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Du balai !

J’avais un prof de français autrefois, un homme fabuleux qui a posé les bases de celui que je suis devenu, sur le plan intellectuel je veux dire. C’était en classe de seconde, j’avais alors 16 ans et végétais mon ennui dans ce collège pour fils de nantis où on nous éduquait sans penser une seconde à nous élever. Quand je dis : éduquer, je pourrais dire : dresser. Faire de ces gosses de riches des riches, nous mettre dans le moule, faire de nous des patrons, des chefs, des colonels, bref : des rats a la tête d’autres rats, tout juste bons à une vie grassement payée à ne pas faire grand-chose que ce qu’on leur aura appris.
 
Ce prof avait pour mission de nous enseigner ce qu’était une dissertation, et à nous apprendre à le faire. C’est-à-dire quand on y songe à réfléchir. Car apprendre à disserter est bien, dans le cursus scolaire, quasiment le seul exercice, sinon le seul, ou penser est l’alpha et l’oméga. Il ne s’agit nullement de recracher ce qu’on a appris ou de l’appliquer mais bien à partir d’un fatras de connaissances et de lectures d’organiser une pensée.
 
Ce qu’il nous apprit ce jour je pense avoir été un des seuls sinon le seul à l’entendre. Il nous dit en substance : comme vous ne savez pas, je vais donc vous imposer un cadre. Vous allez donc à partir de ce « rien » apprendre comme vous savez si bien le faire à entrer dans ce cadre et le respecter comme on ôte son chapeau devant une autorité. Puis quand à force de vous y être conformés vous vous y sentirez à l’aise, je vous laisserai gentiment en faire exploser un à un les barreaux.
 
Incroyable enseignement ! Allez dire ça à ces managers de la pensée Powerpoint qui n’ont pas leur pareil pour simplifier le complexe et le faire entrer dans les cases étroites de leur conception sur-contrôlante du monde ! Eux font appliquer l’inverse : la forme prime sur le fond, la forme assèche le fond, la forme est tout, et tout se résume à une équation dans laquelle la pensée se dissout. Voilà le monde tel qu’ils nous le vendent, et nos politiques, nos banquiers et nos philosophes de pacotille acquiescent en appliquant les mêmes règles. Surtout ne sors pas du cadre ou tu n’auras pas ton su-sucre : voilà à quoi ils nous entrainent, ces dresseurs, à ne plus savoir penser, à force de tourner et retourner dans leur aquarium.
 
Il n’y a pas plus pauvre intellectuellement que la novlangue des pseudos-entrepreneurs qui ne sont en réalité que des gestionnaires de portefeuille et des financiers. Ouvrez un best seller de Management, ouvrez-le au hasard et lisez n’importe quel paragraphe : c’est intellectuellement affligeant, d’une vacuité à bouffer du foin, des concepts taillés à la serpe habillant des clichés et des affirmations à l’impératif 2e personne du pluriel, le tout sur fond de citations de figurants liftés de Starship Troopers. Un sommet de bêtise écrit avec une police de caractère taille 16 par un gugusse en costard qui émarge a 500 000 balles par an, qui vend sa daube 25 euros et propose en plus des conférences. 
 
Dans cet univers du contrôle ou Excel a pris le pouvoir, penser est l’ennemi, la chose à empêcher, le truc qui tue, le virus à exterminer coute que coute. Vous avez vu comme moi la propension des grands patrons à répondre a côté de la question posée ? Leur sourire Pepsodent qui se fracture quand ils se font titiller sur le petit mensonge de la page 47 du rapport d’activité ? Les mecs ont les powerpoint dans le disque dur interne, pas question de dévier d’un texte que leur prompteur projette, sinon la dir’comm’ (une quadra sous Tranxenne) débarque avec son fulgur-au-poing et fait exfiltrer le grand homme dans les entresols. Pas question d’être pris sur le vif, on a des sociétés de sécurité pour ça, des communicants, des cellules de crise et des EURO RSCG en veux-tu-en-voilà.
 
