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Accueil du site > Tribune Libre > Et s’il était mon fils ...

Et s’il était mon fils ...

je lui écrirais ...

À propos du mouvement des gilets jaunes, Monsieur le Président,

Je m'adresse à vous aujourd'hui, pour vous dire avec des mots simples, ceux d'une personne simple, la détresse qui accompagne l'amertume de bon nombre des citoyens de France, dont je fais partie. Mon intention est de vous écrire avec clarté et sincérité, mais surtout avec la certitude que cela apaisera mon esprit .

Je ne vous aime pas, Monsieur, et n'ai pas voté pour vous lors des dernières élections : vous n'étiez pas, selon moi, l'homme dont la France, les Français, avaient besoin . Pour la première fois de toute ma vie d'électrice, je ne me suis pas rendue aux urnes parce que je considérais alors que je devais choisir entre la peste, le choléra, et le silence désabusé. J'ai choisi le silence désabusé puis j'ai dû me ranger derrière des chiffres et accepter le résultat des suffrages sans broncher, comme la majorité de mes concitoyens, vous le savez bien.

Le crève-cœur dépassé, beaucoup comme moi ont espéré que vous auriez la décence de gouverner sans oublier ce maigre résultat qui vous avait porté au pouvoir. En effet, au regard des abstentions, vous ne représentiez pas grand monde. Cependant, vous aviez pour vous la jeunesse qui pouvait laisser espérer une belle ouverture d'esprit, afin de faire avancer le pays dans la recherche de la cohésion sociale, afin de le mener vers une vraie politique écologique acceptée de tous, afin de le pacifier, car déjà la colère et le ressentiment des classes oubliées étaient parfaitement palpables.

Au lieu de cela, Monsieur, vous avez opté pour la morgue qui, même si j'ose là une appréciation personnelle injuste, semble vous aller si bien.

Avez vous soudainement réalisé l'ampleur de la tâche que votre inexpérience politique vous avait fait méjuger entrant en campagne, ce qui vous a fait prendre tout le monde de haut ?

Vos défauts de jugement, par manque de connaissance des mondes autres que celui que vous aviez l'habitude de côtoyer, sont-ils à l'origine de vos propos navrants, pour ne pas dire parfois insultants envers ce que l'on a coutume d'appeler le petit peuple ?

Avez vous du mal à jouer votre rôle de composition, cette fois, sur une scène trop grande pour vous ?

Vous êtes arrivé « au sommet » pour satisfaire un auditoire tout à votre écoute, une cour dont les intérêts devaient être bien gardés, mais vous avez sans doute mésestimé la force de ce petit peuple qui vous regarde et vous juge : sur vos propos, sur vos actes, sur vos décisions, sur votre jeu de scène aussi... .

Vous avez, sans doute, la fâcheuse habitude de bien des représentants des « classes supérieures » comme on les nomme, d'assimiler pauvreté à ignorance et crasse, milieu modeste à illettrisme, le « peuple » à la stupidité.

Mais, Monsieur, faut-il le rappeler, vous n'êtes vous-même qu'un simple élément du peuple français.

Aujourd'hui, les classes sociales du bas de l'échelle vous en veulent, pas seulement parce que vous n'avez rien fait pour améliorer leur conditions de vie et de travail tout au contraire, mais surtout parce que vous les avez blessées, humiliées.

Ces classes sociales du bas de l'échelle vous en veulent parce que vous les prenez pour un ramassis d' idiots incapables de comprendre votre politique ; vous ne cessez de parler pédagogie pour démontrer ce que les français du bas ont fort bien assimilé depuis le début de votre quinquennat : ils sont totalement absents de vos préoccupations, sauf quand ils dérangent un peu par des revendications. Quoi ! Que veulent-ils encore ?

Ces classes sociales du bas de l'échelle vous en veulent parce que vous ne jouez même pas bien la comédie... les ficelles sont trop grosses … A leurs yeux, vous administrez la France de la seule manière que vous connaissez, en jeune dirigeant d'entreprise, dont le conseil des ministres s'apparente à un conseil de cadres supérieurs chargés de mettre en œuvre vos décisions stratégiques. Vous faites du management, avec des méthodes et des objectifs qui n'ont rien à envier à ceux des grands dirigeants du CAC 40, ce sont vos amis. La France n'est pas une entreprise, les Français ne sont pas vos sous-fifres.

Ces classes sociales du bas de l'échelle vous en veulent parce que vous voudriez leur faire croire que vous êtes un humaniste !!!

