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Accueil du site > Tribune Libre > Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme (...)

Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme par Ha-Joon Chang

franck abed chang.jpg

Ha-Joon Chang (1) est professeur à l’université de Cambridge et spécialiste de l’économie hétérodoxe. Ses travaux en économie du développement lui ont déjà assuré une renommée internationale. Par ailleurs, il a reçu en 2005 le prix Wassily Leontief pour l’avancement des limites de la pensée économique, qui couronne les contributions exceptionnelles à la théorie économique, analysant la réalité contemporaine et le soutien juste et durable des sociétés. Dans cet ouvrage percutant et stimulant publié en 2010, Chang tord le cou à de nombreuses idées reçues en matière économique. De plus, il propose des analyses alternatives que nous trouvons réellement très intéressantes.

Dès les premières lignes, Chang se livre à un constat implacable : « L’économie mondiale est en lambeaux. Seule une stimulation budgétaire et monétaire d’une ampleur sans précédent a conjuré son effondrement total dans le sillage de l’écroulement financier de 2008, et le krach mondial de cette année-là n’en reste pas moins la crise économique la plus grave de l’histoire après la Grande Dépression.  » Il ajoute aussitôt : « A l’heure où j’écris (mars 2010), certains ont beau déclarer la récession terminée, une reprise durable est loin d’être certaine. En l’absence de réformes des mécanismes financiers, les politiques monétaires et budgétaires laxistes ont créé de nouvelles bulles financières, tandis que l’argent fait cruellement défaut à l’économie réelle.  »

Il poursuit son analyse en prédisant que «  même si la reprise se poursuit, les effets de la crise se feront longtemps sentir. Les entreprises et les ménages mettront des années à assainir leur situation financière. Les Etats, confrontés aux énormes déficits budgétaires que la crise leur a infligés, seront contraints de réduire très sensiblement les investissements publics et les dépenses sociales, ce qui pèsera sur la croissance, aggravera la pauvreté et compromettra la stabilité des sociétés - peut-être pendant des décennies. Parmi ceux qui ont perdu leur emploi et leur liaison pendant la crise, certains ne réintégreront peut-être jamais le circuit économique normal. Effroyables perspectives. »

Toutefois, que ce soit en économie ou en biologie, et même en histoire, les événements n’arrivent jamais par hasard. Après avoir dressé un constat terrible mais objectif, l’auteur n’hésite pas à dénoncer le responsable de cette situation catastrophique, en répondant à la question qu’il a lui-même posée : « Qui a créé ce désastre ? En dernière analyse, c’est l’idéologie du marché libre, qui gouverne le monde depuis les années 1980. »

Loin de se contenter d’une simple dénonciation, il prend le soin de développer son propos : « On nous a dit que si on laisse faire les marchés, ils produiront le résultat le plus efficace et le plus juste : efficace parce que les individus sont les mieux placés pour savoir comment utiliser les ressources dont ils disposent, juste parce qu’avec le jeu de la concurrence le marché les récompensera en fonction de leur productivité. » Est-ce qu’il dit faux ? Nous pensons, bien évidemment, que ses paroles expriment un authentique bon sens, et de fait il poursuit avec vigueur et clarté sa diatribe contre le libéralisme économique : « On nous a dit qu’il faut accorder le plus de liberté possible aux entreprises, car étant au contact direct du marché, elles savent ce qui est le mieux pour elles, donc laissons-les faire ce qu’elles veulent et la création de richesse sera maximisée, ce qui profitera au reste de la société. Bref, on nous a dit : fiez-vous totalement au marché et ôtez-vous de son chemin. » Chaque jour ou presque, nous voyons les désastres qui découlent de l’application massive de cette doctrine économique.

