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Accueil du site > Tribune Libre > Des « forest schools » enfin en France

Des « forest schools » enfin en France

C'est une nouveauté, cela ne l'est pas en Angleterre, en Allemagne et dans les pays du nord, des "forest schools" s'ouvrent enfin aux enfants en France. C'est un véritable mouvement animé par des jeunes militantes de l'éducation qui est en train de naitre. Tant mieux pour les familles habitant les collectivités qui savent les accueillir.

Le 22 octobre à Ploneis, pas très loin de Quimper en Bretagne, avaient lieu les premières rencontres du Réseau français de pédagogie par la nature (RPPN). Nous étions une grosse douzaine de participant.e.s. Les 3 jours précédents, une formation, créé et animée par deux membres fondatrices du réseau ayant le certificat de « forest school leader » (diplôme anglo-saxon très complet), s’est déroulée à plus d’une vingtaine pour découvrir les bases de la pédagogie par la nature et les fondements d'une forest school. Pour ces rencontres sont réunis là des pionnières, des gens de la trentaine en majorité et surtout des femmes. Par un temps gris qui fait tout juste place à l’incroyable soleil d’octobre 2018, l’ambiance est excellente, les sourires aux lèvres, l’enthousiasme est palpable. C’est la toute nouvelle association « Autour du feu  » première « forest school » de Bretagne crée par Julie Ricard et son compagnon qui nous reçoit. 

Ne cherchez pas la salle d’activité

Ici quand on vient participer aux rencontres nationales de ceux qui veulent rendre les bois aux enfants où rendre les enfants au bois plutôt, il ne faut pas chercher la salle de réunion. La réunion elle aura bien lieu, mais ce sera dehors assis sur des rondins disposés en cercle autour du foyer. Belle manière d’illustrer l’idée de cohérence en éducation. Vois ce que je fais, t’occupes pas trop de ce que je dis.

Caresser la mousse

Les forest school sont en train de se développer à une vitesse fulgurante comme évoqué récemment dans ce sujet du 20h de France 2. Nombreux sont en effet celles et ceux qui ont compris combien la fréquentation régulière de la forêt était bénéfique pour les enfants et ça dès les premières années. Caresser la mousse, ramasser une châtaigne, se saisir d’un bâton, grimper aux arbres, fouiller dans l’humus, observer un oiseau, faire une cabane avec ses copains… tant de choses vitales qui ne sauraient encore longtemps être réservées à quelques un.e.s. Nous sommes tous humains et dans l’humain il y a du sauvage, à nouveau autorisé à s’épanouir.

Mouvement sans frontière

Celles qui sont réunies là vivent en Lorraine, à Carcassonne, dans la Drôme, sur l’île de Ré, en Loire Atlantique, Creuse ou à Fontainebleau…Parmi nous, trois participantes viennent même de l’étranger, Angleterre, Espagne, Allemagne. Elles parlent bien français car elles se sont installés ici et ont amené chez nous le concept de « forest school » et de « waldkindergarten » en créant leurs structures. La dimension internationale est une évidence pour ce jeune mouvement. Julie s’est formée en Angleterre pendant quatre années, elle est maintenant déterminée et très enthousiaste pour transférer ses savoirs et jouer un rôle avec les autres dans le développement des forest school en France. Ils y a plusieurs enseignantes ici. Toutes ont lâché l’EN, elles ne pouvaient plus, sauf une qui est encore à mi-temps par vocation. Respect.

Un lieu d’exception.

La magie commence déjà sur la route en arrivant. Loin de la voie rapide, on a d’abord l’impression d’être dans un de ces chemins creux dont la Bretagne a le secret, seul incongruité : le goudron sous les pneus. Puis nous passons sous la voute formée par les hautes branches des arbres. Nous voilà projeté dans un autre monde où règne le calme. Il y a à peine une heure nous étions gare de Quimper, le contraste est saisissant. La voiture posée, nous traversons le pré à l’herbe bien épaisse vers la lisière de la forêt et nous y sommes, c’est le bois. Un joli panneau nous accueil à « Lanhoulou ici on prend soin de soi, des autres et de la nature », good !

Loin des écrans

L’image de l’enfant seul, avachi sur son canapé, la tête dans l’écran de sa tablette nous désole. Quand la séquence dure des heures, elle nous afflige, tant nous sentons que c’est mauvais pour eux… pas normal. A l’extrême inverse de cela, il y a l’enfant en forêt. La nature, les enfants la connaissent dans leurs gènes. Ils y sont actifs, ils y sont plein d’initiatives, ils y entreprennent un tas d’activités ensemble. Ils y sont bien. On aime voir les enfants bouger. Normal ils sont faits pour ça. Ils sont fait pour apprendre, ils sont fait pour jouer librement, ils sont fait pour jouer en apprenant. Dans son livre, « Libres pour apprendre  », qui est entrain de devenir une référence, Peter Gray l’explique très bien.

