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Accueil du site > Tribune Libre > De la guerre d’Algérie – N° 5

De la guerre d’Algérie – N° 5

 

Ferhat Abbas accepte de faire participer les Musulmans algériens à l’effort de guerre des Alliés, mais demande en contrepartie « l’ouverture des discussions sur un nouveau statut de l’Algérie ».

Ferhat Abbas rend public, le 10 février 1943, son « Manifeste du Peuple algérien », suivi d’un programme de réformes. En général, malgré la déception de Ferhat Abbas de ses demandes non abouties, les Algériens dans leur majorité, trouvent « les richesses morales et spirituelles du peuple français, dans la justification de leur action présente » : (leur enrôlement dans l’armée d’Afrique). Hommage d’autant plus touchant, qu’une fois de plus, les troupes musulmanes vont se battre avec courage, lors du débarquement de Provence, comme ils l’avaient fait en 1914/18.

Ferhat Abbas réitère sa volonté profonde d’abolir la colonisation et d’établir une constitution de l’Algérie avec « participation immédiate et effective des Musulmans algériens au gouvernement de leur pays »

Le gouvernement général ne repousse pas – dans l’immédiat ce texte. Une « commission d’études économiques et sociales musulmanes », pour des réformes est créée. Mais les événements politiques dus à la guerre vont retarder son examen.

De Gaulle pose les pieds à Alger. Il est accueilli froidement par les Pieds-noirs.

En effet, ils le jugent hautain et méprisant, peu accessible, d’ailleurs il a du mal à masquer ses sentiments envers les Pieds-noirs.

A peine arrivé, il procède au remplacement de Peyrouton qui a vu clair dans le jeu de De Gaulle et des Anglo-saxons : (Anglais et Américains) que Peyrouton soupçonne être plus ou moins derrière le mouvement des « Nationalistes ».

De Gaulle nomme Catroux bien plus docile que Peyrouton.

Très ostensiblement, de Gaulle se prête au jeu anglo-saxon des « Nationalistes » qui lui remettent une « Constitution qui sera élaborée par une Assemblée algérienne constituante élue au suffrage universel par tous les habitants de l’Algérie ». Car, au mépris même des intérêts de la France, il est prévu par les Alliés et les Gaullistes une « Union Nord-Africaine » formée avec la Tunisie et le Maroc, c’est-à-dire une Fédération d’États de bric et de broc où l’on trouve un « protectorat », (Tunisie), une monarchie chérifienne (Maroc) et trois Département français ( l’Algérie), c’est-à-dire, un bout de France territorialement inaliénable.

Les Gaullistes sont en roue libre, sous l’influence des Alliés.

Catroux ouvre la fonction publique aux Musulmans tout en rappelant que « l’Algérie fait partie intégrante de la France. »

Le 22 Septembre, les Délégations financières sont convoquées où les délégués musulmans « s’abstiennent de siéger ». Ferhat Abbas et Sayah Abdelkader réaffirment leur attachement à leur manifeste et à leurs principes énoncés. Ils sont arrêtés et envoyés en résidence surveillée, ils sont relâchés à la fin de l’année « après la Commission aux réformes musulmanes dont les travaux vont inspirer le discours prononcé par le général de Gaulle à Constantine le 12 décembre 1943. »

De leurs côté, les Pieds-noirs assistent aux luttes intestines entre de Gaulle et Giraud. Ils garderont du passage de De Gaulle, « un souvenir détestable. »

De Gaulle, à Alger, va se forger après son discours de Brazzaville, une image de réformiste auprès des Musulmans. Il annonce des réformes, qui à bien regarder ne sont que des réformettes, mais dite avec une telle emphase que tout le monde y croit. Sauf...Ferhat Abbas. De Gaulle ne va pas assez loin. Le Comité de Libération décide d’attribuer à plusieurs dizaines de milliers de Musulmans, « leurs droits entiers de citoyens ». Ces droits ne peuvent pas être limités ou empêchés sur des objections fondées sur le statut personnel ».

Il va être décidé une augmentation très importante de Français musulmans dans les assemblées locales. De nombreux postes administratifs leur seront ouverts. De Gaulle ouvre également les assemblées aux représentants des Oulémas.

Mais pour Ferhat Abbas, il ne s’agit ni plus ni moins de la part de De Gaulle de reprendre le projet Blum-Violette. Mais il n’est nulle part question de la création d’un État algérien.

Le 14 Mars 1944, Ferhat Abbas, Messali Hadj et les Oulémas se rassemblent pour fonder « Les Amis du Manifeste de la Liberté », et le diffusent au sein de la population musulmane.

Très rapidement, des divergences apparaissent entre Messali Hadj qui veut une indépendance de l’Algérie « immédiate », et Ferhat Abbas et les Oulémas qui réclament une « République algérienne fédérée à la République française ».

Ferhat Abbas et les Oulémas font de cette revendication la tête de pont de leur programme.

Un programme, une constitution, mais rien n’est prévu et évoqué par les Nationalistes de l’avenir économique de l’Algérie, de l’exploitation de ses ressources, une fois la France écartée, aucune mention, laissant cette question de côté.

Les « Amis du Manifeste » rejettent la solution fédérale de Ferhat Abbas, lors d’un congrès lui préférant l’option radicale de Messali Hadj.

Ce dernier, toujours en résidence surveillée apparaît comme « le leader » incontesté du peuple algérien.

1945. La guerre se termine en Europe. En Algérie, l’atmosphère devient de plus en plus lourde.

L’insécurité s’installe et les manifestations se multiplient. Pour la première fois les deux communautés sont arrivées à une exaspération mutuelle qui ne laisse présager rien de bon. Les Européens, par voie de conséquence se sentent menacés par la vague de mécontentement qui enfle, attisée par la propagande des Nationalistes de plus en plus radicaux, sous la houlette de Messali Hadj.

Des agitateurs excitent les fellahs et exploitent à des fins politiques, le mécontentement. Certains Européens sont conscients du danger et craignent de la part du gouvernement que la probabilité d’une répression en cas de trouble majeur, d’une part, mettrait un terme à la politique d’évolution amorcée, d’autre part, embraserait le pays et livrerait les Européens à la vindicte.

Le 8 mai 1945, éclatent des émeutes dans le Constantinois.

L’affaire de Sétif et Guelma.

Dans l’attente de sources complémentaires, je fais ici un bref résumé de ce dramatique épisode. Je consacrerai d’ici peu, un seul article étayé et complet sur Sétif et Guelma.

Sétif est une bourgade située entre Alger et Constantine. La population européenne se compose d’agriculteurs, de fonctionnaires et de commerçants. Cette région est – depuis bien avant la guerre – travaillée par la propagande des Nationalistes. « Elle n’est pas sûre ». Le préfet du Constantinois, les officiers en garnison à Sétif et en Kabylie sont inquiets de cette « fermentation ». Ils songent même à faire dissoudre le mouvement des « amis du manifeste ». Mais les autorités hésitent, et font procéder à l’arrestation de quelques meneurs.

