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Dossier Arkéa : Les vaches sacrées sont dangereuses

Révélations et désillusions dans cet âpre combat pour l'indépendance que mène le Groupe Crédit Mutuel Arkéa afin de s'émanciper de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. Les observateurs du monde de la banque et de la finance en sont convaincus : il s’agit surtout pour le Groupe de Bretagne et de Nouvelle Aquitaine, d’échapper à son absorption pure et simple par la toute puissante « Alliance Fédérale », jusqu’il y a peu encore « CM11-CIC », qui a déjà intégré en son sein la quasi-totalité des fédérations qui composaient le Crédit Mutuel Français à l’origine. Question de survie dit-on du côté de salariés brestois, inquiets. Question de morale aussi que pose l’attitude pour le moins surprenante des organisations syndicales.

L’étonnante volte-face des organisations syndicales

Au début du conflit - qui remonte au début de la décennie -, les syndicats affichaient un soutien réservé - dialectique syndicale oblige - mais un soutien ferme, cependant, à la direction du Groupe Arkéa dans sa démarche pour assurer l’autonomie et l’indépendance de leur entreprise. Jusqu’en 2016. En janvier 2016, Michel Lucas, le très médiatique patron de la CNCM et du groupe alsacien cède son double fauteuil de Président de l’organe central du Crédit Mutuel et du CM11-CIC, mastodonte de la banque, de l’assurance mais également de la presse, à Nicolas Théry. Et tout change. Branle-bas de combat dans les coulisses du syndicat historiquement majoritaire au sein du Groupe Arkéa, la CFDT. Quelques semaines à peine après l’élection de Nicolas Théry à la tête de la CNCM et de son adhérent ultra majoritaire, le CM11-CIC, comme dans un mouvement de girouette sollicitée par un grand vent, voilà la CFDT qui se place en position de contestation frontale au projet d’indépendance. Tracts, prises de positions tranchées, menaces d’exercice du droit d’alerte pour risque économique, rencontre avec les autorités de tutelles afin de contrer la démarche de leur propre entreprise... Tout y passe...

La raison de cette étonnante volte-face se cherche, de toute évidence, dans le curriculum-vitae de Monsieur Théry. Nicolas Théry leur « ex » et nouveau patron !, a en effet été, durant deux années, directeur général de la CFDT aux côtés de Nicole Notat. Il est des leurs...

Homme de réseaux, ancien membre du cabinet Strauss-Kahn, proche du Gouverneur de la Banque de France, de la Directrice générale du Trésor ou de la Présidente de l’Autorité de la concurrence, dirigeant de banque aux multiples amitiés dans la diaspora socialiste placée aux postes clefs de la République par François Hollande, Nicolas Théry tient entre ses mains le 4ème groupe bancaire français et une grande majorité de la presse quotidienne régionale. Et Monsieur Nicolas a bien des soutiens, aussi puissants qu’indéfectibles : des figures politiques de premier plan, des amis fidèles au plus haut niveau de l’Etat et... la CFDT !

Le Siècle, le réseau Voltaire, les Gracques… les réseaux en action

Le conflit durant et la détermination des dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa ne faiblissant pas, tous les coups de leurs adversaires seront permis. La CFDT qui parvient à embarquer des associés syndicaux, la CGT, le SNB et l’UNSA, peu enclins, semble-t-il, à décider par eux-mêmes, se met au service de Nicolas Théry. Son argument affiché : la défense de l’emploi prétendument menacé par le projet d’indépendance. Pourtant en 10 ans, le Groupe Arkéa a vu son effectif progresser de 30% ! Et du côté des salariés on craint bien davantage l’intégration brutale du Groupe Crédit Mutuel Arkéa au sein de l’Alliance fédérale, intégration qui, si on s’en tient aux pratiques habituelles de celle-ci, risquerait inéluctablement de se traduire par des suppressions et délocalisations massives d’emplois, de l’Ouest vers l’Est... Chercher l’erreur !

Au sein du syndicat dont le président de la CNCM fut le patron officiel, tout ne se passe pas forcément en douceur. Des voix s’élèvent pour protester contre ce changement de position, radical et, pour des esprits purs, incompréhensible. Lorsque, en juin 2017, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale dont le président est Nicolas Théry, directement soutenu par l’organe central dont le président est… Nicolas Théry !, engage un coup de force brutal sur une des fédérations du Groupe Crédit Mutuel Arkéa en éjectant son directeur général et en prenant par la force les commandes de la petite fédération du CMMC, le syndicat remisant sa mission première de défense des salariés, regarde ailleurs et soutient les putschistes. Edmond Maire se retourne dans sa tombe ! Mais c’en est de trop aussi pour de nombreux élus et adhérents. Les cartes sont rendues par dizaines mais les élus qui s’indignent de la position du syndicat en qui, jusqu’à présent, ils avaient mis leur foi, sont exclus brutalement au terme d’une procédure de sanction expéditive.

