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De l’imposture du Génos communiste à la naissance de la démocratie à Athènes : déconstruction d’un mensonge !

 

Certaines mouvances prétendument radicales mais radicalement falsificatrices accusent les défenseurs des procédures de démocratie directe, s’inspirant du régime athénien, de négationnisme historique. Selon elles, la démocratie athénienne serait née du passage de la communauté primitive sans commerce à la civilisation marchande. A l’origine était le « Génos », forme d’organisation humaine se caractérisant par l’absence d’État, de classes sociales, de hiérarchies, de chefs, d’argent et donc de commerce. Dans ce Génos communiste, la terre appartenait à tous, le pouvoir était commun et s’exercerait dans l’intérêt de la communauté. C’est ce Génos primordial idyllique antihiérarchique et anti-marchand que la démocratie aurait rompu pour y instaurer à la place un système de prédation social et de coercition politique que l’on nomme « Etat », fondé sur l’esclavage et la circulation de marchandises.

C’est cette fable de la naissance de la démocratie athénienne que cet article aura pour objet de déconstruire.

Contexte politico-historique

Des traces d’occupation humaine sont attestées dès le Néolithique sur le site de l’Acropole. D’après Thucydide, la ville d’Athènes serait née d’un rassemblement progressif de toutes les bourgades occupant le territoire de l’Attique qui fusionnèrent en une grande cité. Au VIIIème siècle av. JC, elle devint un important centre du monde grec à cause de son emplacement géographique. 

Gouvernée par un régime monarchique, la première organisation sociale remonterait au roi Thésée qui aurait alors réparti la population en trois catégories : Les Eupatrides qui sont les chefs des familles (ou « Génos ») les plus riches, les Géôrggés désignent les cultivateurs et les Démiurges les artisans. Chaque Génos possédait plus ou moins sa propre manière de régler ses comptes sans en référer à une quelconque autorité suprême, les lois étant alors gravées non pas dans le marbre mais dans le verbe des patriarches. Vers 682 avant JC, la monarchie disparaît au profit d'un gouvernement oligarchique fortement inégalitaire dominé par les Eupatrides. Ces derniers, qui se distinguaient socialement par la naissance, étaient les seuls à disposer du pouvoir religieux, les seuls à occuper des fonctions de magistrats, et les seules habilités à prononcer et interpréter le droit. En plus de détenir le pouvoir politique, les Eupatrides disposaient d’un grand pouvoir économique car ils finirent par acquérir la plus grande partie des terres de l'Attique. 

Contexte social

Le contrôle de l'espace agricole était primordial car les terres de l’Attique, situées sur un sol rocailleux, étaient minces et peu fertiles. Tandis que les ressources agro-alimentaires de la cité étaient insuffisantes, la population s’est trouvée de plus en plus à l’étroit sur la presqu’île de l’Attique en raison d’une croissance démographique continue. Face à la concurrence des grandes propriétés agricoles détenues par l’oligarchie foncière, les petits paysans étaient peu compétitifs. Beaucoup d’entre eux, incapables d’écouler leur grain, leur huile et leur olive en période de crise, se retrouvèrent dans l’obligation de vendre leur terre, ce qui amplifiait le processus de concentration foncier de l’oligarchie eupatride. Pour survivre, les petits paysans se sont retrouvèrent forcés de vendre leur force de travail aux propriétaires terriens en échange d’une redevance qui ne leur laissait qu’un sixième des fruits de la récolte. Ces paysans, des serfs avant l’heure, pouvaient être mis en esclavage, eux et leurs familles, s’ils étaient incapables de s’en acquitter.

Dans la Grèce archaïque, les cités se combattaient fréquemment entre elles et en leur sein, les grandes familles se disputaient le pouvoir dans d’interminables vendettas claniques. Toute personne assassinée pour une raison ou pour une autre devait être vengée par un membre de sa famille.

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Les armées étaient le ciment qui assurait la perpétuation de l’existence de la polis et du gouvernement. À cette époque, la principale force de combat dans les armées grecques était le corps des hoplites, une milice de citoyens constituée par des fantassins en armure lourde qui combattaient en formation stricte. On attendait des hoplites qu'ils s'équipent à leurs propres frais et ils ne recevaient aucune solde sinon une modeste indemnité journalière durant leur service actif. L'équipement hoplitique complet était assez coûteux : pour s’en faire une idée, il représentait le coût de six bœufs au temps de Solon et le prix d’un esclave qualifié au IVème siècle av. J-C. Aussi étaient-ils recrutés parmi les éléments les plus riches de la population. Les armées avaient ainsi un poids socioéconomique : les fonctions militaires de chaque individu étaient déterminées par la fortune et l’origine familiale. 

Ce tableau de l’Athènes archaïque prédémocratique contraste avec le Génos tant fantasmé par certains autoproclamés radicaux qui correspond plus au mode de vie du paléolithique qu’à la Grèce du Ier millénaire av. JC : la cité était alors sous l’emprise des grands Génos, ceux des « eupatrides », qui concentraient le pouvoir économique, symbolique, politique, militaire et dont l’occupation principale était la vendetta ainsi que la guerre contre les autres cités. Insatiable, cette caste héréditaire et consanguine consolidait ses moyens d’exploitation et perpétuait sa domination en réprimant de façon sanglantes les troubles et les révoltes suscités par les affamés qui ne voyaient d’autre remède à leurs maux qu’un bouleversement de la constitution.

 

Crise agraire et sociale

Au cours des VIIe et VIe siècles av. J.-C., la cité d’Athènes eut à subir l’une des plus importantes crises de son histoire résultant de deux phénomènes concomitants :

 

  1. Le développement de la monnaie et des échanges commerciaux : la cité doit faire appel aux ressources du commerce maritime pour importer de quoi se nourrir. Emerge alors une nouvelle classe sociale urbaine aisée, composée des artisans et armateurs qui forment la base d’une classe moyenne à Athènes.
  2. L’esclavage pour dettes : les agriculteurs grecs sont peu compétitifs face à la concurrence de plus en plus vive des terres fertiles de la Grande-Grèce récemment colonisée. De plus en plus de paysans, incapables d'écouler suffisamment leur production, sont condamnés à se vendre comme esclaves pour faire face à leurs dettes. Cette main-d'œuvre servile est utilisée par les urbains et vient donc elle-même concurrencer les petits artisans indépendants. Ces sujets peu fortunés, sur lesquels repose une part croissante de l'économie, viennent grossir le rang des chômeurs.

Le mécontentement est à son paroxysme. La mise en esclavage des paysans était devenue si intolérable que la cité était au bord de la conflagration. Quant à la classe moyenne émergente, elle vînt bouleverser le principe selon lequel les obligations militaires étaient fondées sur les origines sociales des individus : celle-ci était dorénavant suffisamment riche pour acheter des équipements d’hoplites. La guerre n’était donc plus l’apanage de l’oligarchie Eupatride. Consciente de sa force et mécontente de l’inégalité politique, cette classe moyenne va chercher à jouer un rôle de premier plan et à s’imposer face à la férule des Génos oligarchiques en réclamant la fin de leur monopole sur la sphère politique. Le système oligarchique basé sur la propriété agraire est battu en brèche face aux revendications de ces nouveaux citoyens-soldats qui incarnent une citoyenneté élargie fondée sur la propriété et non plus sur la naissance. On parle de révolution hoplitique.

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La crise devint logiquement incontrôlable, les Génos oligarchiques instrumentalisent le mécontentement populaire (tant des paysans appauvris que des nouveaux riches urbains) dans leurs luttes internes pour mieux conquérir le pouvoir. Cette crise agraire et sociale se répète dans de nombreuses cités en Grèce et va avoir une traduction institutionnelle. Pour répondre à ces deux phénomènes, de nombreuses cités modifient leur constitution pour mettre fin aux troubles et deux modèles émergèrent en Grèce au VIème siècle av. JC :

 

- la tyrannie qui, dans l'évolution de la Grèce archaïque, apparaît bien souvent comme une solution transitoire. La prise de pouvoir du tyran se fait par la violence et résulte d’une lutte de pouvoir entre les Génos oligarchiques. Ces derniers n'hésitent pas non plus à faire appel à des puissances extérieures pour renverser les tyrans. 