Ça se fissure quand même – vous ne trouvez pas ? Ça commence à sérieusement prendre l’eau leur truc non ? Les mecs, s’ils ont équipé leurs dix résidences de portails électrifiés, de chiens méchants, de tireurs d’élite et de caméras de surveillance, c’est bien que quelque part ils se sentent un peu en danger… Ils doivent flairer le sang, renifler l’entarteur dans les renfoncements de couloirs. Autour d’eux il y a comme un parfum de rejet, les gens font semblant d’applaudir quand ils sont filmés mais ils se bouchent le nez et crachent leur bile sur la toile en utilisant des pseudos.

Ce qu'ils veulent faire de nous c'est nous transformer tous en techniciens de surface ubérisés, et pouvoir partir a St Barth vendredi à 13 heures avec leur vieille peau et les deux rejetons. On a commence à comprendre leurs astuces, aux cornichons, et à le faire savoir. Ca commence à trembler chez les nantis ces temps-ci, leurs assemblees ne sont plus de grand messes silencieuses, les petits vieux commencent à cracher sur la moquette et à vomir les petits fours.

C’est qu’à force de s’être exercés à l’art de disserter ils auraient envie à leur tour de faire exploser le cadre ?


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14 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 27 mars 19:48

    D’accord avec vous pour dire que l’éducation ne devrait avoir qu’une seule finalité :
    Développer l’esprit critique argumenté par d’incontestables connaissances factuelles.


    • Alren Alren 28 mars 18:23

      @Jean-Pierre Llabrés

      Développer l’esprit critique argumenté c’est justement, précisément ce que la classe dominante ne souhaite pas pour le peuple des soumis !!!

      Ce fut d’abord le lutte prioritaire de l’église catholique au Moyen-âge avec la quasi-interdiction de lire directement la Bible. Ce fut l’exaltation de la bienheureuse ignorance ... pour le peuple !
      Cela a perduré au fil des siècles avec la lutte contre l’Encyclopédie puis le système de mise à l’Index des ouvrages qui déplaisaient au Vatican, puis par le biais des écoles paroissiales confortées par la loi Falloux qui plaçait l’enseignement primaire, celui des enfants du peuple (les enfants de bourgeois allant au lycée s’ils n’avaient pas de précepteur), sous l’autorité ecclésiastique.

      Cet enseignement entièrement tourné vers le catéchisme a produit ses fruits délétères lors de la guerre de 1870 contre la petite Prusse voulue par Napoléon III et les privilégiés pour conforter le régime par une victoire et qui s’est terminée par la plus honteuse défaite : outre la perte de l’Alsace-Lorraine elle a coûté au pays cinq milliards de francs-or, une énorme saignée que Bismark estimait suffisante pour ruiner de longues années les Français, ceux-ci étant coupables à ses yeux de révolutions.

      Car le pouvoir politique n’était pas en reste pour maintenir le peuple hors du champ des idées qui aurait pu lui donner l’idée d’un autre ordre social ! Les colporteurs qui vendaient des livres, la plupart du temps innocents, c’était des almanachs essentiellement, étaient soupçonnés et malmenés par la gendarmerie à cheval des campagnes.

      Avec la Restauration, le pouvoir royal essaya d’empêcher, avec un certain succès, le peuple d’avoir accès aux nouvelles et aux idées politiques en frappant d’un droit de timbre exorbitant les journaux pour les réserver aux plus fortunés.

      Pendant l’Occupation nazie, le pouvoir fantoche de Vichy ferma les écoles normales d’instituteurs et interdit l’enseignement de la philosophie.

      Les dominants crurent avoir de nos jours trouvé la solution, le bon éteignoir mental, en achetant la presse-papier pour y développer ce qu’on a appelé « la pensée unique » et en contrôlant avec de journalistes stipendiés, les télévisions publiques ou privées. Cela a fonctionné en 2012 pour éliminer JLM. 