En effet, comme le rappelle à juste titre Chang, c’est précisément ce modèle qui fut adopté et qui a donné les résultats que nous connaissons : « Dans les trois dernières décennies, la plupart des pays ont suivi ce conseil et pris des mesures néolibérales : privatisation des sociétés industrielles et financières publiques ; déréglementation de la finance et de l’industrie ; libéralisations des échanges et des investissements internationaux ; réduction des impôts sur le revenu et des prestations sociales. » `

Chang mentionne également que les promesses annoncées n’ont nullement produit les effets escomptés : « Les défenseurs de ces politiques admettaient qu’elles pouvaient créer temporairement quelques problèmes, par exemple accroître les inégalités, mais ils assuraient qu’en définitive elles allaient améliorer la situation de tous en créant une société plus dynamique et plus prospère. On se souvient de leur métaphore préférée : la marée montante soulève tous les bateaux. Les effets de ces politiques ont été diamétralement opposés à leurs promesses. » L’auteur précise aussi que « dans de nombreux pays riches, ces conséquences négatives ont été dissimulées par une gigantesque expansion du crédit ». Le recours à la planche à billets maintient artificiellement le système en vie, mais pour combien de temps ?

Tous les observateurs attentifs constatent que les pays riches ne se portent pas bien sur le plan économique. Chang explique qu’ « aux Etats-Unis, par exemple, la stagnation des salaires et l’allongement de la durée du travail depuis les années 1970 se sont commodément perdus dans les vapeurs de l’enivrant breuvage du crédit à la consommation ». Il relève en outre que « depuis trente ans, les niveaux de vie stagnent en Afrique Subsaharienne, et qu’en Amérique latine, le taux de croissance par habitant a chuté des deux tiers ». Néanmoins, il n’oublie pas de parler de l’Inde et de la Chine, qui « ont connu une croissance rapide, accompagnée, il est vrai, d’une hausse accélérée de l’inégalité, mais ce sont justement des pays, qui tout en libéralisant partiellement, ont refusé d’introduire les politiques néolibérales dans leur intégralité ».

De ce fait, l’ambition du livre est de démystifier les nombreuses idées reçues sur l’économie. Chang énonce donc clairement son projet : « Ce que nous ont dit les partisans de la liberté du marché - les économistes néolibéraux - n’était dans le meilleur des cas qu’en partie vraie, et dans le pire complètement faux. Je vais le montrer tout au long de ce livre : les vérités colportées par ces idéologues du marché libre reposent sur des postulats paresseux et une vision rétrécie de la réalité, même si leur démarche n’est pas nécessairement intéressée. Mon objectif dans cet ouvrage est d’énoncer sur le capitalisme certaines vérités essentielles qu’ils ne vous disent pas. »

Chang ne défend pour autant pas le marxisme ou le communisme : « Ce livre n’est pas un manifeste anticapitaliste. Critique de l’idéologie du libre marché et hostilité au capitalisme sont deux choses différentes. Malgré ses problèmes et ses limites, le capitalisme, reste, à mon sens, le meilleur système économique qu’ait inventé l’humanité. Ma critique porte sur une version particulière de ce système, celle qui domine le monde depuis trente ans : le capitalisme néolibéral. »

Il y a un autre aspect sur lequel Chang insiste avec force et raison : «  Il n’est pas nécessaire de connaître tous les détails techniques pour comprendre ce qui se passe dans le monde. Ne portons-nous pas des jugements sur toutes sortes d’autres problèmes où nous n’avons pas de compétence technique ? Nul besoin d’être un expert en épidémiologie pour savoir qu’il faut des normes d’hygiène dans les conserveries, les boucheries et les restaurants. Pour les jugements sur l’économie, c’est pareil. Du moment que l’on connaît les principes cruciaux et les faits de base, on peut porter certains jugements tranchés sans connaître les détails techniques. Il n’y a ici qu’un prérequis : il faut enlever les lunettes roses que les idéologies néolibérales aiment vous voir porter tous les jours. Avec ces lunettes, le monde paraît simple et joli, mais retirez-les, et regardez la lumière claire et dure de la réalité. »