 

-l'arbitrage d'un législateur, chargé de pacifier la cité par consensus. L’arbitrage débouche sur deux types de régimes politiques : l’oligarchie (dont l’exemple le plus emblématique est l’oligarchie militaire spartiate) et la démocratie (dont Athènes restera l’incarnation la plus célèbre).

 

 

Réformes de Dracon

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La cité fait d’abord appel à Dracon, un Eupatride, mandaté en 621-620 av. J.-C. Son œuvre est principalement législative. Il sera le premier à fixer les lois de la cité par écrit, ce qui permet de remplacer le droit coutumier interprété arbitrairement par les oligarques par un droit public que tous les citoyens peuvent consulter et auquel se référer pour échapper aux abus. Il promulguera également des lois contre la criminalité, pour faire cesser les vendettas et empêcher les Génos de s’entredétruire, qui étaient si sévères que l’adjectif draconien est resté synonyme d’inflexibilité.

Les droits politiques sont élargis envers tous les citoyens capables de s’armer qui élisaient désormais des magistrats. Le monopole économique et politique des grandes familles n'est cependant en rien attaqué, les magistrats dirigeant collégialement la cité étant toujours tous issus de ces milieux. Malgré ces réformes, les paysans subissent toujours le joug des oligarques et la crise s’amplifie. Cependant, les mesures limitées de Dracon affirment pour la première fois l'autorité de l'État au-dessus des parentés, elles instaurent un droit commun pour tous et, par là même, portent atteinte à l'arbitraire des oligarques : l’autorité du patriarche du Génos est abolit et les pauvres ne sont plus jugés selon le bon plaisir des Eupatrides.

Réformes de Solon

En instrumentalisant les très sévères lois de Dracon, les oligarques menacent de réduire en esclavage tous les paysans pauvres incapables de rembourser leurs dettes. Athènes est à nouveau en pleine crise politique et sociale lorsque les adversaires se mettent d'accord pour choisir Solon comme arbitre. Archonte de -594 à -593, législateur, auteur d’un code de lois, Solon rétablit la paix sociale par une mesure proprement révolutionnaire : il abolit toutes les dettes, qu’elles soient publiques ou privées et les emprunts avec hypothèque sur les terres ou la personne sont dorénavant interdits.

 

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Il effectue des réformes constitutionnelles en se basant sur les quatre groupes socio-économiques existant alors à Athènes. Les citoyens sont dorénavant classés non plus selon leur naissance mais selon leur fortune et sont répartis en quatre classes censitaires. Les plus hautes magistratures ne sont accessibles qu'aux plus hautes classes, leur accès passant toutefois par une élection à l'Ecclésia. Ces nouvelles classes censitaires devaient atténuer les différences entre les Eupatrides et la classe moyenne des marchands. Grace à elles, les marchands obtiennent davantage de poids dans les prises de décisions de la cité.

Réformes de Clisthène et naissance de la démocratie athénienne

La tension entre les grands Génos est à son comble. Après le renversement du Tyran Hippias, des Eupatrides soutenus par les Spartiates tentent de rétablir une oligarchie. Pour les contrer, Clisthène, lui-même membre d’une des plus grandes familles d’Athènes se pose alors en champion de l’isonomie. Il s'appuie sur les pauvres, non pas pour gouverner mais pour changer les institutions et donner au peuple plus de pouvoir. Les Spartiates tentent un coup de force en faveur du parti oligarchique mais ils sont repoussés par les partisans de Clisthène. Ce dernier peut alors engager sa réforme qui associe le peuple aux institutions et au gouvernement.

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À travers sa réforme de 508 av. J-C, Clisthène concéda aux thètes, la plus basse catégorie censitaire, la participation non seulement aux décisions politiques mais aussi aux fonctions politiques. Cette réforme repose sur la réorganisation de l’espace civique : les anciennes structures politiques fondées sur la richesse et les Génos furent remplacées par un système de répartition territoriale , le dème. Ce système, sur lequel se base la nouvelle organisation des institutions, casse la pratique du clientélisme social, crée un esprit civique sans parti pris régional et va durablement affaiblir le joug politique des oligarques. Les citoyens de toutes les couches sociales et de toutes les parties de la cité (ville, intérieur des terres, côte) sont ainsi représentés dans chaque tribu et doivent apprendre à vivre et travailler ensemble.

Le dèmos désigne alors le corps civique de la cité, les citoyens réunis en assemblée (Ekklèsia) qui prennent une décision. Le pouvoir de faire des propositions, de prendre une initiative n’étant le privilège d’aucun individu, il appartient en principe à n’importe quel citoyen désirant l’exercer. L’assemblée du peuple ne détenait cependant pas tous les pouvoirs, certaines fonctions étant alors remplies par des magistrats. La réforme ne retint pas le vote comme mode principal de désignation des magistrats mais lui préféra le tirage au sort. La démocratie athénienne était née.

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Conclusion

L’Athènes démocratique était une société fondée sur des ordres (citoyens /métèques / esclaves) plutôt que sur des classes. La différenciation entre citoyens, métèques et esclaves ne correspondait donc pas à une division de la population selon le statut social (beaucoup de métèques càd d’étrangers et mêmes certains esclaves étaient plus riches que les citoyens les plus pauvres). La division en ordre était avant tout politique. Athènes n’avait pas un régime dans lequel une « classe » détenait le pouvoir. L’assemblée étant en majorité constitué du « petit peuple », le régime était présenté comme celui dans lequel le pouvoir était aux mains des pauvres : dans les guerres, les rameurs étaient pour la plupart des citoyens faisant partie de la catégorie la plus pauvre à Athènes et leur vaillance en mer venait du fait qu’ils avaient quelque chose à défendre dans la société pour laquelle ils se battaient, car pour eux , la victoire était synonyme de liberté alors que la défaite annonçait le retour à une existence servile sous l’autorité d’une oligarchie. Leurs trières portaient d’ailleurs des noms comme « Liberté » (Eleutheria), « Démocratie » (Dêmokratia), « Libre parole » (Parrhêsia) ou « Justice » (Dikaiosynê). Autrement dit, la trière était un prolongement de l’Etat démocratique athénien.

Le régime démocratique athénien était certainement loin d’être parfait. Malgré ses défauts, la narrative selon laquelle il serait né en détruisant un Génos communiste est factuellement faux, la démocratie étant née en détruisant un régime inégalitaire qui concentrait les pouvoirs entre les mains d’un petit nombre de ploutocrates. C’est ce système dominé par les Génos oligarchique que la démocratie athénienne a remplacé pour établir l’égalité politique entre tous les citoyens. La démocratie est née historiquement comme une limite mise au pouvoir de la propriété par des réformes qui ont interdit l’esclavage pour dettes et qui ont institué une nouvelle redistribution territoriale qui cassait le pouvoir local des riches propriétaires.

Le très pragmatique Nicolas Machiavel écrivait que le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal mais entre le pire et le moindre mal. Et le moindre mal dans une Grèce esclavagiste, était certainement la démocratie. Les soi-disant radicaux sont libres de rejeter toute forme de réformisme et de pousser leur radicalisme à un niveau paroxystique si ça peut leur procurer des orgasmes intellectuels et les faire frémir de volupté mais qu’ils s'abstiennent de colporter mensonges et autres sornettes sur un Génos communiste idéal qui aurait été détruit par le régime démocratique athénien.

 

Sources :

 

- « Le dèmos avant la démocratie », Marie-Joséphine Werlings

- « Recherches sur la nature du Génos : étude d'histoire sociale Athénienne - périodes archaïque et classique », Félix Bourriot

- « Histoire grecque, Tome I », G. Glotz

- « Les guerres grecques, 1400-146 av. J.-C », Victor Davis Hanson

- « Crise économique et sociale à l’époque archaïque d’Athènes », Jacques-Olivier Ledard

- « La naissance de la démocratie à Athènes du VIIe au Ve siècle av. J.-C. », Jean Michel Dufays

- « 621 avant JC, Dracon introduit la démocratie à Athènes », herodote.net


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61 réactions à cet article    


  • Chantecler Pink Marilyn 18 mars 16:42

     La démocratie athénienne remonte au sixième siècle av JC, quand les cités du monde grec ont été confrontées à une crise politique résultant de deux phénomènes simultanés :

    • d’une part l’esclavage pour dettes, liant situation politique et situation financière, touchait un nombre grandissant de paysans non propriétaires terriens, créant un fort mécontentement dans le milieu rural

     

    • d’autre part le développement de la monnaie et des échanges commerciaux ont fait émerger une nouvelle classe sociale urbaine aisée, composée des artisans et armateurs, qui revendiquaient la fin du monopole des nobles sur la sphère politique.

