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Accueil du site > Tribune Libre > Et la neige sur Liège, pour neiger, met des gants...

Et la neige sur Liège, pour neiger, met des gants...

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Jacques Brel nous a quittés, il y a 40 ans, le 9 octobre 1978... il n'avait que 49 ans... 

Brel a consacré de nombreuses chansons à son pays natal, la Belgique et on se souvient plus particulièrement de certaines de ces chansons : Le Plat pays, Bruxelles, Les Flamandes...

Et puis, on aime aussi ce texte empreint de poésie : Il neige sur Liège.

 

Comment restituer le mouvement léger et doux de la neige ? Comment évoquer toute la mélancolie, la beauté et l'élégance de la neige ? Jacques Brel nous fait voir et ressentir ce lent tourbillonnement, dans une de ses chansons, Il neige sur Liège...

 

Les sonorités de chuintante "g" réitérée ainsi que la répétition de la voyelle "é" traduisent cette délicatesse, cette harmonie, ce ballet incessant des flocons.

 

La neige personnifiée "met des gants", devient une entité, l'image d'une jolie femme qui revêt une parure...

 

Et la Meuse devient "croissant noir" sur le "front d'un clown blanc"... le poète dessine des images nouvelles suscitées par la neige, nous en faisant percevoir toute la beauté dans le jeu des contrastes.

 

Le poète nous fait aussi entendre l'effacement des bruits sous la neige... Il parvient, ainsi, à nous faire ressentir une atmosphère, la présence de la neige...

"Il est brisé le cri 
Des heures et des oiseaux
Des enfants à cerceaux
Et du noir et du gris..."

 

Il mêle d'ailleurs, dans cette évocation, la sensation auditive et la sensation visuelle : tout s'estompe sous les flocons : les sons, mais aussi, toutes les couleurs sombres de la ville de Liège...

 

Ainsi, la neige semble apaiser les douleurs symbolisées par le mot "cri", par les couleurs "noir et gris".

 

Le fleuve lui-même traverse la ville "sans bruit", comme si son cheminement était soudain interrompu, tout paraît s'arrêter sous la neige.

 

Le poète joue habilement de la paronymie des mots "neige, Liège", qui riment et se ressemblent : la répétition de ces mots semble mimer la chute tourbillonnante des flocons.

 

Dans ce paysage, tout se confond, le ciel, la terre... Et cette confusion est marquée par une incertitude : "on ne sait plus..."

"Et tant tourne la neige entre le ciel et Liège
Qu'on ne sait plus s'il neige s'il neige sur Liège
Ou si c'est Liège qui neige vers le ciel"...

 

La neige qui unit le ciel et la terre est ensuite associée à l'union des amants débutants que la neige "marie"... une nouvelle harmonie qui apparaît dans cette évocation.

 

Dans la dernière phrase, l'emploi de l'adjectif possessif de la première personne," il neige sur mes rêves", nous montre le poète isolé, à l'inverse de ces amants unis par la neige... Le moment "ce soir" évoque bien, aussi, la solitude associée souvent à la tombée du jour...

 

Les rêves semblent inaboutis, et on perçoit une sorte de blessure dans ces mots : " sur Liège Que le fleuve transperce sans bruit..."

 

La mélodie monotone traduit bien toute la mélancolie des paysages transformés par la neige...

 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2017/01/et-la-neige-sur-liege-pour-neiger-met-des-gants.html

 

Vidéo :

 


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26 réactions à cet article    


  • Merci Rosemar. 1979, mon histoire d’amour aussi était liée à Liège. Mais l’image décrite par Brel était en négatif. Enveloppée dans un long manteau de laine blanche, je travaillais à Seraing (souvent filmé par les frères Dardennes). De Bruxelles, j’y allais en train ou en voiture. Mais l’effet était inverse à la chanson. Mon manteau blanc revenait couvert des suie des usines. Seraing n’était pas serein, et son manteau de suie, n’accueillait pas blanche-neige. Le chemin était gris, sentait la mauvaise friture et le chômage. C’était mon premier emploi, j’y allais avec coeur pour y rencontrer une centaine d’élèves qu’il fallait tester. Mais qu’est-ce que j’ai aimé l’esprit liégeois. quel accueil et chaleur. Un sens de l’humour permanent., même dans les situation les plus dramatiques. https://www.youtube.com/watch?v=gtrwTL9z46A. Mais le plus déroutant, c’est que je devais passer par la rue Jacques Brel pour mes superversions. Ainsi la boucle était bouclée. Et j’en profitais pour mettre manteau de neige dans une « laverie publique » ;


    • rosemar rosemar 9 octobre 19:01

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Merci pour ces souvenirs...

