirer parti de la faiblesse de la France pour la pousser à abandonner ses mandats de la SDN, ou pour la supplanter sur place à partir de l'Irak et de la Palestine. Il en va de même à propos de Madagascar où, circonstance aggravante, les Anglais ont débarqué militairement en mai 1942 sans en informer au préalable leur allié. La position de De Gaulle devient alors extrêmement délicate, coincé entre les Vichystes qui l'accusent de faire le jeu des Anglais, et son nationalisme qui le rend particulièrement sensible à toute ingérence alliée, notamment dans l'empire colonial. De plus, l’entrée en guerre du puissant allié américain modifie la donne, dans la mesure où le président Roosevelt s'obstine, durant une bonne partie de la guerre, à considérer la France comme vaincue définitivement et à ne voir en de Gaulle qu'un aventurier gaffeur, arrogant, dangereux, aucunement représentatif des Français et indigne de la moindre confiance (jugé, en mai 1943, tout au plus bon pour gouverner Madagascar). Churchill, devenu dès lors le second dans la coalition alliée, ne réussit pas à modifier la manière de voir de Roosevelt, et se résigne à en suivre les orientations politiques, aux dépens d'une alliance étroite avec la France libre et même de l’amitié avec le Général.

 

Dès 1941 et surtout à partir de 1942, apparaissent donc les signes d'une mésentente parfois explosive entre les deux leaders, entrecoupée de sursauts où Churchill réaffirme sa foi dans une victoire commune avec son partenaire français. Deux épisodes particulièrement vifs de ce désaccord se manifestent dans le contexte des débarquements alliés sur le sol français. D'abord en novembre 1942, lorsque les Américains débarquent en Afrique du Nord en refusant d'en informer de Gaulle et de l'associer aux opérations. Il en résulte un imbroglio politique à Alger pendant plus de six mois et une rancœur compréhensible vis-à-vis de Churchill, qui pousse le Général à menacer de transférer la France libre à Moscou. Les dissensions ne s'atténuent pas ensuite, puisque la date du débarquement en Normandie lui est également tenue cachée et que la veille du jour-J est marquée par une dispute terrible avec Churchill, due en partie à la volonté anglo-saxonne de traiter la France libérée comme un pays occupé, avec l'installation d'une administration militaire alliée (AMGOT).

 

Il faut reconnaître que ces débordements tenaient en partie à la personnalité hors du commun des deux partenaires et à la haute conscience qu'ils avaient de leurs responsabilités. Le tempérament volcanique de Churchill, ses humeurs changeantes, n'ont d'égal que le flegme calculé du Général, l'un et l'autre également doués pour l'argumentation jusqu'à la mauvaise foi. De Gaulle considère que sa faiblesse objective, due à son statut de dissident face au régime de Vichy et à son relatif manque de ressources matérielles, l'oblige à un comportement d'autant plus intraitable sur les moindres détails qu'il entend représenter la France, la vraie France, et qu'il veut en faire reconnaître la légitimité sur le plan diplomatique. De là, des prétentions jugées arrogantes et insupportables d'abord par son premier allié, à la tête d’une nation qui, dans l'histoire, avait été souvent la rivale de la France. A maintes reprises Churchill a exprimé son incompréhension devant la raideur qui lui paraissait parfois outrancière des attitudes et des réactions du Général. La chance des deux nations a été que d’aussi exceptionnels leaders sachent s'entourer d'hommes compétents et raisonnables, capables de tempérer au bon moment ce qu'il pouvait parfois y avoir d'excessif dans le comportement des chefs : tel fut le rôle bénéfique d'Anthony Eden, Duff Cooper et Harold Mac Millan d'un côté, de Pierre Viénot, René Massigli, René Pleven, Maurice Dejean, etc. de l'autre.

