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 Du changement de nom en politique

En politique comme ailleurs, il faut savoir changer pour survivre. Et pas seulement que de nom.

 S’il y a une constante qui court à travers tous les règnes, de la larve à l’être humain, c’est bien le changement. Il ne s’agit pas de changer pour changer mais ainsi de mieux s’adapter aux exigences et aux luttes de la vie. Métamorphose, mue, transformation : le lexique de manque pas de mots pour désigner ce phénomène biologique qui irrigue aussi notre imaginaire. Tant que nous pouvons, à un niveau ou à un autre, nous renouveler, nous repoussons en nous le changement radical qu’est la mort. Ce combat est sans doute perdu d’avance mais nous le rejouons avec la même ardeur, génération après génération, car nous ne pouvons pas faire autrement.

 En tant qu’émanation de notre humanité les partis politiques sont soumis, eux aussi, à cette règle universelle. Du reste, ce désir d’être un autre – qu’on me permette, pour une fois, de me citer - n’affecte pas que leur appellation mais aussi leur fond. Car les mots, en politique, ont une valeur performative ; et les noms que les partis se donnent doivent aussi entraîner l’action qui sera la leur. En France, c’est sans doute la droite modérée qui comptabilise le plus de changements nominatifs. Ceux-ci correspondent, bien sûr, à des moments précis de leur histoire. Ainsi le RPR du candidat Chirac est devenu l’UMP lorsqu’il s’est moulé dans la fonction présidentielle. Avant de devenir Les Républicains en 2015, après la défaite et la crise de 2012, et de durcir du même coup son programme.

Quant au Front National, si l’on excepte la sécession mégrétiste de 1999, il n’avait pas changé d’appellation depuis sa création en 1972, malgré bien des vicissitudes internes. C’est chose (presque) faite, depuis dimanche dernier, avec la dénomination Rassemblement national qu’a faite adopter sa présidente lors du congrès de Lille. Contrairement au vocable « front » qui évoque trop la lutte et l’opposition, ce nouveau nom suggère l’union et l’élan nécessaires pour devenir un parti présidentiable : mais quels sont, à l’heure actuelle, ses alliés potentiels ? Il faut maintenant que ses militants corroborent ce choix par leurs votes, ce qui n’est pas un réel problème. Reste le conflit juridique avec une petite formation politique qui revendique l’antériorité de cette appellation et là l’issue est plus incertaine.

C’est une double page que Marine Le Pen espère ainsi tourner : celle de son échec à la récente présidentielle et celle de ses démêlés assassins avec son père. Il n’empêche : c’est le vieil admirateur de Pétain qui, après avoir fulminé de cette nouvelle dépossession, rigole en douce de ce choix. Car il sait mieux que personne que ce Rassemblement national n’a rien de nouveau. Au cours du siècle précédent, il fut successivement adopté par Marcel Déat en 1941, par Jean-Louis Tixier-Vignancour en 1954 et, enfin, par Jean-Marie Le Pen lui-même aux législatives de 1986. En matière de renouvellement, on peut mieux faire. D’autant que les objectifs comme les mentalités - on l’a vu encore avec les « dérapages » en marge du congrès - restent plus que jamais ancrés dans le passé. Marine Le Pen compte t’elle attirer à elle de nouveaux adhérents avec ce changement de dénomination ? Sa stratégie, en tous les cas, ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Personne ne sera dupe et ce ne seront que ceux qui étaient déjà convaincus par ses idées qui rejoindront ce rassemblement à prétention nationale (dont le logo reste inchangé). On ne fait pas toujours du neuf avec du vieux. 

 

Jacques LUCCHESI


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2 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 14 mars 09:06

    changement..ou évolution..en fait pas même une révolution juste une petite mise à jour sur son logiciel d’une autre époque...


    • zygzornifle zygzornifle 14 mars 17:14

      On a bien vu avec le RPR, UMP , les mêmes sont toujours la sauf ceux qui se sont barrés chez Macron ....

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