Sur un ton léger, mais avec pédagogie, un sérieux cousu d’humour espiègle par un immense talent et une intelligence agile et lumineuse, Chang détruit vingt-trois contrevérités économiques continuellement diffusées par les médias dominants, et omniprésentes dans le discours ambiant. Il enseigne ainsi que les marchés libres n’existent nulle part, que la firme globale apatride est un mythe, qu’enrichir les riches n’enrichit pas les autres, que les politiques de libre-échange n’ont jamais sorti un pays de la pauvreté… Il est important de comprendre pour quelles raisons nous nous retrouvons dans cette situation. Concrètement, ce livre va aux racines et aux fondements, il nous aide à y voir plus clair et nous expose et justifie de nombreux arguments à présenter en réponse aux libéraux. Le chemin que prend l’économie mondiale résulte d’une volonté intellectuelle et non de l’action « d’une main invisible » (2). Chang conclut : « Ce qui est arrivé à l’économie mondiale n’était ni un accident, ni l’effet d’une force irrésistible de l’histoire… »

 

Franck ABED

 

(1) A ne pas confondre, bien évidemment, avec Hae-Joo Chang, héros deCloud Atlasdans la section des Aventures de Sonmi-451(dans le film, il est interprété par Jim Sturgess).

(2) Caritas in Veritate, Benoît XVI, 2009, notamment §§ 36-37.

« 36. L’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande. Celle-là doit viser la recherche du bien commun, que la communauté politique d’abord doit aussi prendre en charge. C’est pourquoi il faut avoir présent à l’esprit que séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres.

L’Eglise a toujours estimé que l’agir économique ne doit pas être considéré comme antisocial. Le marché n’est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La société ne doit pas se protéger du marché, comme si le développement de ce dernier comportait ipso facto l’extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le marché peut être orienté de façon négative, non parce que c’est là sa nature, mais parce qu’une certaine idéologie peut l’orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le marché n’existe pas à l’état pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisent et l’orientent. En effet, l’économie et la finance, en tant qu’instruments, peuvent être mal utilisées quand celui qui les gère n’a comme point de référence que des intérêts égoïstes. Ainsi peut-on arriver à transformer des instruments bons en eux-mêmes en instruments nuisibles. Mais c’est la raison obscurcie de l’homme qui produit ces conséquences, non l’instrument lui-même. C’est pourquoi, ce n’est pas l’instrument qui doit être mis en cause mais l’homme, sa conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale.

[…]

37. La doctrine sociale de l’Eglise a toujours soutenu que la justice se rapporte à toutes les phases de l’activité économique, parce qu’elle concerne toujours l’homme et ses exigences. La découverte des ressources, les financements, la production, la consommation et toutes les autres phases du cycle économique ont inéluctablement des implications morales. Ainsi toute décision économique a-t-elle une conséquence de caractère moral. »


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42 réactions à cet article    


  • Le421 Le421 18 août 16:32

    Comment voulez-vous qu’avec des dirigeants comme Macron en France, par exemple, on nous explique que sorti du « marché », rien ne peut fonctionner correctement...

    Bon, d’accord.

    Certains commencent à se rendre compte que des éléments tels que les médicaments, confiés au « marché », finissent par manquer pour une raison très simple.

    De la même façon, mais opposée, que le fait qu’une multitude de chômeurs fait baisser les salaires, la rareté des médocs va automatiquement augmenter les prix et... Les bénéfices !! Dans les deux cas, d’ailleurs.

    Et le but n’est-il pas d’enrichir ceux qui le sont déjà à profusion.

    Que peux donc faire Bernard Arnault de tout son fric ??

    Là, je me pose la question...

    Je ne suis même pas certain qu’in fine, il soit plus heureux que moi.

    Mourir un jour, perdre tout ce pouvoir, tout cet argent... Terrible !!


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 18 août 18:54

      @Le421
      Pénurie de médicaments, un collectif de médecins demande la relocalisation de la production. Ben ça alors ? La main du marché dans la culotte à ma soeur, ça ne marche donc pas ? Les Français découvrent à cette occasion que de nombreux médicaments sont fabriqués en Inde ou en Chine.


    • Le421 Le421 19 août 08:26

      @Fifi Brind_acier
      Ben oui... Toujours la recherche du profit maximum.
      Pour les présidentielles 2017, je pose une question :
      Sanofi a sponsorisé :
      A Macron
      B Le Pen
      C Mélenchon

      On peut le faire avec Asselineau si vous voulez, la question ne se pose même pas en fait !!