     

    Pour répondre à cette double crise, de nombreuses cités ont modifié radicalement leur organisation politique. À Athènes un ensemble de réformes a amorcé un processus débouchant aucinquième siècle av. J.-C. sur l’apparition d’une sorte de démocratie pour les hommes libres mais avec la continuation de l’esclavage et en instituant la communauté politique sur la base d’une nouvelle redistribution territoriale qui cassait le pouvoir local des riches propriétaires, la réforme de Solon interdisant l’esclavage pour dettes.

    La « démocratisation politique » a permisle développement d’une « démocratisation économique et sociale » nécessaires à l’essor naval athénien à partir de 483 av. J.-C., comme l’abolition des structures de l’ancien régime en France à la fin du dix-huitième siècle était nécessaire à l’essor de l’industrie pour concurrencer l’Angleterre qui, elle, avait choisi de maintenir une aristocratie tout en donnant la possibilité à la bourgeoisie d’investir et d’entreprendre, de « faire commerce d’argent’.

    La notion de « Génos communiste » est une imposture qui n’a pas plus d’intérêt historique que celle de « paradis » perdu, une sorte de mythe.


    • maQiavel maQiavel 18 mars 20:22

      @Pink Marilyn
      Nous sommes d’accord. 


    • Chantecler Pink Marilyn 19 mars 10:32

      @maQiavel

      Le gendre de Marx, Paul Lafargue, était un romancier talentueux et sympathique mais pas un historien.

      Il a laissé des traces dans le folklore du romantisme révolutionnaire (dont l’éloge de la paresse, son chef d’œuvre) qui continuent à séduire des âmes pures et peu soucieuses de rigueur scientifique. C’est bien et c’est dommage, car si tout cela part d’un bon sentiment, cela donne aussi des armes faciles aux conradicteurs.


    • Jean De Songy 18 mars 22:10

      Le génos « communiste » concerne le paléolithique où néolithique primitif avant les cités. Il est évident que l’homme primitif n’a pas de propriété foncière puisque c’est un chasseur cueilleur où cultivateur nomade comme le germain. Pour ce qui concerne sa chefferie l’exemple emblématique est l’exécution d’Arminius, vainqueur des romains à Totteburg et qui voulut devenir roi, assassiné par le « génos communiste » germain en démocratie « directe ».

      Au delà de la nécessité politique de la démocratie athénienne pour sa cohésion comme vous l’expliquez, il faut souligner sa cohésion de base spirituelle d’un holisme forcené qu’on dirait irrationnel aujourd’hui. En quoi elle ne s’applique plus à notre société individualiste et divisée en 3 groupes d’individus comme l’explique très bien De Villiers :

      — les bobos des villes dans la virevoltance mondialiste oligarchique

      — les 1500 banlieues islamisées, métèques d’une colonisation que Machiavel encense comme moyen de domination par le Prince

      — les gilets jaunes genre de nouveaux hilotes dépossédés de leur terre.

       


      • maQiavel maQiavel 18 mars 23:23

        @Jean De Songy

        «  Le génos « communiste » concerne le paléolithique où néolithique primitif avant les cités  ».

        ------> Donc on parle d’une époque à laquelle Athènes n’existait pas et à laquelle les humains vivaient en petits groupes de chasseurs cueilleurs nomades. Prétendre que la démocratie athénienne aurait détruit ces Génos communiste comme le font ceux que je contredit dans cet article est encore plus ridicule.

        « il faut souligner sa cohésion de base spirituelle d’un holisme forcené qu’on dirait irrationnel aujourd’hui. »

        ------> Cet holisme est souvent très exagéré et idéalisé par Benjamin Constant et surtout Fustel de Coulanges. C’est une conception qui s’ajuste pour l’essentiel aux Etats idéaux décrits par Platon dans sa «  Republique » et ses « Lois » et par Aristote dans sa « politique ». Mais ces utopies étaient manifestement écrites pour expliquer aux Grecs comment les cités Etats auraient dû être gouvernées. Leur critique des polis de leurs temps se rejoignent pour montrer la distance entre l’utopie à la réalité. Si au lieu de philosophie on considère maintenant l’histoire on s’aperçoit que cet holisme de la polis ne s’applique qu’à Sparte. Mais il y’a un monde entre la Sparte oligarchique et l’Athènes démocratique.

         

        Les Athéniens faisaient la distinction entre la sphère publique à laquelle chaque citoyen prenait part la sphère privée dans laquelle chacun d’eux vivait comme il l’entendait du moment qu’il obéissait aux lois sans nuire à ses concitoyens. Ils étaient fermement opposés à l’idée que la polis contrôle chaque aspect de la vie du citoyen.

         


      • Jean De Songy 19 mars 13:51

        @maQiavel
        Le politique antique n’a pas besoin de contrôler chaque citoyen dans sa vie privée, car chaque citoyen a la même, les mêmes mœurs. Toute la différence avec la division actuelle.
        Fustel de Coulanges à lire en premier, une référence.
        Platon est dans le problème de la cité à réinventer politiquement dans une « décadence » qui a perdu son ancienne cohésion religieuse et gentilice. Avec le commerce vient l’individuation du moderne. Rome subit la même évolution comme l’explique très bien Fustel.
        Sparte est effectivement la plus emblématique des cités grecques, admirée même par les cités ennemies de l’époque pour son système politique à la fois communiste et fasciste, moderniste et réactionnaire dirait on aujourd’hui. Et même les grandes armées romaines où macédoniennes s’en méfièrent. Le plus petit est toujours le plus teigneux, que ça soit chez les Dalton, où les mois de l’année smiley
        A propos de la souveraineté religieuse de la sphère privée y a un mythe du dieu des pénates grecques (avant Hestia, je me rappelle plus le nom) qui vainquit sur son terrain (sacré entouré d’un sillon) Zeus lui même. C’est Fustel qui en parle il me semble.


      • maQiavel maQiavel 19 mars 14:35

        @Jean De Songy

        « Le politique antique n’a pas besoin de contrôler chaque citoyen dans sa vie privée, car chaque citoyen a la même, les mêmes mœurs ».

        ------> Mais précisément, Sparte, elle, le faisait et non Athènes. Donc :

        -soit les citoyens n’avaient pas exactement la même vie privée et les mêmes mœurs et Sparte sentait l’obligation de les conformer mais pas Athènes.

        -soit les citoyens avaient comme vous le dites exactement la même vie privée et les mêmes mœurs et dans ce cas , le contrôle exercé par Sparte sur la vie prive de ses citoyens était inutile.


