En saignant
Nos pensées vont à la famille et aux proches de Samuel Paty, cet enseignant d’histoire apprécié par tous ses élèves et collègues qui a été sauvagement assassiné par un déséquilibré islamiste après d’autres meurtres semblables qui endeuillent notre pays. Mais cet acte abject pose de nombreuses questions : pourquoi cette personne, avec quel objectif, qui est le criminel, et dans quel contexte social ? Il faut cependant prévenir d’emblée le lecteur que nous ne sommes pas enclins à stigmatiser les musulmans en général parce que nous faisons clairement la différence entre les croyants sincères et les idéalistes fous, en matière de religion comme de politique, tant l’histoire nous apprend que le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il n’y aura donc pas dans ce billet d’amalgame ou d’islamophobie, d’autant que ces mots sont aujourd’hui sciemment détournés de leur sens originel dans l’intérêt de quelques-uns.
Remarquons tout d’abord que crime affecte pour la première fois un enseignant après d’autres touchant cruellement des citoyens lambda, des policiers, un prêtre ou des personnes innocentes appartenant à d’autres confessions. Or ce professionnel compétent aimé de tous n’enseignait pas n’importe quelle discipline, car l’Histoire est le moyen privilégié pour éveiller les consciences en montrant le long cheminement des hommes pour tendre vers davantage de raison et de pensée libre. L’Histoire n’est pas en effet une pensée révélée une fois pour toutes car elle est le témoignage, souvent douloureux, de l’effort des hommes pour fonder une vie sociale acceptable et examiner avec prudence les convictions, fussent-elles d’ordre divin. Et c’est le rôle de l’Histoire d’apprendre aux enfants que dans notre République, une des rares qui soit laïque, seules les lois librement votées peuvent en droit réglementer la vie des citoyens, ce qui n’empêche personne de croire ou ne pas croire à ce qu’il veut.
Pour ce qui concerne les représentations du prophète de l’islam, chacun sait que si celle-ci est bannie par beaucoup de musulmans cela n’a pas été toujours le cas pour d’autres comme le montrent des figurations comme celle présentée en fin d’article (Les révélations de Gabriel à Mahomet) ou de nombreuses miniature perses. On peut même penser que cet interdit a servi au Pakistan pour faire adopter devant l’ONU le 26 mars 2009 par 23 voix contre 11 et 13 abstentions une résolution controversée visant à « lutter contre la diffamation des religions ». Et si les caricatures visant les politiciens ou les différentes religions paraissant dans la presse sont d’un registre plus critique, cela n’est heureusement pas répréhensible chez nous, contrairement à beaucoup de pays moins libres. D’où le constat de Saussure indiquant que le signifiant et le signifié sont deux domaines séparés instaurant l’ordre symbolique. Le mot et la chose ne sont pas à la même place comme Magritte l’a également si bien montré. Or sans le symbolique il n’y a pas d’humanité parce que c’est fondamentalement ce qui nous distingue de l’animal et peut nous éviter la psychose. En réalité l’interdit de représenter n’est qu’un interdit de penser et donc la négation de l’accès à une conscience éclairée par le savoir. Les croyants qui ne comprennent pas cette notion essentielle se mettent dramatiquement à l’écart de ce qui est spécifiquement humain et creusent le tombeau de leur propre religion surtout quand cela entraine de la violence, dont les musulmans sont d’ailleurs, et de loin, les premières victimes. Des éléments encourageants sont cependant à remarquer avec les interventions très fermes de Tareq Oubrou et de responsables du Conseil Français du Culte Musulman pour condamner ces violences et protéger la liberté d’expression en accord avec les lois et valeurs de la République.
Mais il n’est pas anodin que les fondamentalistes religieux s’intéressent à l’enseignement car cela fait partie d’un projet politique pensé depuis longtemps. Le nom même de l’organisation terroriste Boko Haram est là pour nous le rappeler puisque cela signifie que « l’éducation occidentale est un péché », surtout pour les filles. Depuis longtemps Dar al Islam martèle que les écoles sont un lieu de perversion et de mécréance ce qui a conduit à de nombreux attentats contre celles-ci au Pakistan faisant souvent beaucoup de victimes (132 enfants au Peshawar). Mais de multiples exactions semblables ont également lieu dans d’autres pays : Kenya, Nigeria, Burkina Faso par exemple. Et dans nos propres écoles les enseignements de l’évolution selon Darwin, et tout ce qui touche à la sexualité, les sorties à la piscine, sont fréquemment l’objet de d’interdits provenant d’extrémistes religieux. Des officines turques ont un moment tenté d’exporter chez nous des livres très luxueux et attrayants pour les enfants visant à modifier l’histoire universelle selon des canons religieux. Et des écoles confessionnelles, ou des associations pas toujours bien légales, ont aussi vu le jour pour diffuser une parole par définition incontestable encourageant la charia comme on le voit en Angleterre où siègent de très nombreux tribunaux islamiques parallèlement aux juridictions officielles.
