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De l’espérance en politique

De l’espérance en politique (*)

On a vu que les élections ( v. sur Agoravox : « la démocratie n’est pas gênante ») , si elles sont correctement préparées, permettent à la minorité qui détient le pouvoir économique, de se couler dans les institutions politiques. Et donnent une légitimité aux décisions prises ensuite par les élus.

La question se pose de savoir si les élections permettent, symétriquement, d’installer aux commandes des élus qui ne soient pas les personnes choisies ou acceptées par la minorité ci-dessus. La théorie dit oui. Les apparences aussi si l’on s’attache au fait que lors des élections, des personnes sont battues et sont remplacées par d’autres.

Les faits incitent quant à eux, à répondre par la négative. a) Si ceux qui préparent les élections, le font efficacement (1) , il n’y a pas de raison pour que les élections installent au pouvoir des personnes qui réorientent la politique. b) L’histoire enseigne que les grands chambardements sortent rarement des urnes (2) (5).

Dans ces conditions, une question doit être posée : A quoi servent « objectivement » ceux qui, aujourd’hui, s’opposent au système et font espérer, dans le cadre du système, le changement de celui-ci par l’élection ? Qui donnent l’espérance … que le changement sortira des urnes.

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’ espérance » - Charles Péguy- . Mais sur terre, l’espérance, c’est comme les anxiolitiques. C’est d’ailleurs ce qu’on a compris dès avant la fabrication de ces médicaments. L’espérance – distribuée par les gens d’Eglise- de la vie éternelle, du bonheur auprès de Dieu au milieu de tous les chers disparus ressuscités, fait supporter ici bas la misère, la famine, la maladie ( … et l’abstinence quand les religieux promettent l’apaisement des sens qui sera procuré là haut par des filles vierges). Tandis que la poignée d’individus qui est aux commandes, a la prudence, elle, d’amasser avant de mourir.

Sans qu’ils le fassent exprès, les annonceurs (laîques) du bonheur, cette fois-ci terrestre, rendent de facto, si on ose l’observer et le dire, un énorme service à ceux qui font tourner les institutions à leur profit. (3)

A un moment où beaucoup d’électeurs ne fréquentent plus les bureaux de vote (parce ces électeurs ressentent que les élections « ne servent à rien »), l’espérance, quant à elle, fait marcher vers les urnes un bon bataillon de personnes (quitte à ce que ces dernières tiennent le même langage que les abstentionnistes … mais le lendemain de l’accomplissement de leur « devoir électoral » ). Ce qui contribue à entretenir le système et l’empêche de se gripper. Et puis, en faisant descendre les gens dans la rue, ces mêmes fabricants d’espérance permettent que l’expression des aspirations et de l’envie d’en découdre soient circonscrits au trajet déclaré à la préfecture et au temps nécessaire pour le parcourir …

Les fabricants d’espérance dont plusieurs disent à peu près la même chose, ne peuvent s’empêcher, c’est humain, de jouer de leur carte personnelle. Pour le cas où le miracle, - même si la raison (et l’arithmétique de la division qu’ils choississent) leur dit qu’ils ne peuvent y croire- , se produirait. Pour ce faire ils utilisent, pour couronner le tout, les canaux habituels de communication qui orientent le vote sur d’autres qu’eux. Alors même qu’ils savent pourtant également que lorsqu‘ils « montent » dans les sondages, c’est parce qu’ « on » les fait monter en fonction du résultat à atteindre. Et qu’au dernier moment « on » les fait dégringoler (comme facistes ou bolchéviques) dans l’estime des électeurs.

Dans ces conditioins, et alors que le lien – ténu - entre l’élu et l’électeur est appelé au surplus à disparaître (2) , on ne voit toujours pas comment une rupture (4) avec l’existant, pourrait sortir des urnes (5) .

Marcel-M. MONIN m. conf. hon. des universités.