      • Jean De Songy 20 mars 15:18

        @maQiavel
        La « déconstruction » des mœurs par leur individuation comme « décadence » est un grand thème de la philosophie, en commençant par Platon.
        Une seule religion, une cité qui exacerbe un patriotisme, une seule vision de la vie bonne, de la vie civile honorable, du sens de la vie en général, de sa « bonne » place dans le cosmos, des valeurs, plaçant au plus haut la politique au plus bas la nécessité, le travail de survivance proche de l’animal (d’où l’acceptation de l’esclavage qui permet le politique détaché du travail)
        C’est pour ça que je vous dis que Sparte est la plus caractéristique des cités grecques, une pensée forclose, close par elle-même sur elle-même ; puis se demander de l’œuf où de la poule qui vient en premier, éducation où mentalité n’a pas de sens, ce qui a du sens c’est par quoi vient la déconstruction : le commerce pour le marxiste, la décrédibilisation du religieux, la conscription plus généralisée car l’élite oligarchique est décimée par la guerre (Rome et la cité grecque ont ce problème en commun).
        Jusqu’à Socrate, qui accepte la loi et sa condamnation à mort en refusant le bannissement où la fuite, la déconstruction des mœurs n’est pas tolérée. Dans le monde actuel elle est poussée au maximum car le libéralisme ne veut qu’une société civile individualiste et apolitique, la plus divisée possible, idéalement que des individus, même pas de famille, et neutre moralement, sans définir une vie bonne, et cette société civile doit être omnipotente. Et pousser tout particularisme individuel y participe. Après l’état devrait être censé en faire une force (de l’individu plus libre et différencié) mais pour ça il lui faut s’ancrer sur un contrat social où tous les citoyens sont gagnants, ont un même but commun d’une façon général, mais ce commun n’existe plus. Il n’y a pas plus de nation, peuple, Europe, cité qui sert l’individu pour sa puissance, ne reste que la société civile mondialisée et neutre avec ses lois, du commerce principalement. Au mieux l’état est une assurance mais qui apparaît de plus en plus trop onéreuse aux « gagnants », qui ne partagent rien avec les autres citoyens, ni holisme, ni nation, ni religion, ni peuple, ni mœurs. Ainsi même les noirs américains voulaient l’abolition de l’Obama care trop favorable aux nouveaux arrivants latino.


      • maQiavel maQiavel 21 mars 01:18

        @Jean De Songy
        Certes , Athènes n’avait rien à voir avec la société actuelle , là dessus vous avez raison. Seulement , ce que je dis , c’est que l’holisme athénien tel que décrit par Fustel de Coulanges était fantasmagorique , les athéniens vivaient comme ils l’entendaient dans leur vie privé du moment qu’ils obéissaient aux lois sans nuire à leurs concitoyens , une vie privée qui n’était pas aussi conforme qu’elle pouvait l’être à Sparte. 


      • Jean De Songy 21 mars 20:38

        @maQiavel
        Ne pas assister aux débats avant vote de l’Ecclésia c’était la mort, il fallait écouter tous les Flamby et Macron pendant des heures au grand débat. Un athénien passait la moitié de sont temps pour sa cité entre la politique, la religion, la justice, l’armée. Ça limite déjà pas mal la vie privée...
        J’ai du mal à imaginer un athénien ne vivant pas selon les mœurs communément admis, même en privé. Antigone.
        Évidement, Sparte avec son système communiste, ses tablées communes, sa monnaie de fer sans valeur, ses enfants dans des Hitler Jüngen, ses femmes sportives, ses 2 rois, était plus extraordinaire.
        Je ne suis pas assez calé pour dire si Fustel a tort où pas, en tout cas son bouquin est bien, le classique.
        Vernant dit que Prométhée était le vrai dieu des grecs, c’est à dire la volonté de puissance, le feu pris aux dieux avec prise de risque maxi.... Ça n’est pas très « société civile » non plus. Pour le moderne, le dieu c’est la console de jeu sans risque sur son canapé, pour l’écolo c’est Gaïa, la mère protectrice pour petits bébés immatures.


      • Ruut Ruut 19 mars 08:15

        Curieusement cette Grèce ploutocrate ressemble beaucoup a la France de 2019.


        • eddofr eddofr 19 mars 12:14

          Le concept de génos communiste « originel » est simplement vide de sens.

          Une organisation sociale, quelle qu’elle soit, présuppose des relations sociales, des échanges à gérer, à organiser.

          Au paléolithique, il n’y avait pas de société.

          Il y avait de petites tribus isolées de chasseurs cueilleurs.

          La cohésion de la tribu reposait principalement sur le lien familial et les contraintes de la survie.

          Le chef était très probablement le père (ou la mère), la meilleure chasseresse ou le meilleur cueilleur ... pour ce qu’on en sait.

          Sans biens manufacturés à échanger, sans territoire à défendre, pas de commerce, pas de troc, pas de guerre, pas de diplomatie, et donc, pas de relations inter-tribales.

          Et sans relations entre groupes familiaux, pas de société ou d’organisation sociale.


          • maQiavel maQiavel 19 mars 14:39

            @eddofr

            On peut dire qu’il n’y avait pas de société mais des communautés (et par conséquent une organisation communautaire et non une organisation sociale si on veut). Mais des communautés qui entretenaient par ailleurs des relations entre elles, pour des raisons liées à la sécurité et à l’exogamie.

             


          • Dantès 19 mars 21:07

            @eddofr

            « Sans biens manufacturés à échanger, sans territoire à défendre, pas de commerce, pas de troc, pas de guerre, pas de diplomatie, et donc, pas de relations inter-tribales. »

            C’est bien consubstantiel à cette condition organique qui caractérisait ces tribus primitives de ne pas faire de guerres, puisqu’anti-mercantiles. Les petites escarmouches qui survenaient de temps à autre entre elles servaient précisément à empêcher l’échange, principal responsable de l’éclatement de l’harmonie tribale. Le retour de l’échange fait choc dans la tribu, hiérarchisant les membres entre possédants et victimes de l’accumulation. Les guerres perpétrées par les sociétés mercantiles sont au contraire, de type génocidaire ; elles tendent à l’absorption sinon l’anéantissement total de leur concurrence mercantile. Elles, sont consubstantielles à la « croissance » économique.

            Dans ce contexte de compréhension organique, ce seraient donc les tribus les plus faibles qui auraient succombé les premières à l’essor de l’échange et éventuellement, à l’économie.

             


          • Giordano Bruno 19 mars 14:59

            Mogens Hansen a écrit un excellent livre sur la démocratie athénienne :

            La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène.


            • maQiavel maQiavel 19 mars 18:58

              @Giordano Bruno
              Très bon livre en effet. 


            • Empedocle 20 mars 15:23

              Votre article est l’expression la plus typique du regard historique statique. 
              Comme le dit Hegel, il fait partie de l’histoire original à savoir l’histoire purement empirique. Les groupes radicaux que vous tentez de critiquer ne remettent d’ailleurs aucunement cette vision historique naïve qui ne fait que décrire factuellement ce qu’il se passe dans un espace-temps donné. Ils ne font que remettre en mouvement ce que vous figez statiquement.

               

              Les critiques de la démocratie n’ont donc pas ne sont pas des fétichistes de la critique démocratique en tant que tel. Ils ne font que retracer la genèse historique du développement du commerce et de l’argent qui passe, en Grèce, par la dissolution de l’organisation gentilice. Organisation gentilice qui étymologiquement exprime le lien de sang des communautés primitives, la souche première communiste qui existait jadis sur toute la planète. La gens ne fut pas typiquement grec, elle fut Romaine, Germanique, celte ou iroquoise.

              Le développement du commerce a donc nécessairement dissous la première organisation gentilice par progressivement la remplacer par l’organisation territoriale des dèmes. Forme démocratique que pris l’Etat Athénien à son apogée. Et qu’on retrouve d’ailleurs partout aujourd’hui dans les villes et villages, notamment Suisse, pays démocratiquement divisé en cantons et communes.

               

              Mais il va de soi que l’organisation gentilice n’a pas disparu du jour au lendemain. Il fallut des siècles où elle subsista au sein même de la nouvelle. C’est pourquoi votre description historique et naïve et statique. Elle ne sent pas le mouvement historique car son point de vue est purement factuel et ne prend pas en compte ce qui fait le moteur de l’histoire, le développement marchand.

               

              Donc il va de soi que la démocratie en tant qu’organisation sociale du participationnisme narcissique est totalement adéquate au développement marchand et est donc la forme historique parfaite que prend le capitalisme a son stade terminal.


              • maQiavel maQiavel 20 mars 18:31

                @Empedocle

                C’est du verbiage et des affirmations péremptoires tout ça. Soyons factuel :

                - Lorsque vous écrivez « cette démocratie tant adulée et mystifiée par l’idéologie dominante est ce qui a marqué le passage des communautés primitives sans commerce à la civilisation marchande », c’est faux tout simplement. Lorsque vous écrivez « Le passage du genos au dèmos est donc le passage de la propriété commune à la propriété privée », c’est aussi faux. Ça n’a aucun sens d’attribuer à la démocratie la destruction des communautés de chasseurs cueilleurs nomades (parce que c’est de ça qu’on parle lorsque vous parlez des communautés sans commerce). Vous pouvez faire appel à Hegel, à Empédocle ou à la reine d’Angleterre si vous voulez, ça reste faux.