    • L'enfoiré L’enfoiré 10 octobre 12:36
      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

       Décidément, la Belgique apporte des souvenirs.... smiley
       Le nouveau film « Niet schieten » (« Ne tirez pas ») devrait aussi rappeler des souvenirs psychologiques moins heureux.
       

    • @L’enfoiré


      Malheur, bonheur. Je vous ai déjà donné mon avis sur cette question. Votre longue liste sur : comment être heureux en est la preuve. Je montre simplement que le bonheur est un état d’esprit et que même dans des circonstances extérieurement désolantes, il est encore possible de rire et de s’épanouir. C’est une autre perception de la vie. Le beau et le laid sont des appréciations très personnelles. Je comprenais parfaitement le bonheur d’un peintre de représenter les terrils en y joutant une touche particulière qu illuminait le tableau. Mais à force de fréquenter les homosexuels (c’est vous qui l’avez écrit), leur vision du monde « embellie » a dû déteindre sur vous. Ce n’est pas par hasard qu’il sont dans la mode et la coiffure (’lesthétique). Bouuuuuuuuuuuuuuuuh, c’est laid,....

    • L'enfoiré L’enfoiré 10 octobre 15:04

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Tout à fait, c’est ce que raconte ce billet « Où se cache le bonheur » dans laquelle je puisais dans la liste dont vous parliez.
      C’est presqu’une affaire de gènes.
      Je n’ai jamais fréquenté les homos femmes ou hommes.
      Ils préfèrent se retrouver entre eux.
      Mais ils sortent de l’ombre. Cela ne me dérange nullement, mais je ne suis pas de milieu.
      « Christine & the Queenn » est devenu seulement « Chris »
      Si vous n’avez pas remarqué, les body buildés sont souvent repris dans la liste.

    • @L’enfoiré


      Si la civilisation était une oeuvre d’art, je dirais que l’actuelle est un ratage total. Mais comme je m’y attendais et que cela correspond à mes prédictions depuis 1985, j’ai le simple bonheur de ma clairvoyance et d’avoir construit ma vie en marge de la société. Pour le reste, question d’individu, et de facteurs divers et bien trop complexes. Raison pour laquelle l’idée même d’évaluer ou non le bonheur me semble une perte de temps. J’ai la possibilité de tout revendre et de finir mes jours sur une île paradisiaque. Mais voilà, ce n’est pas ma conception de la vie. J’y inclus aussi les moment de blues. Cela faut partie des contrastes,....qui comme toujours,...ne durent pas longtemps. Il pleut sur Liège. Et la puissance des beaux souvenirs,...


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 9 octobre 18:37

        Très belle chanson. Des années que je ne l’avais plus écoutée .


        • rosemar rosemar 9 octobre 19:02

          @Aita Pea Pea

          Ce n’est pas une chanson parmi les plus connues de Brel...

        • Abou Antoun Abou Antoun 9 octobre 19:10

          @Aita Pea Pea

          Très belle chanson.
          oui !

        • Étirév 10 octobre 05:15

          Brel, Liège et la Meuse
          « Et puis, on aime aussi ce texte empreint de poésie : Il neige sur Liège.  »

          Liège, dont le nom ancien est Lüttich, a été appelée la Ville ardente. Ce surnom semble indiquer qu’elle fut le berceau à Arduina, la grande Déesse celtique qui donna son nom à une région de la Gaule-Belgique : la forêt des Ardennes, formant la région nord de Médiomatrice. De Lüttich on a fait Lutèce. Mediomatrici, peuple de la Belgique, au sud des Trévires, aujourd’hui partie de la Lorraine et de l’Alsace. Départements de la Moselle, de la Meuse et du Bas-Rhin.
          « Et la Meuse devient « croissant noir » sur le « front d’un clown blanc  »
          Il est a remarquer que la Meuse s’appela d’abord Hélium. Dans le pays des Atlantes qu’on appela les Champs Elysées, le séjour des Muses (les savantes) s’appelait Hélicon. Le pays, Hel-land, avait donné son nom au fleuve qui le traversait ; on l’appelait Hélium. « Junon et Minerve étaient surnommées hélotes, qui veut dire surveillantes du Hel  », dit de Grave.
          Helléniste vient de Hélium, qui veut dire Hel-Land. Hel ou Hal a toujours servi à désigner un paradis (Wal-Halla, devenu Waux-Hal, jardin délicieux).
          Aussi, le fleuve appelé d’abord Hélium finit par s’appeler du nom même des Déesses qui vivaient sur ses bord, les Muses. Et c’est ainsi que dans la géographie ancienne la Meuse s’appelle Mosa.
          Si Mosa signifie Muse, Moselle n’est-elle pas le nom d’une petite Muse ?
          Et nous voilà bien près de Da-moiselle, qui fut un titre de noblesse.
          « Les femmes se préoccupent des hommes toute la journée, alors que l’homme ne s’en préoccupe que dans la marge de ses appétits. » (J. Brel)
          M. Brel ne se trompait pas : la femme, Pauvre créature, née pour aimer et toujours empêchée de remplir cette fonction sainte ! Vouée par ce monde corrompu, aveugle, à une existence tourmentée, cherchant toujours ce bonheur promis et légitime, et n’y arrivant jamais. Etrangère, comme égarée, dans un monde indigne d’elle, qui a commencé par la méconnaître ou par en abuser, et qui ne cherche plus de satisfactions, aujourd’hui, que dans la licence dégradante, le luxe ridicule, l’ambition absurde ou la domination féroce.
          Livres...