Soupe à la bouillasse

Bon pas de salle… Mais ce bon feu attirant sous son immense parachute qui nous abrite, nous protège. On se salut, on ne s’est jamais vu, on se parle… l’ordre du jour, le premier point, il ne peut en être autrement, Julie le sais, elle s’en doute, elle l’a compris : voir le site, tout visiter, nous rendre compte de ce que les enfants vivent là. C’est ce que nous avons fait. Nous suivons la maîtresse de maison. Ici, une cuisine dans les bois où sont disponibles cuillères, passoires, casseroles, … on y fait la soupe à la bouillasse. Plus loin on peut s’exercer à marcher sur un tronc, il y a même une slacklin (seule concession visible à la modernité).

Un escalier de contes de fées

Le terrain est en pente. Voilà le « trou des géants », la lorraine est déjà au fond (les adultes aussi ont le droit de s'amuser !), il y a des cordes pour en remonter. Un peu plus loin, un escalier de contes de fées, puis les toilettes sèches et la prairie. Ici, un espace où l’on peut bricoler, un autre où l’on peut lire bien protégé sous la bâche, on est bien. On traverse la prairie bien exposée en hiver, fraîche en été, on arrive à la rivière. C’est un joyau. Les touradons sont là comme des sentinelles. Juste à coté un immense chêne. Une de ses hautes branches supporte la corde de la balançoire… ce monde est un rêve.

Assemblée générale et châtaignes grillées

Après la visite et le repas constitué de pates cuites au feu de bois accompagnées d’une délicieuse sauce courgettes, poivrons, oignons, tomates, épices… L’assemblée générale, la première de l’association, s’est déroulée conduite par Julie, la présidente et Ruth, la secrétaire débarquée d’Angleterre. Pendant les différents rapports tous votés à l’unanimité, nous dégustions des châtaignes grillées. Les projets d’activité pour l’année à venir se mettent dans les rails - poursuivre les formations, participer au forum international des forest school de Zurich en mai 19, organiser des rencontres régionales, rechercher des fonds…-. Les liens avec l’ensemble des partenaires de l’éducation et de l’environnement vont se consolider, de nouveaux vont se créer. Avec ses plus de quatre-vingt adhérents l’association va bien, elle est en bonnes mains.

Parentalité et syndrome de manque de nature.

Il y a ce mouvement autour de la parentalité en France qui commence à bien se remarquer dans le paysage, comme récemment à Chemillé (49). Des jeunes couples, des femmes là aussi en première ligne qui se posent la question du comment être de bons parents et qui dans ce cadre de réflexion ne veulent en aucun cas exposer leurs enfants au syndrome de manque de nature. C’est si simple à éviter c’est si essentiel pour chaque personne entrain de grandir auprès de nous et si essentiel pour l’avenir des humains et de tout ce qui vit sur la planète.

Collectivités et porteurs de projet

Il y a environ une quarantaine de sites en France entrain de devenir des forest school (infos, contacts et ressources sur le site du RPPN : https://www.reseau-pedagogie-nature.org/). Les porteurs de projet qui souhaitent ouvrir leur terrain sont nombreux. On pense alors naturellement aux collectivités à celles en particulier qui ont déjà leurs cantines bios, leurs jardins scolaires, les coins nature et qui vont faire un pas de plus … Des villes, des communes rurales commencent à vouloir se doter de terrains en pleine nature consacrés exclusivement à l’épanouissement des enfants. Pas de doute que ces désirs d’action, ces énergies vont se rencontrer et qu’on va bientôt tous avoir pas loin de chez soi la forest school du coin, lieu où bien accompagnés par des adultes formés enfants et nature se rencontrent, se retrouvent, sont bien ensemble et ensuite pour le bien de l’un comme de l’autre, ne peuvent plus se quitter.

RG et merci à Pauline Lorent de Marmaille et pissenlits

Documents joints à cet article

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16 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 5 novembre 2018 15:28

    La connerie resplendira donc jusqu’au fin fond des bois...

    Qu’il en soit ainsi...

    Ce sont les mecs de l’INRA qui vont être contents, si ça pouvait calmer l’épidémie de suicide dans leurs rangs...


    • Martha 5 novembre 2018 16:06

      @Clocel

       Tristounet votre commentaire.


    • Ruut Ruut 5 novembre 2018 16:55

      C’est une classe d’anglais ?


      • aimable 5 novembre 2018 17:30

        @Ruut
        vu le titre on pourrait croire, mais pour l’auteur cela fait certainement plus in que l’école en forêt , qui fait sommes toute plus poétique .


      • amiaplacidus amiaplacidus 5 novembre 2018 17:56

        La « boboitude » dans toute sa splendeur.


        • ZenZoe ZenZoe 6 novembre 2018 09:41

          @amiaplacidus
          Pas grave, du moment qu’on est les premiers dans les classements PISA.


        • Didier-David Maurice Didier-David Maurice 5 novembre 2018 18:13

          on est tellement dépendant des idéologies outre atlantistes qu’on utilise leur vocable. trop cool !


