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De la sexualité des plantes à celle des robots

Les robots sexuels parviendront-ils à séduire durablement les humains comme certaines fleurs ont réussi à retenir des insectes depuis des millions d'années ? 

UN FORESTIER ET UN BOTANISTE

La vie secrète des arbres, livre très intéressant d’un jeune forestier allemand (1) vient d’être l’objet d’un battage médiatique important. En son temps, les ouvrages tout aussi remarquables de Jean-Marie Pelt, écologue fortement engagé, ne bénéficièrent pas de telles campagnes promotionnelles. Il est vrai que le profond humanisme chrétien de Pelt pouvait déplaire à une certaine bien-pensance comme, en son temps, la foi de Louis Pasteur put escagasser Ernest Renan. Quelques-uns, contrairement à Pelt, veulent opposer science et foi afin de s’accaparer de la première pour contester la seconde.

L’AMOUR CHEZ LES FLEURS

Par mille anecdotes savoureuses, Jean-Marie Pelt nous décrit notamment la sexualité des plantes et l’amour chez les fleurs dans Mes plus belles histoires de Plantes (2). Les fleurs, si vous ne le savez plus, sont les organes sexuels des végétaux. Depuis vos cours de « Sciences nat », vous avez sans doute oublié, comme moi, ce que sont précisément « pistil, étamine, pollen, ovule, graine etc ». Pelt va vous le rappeler en termes simples avant de faire la distinction entre les différents vecteurs de la pollinisation (3) : vent (bonjour les allergies ! ), insectes mais aussi oiseaux, chauves-souris, souris.

La pollinisation par les insectes ne cesse d’étonner, particulièrement chez les orchidées où elle s’effectue par le truchement d’un fétichisme. Ainsi, un pétale de ces beautés ressemble à un insecte femelle. Ce leurre fait naître des pulsions sexuelles irrésistibles chez les vrais insectes mâles correspondants. Pelt ne manque pas de nous rappeler que le premier botaniste, un amateur, qui soumit cette explication fut traité de vicelard par les savants professionnels. Le pétale attracteur ne se limite pas à ressembler picturalement à la femelle de l’insecte : il a l’odeur de cette dernière ainsi que son système pileux. Seul manque l’orifice sexuel. Il en résulte une frustration du mâle qui repart tout de go vers une autre fleur hélas chargée, comme les précédentes, d’illusions. Les appareils cérébraux, neuraux et génétiques des insectes ne leur ont pas permis, en plusieurs dizaines de millions d’années, de comprendre la roublardise des orchidées. Pelt signale enfin que certaines orchidées australiennes offrent un orifice copulateur aux petites guêpes qui les pollinisent . Il faut croire que, dans ce dernier cas, le mime est pleinement satisfaisant puisque, nous apprend-il, les mâles des petites guêpes en viennent à délaisser leurs vraies femelles !

L’AMOUR AVEC LES ROBOTS

A y regarder de près, ce dernier exemple de ce qu’il faut bien appeler une « copulation artificielle satisfaisante » nous conduit naturellement à penser à la robotique sexuelle qui offre à ses adeptes des pseudo-copulations supposées, elles aussi, gratifiantes. Les lecteurs les plus perspicaces ont sans doute noté que les articles traitant de robots sexuels se font de plus en plus nombreux dans les magazines ordinaires. Rappelons que dans nos sociétés occidentales une scission s’est définitivement opérée entre procréation et plaisir sexuel. Autrement dit, le sexe récréatif a pris définitivement droit de cité chez nous. Cela n’est évidemment pas le cas chez les plantes où la finalité des artifices vus plus haut reste la seule procréation.

La grande innovation c’est que les nouveaux robots sont désormais dotés d’intelligence artificielle. Ainsi, la firme américaine TrueCompanion propose un robot, Roxxxy, capable de fonctionner sous 5 modes différents : sauvage, sadomaso, jeune, frigide et mature. La ficelle est grosse : vous pouvez, par exemple mais ne le répétez pas, violer la frigide. On peut supposer que la poupée mature vous demande suavement si votre journée s’est bien passée lorsque vous rentrez du boulot etc... Cependant, ne nous laissons pas impressionner par « intelligence artificielle » : sauf pour les gogos, ces machines ne sont ni intelligentes, ni sensibles ; elles ne possèdent ni affectivité ni libido, ne savent pas ce qu’est un fantasme et leurs cris ne sont que simulation, si cela vous dit quelque chose (4). En fait, il ne se niche pas plus d’intelligence dans leur silicium que dans le latex d’un condom arc-en-ciel exhalant un parfum de ... fleur.

Je ne suis pas en train de dénigrer le principe même des robots sexuels car il faut bien admettre qu’ils peuvent apporter des solutions à de nombreuses misères sexuelles humaines, parfois perverses, voire consoler quelques solitudes. Cependant, l’introduction massive de robots sexuels va poser des problèmes éthiques encore insoupçonnés comme le suggère le Huffingtonpost du 22 décembre 2016 titrant un paragraphe « Les mariages avec des robots pour 2050 ? ». Cela va sans doute de pair avec l’évolution générale de notre relation aux machines. Comme je l’ai écrit dans un article précédent (5), ce ne sont pas les machines qui vont sciemment nous dominer mais c’est nous-mêmes qui, imprudemment, avons agi et continuons d'agir de telle façon que ne pourrons bientôt plus rien faire sans elles. Arrêtez-vous une minute sur cette nuance fondamentale s'il vous plaît. Ce même article mentionnait les gamètes artificiels. On peut prévoir que tous ces phénomènes seront concomitants et penser qu’il existe une convergence générale vers un monde où l’homme ne voudra plus dépendre de ses semblables, où il n’acceptera plus de se risquer aux effets aléatoires de l’adrénaline, de la sérotonine, de la folliculine et autres testostérones. Pastichant Pétain, il dira « La Machine, elle, ne ment pas ». Au fait, que signifie exactement le « true » de TrueCompanion ? En anglais, le mot revêt plusieurs sens : vrai, conforme, ressemblant, authentique, fidèle. Comme l’ont sans doute souhaité les promoteurs de l’artefact érotique, chacun y trouvera l’épithète répondant à ses attentes.