 

Churchill, partagé entre la nécessité vitale de rester fidèle à l'alliance américaine et la consolidation du partenaire français, conserve, malgré tout, son admiration pour l'énergie et le génie du Général (quelques heures après lui avoir rappelé brutalement sa préférence pour le choix du "grand large", à la veille du 6 juin 1944, il a pleuré d'émotion en écoutant le texte de sa proclamation aux Français, le soir du débarquement). Il a su progressivement se démarquer de l’interdit rooseveltien, en particulier à partir du moment où la libération du territoire métropolitain permettait à la popularité de Charles de Gaulle d'apparaître spontanément et massivement dans l'opinion publique française. Il est bien conscient, par exemple, de l'effet catastrophique qu'aurait eu pour les Français une démission du Général, si elle avait dû résulter de la pression exercée par ses alliés. Le 11 novembre 1944, leur descente des Champs-Elysées, côte à côte sous les acclamations, scelle pour un temps la réconciliation des deux hommes. A partir de Yalta, la perception du danger soviétique et du statut nouveau de la super-puissance américaine rapproche Churchill du général de Gaulle et des intérêts français, et ses efforts pour la restauration du "rang" de la France contribuent, avec la victoire, à mettre à l'arrière-plan les conflits qui séparaient encore les Français de leurs alliés britannique, notamment en Syrie et au Liban.

 

Sa défaite électorale et le retour au pouvoir des travaillistes en juillet 1945 en font désormais, peut-être parce qu'il n'est plus aux affaires, le meilleur ami du chef du Gouvernement provisoire. A son tour, celui-ci passe dans l'opposition en 1946, tandis que "le vieux lion" revient de 1951 à 1955 à la tête de son pays. En novembre 1958, le général de Gaulle, devenu président du Conseil, peut enfin décorer son "allié du temps de guerre et ami du temps de paix" de la croix de la Libération. L’un et l’autre ont ainsi mesuré la vérité partielle de la formule de Plutarque, rappelée par Churchill à son ami : "L’ingratitude envers les grands hommes est la marque des peuples forts". En définitive, le public à l’Hôtel de Ville de Paris, le 12 novembre 1944, avait du bien percevoir, derrière la litote que Churchill maniait avec un art consommé et dans un français très personnel, "J’ai eu mes discussions assez vives de temps en temps avec lui", qu’entre les deux personnalités les sentiments étaient d’autant plus chaleureux qu’ils accompagnaient la froideur des intérêts d’Etat.

 


Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 19 octobre 09:49

    Dans des télégrammes de l’été 1943 « déclassifiés » récemment, Churchill qualifait De Gaulle d’« homme prétentieux et même dangereux », un « cryptofasciste », dont certaines discours « se lisent comme des pages de Mein Kampf », qui hait l’Angleterre et « a laissé une empreinte d’anglophobie partout où il est passé ». Pour Roosevelt, cité dans les télégrammes en question, « de Gaulle est peut-être un honnête homme mais il a des tendances messianiques », « il croit avoir le peuple de France derrière lui, ce dont je doute ». Les Américains venaient alors d’envahir l’Algérie et favorisaient le général Giraud jugé plus malléable.

    Protégez moi de mas amis, mes ennemis, je m’en charge…


    • Rincevent Rincevent 19 octobre 11:32

      @Jeussey de Sourcesûre

      Les Américains ne voulaient pas de De Gaulle. Pour eux, un militaire qui avait fait sécession et créé sa propre armée, c’était un profil de putschiste à l’opposé de la démocratie version Roosevelt. Giraud était effectivement leur poulain parce qu’il était une vraie bille en politique. A Alger, De Gaulle le neutralisera en douceur.


    • bob14 bob14 19 octobre 09:53
      De Gaulle et Churchill ...Je t’aime moi non plus...De Gaulle fut un titan alors que Churchill qu’une passade... !

      • bob14 bob14 19 octobre 12:20

        @bob14....Pour information De Gaulle fut appeler pour revenir gouverner la France, alors que le petit gros fut viré de son gouvernement après la guerre pour incompétence...


      • François Vesin François Vesin 19 octobre 16:00

        Imaginons un seul instant

        que De Gaulle se soit couché
        devant « nos amis étasuniens » :

        Aujourd’hui, nous ne serions plus souverains ?!!!

        Ce que la volonté d’un seul homme aura fait en quatre ans
        au nom d’une « certaine idée » qu’il se faisait de la France,
        l’affairisme pompidolien, l’orgueil giscardien, la lâcheté
        mitterrandienne, la médiocrité chiracquienne, la truanderie
        sarkozienne, la servilité hollandienne et la petitesse macronienne
        en quelques décennies l’auront défait...ils nous ont tondus !

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès



Partenaires