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Accueil du site > Tribune Libre > De Victor Jara à Guantanamo (58) : la CIA et la prolifération (...)

De Victor Jara à Guantanamo (58) : la CIA et la prolifération nucléaire

La nouvelle est tombée totalement inaperçue, noyée dans les articles sur les accumulations de neige en Europe. C’est au départ une simple indication de fin d’enquête, et de demande de renvoi en procès à partir des conclusions de cette même enquête. La routine, dans un système judiciaire, même en suisse, où la scène se passait. A part que cela concerne trois citoyens du pays, et que les accusations portées contre eux sont plutôt très graves. La veille de Noël, en effet, le juge fédéral Andreas Mueller a décidé de renvoyer en procès trois membres de la famille Tinner, à savoir Urs, Marco et leur père Friedrich, pour vente de matériaux nucléaires à des pays réputés « sensibles », et en même temps... pour participation aux activités de la CIA. Ce qui conduit directement à vrai dire à rendre responsable cette même CIA d’avoir favorisé la dissémination nucléaire, notamment dans trois pays-clés, à savoir la Libye, le Pakistan et.. L’iran. Autrement dit, le « petit » juge suisse Mueller vient de provoquer un beau séisme diplomatique, tout simplement, les Etats-Unis ayant tout fait jusqu’ici pour cacher l’implication de l’agence américaine dans l’affaire. Et ce, depuis plus de trente ans maintenant.

Comme le dit un journal suisse, "L’histoire ferait un bon scénario de film d’espionnage. A la différence qu’elle est vraie. Et qu’à ce jour, certains de ses aspects essentiels restent mystérieux." Le fameux trio d'espions, je vous en avais déjà parlé ici-même, en évoquant les confessions de Richard Barlow, celui qui avait remis en 1989 un rapport très précis sur l'état des recherches atomiques palkistanaises à Dick Cheney, qui s'était empressé de s'asseoir dessus, Cheney ne lorgnant que sur un contrat de F-16 où il toucherait un bakchich personnel assez croquignolet. Barlow tirait alors clairement la sonnette d'alarme : "Au bout d’une année d’enquête, précise et très documentée, il remet un rapport explosif, c’est le mot : selon lui, non seulement le programme nucléaire pakistanais avance à grands pas, mais en plus son responsable, qui manque d’argent pour faire avancer ses travaux et est lui-même avide d’en capter personnellement, vend déjà ses procédés aux plus offrants.. dont la Corée du Nord ou la Libye" disais-je alors. De la dynamite, sans jeu de mots, étant donné le sujet, en quelque sorte : selon lui, la technicité pour aboutir à une bombe, y compris avec des moyens rudimentaires ou peu sophistiqués, progressait à grands pas dans ces trois pays. Depuis la Libye a jeté l'éponge (sans surveiller ces stocks de matériaux fissiles  !), préférant aller quémander à des chefs d'état inconséquents de venir construire des centrales sur place, mais la Corée a poursuivi ces recherches, tout en niant en faire et le Pakistan a abouti à la bombe. Quant aux iraniens, ils suivent le même chemin technologique que la Corée ou le Pakistan... car ils utilisent la même technologie.