      Mais de même que l’imprimerie « de Gutenberg » a permis de contourner le problème de la cherté et la rareté des livres sur parchemin, ce qui a amené à la naissance de ce mouvement de contestation de l’hypocrisie de la hiérarchie catholique qu’était le protestantisme, de même aujourd’hui, internet qui est le média de loin le plus fréquenté, a permis de tourner la manœuvre des possédants.

      Qui cherchent à bloquer leurs opposants sur la toile mais n’y parviendront pas plus que leurs ancêtres en obscurantisme n’ont pu empêcher la diffusion massive des connaissances avec l’imprimerie.

      Je ne comprends pas ce que vous entendez par connaissances « factuelles », les seules que vous souhaitez voir enseignées aux élèves. Ne serait pas celles seules que, vous, vous croyez vraies ?

      Comme par exemple que Robespierre fut un tyran sanguinaire, alors qu’il était pour l’abolition de la peine de mort et que les condamnations à mort de la période de la terreur furent prononcées par le tribunal révolutionnaire et non par le Comité de Sûreté générale ?

      Que pendant la période de « grande terreur », Robespierre malade sans doute de la tuberculose et totalement épuisé était absent ?

      Les connaissances « factuelles » sur la physique, la chimie, la biologie, les SVT sont toujours enseignées, rassurez-vous. « Factuelles » pour nous, car pour un fixiste, l’Évolution naturelle avec les dinosaures etc. n’est pas « factuelle ». C’est la Création divine en sept jours il y a six mille ans selon la Bible qui l’est.


    • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 27 mars 19:53

      Ecole publique ou privée ? ^^
      Riche, comment, à quel point ? au point d’etre un globetrotteur dandy ? ^^
       


      • christophecroshouplon christophecroshouplon 27 mars 21:23

        @bouffon(s) du roi

        « Vous avez demande la police, ne quittez pas »

      • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 28 mars 12:03

        @christophecroshouplon

         smiley
        je me disais aussi que je ne perdais pas grand chose ^^


      • philippe baron-abrioux 28 mars 17:01

        @bouffon(s) du roi

         Bonjour ,

         au point d’etre un globetrotteur dandy ?

         « on apprend tous les jours » et ....partout , dandy ou pas, mais il est vrai que les bouffons étaient attachés au service du roi et que la Cour ne se caractérisait pas par le goût de la découverte .

         eux, savaient au moins divertir leur maître .

         bonne fin de journée !

         P.B.A


      • JL JL 27 mars 20:18

        Lire La médiocratie, par Alain Deneault


        « Rangez ces ouvrages compliqués les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant.. Atténuez vos passion, elles font peur. Surtout, aucune ‘’bonne idée’’, la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres - il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de choses : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé. Il n’y a eu aucune prise de la Bastille, rien de comparable à l’incendie du Reichstage, et l’Aurore n’a encore tiré aucun coup de feu. Pourtant l’assaut a bel et bien été lancé et couronné de succès : les médiocres ont pris le pouvoir. » 
         
         plus d’infos

        • devphil devphil 28 mars 09:03

          Vous écrivez des articles sur Agora depuis peu mais j’ai toujours beaucoup de plaisir à les lire.

          Ce que vous écrivez est toujours plein de bon sens et de vérité.

          De nouveau j’approuve ce très bon article

          Philippe


          • christophecroshouplon christophecroshouplon 28 mars 15:16

            @devphil
            Merci Philippe


          • philippe baron-abrioux 28 mars 10:20

             

             Bonjour , et merci pour cet article ,

             un professeur de français , « un homme fabuleux » dont vous dites qu’il aurait contribué à faire l’homme que vous êtes devenu (pour notre plaisir ) .

             mais qu’a t il donc fait de si particulier pour vous pour que vous lui exprimiez encore votre reconnaissance en des termes si élogieux ?

             si je vous lis bien , il vous a donné des « bases » qui vous ont permis parce qu’il a voulu vous en faire bénéficier et vous donner les outils pour les soumettre à l’analyse, à l’esprit critique , quitte à remettre en questions tout ce qu’il cherchait à vous transmettre pour peu que vous soyez capable de puiser dans le corpus transmis des arguments pertinents étayés vous l’autorisant .