« Le 7 mai 1945, dans la soirée, retentissent cloches et sirènes, pour annoncer la fin de la guerre ». La foule pavoise, et défile dans les rues de Sétif. Les Musulmans se scindent en deux manifestations, l’une fêtant la « libération », l’autre groupe de manifestants ne se mêle pas aux festivités, et défile aux cris de « vive Messali » et de slogans hostiles aux Européens.

manifestations Sétif 1945 {JPEG}

Le lendemain, le 8 mai, les Musulmans, de plus en plus nombreux, organisent un grand rassemblement devant la Mosquée. Autant dire que « cela commence à sentir mauvais » pour les Européens. Les autorités préfectorales sont inquiètes et convoquent les membres du bureau des « Amis du Manifeste ». Ils leur notifient l’interdiction de toute manifestation de caractère politique. La gendarmerie et la police sont en alerte. Le commissaire de police tente de disperser la manifestation. Il est là aussi pour déposer une gerbe aux monument aux morts. Il exige le retrait des banderoles provocatrices brandies par les nationalistes. « L’atmosphère est tendue » ; les manifestants sont armés.

Un premier coup de feu est tiré par un policier, tuant un « jeune scout musulman ». Les manifestants se répandent immédiatement dans la ville dans une fureur devenue incontrôlable. Ils s’en prennent de manière indifférenciée aux Européens. « Les victimes sont nombreuses ».

29 morts européens sont à déplorer.

Simultanément, « l’émeute se répand » comme un torrent en furie sur un rayon de 25 kilomètres, jusqu’à Guelma, une autre ville du Constantinois.

« Le Sous-Préfet, grâce à son sang froid limitera le nombre de victimes. » Mais c’est dans les petits villages du bled que la situation atteint son paroxysme ».

Des groupes de manifestants surexcités attaquent les fermes des Européens. « Les colons sont massacrés, "dans des conditions particulièrement atroces", les centres municipaux incendiés, le chemin de fer est coupé ».

Les autorités dénombreront plus de 120 Européens tués.

Les Européens sont assiégés par une foule hostile ; pour les autorités il faut les secourir. Elles font appel à l’armée et à l’aviation.

La répression en représailles, qui s'en suivra sera brutale.

1500 Musulmans tués sont à déplorer.

Cet épisode dramatique sera largement surexploité par les Nationalistes algériens, qui, dans une surenchère de chiffres comptabiliseront 40 000, 50 000 tués musulmans par la répression.

En réalité, seulement 5 % de Musulmans sur les 10 000 présents à Guelma auront participé de manière active, aux troubles, aux attaques et aux tueries ; (à des degrés divers de violence).

Les opérations militaires se multiplient. La région est quadrillée et les douars sont « ratissés ». Ferhat Abbas est mis aux arrêts, ainsi que le docteur Saadan.

3696 arrestations auront lieu dans le Constantinois.

99 condamnations à mort seront prononcées pour les auteurs des massacres d’Européens.

329 à des travaux forcés.

64 aux travaux forcés à perpétuité.

En revanche, de très nombreux Musulmans après ces tragiques événements, viennent présenter aux autorités françaises leur témoignage de loyalisme.

Le 15 mai 1945, les autorités demandent « la création et l’armement immédiat de gardes civiques ».

Albert Camus profondément remué par les événements du Constantinois (Sétif-Guelma), y voit « la rupture définitive entre deux communautés ». Il envisage le pire, et l’avenir lui donnera raison.

Il écrit dans « Combat » :

«  cette crise politique s’est établie aujourd’hui dans une atmosphère de haine et de défiance qui ne peut rien améliorer. Les massacres de Guelma et de Sétif [des Européens ] ont provoqué chez les Français d’Algérie, un ressentiment profond et indigné. La répression [par les autorités ] qui a suivi, a développé dans les masses arabes, un sentiment de crainte et d’hostilité  ».

Conscient qu’il est l’heure d’agir sans tarder, le Gouvernement Chataigneau dresse « un plan d’amélioration rurale », il veut développer les travaux hydrauliques, 250 000 hectares en terres irriguées, des canaux d’irrigation vont couvrir la région d’Alger à Orléanville.

Les restrictions imposées par la guerre, a réduit considérablement les quantités d’engrais. On les importe afin de maintenir à flot le rendement agricole.

1749 écoles seront ouvertes, les universités déjà ouvertes aux Musulmans issues des catégories sociales privilégiées, verront leur accès ouvert à tous.

Les élections seront ouvertes aux Musulmans qui accèdent aux fonctions de maires.

Or, au moment où des améliorations notables se mettent réellement en place, Messali Hadj, toujours recroquevillé sur son projet d’indépendance totale de l’Algérie, fait pression sur les populations musulmanes, notamment dans les bleds, pour les dissuader de s’inscrire sur les listes électorales.

Les pressions sont telles, que sur 60 000 inscrits, seulement la moitié exercera son droit de vote.

De son côté, Ferhat Abbas et le docteur Saadane sont toujours incarcérés. Le docteur Bendjelloul à la tête de la Fédération des élus musulmans, obtient 7 sièges. Les socialistes 4, les communistes 2.

Le docteur Bendjelloul réclame ce en quoi il croit toujours : l’assimilation et la citoyenneté à tous les Musulmans d’Algérie, « sans aucune distinction de sexe, de catégorie, de classe sociale », la suppression du Gouvernement Général et la création d’un collège unique. Le projet échoue.

 

.../...

 


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46 réactions à cet article    


  • Clark Kent Roberto Rastapopulos 15 août 12:05

    Ferhat Abbas, évoqué au débit de l’article, a écrit : « On a modernisé l’Algérie. [...] Les résultats satisferaient les plus difficiles. On n’a omis qu’une chose essentielle : moderniser ses habitants. Et on est arrivé ainsi à un anachronisme frappant. Sur une terre européenne, aux cadres européens, vivent six millions d’orientaux. »


    • Durand Durand 15 août 12:48

      « La répression en représailles, qui s’en suivra sera brutale.

      1500 Musulmans tués sont à déplorer. »

      Coté discrédit vous ne risquez plus grand chose, certes,... mais vous êtes sûre que ce n’est pas 150 ? 

      https://www.youtube.com/watch?v=Cu_vyezBoTA

      ..


      • Durand Durand 15 août 12:56

        « Sur une distance de 150 km de Sétif à la mer, la loi martiale est proclamée, toute circulation est interdite, le couvre-feu décrété, les chefs nationalistes arrêtés, des scouts et civils sommairement exécutés sur simple suspicion. Des mechtas (localités de 5.000 à 10.000 habitants) suspectées d’abriter des indépendantistes sont mitraillées par l’aviation et incendiées. Des femmes, enfants et vieillards tués. En quinze jours, vingt opérations aériennes contre la population seront menées : 44 mechtas détruites, des douars (hameaux isolés de plaine ou de montagne) entièrement rasés.

