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Entretien avec Jean-Luc Martinez, président-directeur du Musée du Louvre : L’art et la culture en partage

ENTRETIEN AVEC JEAN-LUC MARTINEZ,

PRESIDENT-DIRECTEUR DU MUSEE DU LOUVRE

L’ART ET LA CULTURE EN PARTAGE

 

Jean-Luc Martinez © 2013 Musée du Louvre Florence Brochoire

Président-directeur du prestigieux musée du Louvre, Jean-Luc Martinez nous explique, dans cet entretien exclusif, la politique culturelle de cette institution dont le rayonnement artistique, à travers le monde, s’avère aujourd’hui, plus que jamais, à la hauteur de l’immense qualité de ses œuvres. Une inestimable contribution, par les valeurs qui y sont véhiculées, au progrès de l’humanité en ce qu’elle a de plus noble et beau !  

D.S.S. : De plus en plus nombreux, mais aussi fructueux, sont aujourd’hui les collaborations, voire les partenariats culturels, que cette prestigieuse institution artistique qu’est le musée du Louvre, à Paris, développe, sous votre direction, avec d’autres musées à travers le monde. Un regard aussi généreux qu’avisé, certes ! Quel en est toutefois, de manière plus précise, le sens profond ?

Jean-Luc Martinez : En effet ! Le musée du Louvre, que j’ai aujourd’hui l’honneur de présider et de diriger tout à la fois, souhaite partager de plus en plus, conformément à la vocation humaniste qui est la sienne, un certain nombre de valeurs essentielles : des valeurs morales, telle que la fraternité, aussi bien qu’esthétiques, telle que la beauté. Mais aussi des principes fondamentaux : des principes universels, d’altruisme, de générosité, de tolérance et de cosmopolitisme. Avec, comme but ultime, la découverte de l’Autre, sans préjugés ni barrières ou sectarisme d’aucune sorte. L’image du Louvre est, par son immense prestige, internationale. Son message aussi ! Son aura dépasse largement les frontières de la France ou de Paris. Ainsi son rôle premier, aujourd’hui, est-il aussi, répondant par la même occasion à une véritable demande, d’apporter la culture, à travers ce qu’elle a de plus noble, dans le monde - l’art, en un mot - aux autres, à ceux qui n’ont pas toujours la chance, dans leur pays, de pouvoir admirer, apprécier et contempler ce que l’homme a peut-être fait de plus beau et grand au cours de son histoire. Le musée du Louvre s’efforce d’appliquer, dans les faits, la fameuse devise, depuis le Siècle des Lumières, de la France : « liberté, égalité, fraternité ».

LES VALEURS DU LOUVRE : LE SENS DE L’HUMANISME ET UN MESSAGE UNIVERSEL

D.S.S. : Est-ce là la philosophie, précisément, qui a guidé la création d’une partie du musée Louvre, par exemple, à Abou Dhabi, capitale des Emirats Arabes Unis ?

J.-L.M. : Oui ! A Abou Dhabi ou ailleurs, comme, aux Etats-Unis, à San Francisco, Cleveland et Los Angeles, ou, en Europe, à Budapest, Copenhague, Berlin et Saint-Pétersbourg, ou même, dans le nord de la France, à Lens, avec la création, en 2012, du Louvre-Lens. Mais aussi, pour rester en Europe, au musée Félicien-Rops, à Namur, ville de Belgique, avec l’itinérance, d’octobre 2017 à février 2018, de l’exposition « Shakespeare romantique  » organisée conjointement par le Louvre et le musée national Eugène-Delacroix. Le musée du Louvre a également, comme autre ambitieux projet culturel, d’organiser, en 2021, en Ouzbékistan, pays d’Asie centrale, et entre les villes de Tashkent et de Samarcande, une exposition consacrée à la célèbre « route de la soie ». Le musée du Louvre entretien actuellement des relations avec près de soixante-cinq pays à travers le monde.

« VIVA ROMA ! » : UN PARCOURS D’HISTOIRE, D’ART, DE CULTURE ET DE BEAUTE

D.S.S. : Il semble que vous ayez toutefois une relation privilégiée, sur le plan du partenariat culturel, avec la ville de Liège, principale ville wallonne de Belgique, puisque vous y co-organisez en ce moment même, depuis le 25 avril dernier et jusqu’au 26 août prochain, dans le bel écrin du musée de la Boverie, une nouvelle exposition, intitulée « Viva Roma ! », où l’on peut admirer notamment quelques-uns des plus beaux tableaux, issus des collections du musée du Louvre, dédiés à la « Ville éternelle », capitale de l’Italie !  