Pilotée par la structure centrale de la CFDT du Crédit Mutuel, la CFDT Arkéa a fait le ménage. Toutes les positions sont bloquées et univoques, portées par les administrateurs CFDT au Conseil d’administration et par toutes les instances du personnel où elle est majoritaire.

Dans les coulisses des réseaux sociaux, quelques anciennes figures du syndicat, appelées à la rescousse, participent à une violente campagne de dénigrement des dirigeants du Groupe Arkéa, les accusant explicitement de détournements de fonds, guidés par la recherche de leur intérêt personnel. En mai 2018, un incident grave démontre à quel point les relais de Nicolas Théry sont peu regardants sur les moyens utilisés. La CFDT du Crédit Mutuel Arkéa fabrique un faux tweet annonçant que son compte Twitter institutionnel a été piraté et transmet ce faux à un journaliste de Mediapart qui, dès le lendemain, publie un article au vitriol sur les pratiques du président du Groupe Arkéa, Jean-Pierre Denis, accusé de recourir à des « officines » pour réaliser des « basses œuvres ». Montage, coup monté, faux... Certes, en France, on ne s’attaque pas à Mediapart et à la CFDT, mais quand même... Les vaches sacrées ont des pratiques dangereuses… !

Coup de tonnerre sur Brest

Et puis, l’information est tombée par l'intermédiaire d'un blog, appelé "gazette satirique" (gazettesatirique.wordpress.com), qui n’en est pas à son premier coup d'éclat. C’est cette publication manifestement artisanale qui avait, au début de l'année, révélé l'indemnisation de Marylise Lebranchu pour son "engagement mutualiste" à la présidence de l'association " Restons Mutualistes " créée par l'actuel directeur général de la CNCM Pierre-Edouard Batard.

Selon cette publication - qui produit des preuves -, le directeur général de la CNCM avec l’appui manifeste du président de la même CNCM sollicite les organisations syndicales représentatives pour que celles-ci demandent officiellement aux dirigeants de l’organe central une modification des statuts de celle-ci, précisant dans un e-mail : « Afin de donner plus de poids à la présentation puis à l’éventuelle adoption de ce préambule, nous souhaiterions pouvoir nous appuyer sur une demande formelle des représentants du personnel allant dans le sens que nous nous proposons de donner à ce préambule. ». Je te manipule, tu me manipules, nous nous manipulons…

Inutile sans doute de préciser que la modification statutaire envisagée avait pour objectif de réduire un des arguments forts développés par le Crédit Mutuel Arkéa dans sa revendication à l’indépendance. Inutile également de préciser que les syndicats se sont exécutés. La CFDT, toujours selon la même source, a ensuite publié un tract évoquant son action déterminante dans la modification statutaire de fait adopté par le Conseil d’administration confédéral ! Mensonge aux salariés, collusion, conflit d’intérêt...

A priori, nous n’étions ni « pro », ni « anti » Arkéa dans ce conflit dont la complexité est grande. Nous sommes en revanche observateurs du fonctionnement de la démocratie et en regardant de plus près, le parti pris général de la presse en faveur de Monsieur Théry, les décisions de justice qui s’enchaînent, toujours défavorables au Groupe de l’Ouest, le déferlement de propos calomnieux et injurieux sur les réseaux sociaux et les blogs d’expression....il nous semble selon l’expression devenue célèbre d’une amie de Nicolas Théry qu’il pourrait y avoir « un loup ».

Alors que dans une actualité troublée, la presse glose sur la perte d’influence des corps intermédiaires et en particulier sur celle des syndicats, le spectacle donné par un syndicat national qui oublie toutes ses obligations représentatives, qui méprise l’intérêt à long terme des salariés qu’il se doit de représenter, pour des intérêts purement partisans et de réseaux d’influence est dramatique. N’oublions pas que ce qui est présenté à l’envi comme une bataille d’ « égo » conduite par le président du Groupe Arkéa relève essentiellement d’un formidable enjeu économique et financier. Des dizaines de milliards d’euros sont en jeu. Et comme dans toute démarche de concentration, des milliers d’emplois.

Alors, la responsabilité est écrasante de ces acteurs qui s’adonnent à ces petites manœuvres. La démocratie est profondément malade de ces pratiques où les puissances financières vassalisent les contre-pouvoirs... En bernant les salariés du Groupe Arkéa, c’est des valeurs démocratiques de droiture, de loyauté, de transparence que la CFDT se moque. Elle décrédibilise le syndicalisme pourtant si précieux quand il est exercé par convictions.

Bernard et Jean


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1 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 22 mai 13:00

    Nous en politique on a les peaux de vaches sacrées que l’on ne peut pas virer ....

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BernardPetit


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