    • Parlez moi d'amour Parlez moi d’amour 19 août 18:20

      @Fifi Brind_acier

      Et comme par hasard ce sont les médicaments les moins coûteux et qui font leur preuve depuis longtemps qui ne sont plus produits, devinez-pourquoi !


    • Yaurrick Yaurrick 20 août 18:00

      @Fifi Brind_acier
      Pourquoi oubliez vous l’effet du plafonnement des prix des médicaments en France ainsi que la forte demande dans les pays émergents ?


    • foufouille foufouille 20 août 18:04

      @Yaurrick
      ben oui, ils peuvent payer plus cher que nous ...........


    • Chris 18 août 17:23

      Donc il écrit que le désastre vient du marché libre, qui gouverne le monde depuis 1980, tout en enseignant que les marchés libres n’existent nulle part ? J’ai bien lu, ou bien c’est le résumé qui raconte n’importe quoi ?

      Sur le « capitalisme néo-libéral » maintenant, c’est quoi au juste ? C’est la politique interventionniste des états telle qu’elle est décrite ici, entraînant leur ruine après celle des économies anéanties par leurs politiques monétaires, dans un vain espoir de réduire leurs dettes ? Il n’y aurait pas ici une confusion avec le « capitalisme de connivence » lié aux interventionnismes étatiques et qui n’a donc rien de libéral, quel que soit le qualificatif dont on affuble ce terme pour entretenir la confusion dans les esprits ?


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 18 août 18:47

        @Chris
        Keith Dixon « Les évangélistes du marché ». L’idée de départ est la suivante :

        1/ Lutter contre les idées keynésiennes de gestion tripartite de l’économie (Etat, entreprises, syndicats) ; lutter contre toute prétention de l’Etat à intervenir dans l’organisation du marché économique. L’« interventionnisme » y est dénoncé comme la source des tous les maux que ce soit du chômage ou de l’inflation. L’Etat est, selon eux, par essence, « totalitaire ».

        La théorie de base est dirigée contre les interventions de l’Etat, mais comme cela ne fonctionne pas, que la concurrence de chacun contre tous est mortifère aussi bien pour les salariés que pour les entreprises, les aides de l’ Etat sont soudainement les bienvenues.... 

        Les salariés se font donc avoir plusieurs, une fois par l’austérité imposée pour « devenir concurrentiels », et une 2e fois pour « aider ces pauvres entreprises » avec leurs impôts, par le CICE par exemple !


      • Chris 19 août 07:29

        @Fifi Brind_acier
        Oui c’est cela, vous nous en avez déniché encore un bel exemple :

        On dénonce des « évangélistes du marché », que l’on qualifie de (néo-)libéraux, qui prônent un marché libre et non régulé, sans intervention de l’état, et ce serait les mêmes qui font du lobying et vont chercher des subventions auprès de l’état.

        Cet amalgame est pratique pour dénoncer en même temps tout ce qui ne va pas dans le sens voulu, mais plus personne de censé ne se laisse leurrer par ce discours destiné à jeter la confusion dans les esprits les plus faibles, dans un but de propagande.


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 19 août 07:59

        @Chris

        "Le néolibéralisme considère la concurrence comme la caractéristique principale des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, dont les prérogatives démocratiques s’exercent essentiellement par l’achat et la vente, un processus qui récompense le mérite et sanctionne l’inefficacité."

        Le postulat de départ est faux. La concurrence entre humains n’existe que dans des cerveaux malades, les citoyens ont parfaitement compris que la solidarité était indispensable, d’où les syndicats, la Sécurité sociale, les allocations familiales, les APL, les indemnités chômage et les services publics.

        "Les tentatives visant à limiter la concurrence sont considérées comme des dangers pour la liberté. L’impôt et la réglementation sont considérés comme devant être réduits au minimum, les services publics comme devant être privatisés. L’organisation du travail et la négociation collective par les syndicats sont dépeints comme des distorsions du marché qui empêchent l’établissement d’une hiérarchie naturelle entre les gagnants et les perdants. L’inégalité est rhabillée en vertu : elle est vue comme une récompense de l’utilité et un générateur de richesses, lesquelles richesses ruisselleraient vers le bas pour enrichir tout le monde. Les efforts visant à créer une société plus égalitaire sont considérés comme étant à la fois contre-productifs et corrosifs moralement. Le marché est supposé garantir que chacun obtienne ce qu’il mérite.