L'histoire de la famille Tinner est apparue (tardivement) dans la presse le 24 août 2008, au travers d'un article fort complet du New-York Times révélant que cet étrange trio travaillait pour la CIA depuis des années, en échange d'espèces sonnantes et trébuchantes, dont le montant estimait alors le journal avoisinait les 10 millions de dollars au bas mot. Plutôt rondelet. Qu'avaient donc pu faire ces trois chercheurs pour recevoir dans leur maison discrète pareille manne, voilà tout le fond du problème. En fait, ils avaient vendu des centrifugeuses à uranium, par exemple, à Mouammar Kadhafi, ou des plans de construction de centrales à Abdul Qadeer Khan, la tête pensante du nucléaire pakistanais. Le tout avec la bienveillante indulgence de la CIA, tenue au courant point par point de l'avancée des échanges de matériel. Un contrôle allant jusqu'à l'interception au moment jugé opportun des cargaisons chargées à bord de cargos suivis à la trace, comme pour le cas en octobre 2003, d'un cargo allemand de Beluga Shipping, le BBC China (*), intercepté par les gardes-côtes italiens renseignés par la CIA, avec à bord, du matériel nucléaire vendu par Khan à Kadhafi. A bord, il y avait 10 000 centrifugeuses modèle "P-2", paraît-il, permettant de produire de l'uranium enrichi, celui nécessaire à la réalisation d'une bombe atomique. Des engins ressemblant comme deux gouttes d'eau à ceux figurant à côté de Mahmoud Ahmadinejad en visite sur l'un de ses sites nucléaires... (ce sont bien en effet les mêmes centrifugeuses, à y regarder de près !). A ce sujet, voilà ce qu'en dira le New-York Times dans le numéro cité, qui confirmera le rôle d'espions de la famille suisse : "la relation avec les Tinners "a été très importante", a déclaré Gary S. Samore, qui a dirigé le Conseil de Sécurité Nationale et le bureau de la non-prolifération lorsque l'opération a commencé. "C'est ici que nous a obtenu les premières indications que l'Iran avait acquis des centrifugeuses"qui enrichissent l'uranium pour le combustible nucléaire". C'est bien la même filière ! Et la famille travaillait bien pour la CIA, selon l'aveu de Samore.

La centrifugation, développée par Urenco aux Pays-Bas, par l'usine d'Almelo où travaillera justement Khan et où il empruntera toutes ses idées de réalisation de bombe nucléaire, est la phase obligée d'une filière nucléaire fonctionnant à l'économie. Notamment le fait de consommer moins d'énergie que les centrifugeuses d'invention allemandes, imaginée au Physical Dynamics Research Laboratory (FDO). "Cet autre procédé est utilisé à moins grande échelle par Urenco (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne). Ce principe utilise une centrifugeuse qui projette plus vite à sa périphérie l’hexafluorure d’uranium 238 on peut ainsi augmenter petit à petit la concentration en uranium 235. Là encore, de nombreuses étapes successives sont nécessaires… note l'enseignante spécialisée Claire König. L'un des plus anciens procédés de séparation de l'uranium 238, abandonné par les américains pour leur bombe d'Hiroshima, avec leur voie des "Calutrons", mais imaginée et réalisée par les... ingénieurs allemands, bien plus avancés qu'on ne le pense généralement dans le domaine (j'y reviendrai bientôt ici-même), des ingénieurs qui avaient justement choisi la centrifugation comme procédé d'enrichissement de l'uranium, justement. Des scientifiques allemands capturés et laissés sous la surveillance de micros dissimulés à la prison secrète de la Farm Hall en Angleterre avoueront en effet toute l'avancée du programme allemand, et l'on en trouvera même la preuve dans des sous-marins échangeant de la haute technologie avec le Japon (j 'y reviendrais également très bientôt en détail).

