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Deux livres inégalables sur la Commune de Paris

A l'occasion du 150ème anniversaire de La Commune, il est peut-être utile pour celles et ceux qui veulent comprendre cet événement historique exceptionnel et pour ne pas tomber dans les dénigrements, déformations et autres mensonges des vainqueurs, de lire « La Guerre civile en France 1871 » de K Marx (1) et celui de Prosper-Olivier Lissagaray « Histoire de la Commune de 1871 » (2).

La signification de la Commune ainsi que les causes de sa défaite ne peuvent être comprises qu'à travers une lecture politique. Et les deux écrits brillent non seulement par leur clarté et leur force de conviction, mais aussi par leur interprétation politique de la très brève existence de la Commune.

Certes, il existe une abondante et intéressante littérature sur la Commune, mais les ouvrages de Marx et de Lissagaray restent aujourd'hui encore inégalables.

 

« Ce qui est vrai de ces deux Adresses, disait Engels dans son introduction, l'est aussi de celle sur La Guerre civile en France. Le 28 mai, les derniers combattants de la Commune succombaient sous le nombre sur les pentes de Belleville, et deux jours après, le 30, Marx lisait déjà devant le Conseil général ce travail où la signification historique de la Commune de Paris est marquée en quelques traits vigoureux, mais si pénétrants, et surtout si vrais, qu'on en chercherait en vain l'équivalent dans l'ensemble de l'abondante littérature écrite sur ce sujet ».

De cette guerre civile, Marx en a tiré comme à son habitude plusieurs conclusions notamment celles concernant l’État et l'émancipation des travailleurs : « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre tel quel l'appareil d'État et de le faire fonctionner pour son propre compte ». Un peu plus loin, il ajoute « La classe ouvrière n'espérait pas des miracles de la Commune. Elle n'a pas d'utopies toutes faites à introduire par décret du peuple. Elle sait que pour réaliser sa propre émancipation, et avec elle cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle en vertu de son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques, qui transformeront complètement les circonstances elles-mêmes ».

 

Dans sa préface à la chronique de Lissagaray (1838-1901), acteur et témoin de la Commune, Jean Maitron écrit « Ainsi donc par l'objectivité de ses témoignages, par l'intelligence de ses conclusions, l’œuvre de Lissagaray constitue encore l'indispensable introduction à toute étude de l'événement ».

Lissagaray avait publié à Bruxelles juste après la semaine sanglante « Les huit journées de mai derrière les barricades ». Ce récit constitue le premier témoignage de cet événement aussi héroïque que tragique.

Jenny Marx dans une lettre à Louis Kugelmann disait « À une seule exception près, tous les livres sur la Commune qui ont paru jusqu'à présent ne valent rien. Cette unique exception à la règle générale, c'est l'ouvrage de Lissagaray que vous recevrez en même temps que cette lettre ».

 

Lissagaray a repris et remanié profondément ce texte après un long travail de recherches et d'enquêtes auprès des survivants et publie en 1876 « Histoire de la Commune de 1871 » à Bruxelles. Le livre fut réédité à plusieurs reprises (4).

Voici un passage du chapitre VII :

« A côté de ces mandarins de la tribune, de l'histoire, du journalisme, incapables de trouver un mot, un geste de vie, voici les fils de la masse, innommés, abondants de volonté, de sève, d'éloquence. Leur adresse d'adieu fut digne de leur avènement  : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des même maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus... Défiez-vous également des parleurs... Évitez ceux que la fortune a favorisés, car, trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère...Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages. Le véritable mérite est modeste, et c'est aux travailleurs à connaître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter ». Lissagaray reste le grand historien de la Commune.

 

« La guerre civile en France », « Histoire de la Commune de 1871 », deux livres sans équivalent sur un événement révolutionnaire qui a marqué l'histoire non seulement de la France, mais celle de toute l'humanité.

 

Mohamed Belaali

Blog M Belaali

 

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(1)https://www.marxists.org/francais/engels/works/1891/03/fe18910318.htm

(2)http://classiques.uqac.ca/classiques/lissagaray_Prosper_Olivier/Histoire_Commune_1871/Histoire_Commune_1871.pdf

(3)https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/kug/km_kug_18711221.htm

(4)https://maitron.fr/spip.php?article248694)

 


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13 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 15 mars 11:30

    Mon précédent commentaire ayant été effacé, je le résume en espérant que, cette fois-ci, il reste.

    Le boucher Thiers, n’a pu écraser la commune que par l’appui décisif de Bismark dont l’armée faisait le siège de Paris. Alors que les Français avaient perdu la guerre contre les Prussiens et négociaient un armistice, les deux camps qui ne représentaient pas des intérêts populaires ont fait une alliance pour éradiquer le principal danger pour leur classe sociale.