        Sauf que ça ne ruisselle pas du tout, sauf pour les très riches ! Alors, cessez votre propagande !

        "La croissance économique a été nettement plus lente dans l’ère néolibérale (depuis 1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis) qu’elle ne l’était dans les décennies précédentes, sauf pour les très riches. L’inégalité dans la distribution des revenus et la répartition des richesses, après 60 années de résorption, a augmenté rapidement depuis, en raison de l’écrasement des syndicats, des réductions d’impôt, de la hausse des loyers, des privatisations et de la dérégulation."



      • UnLorrain 19 août 09:59

        @Chris

        Mais Môôôsieur ! « Vous n’avez pas le monopole du marché ! » ( on comprendra quel interventionniste plénipotentiaire je parodie là, un vieux c.. qui causa moults dégâts )


      • Chris 19 août 10:12

        @Fifi Brind_acier
        Vous êtes gonflé vous.
        Vous sortez des citations d’on ne sait où, avec des définitions et descriptions auxquelles je n’adhère pas du tout, et vous les utilisez pour m’accuser de faire de la propagande ?


      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 19 août 10:23

        @Chris
        Vous sortez des citations d’on ne sait où

        Je les sors d’un document que j’ai cité plus bas
        « Une idéologie à la source de nos problèmes ».
        En quoi sont -elles fausses ?


      • Chris 19 août 13:42

        @Fifi Brind_acier
        Puisque vous me posez les bonnes questions je vais y répondre, mais je me contenterai de dire que je n’y adhère pas, et je supprimerai le « néo- » avant « libéralisme », puisque c’est bien ce dernier qui est attaqué :

        — « Le libéralisme considère que la concurrence etc ... » Je suis d’accord avec vous que ce postulat est faux, mais il n’est pas celui du libéralisme.
        La concurrence est perçue par les libéraux comme le moyen pour les individus d’accéder à des marchandises ou services dans les meilleures conditions, puisque effectivement ils votent tous les jours en consommant, ce qui exclut donc comme vous le mentionnez toute forme de consommation fournie par des prélèvement obligatoires, comme la Sécurité sociale, les allocations familiales, les APL, les indemnités chômage et les services publics. Je mets les syndicats de côté parce que les libéraux n’ont rien contre, dans la mesure où ils se contentent de remplir leur rôle (la défense des intérêts de leurs adhérents), tant que leur souscription reste facultative et que leurs accords restent limités à ceux qu’ils prétendent défendre.

        Les libéraux n’excluent ni la solidarité ni la fraternité (si elle sont volontaires évidemment, sinon on doit les qualifier autrement), et n’envisagent aucune forme de compétition entre humains, et pensent même au contraire que leur nature est essentiellement sociale tout en croyant profondément au potentiel de chacun d’eux en préférant les laisser libres de leurs choix.

        — « Les tentatives visant à limiter la concurrence etc ... » Oui au début, non sur les syndicats comme je l’ai indiqué plus haut, et sur l’inégalité elle est vue seulement comme une constatation de la réalité de nos inégalités intrinsèques, que l’on peut et doit chercher à atténuer, non en punissant les mieux lottis ce qui est effectivement contre-productif, mais en permettant aux moins bien lottis d’accéder au maximum de richesse. Tous les systèmes collectivistes ayant existé ou existant encore nous apportent une démonstration flagrante de ce que provoque cette absence de « ruissellement » (qui n’en est pas un, mais comme vous le qualifiez pour plus facilement le dénigrer).

         «  »La croissance économique a été nettement plus lente dans l’ère néolibérale etc ..." On revient là sur une description d’une ère peut-être néo-quelque-chose, mais pas du tout libérale. Je ne m’étendrai donc pas plus sur ce paragraphe.


      • Yaurrick Yaurrick 23 août 22:35

        @Chris
        Ce que vous dites est juste, bon nombre d’intervenants ici s’imaginent que la France est « ultra-libérale », que ce que certaines nomment « néolibéralisme » consiste en l’interventionnisme étatique ou du bon keynésianisme.
        On marche sur la tête !