Comme j'avais déjà pu vous le dire, les liens entre la famille de chercheurs suisses et les services secrets reposaient sur ceux qu'avait tenté de faire le père de la bombe atomique pakistanaise avec ces mêmes chercheurs. "le père Tinner avait été approché dès les années 70 par Khan, mais c’est son fils Urs qui a été joint en2000 par la CIA. Avec les procédés habituels pour le règlement : valise de liquide, ou payement via Traco Group International, une société écran basée sur l’île Tortola... dans les Iles Vierges. Tout cela déposé au nom incroyable de Big Black River Technologies Inc, encore un joyeux jeu de mots sur les "black ops" de la CIA. Les deux agents de la CIA se chargeant du suivi prenant les pseudos de W. James Kinsman and Sean D. Mahaffey. En 2005, le gouvernement suisse avait eu vent, averti par la Malaisie, qui suivait de près le compte bancaire des ïles Vierges, des activités de la famille Tinner et de ses liens avec la CIA, et avait demandé des explications au gouvernement Bush. Pour se faire répondre par une fin de non recevoir."Dégagez, il n’y a rien à voir". La CIA, ce n’est vraiment pas la diplomatie officielle, semble-t-il" avais-je écrit. Jusqu'à 2008 et l'article du New-York Times, les USA avaient en effet nié fermement toute implication dans le trafic d'uranium ou de technologies nucléaires. Pendant plus de dix années, tout ce qu'avait pu faire le Pakistan avait donc été l'objet d'un suivi, déguisé, manipulé ou "monitoré" comme certains peuvent le dire depuis l'invention des écrans de contrôle. Et on était en train de faire la même chose avec la Libye de Kadhafi quand le scandale a éclaté.

En suisse, la découverte de chimistes impliquées dans le réseau avait gêné aux entournures tout le gouvernement, qui avait aussitôt tenté d'en tenir deux mots aux américains. L'année précédente, en 2007, Juillet 2007, le ministre suisse de la justice, Christoph Blocher, avait bien évoqué l'affaire des centrifugeuses saisies et des espions suisses de la CIA à Washington, avec Alberto Gonzalez, le fidèle allié de George W.Bush, mais sans succès, Washington se refusant à reconnaître purement et simplement son implication, pourtant flagrante. Résultat, la Suisse faisait marche arrière quelque temps après, et le 27 août de la même année, le Conseil Fédéral refusait carrément d’étendre l’enquête pour en faire des accusations d’espionnage au profit de la CIA : durant toute l'année, la maison Bush avait fait pression pour que le scandale n'inclut pas le volet CIA.

La décision,aujourd'hui, du juge Andreas Mueller est donc plutôt courageuse et embarrasse au plus haut point l'administration US, qui était allé très loin dans le genre : le 14 novembre 2007 la Suisse, pressée par les USA, était même en effet allée jusqu'à supprimer des pièces fondamentales du dossier sur cette très forte pression diplomatique américaine ! "Des documents détruits sous l'observation de l' International Atomic Energy Agency", avait cru devoir préciser le président de la Confédération suisse Pascale Couchepin. l'IAEA aurait accepté la destruction de documents compromettants où le nom de la CIA serait apparu ? Première nouvelle ! Qu'était-ce que cette magouille ? Des documents qui répparaîtront un peu par miracle en 2009 dans les bureaux du Ministère public de la Confédération, sous formes de "copies"... gardées au chaud, par des gens qui visiblement attendaient d'un Obama une reconnaissance de l'implication américaine dans ce dossier sulfureux. Le dossier embarrassant était aussi réactivé fin décembre 2010 de l'autre côté de l'Atlantique par l'expert américain, David Albright, qui reprochait ouvertement à la CIA et à l’administration Bush d’avoir tenté d’empêcher une action en justice à l'encontre des Tinner, ainsi que la destruction demandée des documents originaux prouvant leur mise en cause. Or Albright ; dont les travaux sont unanimement reconnus, présente une version bien particulière de l'affaire.