    • CN46400 CN46400 15 mars 15:43

      @Séraphin Lampion
      C’est évident, la bourgeoisie fait toujours passer ses intérêts avant les intérêts nationaux. Un troisième livre vaut le détour, c’est celui de Georges Soria, largement illustré, publié pour le centenaire (1971) par les Editions du PCF


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 15 mars 16:21

      @CN46400

      malheureusement, c’est pas évident pour tout le monde


    • pierrot pierrot 15 mars 20:11

      @Séraphin Lampion
      La Commune de Paris représentait le peuple parisien qui refusait de céder à l’ennemi Prussien et alliés allemands. 
      Ce peuple était constitué d’ouvriers, de petits chef d’entreprise, de républicains et même de bourgeois qui n’acceptaient pas la défaite des armées impériales écrasées à Sedan.

      L’épisode déclenchant a été la volonté de Thiers de reprendre les canons qui étaient la propriété des gardes nationaux par souscription volontaire de tous.
      Cela à aboutir à une émeute, et l’armée a pris faits et cause en faveurs du peuple révolté, fusillant ses propres généraux.

      Mais la Commune ne disposait pas de grands stratèges militaire, à part Wrobolski et Dombrowski qui aurait dû prendre le mont Valérien qui n’était pas défendu, installer les canons qui auraient pulvérisé les armées de Thiers.

      Le siège de Paris a duré du 18 mars au 27 mai 1871 a été d’une rare cruauté : famine sauf rats, chiens, chats, et souris, animaux du zoo, pas de lait ni de pain,  froid sans charbon, les habitants se terrent dans les caves afin d’éviter les obus et bombes.

      Cela aboutira à la semaine sanglante à partir du 21 mai 1871 qui se terminera par les combats au cimetière du Père Lachaise.
      Les historiens estimes à 60 000 morts dans des massacres et fusillades sans jugement, 40 000 arrestations et déportation en Nouvelle Calédonie (Louis Michel entre autres° ;
      La Commune de Paris est aujourd’hui célébrée dans le monde entier pour son programme révolutionnaire : la terre aux paysans, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous, la séparation de l’église et de l’Etat, la suppression des amendes et la remise des loyers, etc.


    • pierrot pierrot 15 mars 20:12

      @pierrot
      lire Louise Michel


    • Ben Schott Ben Schott 15 mars 20:22

      @pierrot
       
      Nul doute que Séraphin Lampion sera ravi de ton petit résumé wikipedia sur la Commune, il n’avait jamais entendu parler de cet épisode de l’Histoire de France.
       
       

       
       
       
      (Nan mais cette année, ils ne doutent vraiment de rien !)


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 16 mars 09:58

      @Ben Schott

      merci


    • QAmonBra QAmonBra 15 mars 18:56

      Merci @ l’auteur pour le partage.

      Je suis également de ceux pour qui la Commune restera toujours un accroche cœur mais, avec l’âge, une question me turlupine de plus en plus : Les français d’aujourd’hui sont ils encore les dignes descendants de leurs ancêtres  ?

      Ou bien le flambeau du combat millénaire des humbles pour la liberté, est il à présent aux mains rugueuses d’autres peuples, d’autres nations confrontées à la misère !?. . .


      • pierrot pierrot 16 mars 05:47

        @QAmonBra
        On ne peut pas comparer les évènements : Paris n’est pas assiégé, la famine n’y sévit pas, on ne mange plus les rats et souris, Paris n’est pas bombardé jour et nuit par une armée étrangère.
        Mais, célébrons les évènements historiques glorieux de la Commune de Paris, qui a institué une politique sociale généreuse en faveur des prolétaires.


      • pierrot pierrot 16 mars 05:52

        Accessoirement mon arrière grand père Paul Emile a été nommé colonel de la Commune par Dombrowski qui commandait la rive droite de la Seine.

        Ses exploits militaires ont été rapportés par un livre rédigé par un académicien.

        Il a été condamné à mort, s’est échappé et s’est refugié à Londres pour revenir après l’amnistie de 1878.


        • Décidément, c’est le jour. La seule chose qui m’intéresse de cette époque, c’est leur calendrier. Jour du pissenlit.  Le temps de Sainte Bénédicte, de tout le printemps les jours édicte. C’est vrai que dehors il pisse. Je conseille MAURICE AGULHON. Ayant connu son cousin, ils ont une excellente mémoire et bonne vue. Son livre testament : 


          • La mélancolie de la mort et la lumière divine : Le pissenlit est aussi appelé « dent de lion » en raison de la découpure de ses feuilles. Aussi, son goût amer évoque la mélancolie de la mort. Cependant, ses fleurs solaires et printanières rappellent la lumière divine et la promesse de la résurrection.


            • Prosper-Olivier Lissagaray et Maurice Agulhon se sont connus étant associé au prix MAITRON. 

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