        45 000 morts

        Selon l’histoire officielle algérienne, les émeutes et la répression ont fait 45.000 morts. Des historiens occidentaux avancent un bilan de 15.000 à 20.000 morts, parmi lesquels une centaine d’Européens. En novembre 1945, des arrestations liées aux émeutes ont encore lieu -environ 4.000 - et des condamnations à mort et exécutions sont prononcées. Le général Duval écrit au gouvernement colonial : « Je vous ai donné la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés ». »


        Les massacres de Sétif, prémices de la guerre d’Algérie - Geo.fr


        ..




        • symbiosis symbiosis 15 août 13:43

          @Durand
          Salut mon petit Durand.
          C’est très bien tout ça, mais pour être complètement crédible, tu gagnerais à éviter la propagande WOKE ainsi que les références à Géo, troufignon de Prisma Media, lui même sorti des poches profondes et magiques de Vivendi.
          Ça fera moins désordre concernant un sujet aussi sérieux.


        • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 15 août 12:59

          Mais mon pauvre Durand, c’est vous qui vous discréditez par vos surenchères, vos exagérations, vos insinuations dégueulasses, votre parti-pris, votre haine de vos compatriotes qui ont autant souffert que les Musulmans pris malheureusement dans la nasse d’une sale entreprise de déstabilisation de la France et par l’étau des fumiers de politiciens que vous courtisez. 

          Je ne suis pas dupe, personne ne l’est d’ailleurs, derrière votre sentimentalité pleurarde, se cache le roi des faux-culs ! 

          Encore un commentaire de votre part qui ne respecte pas la charte, et je vous bloque. 


          • moderatus moderatus 16 août 16:35

            @Nicole Cheverney

            Bonjour et merci pour le travail important que vous faites pour redonner à cette période les pans de vérités qui sont occultés.
            Travail titanesque, ne vous laissez distraire par des Durand, ils ne sont pas là pour échanger, mais essayer de détruire ce que vous faites.

            Peu de gens connaissent l’importance de Ferhat Abbas
            qui voulait une décolonisation en douceur, 
            Si le FLN lui avait laissé les manettes, les blessures seraient surement moins fortes de part et d’autres.


          • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 16 août 18:21

            @moderatus

            Bonjour et merci beaucoup de votre commentaire et vos encouragements. Je tiens à vous rassurer, je ne me laisse pas impressionner. Même si ce travail représente des heures de recherche, de lecture et de prises de notes et de rédactionnel. 
            Bien à vous. 


          • Durand Durand 16 août 20:02

            @moderatus

            « Si le FLN lui avait laissé les manettes, les blessures seraient surement moins fortes de part et d’autres. »

            Bravo pour votre immense perspicacité historique !... Si ma tante en avait... ! ^^

            Le FLN l’a viré parce qu’il le trouvait trop accommodant avec les Français d’Algérie et ces derniers n’ont pas non-plus levé le petit doigt pour le défendre et s’intéresser à ses nombreuses propositions politiques entre 1945 et 1955, avant qu’il ne rejoigne le FLN... Ils croyaient sans doute que ”le temps béni des colonies” serait éternel...

            Leur aveuglement leur a coûté cher !

            ..


          • Durand Durand 15 août 13:29

            Sétif, mardi 8 mai 1945


            « Le maire socialiste de la ville supplie de ne pas tirer. Mais c’est à ce moment que tout dérape quand un inspecteur tire, tue celui qui portait ce drapeau à ce moment-là et deux coups de feu en soutien de la part d’Européens partent du café de France. Dans la panique provoquée par les premiers coups de feu, à d’autres fenêtres des Européens tirent à leur tour sur la foule.

            « On a tiré sur un jeune scout » ! Ce jeune « scout » fut le premier martyr de ces incidents : Saâl Bouzid, 22 ans, venait par son souffle d’indiquer sur la voie du sacrifice la voie de la liberté. »


            ..




            • Durand Durand 15 août 13:31

              Guelma, mardi 8 mai 1945


              « Le sous préfet, Achiary - futur chef de l’OAS créé à Madrid en 1961 -, hors de lui avait intimé l’ordre de jeter les pancartes, drapeaux et banderoles. Un socialiste nommé Fauqueux avait râlé auprès du sous préfet : « Monsieur le sous préfet est ce qu’il y a ici la France ou pas ? ». C’est alors, comme un coup de fouet, Achiary saisit le revolver dont il s’est armé, entre dans la foule droit sur le porte drapeau et tire. Son escorte ouvre le feu sur le cortège qui s’enfuit, découvrant dans son reflux le corps du jeune Boumaza. A Guelma ce jour-là il y a déjà 4 Algériens tués, mais aucun Européen. »



              ..




              • Durand Durand 15 août 13:32

                Kherrata, mardi 8 mai 1945


                « C’est aussi mardi jour de marché, et il n’y a pas de défilé prévu pour la fin de la deuxième guerre mondiale, ce 8 mai, dans ce gros village tranquille, situé au pied d’une chaîne montagneuse, à quelques dizaines de kilomètres de la Méditerranée. En fin de matinée on y apprend les tueries policières de Sétif.


                Même s’ils avaient une grande conscience révolutionnaire, beaucoup parmi les insurgés algériens ne savaient pas quoi faire. Pour savoir comment réagir, ils se sont alors rassemblés dans la montagne à Bouhoukal, mais l’armée française était déjà en marche. Le peu de monde qui avait des fusils se mit en groupes dans les gorges et à l’entrée de Kherrata pour retarder l’arrivée des gendarmes et des troupes.


                Vers midi, les automitrailleuses de l’armée française se mettent à tirer de loin sur les populations de Kherrata et des villages avoisinants, suivi de près par les tirs impressionnants du bateau-croiseur Duguay-Trouin sur les crêtes des monts de Babor, et l’après-midi c’est l’aviation qui bombardait les environs. Bombardements, tirs nourris et fusillades firent que plusieurs milliers d’Algériens furent massacrés. »


                ..





                • Durand Durand 15 août 13:33

                  Kateb Yacine, écrivain algérien, alors lycéen à Sétif, écrit :


                  « C’est en 1945 que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. »

                  « Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire... »


                  « Dans les localités environnantes à Sétif, Ras El Ma, Beni Azziz, El Eulma, des douars entiers furent décimés, des villages incendiés, des dechras et des familles furent brûlées vives. On raconte le martyre de la famille Kacem. Korrichi, son fils Mohamed et son frère Nouari furent torturés et tués à bout portant...

                  Les légionnaires prenaient les nourrissons par les pieds, les faisaient tournoyer et les jetaient contre les parois de pierre où leurs chairs s’éparpillaient sur les rochers... »


                  https://paris-luttes.info/8-mai-1945-massacre-de-setif-003


                  ..



                  • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 15 août 13:39

                    @ Durand,

                    Très bien de dénoncer des massacres, mais je m’interroge, aucune mention de votre part des 120 Européens massacrés ! Pour quelle raison ? Est-ce que vous établissez selon votre logique, une gradation de l’horreur ? Est-ce que le sang d’un Européen massacré ne vaut pas celui d’un Musulman massacré ? 