Selon Allbright, en effet, qui est aussi Président de l’Institut pour les Sciences et la Sécurité Internationale (ISIS) et auteur de "Péril ambulant" ("Peddling Peril") sur les approvisionnements en uranium de l'Iran, ou de "Solving the North Korean Nuclear Puzzle" à propos de la Corée, l'action des Tinner avait bien consisté en un sabotage à long terme des machines pour produire l'uranium : "ces laboratoires, dit-il, avaient modifié les pompes pour les gérer à distance ou les faire tomber en panne sous certaines conditions opératoires. Si on peut rompre la chaîne de maintien à vide dans une cascade de centrifugeuses, on peut détruire des centaines de centrifugeuses, ou des milliers si vous avez réellement beaucoup de chance !"... l'action des Tinner avait bel et bien été selon lui une activité d'espionnage e de sabotage. Cela me semble difficile à croire, et difficile à réaliser. Le jeu des Etats-Unis, à ce stade était donc un jeu extrêmement risqué et dangereux, laissant proliférer les centres de production en tentant de les rendre inopérants ou d'en faire baisser l'efficacité ou le rendement. Du sabotage "diffus", dont le flou laisse assez songeur au final : rien ne prouve la réalité de ces prétendus sabotages et de des implications de ces plans "modifiés". D'autant plus que la production iranienne actuelle, tant décriée par Washington a suivi le même parcours, exactement ! La famille Tinner accusée par le juge d'avoir "aidé au développement d'armes atomiques", c'est en effet la CIA qui se retrouve accusée du même forfait. En somme, le juge suisse accuse la CIA d'avoir permis à l'Iran d'être en possession aujourd'hui de milliers de centrifugeuses... on comprend le malaise des amis de Barrack Obama...

L'affaire d'aujourd'hui remonte à quarante ans déjà. Tout s'est joué dans les années 70 en réalité : "dans les années 1970, Friedrich Tinner a été en charge des exportations à Vakuum-Apparate-Technik, ou TVA, lorsque l'entreprise a été identifiée par le ministère de la défense comme expédiant des éléments pouvant être liés au nucléaire Pakistanais, selon des documents officiels de l'entreprise. Il a ensuite créé sa propre compagnie, qui s'appelle maintenant PhiTec AG, qui a été créée par les suisses en 1996 pour essayer d'expédier les soupapes des centrifugeuses d'enrichissement d'uranium en Irak. "Les Tinners n'ont jamais été arrêtés pour avoir enfreint la loi", ont affirmé les autorités suisses. "La plupart de ces personnes ont été fortement surveillées dans les années 1970, 80 et 90 », a déclaré Mark Hibbs, l'éditeur européen du journal spécialisé Nucleonics Week, publié par McGraw-Hill. Le problème a commencé avec le traité de 1970 d'Almelo, dans lesquelles la Grande-Bretagne, l'Allemagne et les Pays-Bas ont convenu d'élaborer des centrifugeuses pour enrichir de l'uranium en commun, en assurant leur industrie nucléaire d'une source de combustible indépendante des États-Unis. Urenco, la Société d'enrichissement d'uranium, a été créé le l'année suivante, ainsi que son usine d'enrichissement primaire située à Almelo, au Pays-Bas".

En somme, à en croire certains, plutôt américains d'ailleurs, c'est un peu la volonté d'indépendance européenne qui aurait été à la base de la prolifération mondiale de la fabrication d'uranium enrichi ? Pas seulement : tout concourt, aujourd'hui, à faire de cette prolifération un système pris en mains par la CIA. Et ce, très tôt : "le rapport du gouvernement néerlandais a constaté que, en 1976, deux entreprises néerlandaises ont exporté vers le Pakistan 6 200 tubes rotatifs inachevés en acier "Superstrong" à faible teneur en carbone ("maraging steel"). Les tubes sont au cœur de la technologie d'Urenco comme méthode avancée d'enrichissement uranium des centrifugeuses." La CIA a-t-elle cherché à favoriser l'obtention de la bombe pakistanaise dans le seul but de contrebalancer l'influence dans la région de l'arme atomique indienne, dont les recherches avaient débuté dès 1948 ? C'est à prendre en compte comme considération : avec Kissinger, les USA ont toujours adoré jouer aux dominos... les indiens ont fait sauter leur bombe en 1974, et les pakistanais en 1998 seulement. Vingt-quatre années plus tard, les prouesses du docteur Khan se heurtant à l'état déplorable de l'industrie pakistanaise, qui s'est bien rattrapée depuis, et non pas à une quelconque action de "sabotage" US : il faut vingt cinq ans minimum pour passer de la centrale à la bombe (voir notre dossier sur le nucléaire israélien ici et là encore). L'arsenal pakistanais, on le sait, est entièrement contrôlé depuis toujours par une technologie américaine datant des missiles des années 50... comme j'ai déjà pu l'expliquer ici également. Et les relations entre Pervez Musharraf et la CIA, via John Negroponte, notamment, ont toujours été... troubles.

