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Accueil du site > Tribune Libre > De la guerre d’Algérie - n° 8 - L’affaire de Sétif-Guelma (...)

De la guerre d’Algérie - n° 8 - L’affaire de Sétif-Guelma (suite)

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Sources : Roger Vétillard – Sétif, Guelma, Mai 1945 – Massacres en Algérie – Editions de Paris. (Seconde Edition revue et augmentée).

NB : Tous les extraits du livre de M. Vétillard, cités dans mon article sont mis entre guillemets ou en italique. Avec reports Notes de Bas de pages, pour les références bibliographiques, documentaires, notées par M. Vétillard.

 

UN ITINÉRAIRE SANGLANT.

 

La révolte s’étend hors de Sétif.

El Ouricia.

Cette bourgade se trouve au nord de Sétif. Le père Navarro, aumônier militaire se rend à Sétif, « en raison des événements qui lui ont été signalés par les autorités militaires ». Il vient de célébrer une messe à Périgortville. « Il est arrêté par un barrage [dressé par les émeutiers], à l’entrée du village. Les assaillants s’acharnent sur lui avec une sauvagerie singulière. A 14 h 30, un détachement militaire découvre son corps atrocement mutilé et met en fuite ses assassins qui s’acharnaient encore sur sa dépouille ».

Un citoyen suisse, Mr. Gustave de Portalès, vivant à El Ouricia fait parvenir un courrier à son consulat : «  Si je suis encore de ce monde, je puis vous dire que c’est par une véritable protection divine qui a retenu tous ces fusils qui ont été braqués sur moi… L’abbé Navarro, blessé par coup de feu, achevé à coups de sabre et de bâtons a été tué à peu de distance de nous... »

L’on compte parmi les victimes européennes :

- Mr Joseph Barone, chauffeur routier, 45 ans, père de 7 enfants, arrêté sur la route reliant Sétif à Bougie. Les assaillants lui tirent dessus, l’atteignent en plein visage et l’achèvent à coups de « boussadis » selon le rapport Tubert.

A la page 5, il est noté qu’à : Takitount, petite ville à 30 kms de Sétif, les émeutiers s’emparent du bordj communal mixte et des armes qui y étaient stockées. Ils tuent l’administrateur, son adjoint et le receveur des postes.

Périgortville, Petite Kabylie.

(Village de 1539 habitants, d’ordinaire calme où règne une bonne entente entre les Musulmans et les Européens, selon le témoignage de Lakhdar Ledkim, (douar Lekdaïm). « La manifestation de Sétif était préparée et attendue ». Il donne des détails.

Le signal de la révolte est donné « vers 13 h 30 par le brigadier des cavaliers de la commune mixte Boughedoura Amar, à bord d’un véhicule communal transportant le juge de paix musulman de la commune Mohamed El Kamal.

Le déroulement de l’attaque du bordj administratif.

A 14 heures, un chauffeur de taxi, Mr Ladouani arrive à Périgortville et se rend chez Oulmane Boudjema. Chef local du PPA.

L’attaque a lieu vers les 15 heures. Il est « investi avec l’aide du concierge Amar Bougdoura pour s’emparer de : 56 fusils Lebel ou mousquetons et 10 000 cartouches. »

Les émeutiers coupent les lignes téléphoniques et télégraphiques. Les routes d’accès au village sont barrées, pour l’isoler. On peut observer une bonne coordination des groupes d’émeutiers entre eux.

Les Européens se retrouvent complètements isolés, très vulnérables et à la merci des assaillants.

La prise de contrôle du village.

« L’assaut est donné à toutes les maisons des Européens », selon Mr Villard.

Les victimes européennes.

1/ Le receveur des postes M. Sambin et son fils blessé par Ben Miloud Haouès, tailleur et président de la section locale des AML.