J.-L.M. : Absolument ! Cette exposition, « Viva Roma ! » marque une nouvelle étape, la deuxième collaboration concrète et effective, dans ce partenariat extrêmement fécond qu’ont noué, il y a trois ans déjà, la ville de Liège, son superbe musée de la Boverie en particulier, et le Louvre. Il s’agit là, au sein de cette fidèle synergie, d’une exposition inédite, qui met en scène les rêves, tout en explorant leurs fascinantes aventures, des grands voyageurs européens, du XVIe au XXe siècle, à destination de Rome, capitale, dans l’Antiquité, des empereurs et, depuis la chute de l’empire romain jusqu’à nos jours, des papes. C’était ce que l’on appelait, en ces temps-là, et notamment aux XVIIIe et XIXe siècles, le « Grand Tour », époques où artistes et lettrés - Byron, Shelley, Keats, Goethe, Chateaubriand, Stendhal, Suarès, Ingres, Poussin, Claude Lorrain, Corot, Fragonard, Thorvaldsen, James Ensor - ont ramené de leurs différents séjours, dans cette ville magique et d’une intense beauté, une quantité infinie d’images, de tableaux, de portraits, de paysages, de récits et de souvenirs, lesquels constituent ainsi, telle une sorte de mémoire collective, intellectuelle et artistique, une véritable ode à l’éternelle jeunesse de cette cité mythique, presque trimillénaire et, encore aujourd’hui, aussi active qu’attrayante. 

D.S.S. : Comment s’articule, de manière plus précise, cette exposition « Viva Roma ! » ?

J.-L.M : Le commissaire de cette exposition, comprenant au total 175 œuvres en provenance d’une cinquantaine d’institutions internationales, est l’excellent Vincent Pomarède, directeur de la médiation et de la programmation culturelle du Louvre. C’est lui qui, secondé par son adjointe Aline François-Colin, ainsi que le directeur des musées de la Ville de Liège, Jean-Marc Gay, a supervisé, en l’occurrence, le splendide catalogue édité à cette occasion. Son titre s’avère particulièrement évocateur, explicite : « Le voyage des artistes à Rome ». Tout un programme, que les visiteurs belges, français, luxembourgeois et, plus généralement européens, sont invités à parcourir de manière aussi intelligente que ludique ! Cela ne fera que renforcer, en outre, nos indispensables liens d’amitié en ce monde parfois troublé.

UN ENJEU DE SOCIETE, SINON DE CIVILISATION

D.S.S. : Pourquoi avoir choisi, comme thématique de cette exposition, Rome et, à travers cette ville, l’Italie ? Y a-t-il donc là aussi, de la part du musée du Louvre, un message à délivrer, tant sur le plan artistique et culturel que social et philosophique, sinon politique au sens large et noble du terme ?

J.-L.M. : L’Italie est un pays ami, un pays frère, frontalier de la France. C’est aussi, avec la Grèce antique, un des berceaux culturels de l’Europe, de ses valeurs les plus hautes. Mieux : c’est un phare, depuis l’Antiquité, avec une cité comme Rome, jusqu’à la Renaissance, avec des villes comme Florence ou Venise, de notre civilisation, de ses arts et lettres, de ses découvertes scientifiques ! Son patrimoine artistique, architectural et monumental est, bien sûr, exceptionnel, unique au monde, inégalable tant sur le plan quantitatif que qualitatif. En ce qui concerne notre modernité, l’Italie est aussi un des six pays fondateurs de l’Union Européenne, de son esprit et de ses valeurs, mais dont la diaspora constitue également, au niveau des peuples, l’une des plus importantes de notre planète. Il est donc logique et normal que nous, Européens, nous lui rendions l’hommage qui lui est dû.

D.S.S. : Mais encore ?