                Est-ce que c’est le développement de la société marchande qui a détruit les communautés primitives de chasseurs cueilleurs en Grèce ? Ça se défend. Mais, même en supposant que ce soit absolument vrai, quel est le rapport avec le régime démocratique ? Est-ce que la démocratie est née dans la société marchande ? Oui. Les parcs d’attraction et les ordinateurs aussi. Faudrait-il donc faire des ordinateurs et des parcs d’attraction ce qui a marqué le passage des communautés primitives vers la civilisation ? Ça n’a évidemment aucun sens. Alors pourquoi le faire avec la démocratie athénienne ?  Réponse : pour la diaboliser.

                Vous avez le droit de vous opposer à la démocratie et à tout ce que vous voulez si ça vous fait plaisir mais ne racontez pas de sornettes.


              • maQiavel maQiavel 20 mars 18:32

                @Empedocle

                 « Mais il va de soi que l’organisation gentilice n’a pas disparu du jour au lendemain. Il fallut des siècles où elle subsista au sein même de la nouvelle »

                ------> Très bien. Alors précisez très exactement en quoi subsistait cette organisation gentilice dans les moments qui ont précédés la réforme de Clisthène. Moi j’explique dans cet article que le Génos était devenu déjà depuis des siècles une structure oppressive et oligarchique. Si ce que je dis est faux, expliquez en quoi et de façon factuelle. 

                 


              • Empedocle 20 mars 21:31

                @maQiavel

                Logique (binaire et donc figé) du bien nommé machiavel : Il y eu de l’oppression alors qu’il subsistait du genos. Donc le genos est oppressif. 

                On voit bien là l’ordinateur moderne, qui ne vit que du factuel, fumer sous le scalpe. 

                Non l’oppression oligarchique ne vient pas dire ce qu’est le genos elle vient indiquer sa totale dissolution. qui comme je l’ai déjà dit, n’advient pas du jour au lendemain... L’organisation gentilice existe-t’elle encore sous l’organisation des dèmes ? Non puisque celle-ci ont totalement supplanté celles-là... 

                Mais Engels a déjà répondu : 

                « Pendant ce temps, les luttes de partis suivaient leur cours ; la noblesse tâchait de reconquérir ses anciens privilèges et reprit pour un temps le dessus, jusqu’à ce que la révolution de Clisthène (509 avant notre ère) la renversât définitivement, mais avec elle aussi le dernier vestige de l’organisation gentilice.

                Dans sa constitution nouvelle, Clisthène ignora les quatre tribus anciennes, basées sur les gentes et les phratries. Une toute nouvelle organisation s’y substitua, fondée uniquement sur la répartition des citoyens déjà essayée dans les naucraries, d’après leur lieu de résidence. Ce ne fut plus l’appartenance aux groupes consanguins qui décida, mais seulement le domicile ; on subdivisa non le peuple, mais le territoire ; au point de vue politique, les habitants devinrent de simples accessoires du territoire. »

                C’est d’une clarté limpide....


              • maQiavel maQiavel 21 mars 00:32

                @Empedocle

                « Il y eu de l’oppression alors qu’il subsistait du genos. Donc le genos est oppressif. »

                ------> Non. Je dis pire que ça. Je dis que le Génos était oppressif et oligarchique, je rajouterai même qu’il était devenu le symbole de l’oppression. Et c’est pour ça qu’il fallait le substituer par le dème. Lisez bien mon article. Vous le contestez ?

                « Non l’oppression oligarchique ne vient pas dire ce qu’est le genos elle vient indiquer sa totale dissolution ».

                ------> Ce qui a abolit le Génos qui était devenu une structure arbitraire patriarcale et oligarchique , c’est le dème qui a été institué par Clisthène.

                Je connais très bien le passage d’Engels. Mais je vais vous poser deux questions et elle est claire, précise et concise : vous considérez donc que le Génos qui a été aboli vers 509 -508 avant JC avait encore une quelconque caractéristique de l’organisation gentilice primitive ? Si oui, laquelle ?

                Je serais très intéressé de voir comment vous défendez ce qu’était devenu le Génos depuis des siècles, voir des millénaires face au dème.


              • Empedocle 21 mars 09:51

                Enfait je remarque que vous nagez dans un bourbier mentale d’indistinction générale qui occulte systématiquement les distinctions essentiel. Vous mettez systématiquement sous le tapis l’étymologie de la gens qui indique très simplement la lignée tribale par opposition au dème qui est une organisation basée sur le territoire.

                A aucun moment je n’ai dit que le genos n’était pas opressif à ce moment là. L’histoire nous montre à travers d’autres exemples historiques que le genos n’était pas oligarchique par nature mais qu’il l’est devenu par l’essort du commerce. C’est d’ailleurs bien pour ça qu’il est passé de matriarcal à paternel et oligarchique. Et qu’au bout de l’oligarchie on supprime carrément le genos (l’organisation tribale) pour le remplacer par une organisation bien plus adéquate au développement marchand, les dèmes (organisation territoriale). D’où la démocratie.

                Donc la démocratie et l’histoire nous l’a montré encore récemment est l’organisation parfaite du Capital. Et est donc une dictature bien plus féroce que celles passées car aliénante ontologiquement.


                • maQiavel maQiavel 21 mars 12:20

                  @Empedocle

                  Beaucoup de jargonnage comme d’habitude. Allons à l’essentiel car moi, j’aime les faits :

                  -Le Génos n’a pas été supprimé parce qu’il était plus adéquat pour le développement marchand. Le dème a été mis en place parce que cette organisation territoriale permettait d’échapper à ce système oppressif et oligarchique qu’était le Génos. Le dème mettait fin au clientélisme.

                  -La démocratie athénienne a été une limite à la concentration économique et à la propriété puisque son émergence a permis de mettre un terme à l’esclavage pour dette et aux hypothèques sur les terres qui permettaient aux Génos oligarchique de se gaver.

                  Donc oui, la démocratie a supprimé le Génos et encore heureux. Son étymologie, on s’en fout, ce qui compte c’est son expression sociale et elle était devenue depuis des millénaires une structure oligarchique, patriarchale et oppressive. On était plus au paléolithique là , donc ça n’a aucun sens de faire un lien entre organisation gentilice préhistorique et démocratie… à moins que vous considériez qu’il subsistait dans le Génos quelque chose de l’organisation préhistorique. Si c’est le cas, la question que je vous pose pour la seconde fois, c’est « quoi donc » ?


                • Hervé Hum Hervé Hum 25 mars 10:07

                  @maQiavel

                  "Le dème mettait fin au clientélisme. "

                  C’est factuellement faux ! Vous pouvez juste écrire qu’il a réduit, rendu plus difficile dans un premier temps le clientélisme, mais ne l’a en aucun cas arrêté. Un système basé sur la propriété est fondamentalement un système clientéliste et ne peut pas être autre chose, car pour cela, il faut abolir la propriété.

                  Aucune démonstration n’est nécessaire à cette affirmation, suffit juste de se prendre soi même comme exemple. Le fait que pour toute chose dont on affirme être propriétaire, on affirme le droit d’en disposer selon son bon vouloir et selon son intérêt particulier. De fait, on choisira quasiment toujours les personnes qui nous plaisent et on cherchera toujours à les imposer aux autres, selon les moyens dont on dispose pour y parvenir.

                  Sur ce point, peu importe de parler de génos ou de démocratie ou de monarchie, le mécanisme est le même, celui qui veut qu’on favorise ses proches ou ceux qui servent au mieux ses intérêts.

                  Au génos, c’est substitué les ordres et les classes sociales, mais le principe reste le même, permettre au prédateur d’exercer sa prédation sur le groupe. Et pour y parvenir, il n’y a que le principe de la propriété particulière de l’espace commun pour contraindre ceux qui y vivent ou en dépendent, de devoir dédier leur temps de vie a l’usage exclusif du propriétaire.