                    Pour moi, en tant que chrétienne, ma compassion va aux deux. Pas vous ? 


                    • Durand Durand 15 août 14:13

                      @Nicole Cheverney

                      « Est-ce que le sang d’un Européen massacré ne vaut pas celui d’un Musulman massacré ? »

                      Sauf que ce sont des manifestants Algériens pacifiques et non armés, qui ont d’abord été exécutés par des Européens et qui ont donné lieu à leur représailles sur une centaine de Pieds Noirs et de fonctionnaires...

                      Avec tout ce que vous avez déjà occulté des massacres de ces population au fil de vos articles, vous êtes fort mal placée pour me faire la leçon...

                      ..


                    • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 15 août 14:28

                       Durand

                      Puisque vous savez tout mieux que les autres, écrivez un article, faites profiter. 


                      • CN46400 CN46400 15 août 15:45

                        @Nicole Cheverney
                         Vous faites ce que vous pouvez pour paraître objective, mais il est clair que Sétif-Guelma est le massacre de trop qui signe le commencement de la fin.
                         Même hors des chiffres, les morts colonisés ne peuvent valoir ceux des colonisateurs. En 45, en Algérie il y avait deux armées françaises, celle qui revenait de Berlin, avec la gloire et les morts au combat antinazi, celle de Ben Bella et les « indigènes », et celle qui était restée à Alger pour veiller sur la conservation de l’ordre colonial ..... et qui sera, dans la honte, utilisée à Sétif !


                      • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 15 août 16:18

                        @CN46400

                        Bonjour et merci de votre commentaire. Oui, j’essaie d’être objective dans ma relation d’une histoire atroce. Mais je vous cite : « Les morts colonisés ne peuvent valoir ceux des colonisateurs » !
                        Est-ce à dire que les Européens massacrés  tous d’origine modeste  des prolétaires, massacrés  et dans des conditions ignominieuses — méritaient leur sort ? Parce que faisant partie des « colonisateurs » ? Donc, pour vous,( un communiste à en croire votre avatar), le combat s’arrête à deux camps : colonisateur contre colonisé ? Sans prendre une seule fois en compte la condition sociale du « colonisateur » ? Dans cette guerre, pas une seule fois, j’ai entendu les forces soit-disant progressistes, prononcer un seul mot en faveur du prolétariat européen peuplant l’Algérie. Je n’ai entendu et lu que des anathèmes. J’en viens donc à la conclusion que cette guerre a bien été fomentée de l’extérieur, par les deux blocs Est-Ouest, parfaitement complices avec pour seul objectif dézinguer la France. Que le peuple algérien dans sa grande majoité a été manipulé.
                        De Gaulle, ce réactionnaire imbu, a été le parfait exécuteur des basses oeuvres du projet de désintégration de la France et par là, de l’Europe, un vieux projet qui datait de la première guerre mondiale. Lénine, qui avait annoncé à travers ses écrits que l’Europe serait vaincue, il avait un but : la dictature du prolétariat, et le communisme internaional. Et les Etats-Unis coinjointement, car l’Europe, puissante, les gênait pour leur grand projet capitaliste. La guerre d’Algérie n’a pas été, comme on pourrait le croire trop facilement, ne regardant que l’écume des choses, une guerre de libération du peuple algérien, il a été une opération de subversion souterrainne bien organisée, bien orchestrée. Où et quand, les riches colons ont subi les foudres de cette guerre ? Jamais ! Ils ne vivaient même pas pour la plupart dans ce pays, ils étaient bien à l’abri dans leurs demeures en France, et leurs propriétés, et siégeaient si ça se trouve à l’Assemblée Nationale. Et preuve en est, que les « insurgés » du FLN, une fois la France partie ont créé une bourgeoisie puissante, égoïste, écrasante pour un peuple qui avait cru en leurs slogans ! Mais comme l’on sait, un slogan ne reste qu’un slogan ! 
                        Bien à vous.


                      • Clark Kent Philippulus 15 août 16:19

                        @CN46400

                        Un peu comme pour le Sénégal ?


                      • symbiosis symbiosis 15 août 16:53

                        @Philippulus
                        Je n’ai pas lu cet article, je ne lis d’ailleurs jamais les article du Monde, sachant le peu de crédit et d’objectivité que l’on peut accorder à pareille outil de propagande, détenu par Niel et largement financé par la Bill Gates.
                        En général, les migrants africains acheminés par l’Open Society dans des barques finissent souvent sous l’eau. Pas besoin de bouées de sauvetage. Il n’y a a pas de petits profits. Trafiquants d’esclaves et rapaces un, trafiquants et rapaces toujours.


                      • CN46400 CN46400 15 août 18:28

                        @Nicole Cheverney
                        Je constate qu’il n’était pas nécessaire de beaucoup gratter pour que le naturel revienne au galop.
                         Quand aux prolos européens, c’est évidemment eux qui ont payé, plein pot, la politique de l’état bourgeois français orientée en fonction des intérêts des bourgeois européens et aussi d’une mini minorité de privilégiés algériens pour donner le change. C’est cette politique qui a poussé les prolos, dont beaucoup n’étaient pas d’origine française, vers les paquebots de grand départ, Ville d’Alger, d’Oran, de Tunis etc dont les bidasses comme moi avaient, pour rien, squatté les fonds de cale dans l’autre sens....
                         Par contre votre opinion sur De Gaulle, que vous adoriez en 58, ou Lénine qui se foutait de l’Europe comme de sa première chemise, comme de la « bourgeoisie » algérienne actuelle, masque mal le relent caractéristique du racisme, fond de commerce de l’OAS à l’époque.
                         Partout, le pilier essentiel du colonialisme, est le racisme contre les autochtones. Et l’Algérie n’était pas, sur ce terrain, une exception...


                      • Silence, on pique ! Silence, on pique ! 15 août 14:34

                        Durant @ 

                        Ouais ! Sur la photo de l’article, ils ont l’air très pacifiques, en effet ! 


                        • Clark Kent Philippulus 15 août 16:16

                          @Silence, on pique !

                          Comme ceux-là  ?


                        • Silence, on pique ! Silence, on pique ! 15 août 16:40

                          @ Phlippus

                          Entre une peinture et une photo prise sur le vif, d’une foule agitée, moi je vois une différence. Mets des lunettes, phlippulus !


                        • symbiosis symbiosis 15 août 16:58

                          @Philippulus
                          Même remarque que précédemment concernant la quincaillerie de propagande de la ploutocratie. 
                          D’ailleurs qui peut encore croire que l’attentat à Charlie Hebdo est l’œuvre de terroristes, comment dirais-je, indépendants ?
                          Peut-être une bande de hollandais volants ?