      • JPCiron JPCiron 18 août 18:43

        les événements n’arrivent jamais par hasard >


        Nidu fait d’une main invisible.


        Léon Walras expliquait dans sa "Théorie Mathématique de la Richesse Sociale« que les lois économiques sont des lois  »Naturelles" au même titre que les lois physiques. Il n’y aurait donc qu’à s’y soumettre.

        En fait, la croyance s’était invitée dans la science économique.

        Il est bon qu’un vent nouveau nous rafraîchisse !! Merci à l’auteur.


        • amiaplacidus amiaplacidus 18 août 19:30

          @JPCiron
          La science économique ? Hum.


        • JPCiron JPCiron 19 août 11:31

          @amiaplacidus

          Oui, j’entends ici « science » au sens commun.

          Comme je le dis par ailleurs, les Mages de la Bible étaient des polythéistes dont les spécialités étaient la Science Divinatoire et la Science Astrologique.

          La Science (moderne) part toujours de postulats (explicites ou implicites). Et, au besoin, change de postulats après vérifications. D’autres font de même, sans cependant toujours faire trop le tri...

          .


        • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 18 août 19:13

          "Admettre comme des vérités absolues les propositions des économistes, c’est passer de l’économie, discipline scientifique parmi d’autres, à l’économisme, intégrisme aussi ravageur que les intégrismes religieux."

          Albert Jacquard - 1925-2013 - J’accuse l’économie triomphante – 1995

          Même chose pour le passage de l’écologie à l’écologisme.


          • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 18 août 19:14

            « Une idéologie à la source de nos problèmes : le néolibéralisme »

            Très bon article, publié sur le site « Les Crises », fait l’historique de cette idéologie, qui perdure malgré ses échecs.


            • Eric F Eric F 18 août 19:18

              Merci pour cet article, montrant que la déréglementation et le libre échange à outrance ont été néfastes pour nos économies, et que les pays émergents qui ont le mieux réussi ont utilisé un libéralisme sélectif, dans le sens de leurs intérêt.

              Le titre (inspiré de celui du livre « Things They Don’t Tell You about Capitalism ») est cependant contestable, ces critiques ne sont assurément pas exprimés par les tenants du libéralisme mondialisé « à l’anglo-saxonne », mais rejoignent assez la perception de courants de pensée assez répandus en France (pour la régulation de l’économie notamment).


              • Raymond75 18 août 19:55

                La France avait fait l’expérience, réussie, de l’économie dite ’mixte’ : le gouvernement fixe des objectifs économiques et industriels à atteindre, Il en rédige un ’plan’ dont l’application sera suivie régulièrement, il injecte des crédits là où il faut : aménagements, recherche, aide à l’industrie, scolarité (mais pas formation professionnelle du fait de l’Éducation Nationale), etc ... avec comme objectif une indépendance économique ce qui ne signifie pas isolement.

                Cela a très bien fonctionné ; puis sont arrivés l’ignoble Thatcher et l’acteur Reagan ; et tout le monde a suivi la nouvelle religion, avec la droite bien sur, mais aussi le PS (et la sociale démocratie européenne) qui ont trahi tous leurs engagements.

                Et l’Union Européenne, grâce a l’idiot utile Jacques Delors, a érigé en dogme ’la concurrence libre et non faussée’, c’est à dire le dumping social et le dumping fiscal, la désindustrialisation et les importations massives en provenances de pays sans droits et au faible niveau de vie. Cela continue avec la libre circulation des travailleurs européens et l’immigration hors de contrôle.

                Beaucoup de gens savent, d’une façon plus superficielle bien sur, ce qui est dit dans ce livre. Mais le ’peuple souverain’ a été remplacé par une ploutocratie mondialisée ...


                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 19 août 07:34

                  @Raymond75
                  Merci pour votre description.

                  Après la crise de 1929 de nombreux Etats ont compris qu’il fallait limiter les divagations du renard dans le poulailler et ont pris des mesures pour réguler le capitalisme. Les libéraux parlent constamment de la nécessité de « déréguler ».
                  C’est bien qu’avant leur arrivée, des règles avaient été imposées.