J.-L.M. : L’Italie, par sa position géographique comme par sa richesse culturelle, a toujours été, hier comme aujourd’hui, un lieu d’échanges et de passages, une terre d’accueil et de diversité, nantie d’importants flux migratoires, mais où la transmission du savoir, notamment avec la création des académies aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, s’est toujours révélée primordiale pour le bien, comme pour le progrès, de l’humanité. Le monde entier a, ainsi, une dette particulière envers l’Italie : pays dont il faut faire donc redécouvrir la place centrale qu’il occupe au sein de la culture internationale et, en particulier, européenne. Car qu’est-ce que l’Europe finalement, et idéalement, sinon un lieu de confrontation positive, à travers les œuvres du passé comme du présent, à l’Autre, y compris à l’époque moderne et contemporaine ? C’est là, jeter des ponts entre les peuples et les nations, mais aussi mettre en valeur la sensibilité d’une culture, de ses mœurs et de ses traditions comme de son art et de son savoir, un enjeu de société, sinon de civilisation !

HOMMAGE A LEONARD DE VINCI

D.S.S. : A propos d’Italie, d’humanisme et de Renaissance, le 2 mai 2019, dans un peu plus d’un an donc, marquera le 500ème anniversaire de la mort de l’un des plus grands génies de l’histoire de l’humanité : Léonard de Vinci, dont quelques-uns des chefs d’œuvre, au premier rang desquels émerge la célébrissime Joconde, se trouvent justement au Louvre. Quels types de manifestations culturelles et artistiques sont donc prévus, au sein de votre musée, pour commémorer dignement cet important anniversaire ?

J.-L.M. : Oui ! L’année 2019, riche en événements culturels effectivement, verra aussi le 30ème anniversaire de l’inauguration de la Pyramide du Louvre, conçue par l’architecte, sino-américain, Pei : inauguration qui a eu lieu, par le Président de la République d’alors, François Mitterrand, le 30 mars 1989. Avec, dès le surlendemain, 1er avril 1989, l’ouverture au public. C’est donc tout naturellement, au vu de la quasi coïncidence de ces deux événements majeurs, que le Louvre organisera en automne 2019, au mois d’octobre, une exposition, dédiée à Léonard de Vinci précisément, de grande envergure. Peut-être la plus importante dans l’histoire de l’art, avec des œuvres en provenance de différents musées ou institutions, pour ce génie d’entre les génies. Nous espérons d’ailleurs, à cette magnifique occasion, y faire découvrir, au public européen et international, le fameux « Salvator Mundi », acheté récemment aux enchères à prix d’or, de ce même Léonard de Vinci. Ce sera là, pour cette double et exceptionnelle commémoration, une première, à portée planétaire, dont nous nous réjouissons déjà !

 https://www.expointhecity.com/2017/12/28/leonard-de-vinci/

 DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

Philosophe, auteur notamment de « Philosophie du dandysme – Une esthétique de l’âme et du corps » (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (publiés tous deux chez Gallimard-Folio Biographies), « Petit éloge de David Bowie – Le dandy absolu » (Editions François Bourin), « Traité de la mort sublime – L’art de mourir de Socrate à David Bowie » (Alma Editeur). A paraître : « Léonard de Vinci ou la vie comme œuvre d’art ».

 

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Louvre - La Boverie : Viva Roma !
https://www.laboverie.com/expos-evenements/Actuellement/doss-ped-rome-web.pdf

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12 réactions à cet article    


  • bob14 23 juillet 15:51

    Jean-Luc Martinez devrait restituer les oeuvres d’arts volées qui s’étalent dans les salles et les réserves du musée...J’rigole..y aurait plus grand chose a présenter au public.... smiley


    • Paul Leleu 24 juillet 21:13

      @bob14


      l’humanisme et les valeurs à Abu Dabi... 

    • Jean Roque Jean Roque 23 juillet 19:12

       
      2100 : 25% DE BLANCS EN UE OCCIDENTALE, FIN DE LA CULTURE EUROPÉENNE
       
      UE ENNEMIE DE L’EUROPE
       

      Clip rap : un rappeur colon noir visite un musée souchien en Écosse...
       
      Eux sur les toiles, blancs plein de morgue, sont morts, lui se reproduit et glands remplace
       
      annone-t-il
      ...
       