                        • Clark Kent Philippulus 15 août 20:04

                          @symbiosis

                          au moins, là, on est d’accord
                          beaucoup d’attentats sont des faux-drapeaux et beaucoup de terroristes des faux-nez


                        • gdelafonte 16 août 16:45

                          @ l’auteur

                          Vous abordez maintenant les évènements de Sétif, qui sont cruciaux pour comprendre la suite du conflit (pourquoi ça s’est durci), et pour le coup je trouve votre article bien incomplet.

                          Je ne vais pas polémiquer sur le nombre de victimes, même si c’est évidemment important il est difficile de savoir exactement aujourd’hui.

                          Par contre, il me semble qui si vous présentez en détail les principaux acteurs du côté algérien, il n’y a pas un mot sur les colons, et c’est là que le bat blesse. Je vais donc compléter très grossièrement « le tableau » de ce côté là.

                          Tout d’abord, l’historiographie ne distingue, parmi les colons, que deux « meneurs » : Susini (un cafetier) et Lagaillarde (un étudiant que l’on qualifierait aujourd’hui de « facho »). Par rapport à l’importance de l’enjeu, ça fait bien maigre, et ça explique (à mon sens) pourquoi les colons ont été lâchés par le pouvoir Gaulliste.

                          Un autre élément, c’est le ait que les colons algériens aient été massivement vychiste (comme nombre de français en 1940), mais surtout qu’ils le soient restés tout au long de la guerre (ici encore, on pourrait développer).

                          Autre élément historique, la création (sous la troisième république) d’un « Parti Antisémite » (c’était le nom du parti) dans a continuité du décret Crémieux que vous avez précédemment évoqué. Pour donner une idée de l’ambiance (regardez Wikipedia), Max Régis, créateur du journal « l’antijuif Algérien », est élu mare d’Alger en 1898.

                          Et donc, quand on voit comment les colons réagissaient à la citoyenneté des juifs accordée par le décret Crémieux, on a une idée de comment ils appréhendaient la citoyenneté éventuelle des musulmans.

                          Enfin, et ce n’est pas le moindre, la date du 8 mai n’est pas « innocente », cette date a été choisie car nombre de colonisés ont été incorporés dans les troupes gaullistes, et ces colonisés qui avaient risqué leur vie pour la France libre trouvaient juste, après la victoire, de revendiquer pour un meilleur statut, du fait même de leur engagement. Vous auriez pu souligner que parmi les drapeaux figuraient des drapeaux français (justement en référence aux soldats de la France libre). Par contre, la police était restée vychiste, et à mon avis cela explique dans une large mesure l’origine des premiers coups de feu.

                          Pour conclure, il ne s’agit pas ici de se lancer dans une querelle mémorielle sur « qui a le plus souffert » , cela n’a pas de sens 80 ans plus tard, mais je trouve que vous deviez à minima éclairer le passé fort peu glorieux des « élites » et de l’administration algéroise. Je pense que cela éclairerait grandement les choses et rajouterait de l’objectivité à votre développement. Car enfin, on ne peut pas critiquer de Gaulle et passer sous silence la mainmise vychiste à cette époque.


                          • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 16 août 18:47

                            @gdelafonte

                            Bonjour et merci de votre commentaire. Je précise en début d’ article, surligné en gras, que je consacrerai un chapitre très étayé et dense à ce tragique événement de Sétif. Vu l’importance du sujet. J’attends de la documentation complémentaire. 

                            Vous dîtes, si je vous suis bien que l’historiographie ne présente que deux meneurs, Susini, un cafetier et Lagaillarde. La guerre d’Algérie ne se résume pas à ces deux personnages, sur sept ans de guerre, presque huit. 

                            Pourquoi j’écris cette série d’articles, c’est pour sortir des sentiers battus, c’est pour apporter d’autres éléments que j’ai en main, avec l’ouverture de centaines de documents archives, soviétiques, américaines, et françaises. 

                            Ce n’est pas mon « objectivité » qui doit être mise en jeu, je me contente de relayer des faits, mais la mise en perspective des conséquences géo-politiques de ces événements qui n’ont rien à voir avec la vision actuellement admise par la doxa. La perte de notre Empire a été le début de la décadence de la France que nous observons tous à ce jour, en dehors de toute considération philosophique du bien fondé ou non de la colonisation. Bien à vous.


                            • Durand Durand 16 août 20:22

                              @Nicole Cheverney

                              « Ce n’est pas mon « objectivité » qui doit être mise en jeu »

                              Ben voyons !... On va se gêner !

                              ..


                            • gdelafonte 16 août 21:17

                              @Nicole Cheverney

                              Tout d’abord je salue (je vous l’ai déjà dit) votre démarche, et votre travail. Vous êtes selon moi un exemple de ce que devrait être Agoravox, un espace de débat initié par des articles « hors des sentiers battus ». On peut être d’accord ou non avec vous mais il faut vous accorder ce crédit. Vous faites l’effort de produire des articles bien documentés, et vous acceptez les critiques (ou commentaires) c’est à dire que vous êtes disposée à en discuter. C’est assez rare sur ce site pour être salué.

                              Je vous donc vous poser une question qui clarifiera mon commentaire précédent. En bref j’ai essayé de dire dans mon commentaire précédent que du côté des colons (et de leur seul côté) on peine trouver des personnalités « d’envergure », c’est à dire qui soient à la mesure des enjeux de l’époque. Côté algérien on trouve Ferhat Abbas, Ben Bella (qui avait servi dans l’armée gaulliste), Messali Hadj, et toute la jeune garde du FLN qui sera décimée. Vous citez Mr Benjelloul et c’est très intéressant selon moi car il incarnait bien les possibilités de « résolution par le haut » de ce conflit.

                              Et donc, du côté des colons, qui voyez-vous ? l’hisotriographie a distingué (lors du putsch d’Alger) Susini et Lagaillarde, mais (et c’est ma question) pouvez-vous détailler dans vos articles quels étaient les « leaders d’opinion » parmi les colons ? Voila ma question, je serais très intéressé par votre réponse.

                              Le seul colon « célèbre » est (à ma connaissance) Albert Camus, mais nous sommes d’accord sur le fait qu’il écrivait plus pour la France métropolitaine, et qu’il n’était pas suivi parmi les colons.

                              Et donc, j’aimerais que vos articles détaillent également quels étaient les meneurs parmi les colons, et comment leurs différents courants de pensée se retrouvaient. Je pense que cela explique dans une grande mesure le déroulement du conflit. Pour être clair, ce sont les « gros colons » qui ont mené le jeu, et justement leurs actions (y compris la création de l’OAS et la politique de la terre brulée) ont été catastrophiques en regard de ce que vous évoquez, la perte de notre empire.

                              Je crois donc qu’avant d’incriminer de Gaulle ou les Américains il faut « balayer devant sa porte », et pour le coup il y aurait beaucoup à écrire. J’espère avoir calrifié mon commentaire précédent.

                              Bien cordialement,

                              Gilbert (feu Hubert) Delafonte 


                            • gdelafonte 16 août 21:58

                              @Durand

                              Permettez-moi de réagir à votre commentaire. Il est selon moi impossible d’être objectif dans un conflit qui tient presque lieu de guerre civile (si l’on prend en compte les meurtres et exécutions commis par des algériens de tous courants sur d’autres algériens).