                  Dans les « dérèglementations », on doit par exemple au gouvernement Bérégovoy la dérèglementation des marchés et la baisse de la fiscalité sur les revenus du capital. Les directives Delors/Lamy sur la mobilité des capitaux. Ou le gouvernement avec DSK qui permis un régime fiscal favorable aux stocks options. 

                  Bien sûr l’Union européenne en fait depuis ses choux gras et ne cesse de demander plus de dérèglementations.


                • Raymond75 18 août 20:00

                  La France a eu un prix Nobel d’économie : Maurice Allais. Il fut ignoré et méprisé car sa pensée n’était pas conforme au dogme néo-libéral :

                  "Dans son traité d’économie pure de 1943, Maurice Allais a été inspiré par Léon Walras, Irving Fisher, et surtout Vilfredo Pareto, estimant que ce dernier est le premier à jeter les bases rigoureuses de la théorie du rendement social.

                  Dans ses derniers ouvrages, il mène la charge contre le libre-échange et la mondialisation, en faveur d’un certain protectionnisme. Il re­vendique d’ailleurs sa double pensée « libérale et socialiste »[1]. Il trouve toutes sortes de justifications à l’interventionnisme étatique, faute de théorie de la propriété adéquate : en effet, la propriété est pour lui seulement quelque chose d’utile parce que cela favorise le développement d’une économie « efficiente » (en 1947 il a refusé de signer le texte constitutif de la Société du Mont Pèlerin en raison de l’importance excessive donnée selon lui par ce texte aux droits de propriété)"

                  Je vous invite à consulter son site :

                  https://www.wikiberal.org/wiki/Maurice_Allais


                  • Le421 Le421 19 août 08:28

                    @Raymond75
                    Je ne pense pas que Thomas Piketty soit lui aussi persona grata à l’Élysée...


                  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 19 août 09:09

                    @Le421
                    Il n’y a aucun obstacle à ce que Piketty soit reçu à l’ Elysée, puisqu’il navigue dans les illusions « d’Une Autre Europe » ... Il connaît très bien la règle de l’unanimité pour changer un traité, règle qu’il faudra changer, dit-il.
                    Sauf que pour changer la règle, il faut aussi l’unanimité, c’est ballot !

                    Mauvaise nouvelle pour les européistes, le Secrétaire d’État au Brexit vient de signer l’ordonnance de suppression de « l’Acte de Bruxelles » qui datait de 1972, ce qui met ainsi fin à toute loi européenne au Royaume-Uni.

                    "Le gouvernement britannique a promulgué la loi abrogeant l’Acte du Parlement de 1972 qui ratifiait l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union européenne (CEE) en 1972. La loi de 1972 était le dispositif législatif qui permettait aux règlements d’entrer dans le droit britannique directement en provenance des organes législatifs européens à Bruxelles."


                  • chantecler chantecler 19 août 09:52

                    @Fifi Brind_acier
                    Tiens donc !
                    Ca n’est pas en contradiction avec vos discours qui ne concernent que l’article 50 pour ce qui est de sortir de l’UE ?


                  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 19 août 10:36

                    @chantecler
                    L’article 50 a été utilisé par Thérésa May, puisque les négociations ont été ouvertes avec la Commission européenne. C’est la date de sortie effective qui a été repoussée pendant 3 ans, puisque Thérésa May était anti Brexit et a fait lanterner les Britanniques.

                    La décision d’annuler la loi de 1972 est la conséquence normale de l’application du l’article 50 et du respect du vote du Brexit. Oui, je sais, cela fait un drôle d’effet de voir un Gouvernement qui respecte le vote des électeurs..., mais remettez-vous, en France, ce n’est pas près d’arriver !


                  • chantecler chantecler 19 août 10:42

                    @Fifi Brind_acier
                    OK,
                    Merci .


                  • Eric F Eric F 20 août 09:32

                    @Fifi Brind_acier
                    « Mauvaise nouvelle pour les européistes »

                    En réalité, les européistes se satisfont bien du départ du Royaume Uni, et un brexit-dur aura l’avantage de couper clairement tous les liens (May cherchait un compromis conservant certaines relations privilégiées, avec un accord de libre échange). Ceci étant, on peut gager qu’il y aura des « arrangements ».