      • Jean Roque Jean Roque 23 juillet 19:20

         
         
        « Afin de détruire un peuple, il faut d’abord détruire ses racines. »
         
        « Les communistes avaient détruit la démocratie mais pas les peuples. L’UE détruit les peuples, ça c’est irréversible. » Alexandre Soljenitsyne
         


      • Paul Leleu 24 juillet 20:59

        @Jean Roque


        je ne savais pas que ce vieux facho de Soljenitsyne avait dit quelque chose de sensé... il aurait mieux fait de foutre la paix aux communistes qui sauvaient et protégeaient l’identité des peuples d’Europe... maintenant que la « démocratie » américaine est venue partout, il ne reste rien comme du pesticide sur une terre morte... 

        je suis effaré du nombre d’anti-soviétiques qui regrettent leur stupide haine d’hier... les communistes étaient beaucoup plus pro-europe blanche que la racaille anglo-saxonne. Mais maintenant c’est trop tard... on n’a plus que nos yeux pour pleurer... 

      • Paul Leleu 24 juillet 21:11

        @Jean Roque

        pourquoi attendre 2100 ?? où voyez-vous des blancs en Europe ??? Les gens sont peut-être blanc de peau, mais ils sont de culture afro-américaine... ça n’existe plus le peuple blanc... c’est pas une question de classes sociales, tous les milieux sont finis. 


        et tout ça date de l’arrivée dans les fourgons de l’armée américaine du jazz (en 1918) et du rock (en 1945). Comme disait lucidement Eisenhower : « il faut reconnaitre que le jazz est le meilleur ambassadeur de l’Amérique ». Et puis il y a tous les admirateurs du bidet (urinoir) de Marcel Duchamp, exposé par son ami Rockfeller pour détruire la culture des peuples. Et même tous les bouffons anar’ ou facho’ adorrent cela. 

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 juillet 21:24

        @Paul Leleu

        Accords quatre sons et tout ce qu’ils peuvent faire en harmonie...sur une guitare aller partout...la guitare est un orchestre ...Hector Berlioz.


      • Paul Leleu 25 juillet 00:26

        @Aita Pea Pea


        vous êtes plaisant avec vos rangaines... Tout le monde sait que Berlioz jouait de la guitare. Mais les rockers n’utilisent pas les ressources de la guitarre... bien loin de là... ça ne veut donc rien dire de se prévaloir de ce génie... d’autre part, le même Berlioz s’est largement exprimé déjà en son temps contre la pseudo-modernisation de la musique, donc complétez un peu vos lectures avant de citer à tord et à travers... 

        Et en attendant, vous ne répondez pas sur le fond... la musique a une identité. Car elle parle à l’âme et l’identité profonde des gens à mon avis. Je ne crois pas (comme les jazzeux et les rockers) que l’ont peut plaquer n’importe quelle musique sur n’importe quelle âme.

        Il y a eu un changement brutal de toute la musique au 20ème siècle. Et personne n’en parle. 100% de la « nouvelle musique » du monde provient des USA où elle a été produite et sélectionnée par une petite minorité de politiciens et de capitalistes des majors. Ca c’est un fait mathématique qui devrait légèrement faire réfléchir. J’aimerais vous entendre à ce sujet là. 

        Ca me fait marrer de voir que l’on chiale pour l’OTAN, mais qu’on ne dit rien de cela. 

      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 juillet 01:04

        @Paul Leleu

        Bof ...expliquez moi les techniques de changements de tonalités ...en baroque tempéré courant , classique et romantique rare ...et le renouveau français trois quart du 19 e . Écoutez Debussy et ses accords 7e . Lol


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 juillet 01:26

        @Aita Pea Pea Un indice la quarte ...bien qu’un peu restrictive . La quinte est plus intéressante, en forme de poupée gigogne... Nous ne parlons que de majeur bien sûr... Lol ...et encore ...rhaaaa...


      • Stupeur Stupeur 23 juillet 22:05


        Merci smiley
         
        Un peu de musique et de chant pour accompagner ce moment culturel :
         
         Ave Maria (V. Vavilov / G. Caccini) -> orchestre, orgue, choeur et mezzo-soprano
         
         Ave Maria (V. Vavilov / G. Caccini) -> bugle* et orgue
         
         
         * Le bugle (en allemand « Flügelhorn » et par extension « flugelhorn » en anglais) est un instrument de musique de la famille des cuivres, plus exactement des saxhorns mis au point par Adolphe Sax au XIXe siècle. (sur Wikipédia)


        • yugugawod@yk20.com 25 juillet 00:58

          qu il partage déjà son salaire paye par moi

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