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Accueil du site > Tribune Libre > Education : Motus... Ya rien à voir !

Education : Motus... Ya rien à voir !

Allez ! il a 22 ans, plein d’optimisme, après un Master et un Capes, il entre comme stagiaire dans la grande famille de l’éducation nationale ; famille quelque peu dysfonctionnelle s’il en est...En 1ere affectation ? Tout droit dans le « 9.3 » ou autres régions fécondes en « REP », apparemment le bizutage admis depuis des lustres : Débuter sa carrière dans un établissement qualifié de « difficile » devant un « public non coopératif » et des parents « désimpliqués », le tout à l’intérieur de bâtiments délabrés, dirigés soit par un chef à poigne qui tranche dans le vif avant que cela ne s’envenime, ou alors, un chef plus byzantin qui sait gérer sans bruit... Mais qui laisse seul dans la fosse aux lions. Apres 5 ans de ce traitement à 1500 net par mois... S’il a tenu le coup ? Le paradis d’une affectation proche de chez lui est en première place de ses vœux...Et là ? Une grande découverte cher novice, une GRANDE !

Ce qu’il te faut savoir au minimum

Si l’armée est surnommée « la grande muette », l’éducation nationale devrait être dénommée « la grande silencieuse »... Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte. Mais on entend parfois, comme une morne plainte etc...

Que ce soit les chefs d’établissements, les enseignants, les surveillants, les administratifs, tout ce monde vit dans une atmosphère d’omerta feutré, de non-dits soyeux ; Bien sûr, le rythme de la vie scolaire est ponctué de nombreuses réunions, où bien souvent il n’en sort pas grand-chose, il n’est pas question de se plaindre, sinon, se mettre en maladie, ou donner sa démission, quant aux personnels non-titulaires, les remplaçants, les contractuels, et bien, c’est du marche ou crève : non est exitum

Il y a le chef d'établissement dont la carrière va dépendre du bruit qu'il émet. Moins il fait de tapage, mieux c'est. Si des enseignants portent plainte régulièrement pour des violences ou trop de conseils de discipline, l'inspecteur d'académie et le recteur seront sollicités et les problèmes des chefs et des enseignants deviendront leurs problèmes...Et ils n’aiment pas ça du tout, ceux d’en haut, là où l’air est raréfié.

Lors d'entretiens professionnels, les supérieurs fixent des objectifs : la carrière dépendra de la capacité à les atteindre. Pour cela, aucun conflit ne doit venir entacher l’action, il ne faut avancer qu’en silence. S’il est demandé comme objectif l'amélioration du climat scolaire ? Pour cela, il suffit de réduire artificiellement le nombre de sanctions et de conseils de discipline dans l’établissement et ainsi, les affaires continueront as usual. Beaucoup de chefs minimisent les incidents et enterrent le maximum d'affaires, car cela ternit la réputation de l'institution. Plus il y a de vagues, plus l’image de la structure est entachée, les enfants des « familles biens » ne viendront plus s’inscrire ; quant à la carrière personnelle ? Cela est très mal vu et est un frein à gros patins.

Pour les enseignants. Bien souvent il est préférable d’enterrer l’affaire du fait que ce sont toujours les mêmes impliqués. Ce sera aussi, passer du temps à téléphoner aux parents pour la ième fois, rédiger un rapport au professeur principal, donner une punition, avec un travail qu’il faudra corriger et noter, et si cela va plus loin, en conseil de discipline ce sera encore du temps, de l’énergie ; donc, se taire, endurer ou craquer. Ceux qui lâchent, font que les élèves s’y habituent, et savent qu’ils pourront toujours s’en tirer et faire n’importe quoi... (pas étonnant que plus tard le système fabrique des Cahuzac). Pour ceux qui poursuivent lors d’incidents, ceux là doivent rédiger un rapport très précis...Et tenter de retranscrire les insultes ou les violences d’un l’élève au mot à mot durant cet incident...A moins que cela ne relève de l’habitude, car, sinon, impossible, car si choquant d’être agressé verbalement et encore pire physiquement par un gamin haut comme trois pommes ; Un tel culot à de quoi en rester coi ! Au final, il y a alors le risque que ce témoignage tombe à l’eau si ce rapport n’est pas assez circonstancié, précis, détaillé....Il y aura aussi la confrontation entre le professeur et l’élève, qui donnera à l’enfant un sentiment de toute puissance car il concentrera l’attention d’un nombre d’adultes ; il sera la « star » dans la cour de récré, alors, qu’il suffirait d’appliquer la loi, à savoir : aucune insulte, aucune violence n’est tolérée et doit être puni séance tenante et de manière très ferme. Au bout du compte, l’enseignant peut être accusé de ne pas savoir tenir sa classe, d’être un mauvais pédagogue, de ne pas être à l’écoute, de ne pas savoir négocier, temporiser, de ne pas avoir de patience... Il est donc recommandé, mais c’est écrit nulle part de bien vouloir composer avec des actes, des mots, des insultes et parfois des violences et faire avec, tout en rasant les murs.