                  Vous pouvez l’écrire sous toutes les formes, utiliser tous les mots que vous voulez, génos démos, un principe est invariant fondamentalement, seule sa forme change.autant que vous le couvrez d’habits différents.


                • maQiavel maQiavel 28 mars 20:47

                  Bonjour Hervé Hum

                  Lorsque je parle de clientélisme, je parle d’une pratique spécifique qui consistait pour les riches Eupatrides à faire voter les moins riches en leur faveur. Avec la mise en place du dème qui a redistribué le territoire, cette pratique ne pouvait plus avoir court et dans les faits, elle n’existait plus. Au contraire, de nombreuses décisions prises par l’assemblée n’allaient pas dans l’intérêt des propriétaires fonciers mais dans celui de la catégorie la plus pauvres de la population.

                  Un exemple concret (il y’en a beaucoup d’autres) : pendant la guerre du Péloponnèse , l’idée des Spartiates était d’envahir l’Attique et de saccager les terres cultivées en espérant que les Athéniens sortiraient de la ville et se battraient pour sauver leurs propriétés. La stratégie d’Athènes consistait, au moment des invasions des Spartiates à accueillir à l’intérieur des murs la population rurale et les troupes d’infanteries et à envoyer des navires sillonner la mer Egée pour assurer la protection des bateaux transportant des céréales. Pour les Athéniens, l’ennemi se fatiguerait tout seul sans parvenir à pénétrer à l’intérieur des murs d’Athènes.

                  A qui bénéficiait la stratégie athénienne ?

                  -Pas aux propriétaires terriens, y compris aux possesseurs des plus belles propriétés de l’Attique qui se retrouvèrent contraints de vivre dans les murs d’Athènes dans des conditions épouvantables, ce qui explique l’hostilité durable des propriétaires fonciers à cette stratégie de sacrifice de l’agriculture, les riches se retrouvaient maintenant tout en bas de l’échelle.

                  -A l’inverse, les thètes, la catégorie la plus pauvre de la population, ne subissait pas les conséquences du saccage des terres cultivées puisqu’ils n’étaient pas propriétaires. Mais en tant que rameurs touchant une solde, ils tiraient un profit du travail qu’on leur demandait d’effectuer puisque les navires Athéniens devraient sillonner la Méditerranée et protéger les liaisons maritimes.

                  Voilà un exemple concret parmi d’autres. A l’époque du Génos et avec le clientélisme politique, une pareille stratégie aurait été impossible à mettre en place puisqu’elle était défavorable aux propriétaires.



                • Hervé Hum Hervé Hum 29 mars 10:30

                  @maQiavel

                  Votre exemple est plutôt un contre exemple !

                  En effet, vous prenez comme exemple le cas d’une menace extérieure où les propriétaires fonciers ne sont pas en nombre et armes suffisantes pour y résister. Ici, ils n’ont tout simplement pas le choix de la stratégie, sauf à se faire massacrer !

                  Les propriétaires n’avaient donc pas le choix et devaient accepter une perte momentanée pour mieux assurer les profits futurs, car l’essentiel était bel et bien de conserver la propriété de la terre, le pire étant de la perdre.

                  Et à l’intérieur des murs, ils doivent obligatoirement composer avec les autres classes. Quant à ce que vous écrivez sur les thètes, désolé, mais cela me fait rigoler ! Ceci, parce que je ne vois pas l’intérêt à être rameur sur un navire de guerre et je me demande bien quel était le montant du salaire pour pouvoir dire qu’ils en tiraient profit.

                  Je crains que tous vos exemples soient du même acabit....


                • Hervé Hum Hervé Hum 29 mars 10:36

                  @maQiavel

                  J’oubliais, selon ce que vous écrivez, la redistribution du territoire et du changement des règles des décisions politiques via le deme, sont, là aussi, décidés par les circonstances et non par la volonté d’une société plus juste. Que les circonstances évoluent dans le sens inverse et l’histoire nous apprend que la classe supérieure, celle qui détient la réalité de la propriété (en régime monarchique, la noblesse détentrice de la souveraineté, au dessus de la simple propriété), ne tarde jamais à reprendre l’exclusivité de la décision politique, celle qui établie l’assiette de l’impôt !


                • maQiavel maQiavel 29 mars 13:22

                  @Hervé Hum

                  « Les propriétaires n’avaient donc pas le choix et devaient accepter une perte momentanée pour mieux assurer les profits futurs, car l’essentiel était bel et bien de conserver la propriété de la terre, le pire étant de la perdre ».

                  ------> Les débats étaient houleux. Il y’avait d’autres choix stratégiques qui n’auraient pas été préjudiciables aux propriétaires mais ils n’ont pas été suivis.

                  « Ceci, parce que je ne vois pas l’intérêt à être rameur sur un navire de guerre et je me demande bien quel était le montant du salaire pour pouvoir dire qu’ils en tiraient profit. »

                  ------> Les thètes vivaient principalement de salaire journaliser. Cette stratégie obligeait Athènes à construire et entretenir une grande flotte, ce qui permettait aux thètes d’avoir des salaires réguliers. Si Athènes était une puissance maritime, ce n’était pas un hasard, c’est entre parce que la majorité des citoyens, les plus pauvres, y avaient intérêt.

                  Si la guerre du Péloponnèse s’est prolongée, c’est entre autre parce que les pauvres voulaient la poursuivre alors que les riches voulaient y mettre un terme ( nombre d’entre eux se sont même allié aux ennemis d’Athènes d’ailleurs ).


                • Hervé Hum Hervé Hum 25 mars 09:41

                  Lecture intéressante. Je ne sais pas si ce que vous écrivez est des plus fidèle à la réalité historique, mais la situation décrite est une récurrence de l’histoire humaine partout où il y a division de l’activité humaine au sein de la société.

                  Ainsi, la situation actuelle est, fondamentalement, à l’identique.

                  Ce qu’il faut voir, c’est que le système capitaliste était déjà à l’oeuvre et qu’aujourd’hui, c’est exactement le même mécanisme qui est à l’oeuvre et explique que la situation est aussi fondamentalement la même. Peu importe que le régime politique soit sous une forme monarchique, oligarchique, tyrannique ou républicaine, la structure reste fondamentalement la même, seul change le taux d’imposition et la vitesse de transfert de la richesse des couches les plus pauvres vers les plus riches. Transfert qui est stoppé lorsque la concentration devient trop grande et ses conséquences en tant qu’oppression des plus pauvres devient alros insupportable.

                  Mais, autrefois comme aujourd’hui, c’est toujours la classe la plus pauvre qui brise le statut quo, jamais les riches, même lorsqu’ils se font la guerre entre eux.

                  deux dernières choses.

                  La différence entre ordre et classe sociale est surtout une différence de mots et non de faits. C’est à dire, de la poudre aux yeux, car que l’on parle d’ordre ou de classe, la position relative aux autres ordres ou classes est identique. Que l’on passe du génos au démos, la structure sociale reste identique, seul le niveau d’imposition à changé, mais qu’un délitement des rapports d’équilibres fera modifier en conséquence.

                  Comprenez bien, je ne ni pas l’évolution que vous décrivez, je dis seulement qu’il s’agit là d’une évolution de la forme, mais pas du fond, qui reste inchangé et même, tend à accroitre son emprise sur le cogito humain.

                  Enfin, il y a une contradiction lorsque vous écrivez " Le système oligarchique basé sur la propriété agraire est battu en brèche face aux revendications de ces nouveaux citoyens-soldats qui incarnent une citoyenneté élargie fondée sur la propriété et non plus sur la naissance.

                  "

                  SI l’oligarchie fonde son pouvoir sur la propriété agraire, on ne peut pas écrire qu’elle le perd à cause de la propriété, mais bel et bien en raison de la naissance !

                  En effet, c’est la naissance qui fait changer la citoyenneté, car il n’y a plus obligation de naître dans une famille d’oligarque, grand propriétaire, pour accéder à des fonctions disons, régaliennes. Pour que ce que vous dites soit exact, ; il aurait fallut que la propriété agraire des oligarques leur soit en grande partie retirée, ce qui n’est pas le cas si on s’en tient à voire article.