(*) complément à notre article publié sur Agoravox : « la démocratie n’est pas gênante »)

(1) entres autres : v. l’analyse de M. Michel Onfray https://www.youtube.com/watch?v=vcdVi2tvGjA&t=63s ;

(2) en France. Les ruptures « importantes » intervenues en réaction à une situation qui dans le moment était ressentie comme insupportable, ne sont pas sorties des urnes : 

-  17 juin 1789 : coup réussi par quelques députés, qui font voter la transformation des Etats généraux en Assemblée dans laquelle les tenants de l’ancien système seront battus. - Coup du 18 Brumaire (an 8 / 9 novembre 1799) qui balaie les politiciens des conseils et du directoire. - ,1830 soulèvement qui conduit à l’dadication de Charles X ( avec l’installation de Louis Philippe par la classe poltique du moment). - 1848 soulèvement (pas une simple « manifestation ») de la population qui conduit à l’abdication de louis Philippe. - Coup du 2 décembre 1951 qui balaye les politiciens en place. – 1944 –CFLN- / 1946- GPRF- : de Gaulle rompt avec les institutions en place puis installe un gouvernement qui ne sort pas des urnes. -, 1958 : les politiciens en place ont provoqué la rupture de Gaulle. C’est pendant les ruptures, que des « choses » n’allant pas dans le sens de la minorité détentrice du pouvoir économique, peuvent être faites : V. par exemple le programme politique du CNR mis en œuvre après la Libération. Peu après les ruptures, les habitudes et les intérêts se réinstallent nécesairement. V. le détricotage des mesures du CNR.

(3) Dans le même sens, v. les observations de l’universitaire et écrivain Jacob Cohen : https://www.youtube.com/watch?v=zAwKza-jiWg ; etc…

(4) v. sur Agoravox nos réflexions sur le concept de « souveraineté européenne » ( dans : « Plus d’Europe … souveraineté européenne… ??? ». Dans l’état actuel des choses, les élections des députés européens se fait au scrutin de liste national. Ce qui, évidemment, rompt le lien qui est censé exister entre les électeurs d’un endroit et la personne qu’ils désignent pour les représenter là où les choses se décident. Souvent les électeurs ne connaissent pas les députés européens. Et en découvrent l’existence lorsqu’ils apprennent que tel politicien privé d’autre poste a été « recasé » par ses chefs au Parlement européen. Ou lorsque qu’un député européen est sorti de son anonymat par les média qui ont besoin d’un « expert » quand il leur paraît opportun de renouveler le stock de leurs animateurs. L’idée qui est maintenant lancée, est d’étendre la circonscription électorale au continent européen. Avec les effets qui s’attachent mécaniquement à l’agrandissement des circonscriptions électorales.

(5) En Afrique, c’est probablement, comme l’histoire et les faits actuels incitent à le penser, le pusch militaire qui constituera ici où là, l’évênement déclencheur de certaines ruptures . Surtout si les élites oublient un jour de verser leurs soldes aux soldats. Ou les envoient se faire tuer sans leur donner de munitions. Ou ne savent pas se contenter de ce qu’ils ont et s’accrochent au pouvoir contre toute prudence.


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2 réactions à cet article    


  • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 21 novembre 2017 08:42

    Je ne sais pas quel est le sentiment dominant actuellement, mais le mien est celui d’une colère froide. La manière dont les groupes qui comptent financièrement et qui forgent l’opinion en détenant les médias ont une responsabilité écrasante dans notre déclin évident.

    Ils ont empêché systématiquement toute résistance à la mondialisation et à l’immigration, vendant nos industries petit à petit, noyant la population sous un flot continu d’arrivants qui rejettent notre culture, diabolisé et ridiculisé les quelques politiciens qui tentaient de s’y s’opposer.

    Et maintenant, tout comme les éleveurs d’Amérique du sud sacrifient un animal pour faire passer un troupeau dans une rivière, ils offrent un jeu de massacre politico-sexuel pour distraire la populace et calmer ses frustrations. Et bien, cela ne prend pas !


    • Taverne Taverne 21 novembre 2017 14:48

      Quand la Chancelière chancelle

      En Allemagne, les nationalistes et nazis poussent très fort et la Chancelière chancelle.
      Vous qui entrez dans la nouvelle ère, quittez toute espérance !

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Marcel MONIN

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