« Celui-ci, malgré les supplications de Mme Sambin, abattra froidement son mari, tandis que quelques mètres plus loin, son fils Pierre, âgé de 11 ans tombait sous les balles de son meurtrier Mohamed Guetfi. Blessé mortellement par 5 balles dans la poitrine,l’enfant se traîna jusque chez ses voisins, la famille Vétillard ».1

[Roger Vétillard précise que Gérard Vétillard, 23 ans à l’époque des faits « a été très marqué par ces événements et ne s’est jamais remis de ces dures journées. Il a terminé sa vie 40 ans plus tard dans un hôpital psychiatrique comme sa sœur France dont le fiancé a été égorgé devant elle et comme son autre sœur Jeannette ».]

Entre 14 h 54 et 18 h 15, 15 Européens sont tués, « certains sauvagement mutilés ». Le village ne répond plus aux appels téléphoniques de l’autorité militaire. Un « Half-track » commandé par le capitaine Mazzuca est envoyé en urgence au village.

Il force des tirs de barrage que les assaillants ont dressé sur la route et essuient des tirs des assaillants groupés sur les hauteurs de part et d’autre de la route.

Très vite, l’on en déduit que la préparation de l’attaque ne laisse rien au hasard et que les assaillants ont suivi une préparation de type militaire.

L’autorité militaire envoie 5 compagnies de tirailleurs sénégalais, légion étrangère et les tabors marocains – (7ème RTA et 3ème DIA).

L’arrivée des militaires français fait fuir les assaillants. Les blessés, les enfants, les personnes âgées sont conduits à Sétif en passant par les Amouchas. Ils arrivent à Sétif le 9 mai à 2 heures du matin.

Les habitants des villages situés sur les hauteurs dénoncent les « responsables » des crimes dont ils ont été témoins.

La repression est sévère.

« Le journal de marche du 9eme escadron de la 7ème Légion de la Garde Républicaine indique qu’au moins 200 musulmans ont été tués à Périgortville et aux Amouchas ».

Village de Chevreul.

C’est une région giboyeuse et verdoyante. Le village est situé à 67 km au Nord-Ouest de Sétif près de Djidjelli.

Selon le rapport officiel du chef d’escadron, commandant le groupement de gendarmerie de Constantine, des « témoignages de la famille de Monserret, de Marcel Pradeilles, de René Dappelo et de l’article du chef d’escadrron Maffi-Berthier », Chevreul comprend une brigade de gendarmerie. Le 8 mai, une cérémonie est organisée ainsi qu’un bal public. Le jour des événements, le 8 mai, donc, 6 militaires siégeaient à la brigade. Les « incidents » vont se multiplier.

1/ Les liaison téléphonique avec St-Arnaud sont coupées.

2/ La population de Chevreul apprend les graves incidents de Sétif. La population ignore encore le sort de l’administrateur de Périgortville qui vient d’être assassiné. Il devait venir à Chevreul pour « ouvrir le bal ».

3/ Des pierres sont jetées contre les maisons des Européens et des coups de feu sont tirés par les émeutiers. (Dépêche de Constantine du 05 Juin 1945 ).

Les gendarmes et les douaires patrouillent le secteur et découvrent le cadavre de M. Grousset, agriculteur, sa femme et sa fille « toutes deux épouvantées et abandonnées après avoir été violées par une vingtaine d’individus. »

Les Européens (une trentaine dont 12 hommes) se regroupent à la gendarmerie. Des fusils Lebel datant de 1914//18 entreposés dans le bordj leur sont distribués. Deux à trois mille émeutiers armés de mousquetons et de mitraillettes dirigés par un adjudant-chef à la retraite, envahissent le village et font le siège de la gendarmerie. Vers 10 h 30, le village est survolé par des avions. Les assaillants finissent par enfoncer la porte au premier étage. Le rez-de-chaussée est pillé, mais la résistance des Européens les surprend. Ils rebroussent chemin et se répandent dans le village, brûlant, pillant maisons, chapelles, docks, silos, etc.

Deux Français qui n’avaient pas rejoint la gendarmerie sont tués (MM. Coste et Bovo). Quant à Mme Coste, elle « subira les derniers outrages ». Traduire : sera violée.

Un jeune diabétique de 18 ans, Louis Boissonnade meurt d’épuisement.

Pont de Bourredine – (à 2 km de Chevreul).

Un assaut de la gendarmerie est repoussé.