Fort troubles même : on vient juste d'arrêter, le 5 décembre dernier des auteurs présumés du complot contre Benazir Bhutto : deux officiers de la police pakistanaise. Saud Aziz, et Khurram Shahzad, les deux hommes qui avaient donné l'ordre de passer au Karcher la scène du crime immédiatement après l'attentat ! Selon la presse locale et internationale, les "deux hommes auraient pu avoir été influencés par les services secrets pakistanais".... rappelons que Pervez Musharraf s'était précipité pour accuser le chef taliban Baitullah Mehsud du forfait. Al-Qaida avait été sorti du chapeau, sur l'insistance US, qui devait en savoir beaucoup sur le sort qui attendait Bhutto qui n'était pas appréciée à Washington malgré les soutiens de circonstance : le fait d'avoir dit à la télévision que Ben Laden "était mort" (assassiné selon elle par Sheikh Mohammed !) avait peut-être bien scellé son sort. Le responsable de la police Saud Aziz, qui était resté accroché à son portable durant toute la scène du crime, ont confirmé des témoins. Il a également tout fait pour que le corps de Benazir Bhutto ne soit jamais autopsié. Logique, l'autopsie aurait révélé un décès par balle et non la fable expliquée du souffle de l'explosion l'ayant fait heurter de la tête le toit ouvrant de sa voiture. Des vidéos prouvant le contraire de la thèse officielle. Bénazir Bhutto a été exécutée par des tirs de pistolet, et par des hommes qui n'ont rien à voir avec Al-Qaida.

Ces doutes-là, aussi, je les avais révélés. pour l'équipe de Bush, c'était même l'attentat rêvé :"En fait, Bush a tout intérêt à charger la mule Al-Quaida. Pour une raison simple : affirmer que l’assassinat est bien de la main d’Al-Quaida, c’est s’assurer de l’existence physique de son commanditaire, Ben Laden : pour pouvoir donner des ordres, il faut effectivement mieux être vivant. "A l'époque, rappelons que le directeur de la CIA, Michael Hayden, un militaire, avait confirmé que c'était bien l'œuvre d'Al Qaida (bien sûr !). "Selon le directeur de la CIA, en tout cas, c’est bien Baitullah Mehsud l’auteur du crime. Evidemment Hayden n’a aucune preuve à nous montrer, seulement ses certitudes. Exactement comme Bush avec l’Iran : on a beau lui remettre des rapports qui disent le contraire depuis juillet 2007, il n’en démord pas en janvier 2008" avais-je alors écrit. Le 6 février 2009, c'est le même Etat et les mêmes services de l'ISI qui faisait sortir Abdul Qadeer Khan de la résidence surveillée où il avait été assigné. Depuis des mois, de toute façon, l'homme avait de longues conservations téléphoniques que les grandes oreilles de la CIA n'ont pas pu ne pas entendre... avec qui, cela serait intéressant à savoir. C'est comme pour Mumbaï, où la CIA était à l'écoute et fort présente sur le terrain même. Cette libération était intervenue quelques jours seulement après que le Département d'Etat US ait imposé des sanctions contre les personnes et les entreprises en relation avec son réseau. L'ISI continuait à jouer au chat et à la souris, visiblement.