          • Raymond75 10 octobre 07:51
            Jacques Brel, Charles Aznavour, Georges Brassens, leo Ferret, Barbara, Edith Piaf, Juliette Greco, mais aussi Charles Trenet ; la chanson française dite ’traditionnelle’ a un passé exceptionnel, et aussi une relève qui s’annonce.

            Personnellement, je regrette que Gilbert Bécaud soit oublié : il fut un chanteur de variété de grande qualité, très populaire, qui a enchanté toutes les générations.


            • L'enfoiré L’enfoiré 10 octobre 12:30
              @Raymond75,

               Gilbert, Monsieur 100.000 Volt, le préféré de ma jeunesse que j’ai vu sur scène à l’Ancienne Belgique.
               Brel que j’ai vu à la Monnaie, bien plus tard, dans « L’Homme de la Mancha ».
               En fait, j’ai vu très peu de monde du show-biz sur scène


            • L'enfoiré L’enfoiré 10 octobre 12:27
              Bonjour Rosemar,
               Quand j’ai écrit mon billet sur Brel, j’avais oublié cette chanson en ne pensant qu’à celle de Bruxelles et du plat pays. Merci pour ce rappel..
               Cela fait des années que je ne suis pas allé à Liège.
               Je suis plus souvent dans les villes flamandes que j’ai aussi plus souvent décrites.
               Pourquoi ?
               Peut-être parce que plus riches... peut-être.
               
               
               

              • Maitre Ratatouille Maitre Ratatouille 10 octobre 13:29
                la neige sur Liège à crée des bouchons.
                Génial... smiley

                • Mr DOUDOU meslier 10 octobre 13:40

                  Mes amis , les pays où il y a de la neige sont des pays accueillants . Qu’en pensez-vous ?


                  • L'enfoiré L’enfoiré 10 octobre 15:05
                    @meslier

                    Ce sont « les gens du nord » comme chante Enrico

                  • rosemar rosemar 10 octobre 16:41

                    @L’enfoiré

                    Merci pour le lien...

                  • phan 10 octobre 14:09
                    @rosamar
                    C’est pourquoi les Belges sont des enfants uniques : Quand on n’a que l’amour, une fois ! Une bière, un café liégeois et l’addition svp !

                    • rosemar rosemar 10 octobre 16:43

                      @phan

                      Des chansons qui s’imposent... MERCI

                    • Elliot Elliot 10 octobre 14:28

                      Liège est restée sombre avec la noirceur issue de l’amont du fleuve où s’étaient installées ce qui fera la richesse de la région ( qui fut - fugit irreparile tempus - l’une des plus riches d’Europe au début du XXe siècle ) les entreprises sidérurgiques et métallurgiques qui crachaient leurs poussières, leur suie qu’apportaient sur la ville les vents d’ouest avec les jeux de lumière flamboyante des hauts fourneaux en activité que reflétaient les nuages de mauvais temps ... 

                      Mais la ville bien que balafrée de traînées grisâtres, fruits de l’activité industrielle, n’en demeurait pas moins joyeuse et belle et accueillante à tous ceux qui venaient apporter leur force de travail tant des campagnes d’alentour que des confins de la Russie et du pourtour méditerranéen pour développer sa prospérité.

                      Mort trop tôt, Brel n’aura pas pu chanter la lente descente aux enfers de la région, la mélancolie des usines qui ferment, du chômage qui augmente, de la ville qui se meurt, étouffée dans le souvenir de ses jeunes et belles années.

                      Mais l’enthousiasme de ses habitants, leur gentillesse, le fait que la ville est composée maintenant de tant d’ethnies - disparates et pourtant si semblables - qui ont trouvé refuge dans ses quartiers endormis mais qui maintenant revivent dans l’espoir d’un nouveau départ, tout cet ensemble de planètes bien alignées est porteur d’espoir.

                      Imperturbable, la Meuse continue de battre les berges de la cité et, témoins d’un passé récent et lestées des projets d’avenir, les allèges de se croiser entre deux ponts.

                      Et pour tout arranger, il ne neige plus qu’exceptionnellement.

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