Les émeutiers « tentent de faire sauter le bâtiment à l’aide de détonateur à mèche lente ».

10 mai 1945 – 10 h 30 – Un bataillon de gendarmes amené sur les lieux, sous les ordres de chef de bataillon Rouire neutralise la tentative d’attaque.

Dans son rapport, le chef de bataillon Rouire note :

« J’entre dans le village avec les Half-Track et je marche vers la gendarmerie. A notre arrivée la joie et l’émotion sont intenses. Les habitants, hommes et femmes sont émus jusqu’aux larmes d’avoir été sauvés in extremis, car les rebelles avaient déjà répandu de l’essence au rez-de-chaussée ».

Sillègue. (Nord de St-Arnaud). 31 km de Sétif.

8 mai 1945. La population s’apprête à fêter la victoire à 17 heures.

15 h 30 – Annulation de la cérémonie en raison des événements de Sétif. Un Musulman avertit M. Fagès (adjoint spécial) des menaces pesant sur les Européens. Il a remarqué des mouvements autour du village. Les habitants se retranchent dans leurs maisons et s’y barricadent.

C’est alors que commence un pillage systématique et violent des habitations des Européens.

M. Fagès, père de 4 enfants résiste et « tient tête » plusieurs heures avec sa femme et son fils, armés de fusils de chasse, contre un groupe d’assaillants au nombre d’une trentaine.

19 h 30 – Mr. Troussel et trois hommes venus de St-Arnaud viennent au secours des assiégés.

Ils repoussent les manifestants.

23 h 30, une colonne de gendarmes de St-Arnaud et une section de tirailleurs sénégalais délivrent le village.

Les gendarmes découvrent 3 morts.

Mr. Murschler, garde-champêtre, son épouse et Mr. Beigue, chef cantonnier..

Claude Murschler, alors enfant âgé de 11 ans au moment des faits a livré un récit détaillé de la mort de ses parents à laquelle il a assisté.

« Alors que sa famille est assiégée dans sa maison, le chef des insurgés enjoint son père de se rendre en jetant son arme et qu’il ne lui serait fait aucun mal. Son père accepte et est immédiatement abattu par des coups de feu tirés dans son dos par les émeutiers. Blessé il est rejoint dans la maison par « un arabe habillé en militaire qui tua ma mère et mon père... » témoigne-t-il.

Les assassins de Mr Murschler et de sa femme furent retrouvés, inculpés de vols, incendies, viols, meurtres et condamnés à mort par le Tribunal militaire de Constantine ». Selon Eugène Vallet « Un drame algérien », p. 34.

Un affrontement entre un détachement de Sénégalais et une trentaine d’émeutiers fera 17 morts parmi les insurgés.

.../...

 

1 Page 70, de l’ouvrage de Roger Vétillard.


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4 réactions à cet article    


  • CN46400 CN46400 14 septembre 08:18

    Quand les colonisés se rebiffent....


    • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 14 septembre 08:39

      @ CN46400

      Bonjour, 

      Voici une analyse marxiste sans concession de ces événements. 

      http://guerredeclasse.fr/2022/08/31/le-capitalisme-algerien-est-en-etat-de-mort-clinique-2/


      • Clark Kent Clark Kent 14 septembre 09:35

        @Nicole Cheverney

        Merci pour ce lien très intéressant.

        Malheureusement, dans la présentation du site concerné se termine par cette affirmation en majuscules et en gras :

        « L’ÉMANCIPATION DU PROLÉTARIAT SERA EXCLUSIVEMENT L’ŒUVRE DE L’AUTO-MOUVEMENT DU PROLÉTARIAT LUI-MÊME CONTRE TOUS CEUX QUI ENTENDENT PARLER A SA PLACE ! »

        Et on peut se poser la question : ceux qui parlent sont ceux qui se livrent à ces analyses pertinentes mais, comme la morale de Kant, ils ont les mains blanches parce qu’ils nont pas de mains.


      • Nicole Cheverney Nicole Cheverney 14 septembre 21:03

        @Clark Kent

        Bonsoir et merci de votre commentaire. Mais pourriez-vous préciser votre pensée à travers la morale kantienne ? 

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