EVOLUTIONS

L’évolution darwinienne parvient sans conteste à explique beaucoup de phénomènes naturels. Toutefois, elle semble quelque peu légère lorsqu’elle prétend nous rendre intelligibles les mécanismes mimétiques et fétichistes qui se jouent entre fleurs et les insectes. Qu’ils soient darwiniens ou créationnistes, les idéologues n’apprécient guère qu’on cherche à pénétrer trop profondément la complexité des choses qu’ils soutiennent mordicus. L’évolution sociétale à laquelle nous assistons actuellement entend s’affranchir de toute évolution naturelle. Elle fait sienne l’évolution technologique soutenue par les NBIC (6) conduisant au transhumanisme. Comme Prométhée, l’Homme joue peut-être avec le feu. Nous ne devrions pas tarder à en savoir un peu plus à ce sujet. 

 

(1) La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben. mars 2017, Editions Les Arenes, 20,90 €

(2) Poche, novembre 2004, 5,90€.

 Du même auteur, avec Pierre Rabhi, Le monde a-t-il un sens ?, novembre 2016, Poche, 7,50€

(3) Le pollen est, pour simplifier, l’équivalent du spermatozoïde. Il doit atteindre le pistil pour que s’y produise la fécondation

(4) « Nos robots peuvent même atteindre l’orgasme ! » (Our robots can even have an orgasm !) nous assure fièrement TrueCompanion.

(5) De la PMA à la PNA (Partition Nationale Assurée ) et pire encore... - 1er juillet 2017

(6) Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives


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9 réactions à cet article    


  • La mouche du coche La mouche du coche 28 juillet 10:50

    Article intéressant parce qu’il montre bien que l’évolutionnisme conduit à des comportement de tarés. Après Hitler et sa théorie des races, voici les robots sexuels. Nous ne sortirons pas de notre décadence si nous ne remettons pas en cause cette théorie débilitante du darwinisme.


    • baldis30 28 juillet 18:42

      @La mouche du coche
      bonsoir,

      Même Asimov n’avait pas imaginé la sexualité des robots ! Il est vrai aussi que les lois de la robotique selon le même auteur ressemble comme deux gouttes d’eau aux lois de l’esclavage, et que par conséquent les robots sont naturellement eunuques ou stérilisés.


    • MagicBuster 28 juillet 11:13

      L’évolution n’est pas une notion obsolète.
      L’évolution continuera toujours ...

      Si l’homme (et la femme) ne respecte pas l’environnement, ni ses prochains
       l’Homme évoluera de façon plus primitive, voire suicidaire.

      En tout temps - La race humaine a pu disparaitre.
      L’histoire n’est pas terminée.


      • Jeekes Jeekes 28 juillet 15:03

        le Huffingtonpost du 22 décembre 2016 titrant un paragraphe « Les mariages avec des robots pour 2050 ? »
         
        Faut dire que quand il est question de pondre une grosse connerie bien puante, le huff de mes deux est toujours à la pointe du combat !


        • jjwaDal jjwaDal 28 juillet 16:52

          Le titre est gênant : ce n’est pas demain que les robots auront une sexualité. Ils serviront d’objets sexuels comme la multitude existant déjà et se vendant bien semble-t’il.
          Etonnant cependant que la société qui a banalisé la contraception et les moyens de communication voit exploser le célibat et toutes les formes modernes de solitude et donc de frustrations. L’évolution des femmes et l’économie y sont pour beaucoup. Je vois le porno et tous ces gadgets comme des « pis-allers » bien plus que des causes. Nous verrons...


          • Attilax Attilax 28 juillet 21:41

            « ce n’est pas demain que les robots auront une sexualité. »

            Pas dit. Si tout est convertible en langage mathématique, alors il doit être possible de créer un algorythme de l’amour, de l’extase, de l’excitation... Après tout, ceux-ci ne sont déclenchés chez nous que par des réactions chimiques, alors pourquoi pas numériques ?

            • jjwaDal jjwaDal 29 juillet 11:52

              @Attilax
              En fait dans le règne animal la vie se résume à la recherche plus ou moins sophistiquée de ce que nous nommons « plaisir ». En neurophysiologie cela correspond à une stimulation électrique de zones anciennes (amygdale, archicortex, etc..). En expérimentation des animaux dotés d’implants cérébraux reliés à une manette délivrant cette stimulation électrique, voit les animaux la marteler continuellement en oubliant tout le reste (manger, copuler, etc..).
              Tous nos sens peuvent stimuler ces zones, mais un mécanisme d’amortissement ( un générateur d’ennui primitif) nous interdit d’adopter un comportement monotone. Le mécanisme de stimulation a été particulièrement soigné pour la sexualité qui est un impératif pour la pérennité des espèces.
              Il « faut juste » mettre en oeuvre une logique voisine pour nos robots. L’évolution a résolu le problème il y a plus de 400 millions d’années, ça ne doit pas être si compliqué que ça...
              On peux douter que ce soit souhaitable.


            • karim 28 juillet 23:30

              LGBTIR

              R= Robot

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