            n’était il pas un de ces hommes , enseignants ou autres , détenteurs d’un savoir qui ne cessent de pratiquer le partage de leurs connaissances et guettent avec gourmandise , l’étincelle dans les yeux de ceux auxquels ils s’adressent qui indique que le lien établi est réel et que la graine déposée germera peut être un jour car elle tombe sur une terre accueillante et fertile ?

             pardon pour cette image facile mais ces « enseignants » , quel que soit leur statut , ont le souci de prendre en compte l’Autre , tel qu’il est et non tel que le veut l’institution ou autre et sont dans l’attitude de partage voulu ( et pas seulement accepté comme on le ressent parfois ) comme outil disponible pour un avenir de l’humain qu’ils espèrent plein de la curiosité si utile et de l ’effort appliqué à la raison .

            j’ai connu de tels hommes et je les remercie de ce qu’ils ont un jour déposé en moi , parfois même avec humour , avec patience , en décortiquant chaque étape de leur raisonnement chaque fois que nécessaire , s’attachant à vérifier que la notion était acquise comme un complément opportun et non comme un dogme immuable .

             combien de digressions évoquées ont conforté des concepts ardus qui devenaient plus facilement perceptibles à nos jeunes cerveaux encore largement en friche !

             et même un livre qui m’ a été donné (encyclopédie des philosophies et des religions ) par mon ancien professeur de philosophie qui était muté et s’insurgeait contre l’obéissance aveugle comme il nous avait expliqué qu’il fallait la déconstruire parfois pour en comprendre l’utilité et lutter contre celles qui ne se basaient sur rien qui puisse apporter un bénéfice à celui qui s’y soumet ..

             avons nous eu de la chance de connaître de telles personnes ?

             sans aucun doute car ils ont contribué, par leur sens du partage des savoirs et leur aptitude à nous les transmettre, à nous autoriser à rester en éveil et à convoquer de façon fréquente quelques moyens d’analyse pour avancer sur notre chemin .

            bonne fin de journée !

             P.B.A

             

             


            • christophecroshouplon christophecroshouplon 28 mars 19:16

              @philippe baron-abrioux . a nouveau un grand merci pour votre super commentaire egalement tres agreable a lire, vraiment


            • Piere CHALORY Piere CHALORY 28 mars 14:48

              Bonjour, 


              Pour info je viens de plusser en modération votre article qui parle de ’’l’île de la Guyane’’ vue par Macron (-6 /+10 = ), il devrait donc être publié... 

               smiley

              Je dis devrait, car les articles anti-macron, même avec 4 + ; ne passent pas forcément cette modération, va comprendre Charles !

              • christophecroshouplon christophecroshouplon 28 mars 20:33

                @Piere CHALORY : bien le merci (et le bonjour). Il est passe c’est bon - et ca polemique dur dans les commentaires


              • Elisa 28 mars 15:14

                Excellente analyse.

                 On pourrait cependant ajouter un autre mécanisme de censure de l’esprit critique très utilisé dans les média dominants.

                 On nous impose à longueur d’interviews et de tables rondes la réaction de sidération en cas de propos contraire à la doxa imposée.

                 Même plus besoin d’argumenter, de discuter face à un contradicteur qui a le mauvais goût d’apporter des objections sur la géopolitique, le régime syrien ou l’ex régime libyen, la personnalité de Poutine, etc., il suffit de donner à voir une attitude de « sidération » qui place tout éventuel empêcheur de « conniver »en rond parmi les complotistes ou les cerveaux malades.

                  Le débat a quasiment disparu des médias dominants au profit de tables rondes qui montrent journalistes et « experts » se conforter mutuellement dans leurs opinions communes.

                  Ainsi des personnalités reconnues, référencées qui ont la malheureuse initiative d’apporter des arguments tout aussi référencés se voient récusées sans autre explication qu’une expression mi affligée, mi étonnée qui dédouane de toute explication. Et des faits indéniables sont devenus des « fakes »

                 

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