                              Il est clair que le nombre de morts algériens à Sétif est d’un (voire de deux) ordres de grandeurs plus important que celui des français, mais il faut faire l’effort de se replacer dans le contexte de l’époque. Pour faire un parallèle, les attentats de Paris (Bataclan, ..) ont causé des centaines de morts, mais les bombardements contre DAECH en Syrie (certains ayant été en représailles) en ont fait des milliers, voire des dizaines de milliers. 

                              On pourrait développer sur ce sujet, mais les exemples sont nombreux dans l’histoire où des tueries ont conduit à d’autres tueries, 10, 100 fois plus importantes. On ne peut pas, depuis notre fauteuil, se mettre à la place de ceux qui ont vu leurs familles et proches, femmes et enfants compris, se faire massacrer, et critiquer la manière dont ils ont réagi. ça n’a aucun sens, vous ne croyez pas ?



                            • Durand Durand 16 août 23:42

                              @gdelafonte

                              Les Français, les colons, petits ou gros, tout le monde se satisfaisait assez bien du sort des ”indigènes”... C’était naturel, on ne parlait pas de racisme.


                              Voilà pourquoi on n’a jamais réellement pris au sérieux ces modérés algériens... Au fond de tout un chacun, les ”indigènes” devaient rester soumis.


                              Est-ce un hasard si le sous-préfet de Sétif, qui a fendu la foule des manifestants ce 8 Mai 1945, l’arme au poing, pour abattre froidement le jeune scout qui portait un drapeau algérien, déclenchant la colère des ”indigenes” contre les colons, est-ce un hasard s’il est devenu le chef de l’OAS quelques années plus tard et qu’il n’a jamais été jugé pour ce meurtre ?


                              QUI considérait alors ce geste comme un véritable meurtre ?...

                              Camus, peut-être..., sinon personne...


                              Le seul « leader d’opinion » fédérateur que vous semblez chercher ne s’appelait pas encore ”racisme”...


                              ..



                            • gdelafonte 17 août 02:48

                              @Durand

                              Je travaille souvent le soir, et j’en profite pour réagir à votre commentaire.

                              Tout d’abord vous parlez de racisme, je trouve que ce mot est trop réducteur, et surtout trop typé. A cette époque même les élites indigènes étaient reconnaissantes à la France pour ce qu’elle avait apporté. Ferhat Abas était pharmacien, Mohammed Saleh Bendjelloul était médecin. Il y avait parmi ces élites indigène un sentiment double, une reconnaissance pour la France (et souvent un amour de sa culture), et une volonté de reconnaissance.

                              Regardez la Nupes aujourd’hui, peut-on la considérer raciste ? oui, si on compte le nombre d’immigrés parmi ses dirigeants (infime), en regard du pourcentage de français d’origine immigré qui ont voté pour la Nupes (la Nupes arrive majoritaire parmi le vote des français d’origine immigré). SI on raisonnait scientifiquement (c’est à dire en utilisant la statistique), alors on peut PROUVER que la Nupes est raciste, au sens ou un immigré n’est pas capable de figurer parmi les élites de ce parti (ses dirigeants). Car le racisme c’est cela, la croyance en une supériorité d’une « race » sur une autre.

                              Comme le mot « racisme » est le tabou absolu en France, on a inventé le concept de « plafond de verre », car il faut bien expliquer pourquoi la France n’a parmi ses élites qu’un pourcentage infime d’origine immigré.

                              Ne vous méprenez pas, tout comme vous je condamne l’attitude des colons, mais il faut bien reconnaître qu’à cette époque tout le monde était ingénument « raciste » (par exemple dans Coke en Stock Hergé a des planches que l’on qualifierait de raciste, et qu’il a du changer, on voit notamment Haddock dire « j’ai été frappé par un Nègre »). Pareillement, dans 60/80 ans tout le monde s’accordera à dire que la France d’aujourd’hui est « raciste » car aucun immigré ne figure parmi ses politiciens/énarques/etc. Regardez (c’est très révélateur) les rôles des acteurs immigrés : flics, voyoux, jamais médecin ni PDG etc.

                              Et donc pour revenir au conflit algérien, je dirais « rien de nouveau sous le soleil », hier comme aujourd’hui, le même « racisme » existe partout, même (et à mon avis SURTOUT) à gauche. « racisme » voulant dire aujourd’hui (mais c’est exactement la même idée qu’un noir/basané est INCAPABLE d’être PDG/politicien/etc.) « plafond de verre ». Je pourrais développer à foison.

                              Le problème selon moi, ce n’est pas le « racisme » (car il a toujours existé comme j’ai essayé de l’expliquer) mais le débordement par des extrémistes (FLN côté algérien, OAS côté colons), et ce double débordement a causé la tragédie. Je rejoins Mme Cheverney sur la manière dont le pouvoir en place s’est (à la manière de Ponce Pilate) « lavé les mains » de ce sang, j’aimerais de sa part qu’elle développe plus en détail l’extrémisme colon. Voila en résumé ma pensée. 

                               


                            • Durand Durand 17 août 08:49

                              @gdelafonte

                              Moi, j’appelle un chat un chat... Vous, vous noyez le poisson dans de longues comparaisons scabreuses.

                              La France, de 1830 à 1962, de massacres en massacres, n’a jamais eu qu’une seule attitude vis-à-vis des peuples d’Algérie : les considérer comme race inférieure à écraser. 

                              Combien de personnes massacrées pour chaque étudiant algérien formé dans les écoles de la République, pour chaque kilomètre de route ou de chemin de fer construit, pour chaque infrastructure réalisée, pour chaque ”aspect positif delà colonisation” ?...

                              Pour les Algériens, le compte n’y était pas et n’y sera jamais, tant la France, sur ce territoire particulièrement, a marqué négativement, profondément et définitivement les mémoires familiales de chacun d’entre-eux. 

                              En réalité, que ce soit la République, les Français, leurs dirigeants, y compris religieux, ou les colons eux-mêmes, pendant 130 ans, tous se sont condamnés eux-mêmes à construire et à entretenir une véritable conspiration du silence sur la réalité des souffrances infligées aux Algériens car plus le temps passait – la démographie aidant – et plus le risque de la rébellion augmentait, un risque qui ne pouvait se combattre que par une surenchère de brimades et de nouveaux massacres.

                              Dans le bilan de la colonisation de l’Algérie, il n’y a rien à défendre, rien ! 

                              Ce qui révèle la profondeur et la nature du malaise, c’est que parmi les acteurs encore vivants de ce fiasco intégral, comme parmi ceux qui ont ”laissé faire”, quasiment personne ne parvient encore à mettre les mots justes sur ce qui a été véritablement perpétré dans ces territoires, chacun préférant, par les attitudes et les prises de position les plus lâches, continuer à alimenter jusqu’à la mort cette conspiration du silence, malgré les relents putrides du déshonneur qui s’en échappent... Perseverare diabolicum... !