Toujours est-il qu'avec la décision d'envoyer les trois membres de la famille en procès, un obscur juge suisse va se retrouver à se battre avec un vieux mur blindé : celui des entremises de la CIA dans le monde. A-t-elle freiné la prolifération nucléaire ou l'a-t-elle favorisé ? Les Etats-Unis ont-ils donné un coup de main à des Etats pour en freiner d'autres dans leur équipement nucléaire ? La réponse, on l'a eue, dans l'attitude méprisante de Dick Cheney confronté en 1989 à un rapport fait au cordeau expliquant le rôle d'Abdul Qadeer Khan dans cette même prolifération. Le rapport accusant le chimiste pakistanais de prolifération avait fini aux oubliettes de la Maison Blanche par la grâce d'un seul homme. Or dedans, il y avait la description des liens étroits tissés entre Khan et la Corée du Nord, par exemple, ou avec l'Iran. Les Etats-Unis ont beau aujourd'hui pester tous les jours contre ses deux Etats, on peut penser que si Dick Cheney avait su lire ce rapport, ou en appliquer les recommandations, et non songer à l'argent qu'il tirerait personnellement d'une vente d'armes, on n'en serait pas là aujourd'hui. Le monde suspendu au versement d'un bakchich ? Un journaliste avait titré intelligemment à l'époque "ils ont bradé le monde pour une vente de F-16". La sentence demeure vraie, et l'inconséquence d'un Cheney criminelle. Cheney a ensuite tenu à briser la carrière de Richard Barlow, ce que le procès en marche de la famille Tinner va nous rappeler à coup sûr, hélas. Mettra-t-il en cause Dick Cheney ? Personnellement, je le souhaite, en tout cas.

(*) "Le navire, un simple porte-containers, finira sa carrière en s’échouant en... Afrique du Sud, où on le dynamitera". 

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6 réactions à cet article    


  • loadmaster 10 janvier 2011 12:05

    Toujours les mêmes noms de Faucons US et toujours dans des coups de destabilisation !!

    le juge Andreas Mueller va devoir malheuresement faire attention devant ,derriere en haut en bas à gauche à droite !!




    • Pyrathome pyralene 10 janvier 2011 14:24

      Intéressantes investigations, on aurait favorisé la prolifération en sous-main tout en restant ferme médiatiquement......méthode récurrente et largement démontrée !
      L’état d’Israël étant aussi un exemple à mettre au grand jour, bientôt ??
      Dans la même série, la cia embauche du French personnel.......c’est bien la seule qui embauche encore !...mais dans quel but ?? smiley


      • morice morice 10 janvier 2011 18:09

        Intéressantes investigations, on aurait favorisé la prolifération en sous-main tout en restant ferme médiatiquement......méthode récurrente et largement démontrée ! 


        ça me rappelle quelque chose ce que vous dites là...

        wikileaks et les banques....

        • Pyrathome pyralene 10 janvier 2011 20:13

          On attend que wiki envoie la purée......ça va être drôle, des banquiers à loualp....


        • Pyrathome pyralene 10 janvier 2011 21:44

          Et comme ça fait du bien de lire des gens comme ça.....


          • morice morice 27 avril 2011 12:19

            le point tombe des nues



            La Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a débouté, mardi, Urs et Marco Tinner. Ces deux Suisses, originaires de Haag, une petite ville à la frontière de la principauté du Liechtenstein, dénonçaient une détention provisoire de trois ans et demi à quatre ans. Ils avaient été arrêtés en 2004 et 2005, soupçonnés d’avoir développé des centrifugeuses à gaz destinées à l’enrichissement de l’uranium. Leur commanditaire ? Le colonel Kadhafi. 

            Dans son arrêt, la Cour européenne considère que les faits sont suffisamment graves pour justifier un emprisonnement aussi long. Urs, 46 ans, et Marco, 43 ans, travaillaient avec Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise. Par ailleurs, Marco Tinner est également soupçonné d’avoir blanchi 12 millions de francs suisses (9,4 millions d’euros) au Liechtenstein, fruits de leur juteux trafic. Apparemment, la Cour européenne des droits de l’homme n’a pas été attendrie par le fait que la famille Tinner, tout en travaillant pour la Libye, renseignait la CIA..

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