De fait, des projets politiques étroitement associés aux précédents se greffent sur ce terreau sensible. Abdelhakim Sefrioui, par exemple, ce frère musulman affilié à la mouvance pro-Hamas prétendant agir au nom d’autres imams de France, est à l’origine de la fronde visant Samuel Paty qu’il a traité de « voyou » ce qui a précipité sa mort horrible. Connu des services de renseignement depuis plus de 20 ans c’est un agitateur islamiste fiché S en lien avec la mouvance antisémite d’extrême droite cherchant à importer chez nous de façon polémique le conflit israélo-palestinien, alors même que le Quai d’Orsay a depuis longtemps pris position sur la création d’un état palestinien. Il a participé au bref comité de campagne de Dieudonné pour la présidentielle de 2007, harangué les foules, et s’est opposé violemment à l’imam de Drancy pour faire valoir sa conception rétrograde et paranoïaque de l’islam. On se demande alors ce qui peut encore autoriser cet individu récemment mis en examen avec d’autres, à s’opposer depuis si longtemps aux lois républicaines sans aucune sanction.
Mais ce sont aussi les lois de notre pays qui ont permis à l’assassin de Samuel Paty, lui aussi fiché S, d’obtenir le 4 mars dernier une autorisation de rester sur le territoire jusqu’en 2030 alors même qu’il a eu antérieurement affaire à la police pour dégradation en réunion en 2016. Dans d’autres pays la moindre infraction empêche ce genre de permission et l’on cherche à réguler les nombreuses vidéos qui sur le net diffusent ou encouragent ces comportements criminels. Mais le meurtrier, Abdoullakh Abouyezidvitch, ce russe d’origine tchétchène âgé de seulement 18 ans a pu bénéficier du statut de réfugié comme ce prétendu mineur pakistanais âgé de 25 ans, Zaheer Hassan Mahmood, qui a commis cet attentat le 25 septembre devant les anciens locaux de Charlie Hebdo. Et l’on sait que les ASE croulent sous des demandes impossibles à gérer de façon convenable la protection légale d’enfants isolés dont l’âge réel est impossible à connaître. Alors, sans être hostile au fait d’accueillir des étrangers dans notre pays, notamment des mineurs en danger, puisque cela accompagne nos valeurs et que toute l’histoire de la société française prouve que celle-ci n’a jamais été uniquement peuplée de gaulois de souche, il est clair que l’organisation de ces procédures est à revoir fondamentalement pour que les choses se passent autrement.
En réponse à ces évènements tragiques, il est à craindre que le recrutement des futurs enseignants de la République qui forment les citoyens de ce pays devienne encore plus difficile ce qui diminuera l’attrait de l’enseignement public et renforcera les écoles confessionnelles. En fait c’est déjà le cas, et pour plusieurs raisons. Avec le Covid-19 beaucoup de professeurs ont dû s’adapter à des consignes qui changeaient tous les jours pour enseigner à la fois en présentiel et en distanciel, ce qui doublait leur tâche, sans que l’Éducation Nationale, qui n’a jamais cru bon de mettre en place une médecine du travail, pourtant indispensable face aux enfants, ne leur fournisse le moindre matériel informatique ni les formations adaptées pour se servir de ces outils. Quant aux salaires, la France détonne nettement en Europe de l’Ouest malgré les promesses de revalorisations puisqu’ils sont parmi les plus bas de tous et que depuis 2014 leur salaire n’a pas bougé voire reculé. À cette situation difficile s’ajoutent les programmes et les éléments de langage incohérents des experts en pédagogie autoproclamés qui ont permis une diminution horaire drastique en 20 ans de l’enseignement du français et de la grammaire, alors qu’un élève sur cinq ne sait pas lire en 6ème, ce qui ne l’empêche pas d’y être admis.
Mais le pire n’est même pas là quand on apprend que Samuel Paty aurait dû s’excuser devant les familles d’avoir éduqué leurs enfants et qu’il risquait d’être sanctionné par l’Académie des Yvelines avec un rappel des « règles de la laïcité et de la neutralité » sur demande de la principale de son propre collège. Alors aujourd’hui le sentiment des enseignants d’être abandonnés ou trahis par leurs supérieurs gangrène les établissements scolaires depuis que les chefs d’établissements et gradés de l’Éducation Nationale ont choisi le « pas de vague » en fermant les yeux sur les problèmes qui se sont multipliés ces dernières années. Car face aux collabos hypocrites d’une hiérarchie qui s’étend jusqu’au sommet de l’État en se contentant de verser des larmes de crocodile sur leur sort, chaque « en saignant » de base se retrouve depuis longtemps bien seul pour résister à la barbarie et aux radicalisations criminelles de parents très politisés qui font de leurs enfants et de leurs proches des armes de guerre que les vidéos obscurantistes des réseaux dyssociaux alimentent sans retenue. Il est à présent vraiment urgent que les responsables politiques et religieux cessent de dénier la réalité pour opérer le grand ménage qui s’impose.

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