Quant à l’élève renvoyé durant 3 jours ou une semaine ? il reviendra souvent très bravache, car, non content d’être plein de lui-même, il a obtenu quelques jours de vacances supplémentaires ; de retour dans sa classe, où il ne présentera aucune excuse, il recommencera le chahut, sachant qu’il sera gardé de toute manière, et avec une moyenne proche de zéro, passera dans la classe supérieure.

Au cas où il serait renvoyé de son école, un autre, lui-même renvoyé d’ailleurs viendrait le remplacer, parfois, au prix de tractations entre chef d’établissement...

Quant à l’enseignant ? Il devra subir les ricanements et ravaler sa fierté et subir un gamin de 12 ans ou 15 ans sans broncher. Des classes entières sont gâchées, des scolarités sont ruinées par quelques individus seulement là pour nuire à la vie commune.

Lors des conseils de classe, un langage très codifié décrit ces élèves comme « perturbateurs », suit un blablabla d’une demie heure, puis vogue la galère, la galère vogue et silence sur le pont !

L’éducation nationale est devenue un bateau ivre... En perdition ! 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :

Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.[1]

 

Georges Zeter/avril 2019


[1] Le bateau ivre : Arthur Rimbaud


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11 réactions à cet article    


  • ETTORE ETTORE 5 avril 12:18

    Un plein de vérités !


    • Spartacus Spartacus 5 avril 13:56

      Beau constat.

      La conclusion est qu’il faudrait changer tout. 

      Mais c’est un monde étatiste ou on ne change rien....


      • L'enfoiré L’enfoiré 6 avril 10:09

        @Spartacus,

         On sera forcé de changer ou de mourir.bête et méchant...
         « Guerre et paix des intelligences (1-2) »


      • covadonga*722 covadonga*722 5 avril 20:38

        yep , je plains le jeune prof , ma fille l’a été et a rendu son tablier , mais la situation est l’oeuvre de ses prédécesseurs , l EN cet état dans l Etat c’est montrée permissive et approbatrice de tout ce qui a pu priver professeurs et adultes d’autorité , formée de bataillon de soixantehuitard elle a décrète le interdit d’interdire .Quel Etat sérieux et viable peut il tolérer des profs manipulant et envoyant des lycéens dans la rue pour s’opposer aux projets de ministres issu de la représentation nationale . Dans quel pays sommes nous ? ou un professeur d’université peu impunément prôner a la télévision « fr3 bretragne » la rebellion violente aux forces de l’ordre intervenant sur décision de justice .

        La situation et l’état de l’éducation nationale française n’est pas le resultat des decisions ministérielle d’un quelconque gouvernement depuis 50 ans aucune 

        réforme n’a pus être mené a son terme.Elles sont le resultats de l’insoumission délibérée de fonctionnaires au statut protecteur ce qui les rends d’autant rebelles

        attendus qu’ils ne risque rien 

        Le personnel de la bien endogame EN fournit les bataillons de la FI et de tout ce qui conchie l’autorité de l’état de ses représentants et élus .

        a quel titre jouiraient ils d’une quelconque autorité ? qu’ils crèvent !


        • Venceslas Venceslas 6 avril 13:10

          @covadonga*722
          Vous savez ce que c’est qu’un Français ? C’est quelqu’un qui « prend une émeute pour une fête » dixit Napoléon 1er. Les lycéens adorent aller manifester dans la rue sans que les professeurs aient besoin de les « manipuler » comme vous dites.


        • baldis30 6 avril 10:25

          bonjour

           « Les événements on les commande pensait Rivière, et ils obéissent » Saint Exupéry ( Terre des hommes)


          • L'Astronome L’Astronome 6 avril 10:42

             

            Et on prétend former de futurs êtres intégrés et socialement responsables dans ce système de geôle ? Un singulier défi.

             


            • Venceslas Venceslas 6 avril 13:12

              Article magistral où tout est parfaitement expliqué. Il faudrait que les Français écoutent les gens de terrain, c’est-à-dire les enseignants, et pourquoi pas, les surveillants, pour comprendre ce qui se passe vraiment à l’E.N. et pourquoi une telle omerta, au lieu de rester crédules face au baratin de tel ou tel ministre grassement payé avec nos impôts, à faire de la propagande pour une politique qui devrait être sérieusement être remise en cause.


              • Allexandre 6 avril 14:01

                Triste mais vraie réalité !! l’enseignement est devenu la bête noire des dirigeants !! la volonté politique de saccager l’éducation depuis 40 ans est arrivée à son objectif ! La ruine de générations entières et une nation à la dérive par la volonté de puissances extérieures !! Appelez cela du « complotisme » si vous voulez, peu importe !!!


                • Désintox Désintox 6 avril 20:07

                  Un professeur certifié ayant 10 ans de carrière gagne 2306€.

                  Brut.

                  (source)

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