                  Il n’y a donc plus obligation de naissance, mais la propriété reste le socle de la structure sociale, c’est à dire, le fondement politique et économique reste inchangé, démocratie ou non, peu importe, le système étant fait pour permettre l’inégalité et la concentration de la richesse produite, seule change’ la vitesse de concentration et donc, la vitesse de crise politique, si on excepte la menace extérieure.

                  C’est ce point fondamental que tout le monde refuse de considérer, le fait que, peu importe la forme politique mise en place, tant que perdure la propriété économique, l’inertie du système reste inchangé et impossible à changer, seule la vitesse à laquelle arrive la crise peut changer, plus ou moins lente selon le niveau d’imposition, de prélèvement de la classe ou ordre, propriétaire de l’économie sur le reste de la population.


                  • maQiavel maQiavel 29 mars 03:11

                    @Hervé Hum

                    Concernant la différence entre la société d’ordre et la société de classe, je vais vous montrer que dans les faits , ça ne correspond pas à la même chose.

                    Il existait dans l’Athènes démocratiques des classes sociales avec une classe supérieure, moyenne et inférieure. Seulement, au sein de chacune des trois classes, on retrouvait les trois ordres. 

                    Parmi la classe supérieure qui étaient constitué des grands propriétaires terriens ou artisanaux, des commerçants, des banquiers, on retrouvait des citoyens, des métèques et même une minorité d’esclave.

                    Parmi la classe inférieure qui était majoritairement constitué de journaliers c’est-à-dire d’individus obligés de vendre leur force de travail pour survivre en échange d’un salaire, on retrouvait la majorité des citoyens, des métèques et l’immense majorité des esclaves.

                    (Je passe sur la classe moyenne qui ne me servira pas ici dans ma démonstration).

                    L’ordre des citoyens n’avait donc pas un avantage économique sur les autres ordres, la plupart des métèques et même certains esclaves étaient plus riches que la moitié la plus pauvre des citoyens. Par exemple, l’homme le plus riche d’Athènes au début du IVème siècle était un esclave qui avait la fonction de banquier. La plus grosse manufacture dont nous ayons connaissance pour Athènes était une fabrique de boucliers qui appartenait à deux métèques. Aussi riches que pouvait être un esclave ou un métèque, ils avaient politiquement un statut inférieur à celui de citoyen. Aussi pauvre qu’était le citoyen, il avait le privilège d’avoir des droits politiques contrairement aux métèques et aux esclaves.

                    La polis grecque n’était pas autre chose qu’une communauté de citoyens, les métèques et les esclaves vivaient dans la polis sans en être membres. Seuls les citoyens bénéficiaient de la liberté de participer aux institutions démocratiques : ils avaient le droit d’assister à l’assemblée, chacun de ceux qui avaient passés trente ans pouvait devenir magistrat, législateur ou juré. La division en ordre était avant tout politique et non économique. 

                    Avoir un statut socioéconomique élevé était dissocié du fait de posséder le pouvoir politique, qui était le monopole du corps des citoyens, majoritairement constitués de pauvres. Les riches ne constituaient pas la classe dirigeante.


                  • maQiavel maQiavel 29 mars 03:26

                    @Hervé Hum

                     

                    « SI l’oligarchie fonde son pouvoir sur la propriété agraire, on ne peut pas écrire qu’elle le perd à cause de la propriété, mais bel et bien en raison de la naissance ! »

                    ------> Avant les réformes de Solon, ce qui fondait la citoyenneté était la naissance dans des familles propriétaire de grandes propriétés agraires ( les Eupatrides). Par exemple, acheter une grande propriété agraire ne suffisait pas pour disposer du pouvoir, il fallait naitre dans une des familles Eupatrides. 

                    Avec les réformes de Solon, cela va changer puisque la nouvelle classe moyenne qui n’appartient pas aux familles Eupatrides va pouvoir accéder à la citoyenneté, non pas du fait de l’achat d’une grande propriété araire mais sur la capacité à acheter l’équipement hoplitique, ce qui n’était possible que pour les propriétaires ( pas forcément agraire , ils pouvaient être commerçants ou artisans). Ainsi, ces nouveaux citoyens-soldats incarnent une citoyenneté élargie fondée sur la propriété et non plus sur la naissance.

                    Ensuite, avec les réformes de Clisthène , la citoyenneté ne sera même plus dépendante de la possession ou non de la propriété.


                  • JC_Lavau JC_Lavau 29 mars 07:39

                    @maQiavel. Mmh... Comment situes-tu Aristote et Plato ?
                    Arthur Koestler (The sleepwalkers) a souligné leur position politique de membres d’une aristocratie qui a mené Athènes à la déroute. Et qui voudraient bien effacer leur culpabilité de classe.


                  • JC_Lavau JC_Lavau 29 mars 07:43

                    @maQiavel. Et à Athènes, la puissance politique et maritime de la ville provenait largement des mines du Laurion. On a conservé des traces de l’organisation contractuelle de ces exploitations ; en revanche on demeure perplexes devant le problème technologique de la ventilation des puits, qui étaient tous à entrée unique.


                  • Hervé Hum Hervé Hum 29 mars 10:20

                    @maQiavel

                    Merci d’avoir pris le temps d’une réponse suffisamment détaillée.

                    j’avoue que ce que vous écrivez me laisse perplexe et que je vais faire confiance en ce que vous écrivez. Mais, selon mes propres critères d’analyses, un esclave riche, n’est pas un esclave au sens propre du terme. C’est totalement antinomique. Certes, on peut en conserver le mot, comme l’abandonner pour un autre comme le mot « salarié », mais, pour ma part, c’est la situation matérielle qui conditionne le fait d’être ou non réellement un esclave. Je veux dire par là, que c’est la définition du mot qui dit si une personne est, fait partie de telle ou telle catégorie et non le mot.

                    Pour ma part, l’usage détourné du sens des mots sert surtout à manipuler les cogito, comme aujourd’hui avec le mot démocratie. Ou comme croire que la politique est décidé par le politicien. Ou croire qu’au XIX ème siècle, l’esclavage n’existait plus, alors que les conditions de travail et de vie étaient sinon égale, pire encore.

                    Sur cette base là, est esclave, celui qui doit dédier son temps de vie à autrui sans en tirer lui même un bénéfice personnel, donc, être contraint de corps et non persuadé par l’intérêt. S’il y a bénéfice personnel, alors, même si le mot esclave est conservé, la situation réelle n’est pas celle de l’esclave. Sans cela, on ne peut plus juger du sens des mots et leur donner un sens dans une phrase et son sens contraire la phrase suivante. Ma logique m’interdit de raisonner ainsi !

                    Si aujourd’hui, les riches font mine de ne pas s’occuper de politique, mais uniquement de commerce, c’est parce que dans les faits, ceux qui ont les rênes du pouvoir politique servent les intérêts des riches ou du moins, ne menacent pas leur richesse. Surtout, ne pouvait sortir de sa condition réelle d’esclave, que ceux qui faisaient montre de talents exceptionnels. Or, si vous pouvez contraindre une personne à exécuter des tâches ingrates, donc, surtout manuelles, vous ne pouvez pas contraindre une personne à vous faire profiter de ses talents, ni les mettre en valeur par la contrainte, mais uniquement par l’incitation et celle ci, ne peut se faire que si l’esclave y trouve un intérêt personnel, donc, sort de sa condition réelle d’esclave. Bien entendu, cela ne dit rien des droits de successions aux enfants. Ni de savoir si l’esclave pouvait acheter sa liberté et des droits politiques, sauf que ses droits de capitaliser étant les plus fondamentaux du système fondé sur la propriété, on peut affirmer que, même dépourvu de droits de vote, leur droit civiques étaient garanties. Mais on peut aussi penser que cet esclave riche pouvait acheter des voix de citoyens pauvres, voir de magistrats. En ceci, on retrouvera les mêmes jeux entre pouvoir et argent qu’aujourd’hui.

                    Enfin, la classe supérieure était forcément limitée en nombre et donc en capacité d’assurer la défense de ses propriétés face à une invasion étrangère suffisamment armée et nombreuse. Elle devait donc composer avec la classe inférieure, sachant qu’on ne peut pas forcer un esclave en tant que tel, à défendre son maître exploiteur, sauf si sa condition réelle n’est pas celle d’un esclave parce qu’y trouvant un bénéfice personnel. Donc, où il a tout intérêt à défendre la société dans laquelle il vit, face à un envahisseur qui lui ferait perdre sa situation.