          • totof totof 6 novembre 2018 00:15

            Avec ma copine, on a déscolarisé nos mômes pendant quelques années. Du coup, on s’est retrouvé avec d’autres familles qui déscolarisaient. Qu’est-ce qu’on a vu ? Alors que nous, nous déscolarisions par hostilité au pouvoir central, à l’Etat, que nous considérons comme l’ennemi du peuple, on a rencontré que des bobos qui veulent être heureux. Nous, on avait en tête la liberté, eux ils avaient en tête le bonheur. En fait, la déscolarisation est un mouvement totalement dépolitisé par les bobos. Ce qu’ils recherchent, c’est le bien être, même si le monde s’écroule autour d’eux.

            Autre chose : la pédagogie, on s’en tamponne. L’âme ne peut être un objet de science. On a enseigné à nos enfants comme on le sentait et quand on les a scolarisé, ils avaient un super niveau malgré le peu d’heures que nous faisions par semaine.


            • zygzornifle zygzornifle 6 novembre 2018 12:29

              Souhaitons leur de ne jamais croiser de chasseurs ....


              • JC_Lavau JC_Lavau 6 novembre 2018 12:35

                Les rats de Papy ont manqué cette bonne bouffe là.


                • Dr Destouches Dr Destouches 6 novembre 2018 13:06

                  Les forets regorgent de tiques partout dans le monde

                   LE RISQUE DE CONTRACTER UNE MALADIE DE LYME EST GRAND

                  10% chez les forestiers


                  • eric 6 novembre 2018 13:08

                    Ouai, et l’autre soir, à Paris, sur l’île Saint Louis, j’ai croisé un type qui faisait du street fishing m’ -t-il dit.. ; il balançait sa cane à pêche depuis le pont...

                    Bon, après, si la fille étudié 4 ans en Angleterre, on peut comprendre.

                    je ne connais pas ce truc ; c’est peut être très bien ; Il y a sans doute des enfants qui ne connaissent pas la forêt.

                    Après c’est clairement de la marchandisation ultralibérale . On va payer des gens pour qu’ils étudient 4 ans à l’étranger, pour les financer par des subventions de collectivités déjà souvent endetté ou en manque de budget pour les pauvreté afin de faire de façon payante ce que l’on faisait autrefois gratuitement.

                    Le fait qu’il s’agisse d’argent public n’y change rien. Il faut payer pour caresser de la mousse en foret.

                    Vous verrez qu’un jour on interdira d’organiser des soupes à la bouillasses si on a pas les diplômes requis....


                    • Surya Surya 7 novembre 2018 09:47

                      Quand j’étais gamine, dans les années 70, à l’époque plus ou moins hippie, nos enseignants nous amenaient déjà en forêt. Ils nous montraient la nature, nous apprenaient à « caresser la mousse, ramasser une châtaigne, se saisir d’un bâton, grimper aux arbres, fouiller dans l’humus, observer un oiseau, faire une cabane avec ses copains… ». 

                      Ils n’ont donc strictement rien inventé, ce concept d’éduquer à la nature existe depuis belle lurette. Y a juste quelques petits malins qui ont compris qu’ils vont pouvoir se faire un max de fric avec, en alignant des pseudos diplômes (faut un diplôme pour apprendre à un môme à ramasser des chataignes, se saisir d’un bâton, grimper aux arbres etc ?) et bien sûr en ratissant large : les familles d’enfants autistes, handicapés, les familles d’enfants normaux, les enseignants déglingués au bord de l’asphyxie, les enseignants qui tiennent encore debout « par vocation », les bobos, les écolos, les ceci et les cela...

                      Réveillez-vous ! Vous êtes tout simplement face à une énième énorme arnaque à votre porte monnaie.


                      • Arthur Gohin 9 novembre 2018 07:05

                          Pourquoi pas « Ecole forestière » ? Au moins ils auraient trouvé une jolie expression. Mais là ils imaginent avoir trouvé une nouvelle lumière, alors qu’ils ne font que ce que bien d’autres ont fait bien avant eux.

                          Comme souvent, une expression anglaise donne l’illusion d’apporter quelque chose de nouveau.

                         Ainsi, « fake news » ne veut rien dire de plus que « fausse nouvelle », et « big bang » ne veut rien dire de plus que « grand boum ». Mais des fausses nouvelles il y en a toujours eu, notre monde n’est pas plus en déroute qu’avant. Et ni le mystère de l’existence ni le pourquoi des évènements n’est éclairé d’un iota par la théorie du « grand boum ».

                          Donc, prendre soin de soi, des autres et de la nature. Et pour l’amour de qui ? 

                        En fait c’est l’arnaque habituelle : Dieu ? Pas besoin. 


                        • Raymond75 11 novembre 2018 11:14

                          « forest scholls » cela veut dire « écoles forestières » je crois ? Mais cela a plus de gueule en anglais ...


                          • Charles Martel Charles Martel 12 novembre 2018 13:15

                            @l’auteur : expert en éducation et environnement ?

                            quels sont vos diplômes, que vaut votre expertise ?

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