                  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 20 août 10:29

                    @Eric F
                    les européistes se satisfont bien du départ du Royaume Uni

                    Oui et non, je n’arrive pas à trouver le montant exact de la contribution de la GB au budget européen, disons entre 10 & 14 milliards d’euros.

                    La Commission européenne n’envisage pas de se serrer la ceinture comme elle nous le demande, la part versée par la GB sera payée, devinez par qui ?
                    Par les contribuables des autres pays européens !


                  • yapadekkoaqba yapadekkoaqba 19 août 13:50

                    Commerce : vendre le plus cher possible ce qui a été acheté le moins cher possible.

                    Industriel : vendre son produit au prix fort à la hauteur de ce que le client est à la limite d’y renoncer.

                    Concurrence : la mettre en façade pour cacher les ententes.

                    Paradis fiscal : résidence privilégiée pour des sièges de sociétés.


                    • gerard JOURDAIN 19 août 14:25

                      @yapadekkoaqba

                      et vous proposez quoi en remplacement ?


                    • gerard JOURDAIN 19 août 14:26

                      encore un apprenti sorcier.. ;il devrait faire de la politique.

                      même pas envie de démontrer ses sophismes... il y a des lecteurs qui aiment...


                      • Pere Plexe Pere Plexe 19 août 18:55

                        @gerard JOURDAIN
                        L’inquisition est l’arme suprême des gardiens du dogme : elle condamne au bûcher quiconque la remet en cause.
                        Elle crie à la sorcellerie et exécute sans besoin d’ arguments. 


                      • JL JL 20 août 10:13

                        ’’l’argent fait cruellement défaut à l’économie réelle.  ’’

                         

                         Que faut-il comprendre ? De quel argent est-il question ? Des capitaux ? De la monnaie ? Laquelle ?

                         

                         Ou à l’inverse, fait-il allusion aux endettements, aux bulles financières et rentes de situations ?


                        • nemo3637 nemo3637 20 août 10:29

                          @JL
                          L’argent injecté (équivalent de la planche à billets) va directement à la spéculation (trading) qui rapporte bien plus, en peu de temps, que ce que pourrait donner des investissements dans « l’économie réelle », la production de biens.


                        • JL JL 20 août 11:50

                          @nemo3637
                           
                          réponse insatisfaisante.
                           
                           Vous dites ci-dessous que ’’Le capitalisme ne peut exister qu’avec le libéralisme. ’’
                           
                          Il semble que les Chinois et bien d’autres régimes actuels ou passés nous démontrent le contraire.
                           
                           C’est le libéralisme (économique comme on dit) qui ne peut exister sans le capitalisme, puisqu’il en est le devenir naturel : quand le taux de profit s’amenuise au point que piller les richesses de la nation devient l’ultime recours des appétits insatiables.
                           
                           Ps. J’aurais aimé une réponse de Frank ABED, l’auteur ici.


                        • Franck ABED Franck ABED 20 août 18:56

                          @JL
                          ’’Le capitalisme ne peut exister qu’avec le libéralisme. ’’ Oui, bien sûr ! L’auteur ne dit pas autre chose.


                        • JL JL 20 août 19:03

                          @Franck ABED
                           
                          ’’Le capitalisme ne peut exister qu’avec le libéralisme. ’’
                           
                          Moi je dis le contraire !

                           



                        • JL JL 20 août 19:39

                          @Franck ABED

                           
                           bis repetita :

                          ’’l’argent fait cruellement défaut à l’économie réelle.  ’’

                           

                           Que faut-il comprendre ? De quel argent est-il question ? Des capitaux ? De la monnaie ? Laquelle ?

                           

                           Ou à l’inverse, fait-il allusion aux endettements, aux bulles financières et rentes de situations ?


                        • nemo3637 nemo3637 20 août 10:38

                          Le capitalisme ne peut exister qu’avec le libéralisme.

                          Les temps de l’économie mixte, du capitalisme d’état sont dépassés.

                          En roue libre, toujours plus vite et plus fort le système va vers sa perte.

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