                              Le constat objectif est lourd, la situation sans issue et les dégâts irréparables.

                              ..


                            • Durand Durand 17 août 09:05

                              Erreur : le sous-préfet Achiary assassinant froidement un porte drapeau, c’était à Guelma et ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’assassinat par un inspecteur de police de ce jeune scout de Setif, portant un drapeau algérien lui aussi, suivi de tirs de colons dans la foule de manifestants désarmés...

                              ..


                            • gdelafonte 17 août 19:50

                              @Durand

                              Moi, j’appelle un chat un chat... Vous, vous noyez le poisson dans de longues comparaisons scabreuses.


                              Effectivement le débat atteint parfois rapidement ses limites sur Agoravox et c’est bien dommage.

                              J’ai essayé de répondre à vos arguments, tout simplement, si vous trouvez cela « long » et « scabreux » peut-être gagneriez vous à faire l’effort de de démonter mes arguments, et peut-être même faire l’effort de les comprendre.. enfin c’est tout le mérite du débat...

                              On évoquait Camus, je vous rappelle une phrase de lui souvent reproduite : "Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde

                              ".

                              On peut la comprendre de deux manières : soit comme vous (vous appelez un chat un chat, et les autres sont des oiseux), soit comme moi (le monde est complexe, la nature humaine est complexe, il importe de préciser de quoi on parle).

                              Prenez garde au sectarisme... 


                            • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 16 août 21:25

                              @ gdelafonte

                              Re bonsoir, tout d’abord je tiens à vous préciser que j’apprécie beaucoup vos commentaires qui apportent toujours un point particulier à développer. Comme il est un peu tard, je ne peux dans l’immédait répondre à votre question, ce que je ferai demain, et je prendrai le temps. Merci également pour votre courtoisie. Bien à vous.


                              • Durand Durand 17 août 09:34

                                @Nicole Cheverney

                                Alors, ce topo sur les leaders d’opinion parmi les colons (autres que Susini et Lagaillarde), ça vient, ou bien la question de @gdelafonte vous a-t-elle piégée ?...

                                ..


                              • The Old Snoop chtarbologue The Old Snoop chtarbologue 17 août 13:43

                                Le troupeau de biques est revenu dévaster le potager de madame Cheverney

                                Par miracle seuls les melons ont été épargnés  smiley


                                • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 17 août 16:02

                                  @The Old Snoop chtarbologue

                                  Bonjour, 
                                  Je dirais que mon jardin potager a été dévasté par des courges ! 
                                  Je tiens à vous remercier de vos interventions lapidaires, malgré toutes les « amabilités » que nous avons pu échanger, il y a... des lustres. J’apprécie votre démarche, qui est une preuve d’intelligence et d’humilité. Bien à vous. 


                                • The Old Snoop chtarbologue The Old Snoop chtarbologue 17 août 17:38

                                  @Nicole Cheverney

                                  Nous ne serons jamais d’accord ni sur les gilets jaunes ni sur la gestion du covid ni sur De Gaulle ...
                                  Dans votre article je ne partage pas votre appréciation ni sur Peyrouton ; ni sur Giraud cette ganache , ni sur Darlan traitre authentique dont l’assassin, Bonnier de la Chapelle aurait du être décoré plutôt que fusillé ...
                                  Il n’empêche que j’ai trouvé que vos articles sur l’Algérie Française constituent à mon sens une remarquable synthèse historique et je ne puis que vous en féliciter.

                                  Ils m’ont ramené plus de soixante ans en arrière à ces 18 mois passés à Bône pacifiée ( je n’ai pas souvenir d’y avoir entendu un seul coup de feu ...)

                                  J’ai conservé de mon père plusieurs caisses de documents qui pour la plupart vont à l’encontre de l’historiograhie officielle

                                  Il ne fait aucun doute que les circonstances de cet abandon ont été lamentables et que les principales victimes en ont été les pieds-noirs et les harkis. Mais n’oublions pas non plus l’amertume et la tristesse de nos soldats et officiers à qui leur victoire a été volée.
                                  Arrêtons de lire que les égorgeurs du FLN et leurs porte-valises furent des héros libérateurs alors que vraisemblablement ils ont tué dans cette période plus d’algériens que l’armée française.

                                  Une question personnelle : pour vous être autant impliquée dans cette partie de notre histoire, êtes-vous pied-noir ?


                                • Xenozoid Xenozoid 17 août 17:45

                                  @The Old Snoop chtarbologue
                                  Une question personnelle

                                  en fait c’est ça, c’est de la nostalgie, on la retrouve ici avec modératus, super juan,et d’autres, ce n’est pas de l’histoire même si c’est la vie, on pourait faire le même roman avec tout ceux qui son nés dans des colonies sur d’autre continents, c’est aussi leurs histoire


                                • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 17 août 18:39

                                  @The Old Snoop chtarbologue

                                  Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec moi sur tous sujets et sur l’avis que j’ai de certains personnages historiques et événements. C’est tout à fait normal.

                                  Vous dîtes, les circonstances de cet abandon ont été lamentables et les principales victimes en ont été les pieds-noirs et les harkis. C’est si vrai qu’il s’agit d’un « véritable génocide » et je n’ai pas peur des mots. Je pense également aux soldats et officiers (Palestro, etc.) et leur victoire volée. Mais tous ces événements j’y reviendrai car la seconde partie de mes articles seront bien plus encore sans concession. 

                                  Oui, je suis pied-noire. Je m’implique pour que la vérité ne soit pas étouffée par tous ceux qui se donnent le beau rôle. 

                                  Bien à vous.


                                • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 17 août 18:44

                                  @Xenozoid

                                  Bonjour, il ne s’agit pas de nostalgie, il s’agit de rétablir la vérité, pour effacer les salissures dont les Pieds-noirs ont été victimes lors de leur arrivée en France. Et les massacres qui les ont frappés avec la même violence et cruauté qui ont frappé aussi les Harkis et les Musulmans qui ne voulaient pas se ranger sous la bannière du FLN. C’est tout simple et en même temps, un long chemin de Damas...
                                  Bien à vous.


                                • Durand Durand 18 août 10:32

                                  @Nicole Cheverney

                                  « Oui, je suis pied-noire. Je m’implique pour que la vérité ne soit pas étouffée par tous ceux qui se donnent le beau rôle. »

                                  Concernant la conquête et la colonisation de l’Algérie, voila qui replace votre objectivité rédactionnelle et votre crédibilité ou il se doit !... 

                                  Vous n’avez pas un peu l’impression de vous foutre du monde, sinon, pourquoi ne pas l’avoir signalé dès le début de votre série d’articles sur ce sujet ?

                                  En bon français, on appelle ça un conflit d’intérêt, non ?

                                  ..