                    C’est donc un jeu de compromis entre classes et ordres, pour être capable de résister aux barbares. Relations évoluant en fonction de la menace extérieure obligeant à donner plus de droits aux classes pauvres pour en obtenir le soutient actif en terme de devoir de défense du pays. Bref, si la classe supérieure comportait aussi des citoyens métèques et même des esclaves, qui n’en avait que le nom, c’était surtout pour s’assurer du soutiens des mêmes situés dans la classe inférieure, pour leur montrer qu’il était toujours possible de s’élever dans la société, comme aujourd’hui le principe est toujours vendu, via notamment le loto, le sport ou le commerce.

                    Non, les ressorts de la condition humaine sont les mêmes, que ce soit hier dans la Grèce antique, au moyen âge ou aujourd’hui, dès lors où le système économique repose sur le même principe de la propriété économique.


                  • maQiavel maQiavel 29 mars 13:28

                    @Hervé Hum

                    C’est parce que vous confondez la notion de classe et d’ordre que vous ne comprenez pas qu’un esclave puisse être riche. L’ordre n’est pas un statut socioéconomique mais juridique. Et c’est cette distinction qui vous perturbe car elle implique que ce n’était pas ceux qui détenaient la propriété qui étaient les décideurs politiques et qui gouvernaient, ce qui va à l’encontre de votre réflexion. Plutôt qu’entrer dans des spéculations idéologiques je préfère rester sur les faits historiques :

                    -L’esclavage est un système social d’exploitation dans lequel un être humain est la propriété légale d’un autre être humain, lequel pouvait en disposer librement comme tout autre propriété : le vendre, l’hypothéquer, le louer et le léguer par testament. L’esclave était un instrument animé et il existait en Grèce un marché des esclaves.

                    -Beaucoup d’esclaves étaient des salariés, qui touchaient le même salaire que les hommes libres mais ils cédaient une part fixe de leur revenu à leur propriétaire. L’esclavage ne s’opposait donc pas au salariat, mais assurait sur la base du rapport salarial une rente au propriétaire d’esclave. Certains esclaves qui réussissaient économiquement et financièrement, avaient de facto des biens à eux, ils pouvaient même acheter leur liberté si leur maitre acceptaient qu’ils se rachètent.

                    Les esclaves ne constituaient donc pas une classe, au sens marxiste du terme, puisqu’ils n’exerçaient pas des fonctions différentes de celles des hommes libres. S’ils étaient surreprésentés dans les fonctions domestiques ou encore dans les tâches pénibles aucun métier ne leur était réservé. Ainsi, certains esclaves pouvaient exercer des fonctions qualifiées, par exemple dans l’enseignement, dans l’administration, dans le commerce, dans la finance. Pour l’illustrer, dans un discours de Démosthène, il est question d’un esclave capitaine de navire qui passe des contrats et accorde un prêt à un marchand sur son navire. Sur le plan socioéconomique, il y’avait un gouffre entre les différents esclaves , l’esclavage était donc un statut juridique qui pouvait s’insérer dans les différentes classes sociales (même si pour la plupart, ils faisaient partie de la catégorie sociale la plus basse). La notion d’esclave riche n’a rien de surprenante quand on connait la distinction entre la classe et l’ordre.

                    Les métèques quant à eux n’étaient pas des propriétés, ils étaient des personnes nées libres mais qui avaient quitté leur propre cité pour vivre dans une autre cité Etat sans y avoir les droits de citoyens. Les étrangers affluaient à Athènes parce qu’elle était la plus grande cité de Grèce et que c’était un privilège d’y être artisan et commerçant. Leur seule obligation était de se choisir un citoyen athénien pour patron.

                    Pour ce qui est de l’achat de voix, ce n’était pas pratiqué pour quelques raisons très simples :

                    -Les mentalités : même le plus pauvre des citoyens était fier de son statut civique, dans la mentalité des Athéniens, cet honneur ne valait pas les plus grandes richesses du monde, c’est ce statut qui faisait de lui un homme supérieur aux esclaves et aux étrangers qu’il considérait comme de viles créatures. Se laisser acheter pour des oboles aurait été pour eux le plus grand des déshonneurs.

                    -le contexte judicaire : les mises en accusation étaient permanentes, les athéniens se soupçonnaient constamment de trahir l’intérêt public comme l’attestent le grand nombre de procès, ce qui a eu pour effet l’émergence d’une société dans laquelle les citoyens se surveillaient les uns les autres. Un citoyen dont il aurait été prouvé qu’il a été acheté par un esclave, un métèque ou même un autre citoyen plus riche (et à ma connaissance cela n’est jamais arrivé) n’aurait pas seulement été exilé mais condamné à mort. Mais pire que la mort, il aurait à subir l’opprobre, lui et sa famille d’avoir été acheté par un simple métèque ou pire, par un esclave.

                    -Même en supposant que malgré les deux raisons précédentes, les riches se soient organisés pour acheter en permanence les voix des citoyens les plus pauvres qui constituaient plus de la moitié de la population (ce qui aurait laissé des traces, hors nous n’en avons aucune) pour mener une politique qui leur serait favorable, la quantité de citoyens pauvres était telle que cette corruption aurait été extrêmement couteuse , cela aurait tout simplement aboutit à une redistribution économique.

                    Dans tous les cas, d’une part il existe des raisons qui montrent qu’une telle corruption était quasiment impossible et d’autre part, il n’existe aucune trace historique d’un tel phénomène, sans même parler du fait que de nombreuses politiques suivies par Athènes n’étaient pas en faveur des riches.


                  • maQiavel maQiavel 29 mars 13:36

                    @JC_Lavau

                    « Et à Athènes, la puissance politique et maritime de la ville provenait largement des mines du Laurion. »

                    ------> Tout à fait.

                    « Comment situes-tu Aristote et Plato ? Arthur Koestler (The sleepwalkers) a souligné leur position politique de membres d’une aristocratie qui a mené Athènes à la déroute ».

                    ------> Je n’ai pas compris la question. Les situer dans quel sens ?


                  • JC_Lavau JC_Lavau 29 mars 14:16

                    @maQiavel. Si, on des preuves graphologiques : Il y a bien plus de tessons d’ostracisme retrouvés, que de mains différentes qui les aient gravées.
                    L’échantillon célèbre est Aristeides à qui un citoyen analphabète demande d’écrire Aristeides sur son tesson.


                  • JC_Lavau JC_Lavau 29 mars 14:20

                    @maQiavel. Classe sociale ? Antécédents de leurs familles ?

                    Concernant l’exploitation de l’argent, ce qui frappe c’est combien les grapheurs dont les écrits qui nous sont parvenus se foutaient de tout ce qui est industrie et artisanat, technique. Pas un mot sur les technologies minières.


                  • maQiavel maQiavel 29 mars 16:18

                    @JC_Lavau

                    Attention, je n’ai pas dit que la cité d’Athènes était exempte de corruption ou de fraudes , il n’existe aucun Etat de la sorte , je dis qu’à ma connaissance aucun citoyen n’a été jugé coupable d’avoir été acheté par des riches pour voter dans leur sens.

                     


                  • Hervé Hum Hervé Hum 30 mars 12:44

                    @maQiavel

                    Selon la définition que vous donnez de l’esclavage, un esclave ne peut être riche qu’à la condition et pour le temps que son maître consens à la lui laisser. Car d’après la définition, cette richesse matérielle appartient, est la propriété intégrale du maître. Dès lors, comment un esclave pouvait « racheter » sa liberté avec l’argent de son maître ?

                    D’autre part, vous parlez d’exploitation, mais selon la définition, cela peut aussi être l’élevage et même, « l’abattage » de l’esclave, si le maître y trouve son profit ou éviter la perte d’un profit.

                    Qu’est ce que cela veut dire ?

                    Soit que votre définition est bancale, soit il y a une loi non écrite qui s’applique.

                    Je vous laisse me l’écrire ou je vous donne la réponse ?

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