                                • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 17 août 16:50

                                  @ gdelafonte

                                  Bonjour, je vais essayer d’être factuelle. Contrairement aux mouvements nationalistes algériens tiraillés entre leurs accointances avec l’Allemagne nazie par l’entremise du Grand Mufti de Jérusalem, de l’URSS, par l’entremise du PC algérien, de la guerre d’égo que se sont livrés le PC et Messali Hadj qui en fut écarté car trop envahissant, les « frères musulmans » depuis le Caire, le Liban, le panarabisme avec Arslan et Nasser, et bien d’autres, où il y eu profusion de « leaders » se tirant plus ou moins dans les pattes, 

                                  Aucune personnalité vraiment charismatique et marquante n’a émergé chez les Pieds-noirs hormis Camus, mais en tant qu’écrivain, quels que soient leur appartenance politique, il faudra attendre l’arrivée de de Gaulle pour qu’une véritable opposition à sa politique de reniement voit l’émergence de « leaders » engagés dans le combat contre le FLN et...de Gaulle ! Ils prendront un tournant historique inédit. 

                                  Comme personnalité connue et respectée, il y eut Amédée Froger, maire de Boufarik qui fut assassiné par le FLN, parce que opposé à toutes réformes, ce qui fut une grande erreur de sa part et de la part de l’association des maires, puissants interlocteurs du gouvernement général à Alger. 

                                  D’autre part, à partir de 1958, le seul véritable acteur, fut bien de Gaulle qui clamait à la cantonade en regardant Soutelle : « L’Algérie, c’est moi ! », comme en témoigne Alain de Boissieu dans son livre Pour servir le Général. 

                                  Autrement dit : l’affaire algérienne ne relève que de moi, je fais ce que je veux !,

                                  Les Pieds-noirs manquaient de leaders, tout simplement parce qu’ils s’en étaient remis entièrement entre les mains du pouvoir et de l’armée. Un pouvoir qui a, dès les premiers soulèvements considéré qu’il s’agissait de mettre en place des opérations de maintien de l’ordre, et non à traiter comme une guerre commençante. 

                                  Or, oui, il s’agissait d’une guerre civile. La plus terrible des guerres. 

                                  Songeons aussi au timing de cette guerre. 

                                  « Elle commence en 1954, le premier novembre, un an et demi après la mort de Staline, quelques mois après la signature des accords de Genève qui mettent fin à la guerre d’Indochine ; elle s’achève en mars 1962, quelques mois seulement avant la crise des fusées de Cuba qui ouvre une période de détente. En 1956, les Français et les Britanniques lancent une expédition de Suez pour tenter de conserver le contrôle du canal, tandis qu’en Europe les Soviétiques écrasent la révolte hongroise ». 

                                  1958 année cruciale où les rapports Nord-Sud sont aux devants de la scène, conférence de Bandung, effondrement de la 4eme République, et retour au pouvoir de De Gaulle. 

                                  Toutes les crises ci-dessus énumérées, ont eu une incidence très forte sur la guerre d’Algérie, et inversement, la Guerre d’Algérie sur les événements internationaux. 

                                  On ne se rend pas assez compte à quel point l’Empire français gênait. 

                                  Si bien que Sétif, Guelma, Sakiet, si ces drames ont eu des répercussions, dans le long processus de guerre d’influence internationale, depuis les années 30 jusqu’en 1945, trois grands axes se dessinaient potentiellement passant par l’Algérie, celui de l’Axe, Allemagne nazie, celui de l’URSS, celui de l’Angleterre  Mers El Kébir, celui des Etats-Unis, Washington. 

                                  « La situation en Algérie fut explosive car elle déborda largement les seules frontières de l’Afrique du Nord, elle ne fut pas une affaire franco-française, mais un enjeu international, touchant les intérêts des alliés avec l’affaire de Suez. » 

                                  C’est sur cette question « que vient buter la question de l’Algérie », selon Irwin Wall, l’historien américain qui nous prévient : « il faut placer l’Algérie dans son contexte international et la traiter comme une crise mondiale et non comme une affaire française ». 

                                  Cordialement.


                                  • gdelafonte 17 août 20:22

                                    @Nicole Cheverney

                                    Je répond à votre commentaire, et tout d’abord sur les colons.

                                    J’ai lu (et apprécié) Benjamin Stora, et il décrit quelque part les colons « comme au far west », c’est à dire que nombre d’entre eux vivaient dans la campagne et hors de tout contrôle de l’Etat. C’était le système D, en résumé. 

                                    Le problème (selon moi) est que lorsque cela a commencé à chauffer ils se sont appuyé sur l’armée, qui ne sait que tuer (c’est sa mission, pas de faire du maintien de l’ordre).

                                    Vous critiquez les américains,à mon avis on peut comparer avec leur société (qui était à l’origine assez similaire à celle des colons en Algérie). Les américains ont la garde républicaine, et pour les Etats trop pauvres pour payer des soldats la constitution américaine a garanti le droit à être armé.

                                    Et donc l’armée, dans le conflit algérien, s’est retrouvée en première ligne, sans aucune autre force de maintien de l’ordre (un équivalent de garde républicaine). La seule réponse « militaire » des colons a été l’OAS, cela mérite d’être souligné.

                                    Et donc, je ne souscris pas à votre thèse, d’ailleurs il est intéressant de voir comment les américains nous perçoivent. Selon eux la France est incapable de subvenir à ses besoins militaires, la preuve en est les deux guerres mondiales où ce sont les américains qui ont payé de leur sang pour la libération du territoire français.

                                    Les américains nous ont simplement jugé incapables de garder nos colonies, et sur ce point ils ont eu raison, ils ont donc préféré jouer la carte de l’indépendance de ces nouveaux Etats et traiter directement avec eux.

                                    Il est intéressant d’ailleurs de comparer avec Israël, qui était à l’origine alliée avec la France, puis en conflit (avec de Gaulle), et s’est trouvée en mauvaise posture au début de la guerre du Kippour (en défaut d’armement, et submergée par les pays arabes qui avaient été sur armés par l’URSS). Les USA, qui à cette époque battaient froid Israel (car trop indépendante et pas assez alignée sur les USA) ont alors décidé de faire un pont aérien pour armer massivement Israel, voyant comment Israel assurait sa sécurité au rix de son propre sang (et sans fire intervenir les USA, gendarmes du monde).

                                    Et depuis, la relation USA/Israel s’est construite sur cette estime américaine pour ce petit pays qui sait assurer sa sécurité sans causer des morts américaines.

                                    Dans le même ordre d’idée, la place de la France au conseil de sécurité de l’ONU a été obtenue par l’entremise de Staline, qui avait bien calculé que le France essayerait toujours de jouer sa partition, et donc d’être non alignée sur les USA. Côté américain, donc, il faut considérer cette exaspération devant l’incompétence française, et leur décision de nous laisser tomber...

                                    Voila, on pourrait continuer à argumenter, à titre d’exemple sous la présidence de Kennedy Diem a été assassiné avec la complicité des USA, justement car ils le jugeaient trop corrompu pour pouvoir lutter contre le Viet Cong..

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