Ce n'est pas un habit que l'on revêt, un costume de scène, l'Humanisme. C'est une philosophie, c'est un état d'âme, c'est de la grandeur d'âme. Cela suppose une grande connaissance du peuple immanquablement, et de l'empathie, du respect de l'autre, quel que soit son rang. Voilà le véritable témoin de la dimension d'un chef d'état, le curseur étant son degré d'humanisme. Il faut aimer tout son peuple, me semble-t-il, pour prétendre à le conduire dans la bonne voie. Qu'en est-il de vous ?

Ces classes sociales du bas de l'échelle, vous les décevez, elles ne vous respectent plus, elles en ont assez de vous ! Assez de votre suffisance, de vos insuffisances.

Il ne suffit pas d'être premier de la classe pour avoir de la classe, et un Président de la République doit avoir de la classe, c'est ce que pensent les « gens de la base » comme vous les nommez.

La peine est lourde pour tous ces Français qui sont de bons citoyens, qui ne demanderaient qu'à être solidaires de politiques justes, équitables, respectueuses de leur environnement, qui ne demanderaient qu'à construire un monde plus pacifique pour leurs enfants, et qui déchantent, sont consternés, et désespèrent…

Vous avez l'audace de les mettre tous dans un même sac, vous distillez ou faites distiller des petites phrases les réduisant à une poignée d'individus, porteurs de gilets jaunes en action, comme suppôts du fascisme, issus du rassemblement national, ou de dangereux casseurs mettant la France en péril... Quelle odieuse mauvaise foi politique ! C'est bien parce que vos sous-entendus grossièrement portés sont fallacieux que vous êtes là, sinon une autre présidente occuperait votre place aujourd'hui, et vous le savez fort bien ! Ne jouez pas avec le feu, Monsieur...pensez au nombre de Français qui n'ont plus confiance en vous et votre méthode !

Ces Français sont affligés. Devant leurs yeux, la politique de leur pays se déroule, et ne sert que des intérêts financiers, des grands capitaux, des marchés d'armes, des guerres, en dépit de leurs souhaits et malgré leurs efforts quotidiens .

Et c'est eux qu'on montre du doigt : un petit monde de pollueurs, d'inconscients qui roulent trop vite, de chômeurs qui abusent des systèmes, de travailleurs qui se négligent en ne portant pas de costume,... j'en passe, et qui maintenant osent prétendre fouler les Champs Élysées pour manifester leur désarroi !

Vous les assommez de théorie en matière d'écologie, dont ils ont fort bien perçu la récupération ; de la théorie, certes, mais pas d'actes compréhensibles et logiques… Car enfin, Monsieur, qui sont les plus gros pollueurs et destructeurs de notre planète, si ce ne sont toutes ces grandes entreprises qui ne pensent que marché mondial, augmentation de capital, exploitation sans fin des ressources humaines et terrestres, compétition infernale, toute cette jungle où préside la loi du plus fort , la loi des « managers », la vôtre !!!

Tout le contraire de ce qu'ils attendent : redistribution, solidarité, salaires équitables, partout au monde !

Non, Monsieur, ils ne parlent pas la même langue que vous.. Ils croient à la paix, à la justice et ils savent bien ce qu'il faudrait pour « nettoyer la planète » de ses prédateurs...

Monsieur, je relis la plaidoirie de Jean Jaurès au procès du journaliste Gérault-Richard et j'aimerais pouvoir obtenir le même résultat avec mes simples phrases ; mais ce serait bien présomptueux, je ne suis pas Jaurès, loin s'en faut, vous n'êtes pas Jean Casimir-Perier.

Mais, sachez-le, les modestes gens savent lire, oui ! et analyser ; ils comprennent l'histoire. Ils établissent des parallèles.

Les modestes gens ont un avantage sur vous, ils s'adressent à vous sans ambages.

Vous, vous ne savez pas leur parler !

Vous les dédaignez en employant des circonlocutions, des ambiguïtés alambiquées pour affirmer vos choix : de la pédagogie, dites-vous ? Du mépris, pensent-ils ; Je crois qu'ils ne vous supportent plus !!!

Et pourtant les Français aiment être fiers de leurs représentants, être fier de leur Président.

Vous seriez bien inspiré, Monsieur, de leur présenter vos excuses pour tout ce temps perdu, et leur proposer un référendum : « Me croyez vous encore digne de présider aux destinées de la France ? »

Vous cherchez une porte de sortie, disent les gens bien informés qui savent tout sur tout.

Je crois que ce serait là une porte de sortie de cette crise de confiance digne d'un vrai chef d'état. Pensez au Général De Gaulle, l'homme du référendum, dont vous avez célébré la mémoire il n'y a pas si longtemps !(encore un costume ?)

Relisez cette phrase de la constitution :

« La Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum »

Vous n'en avez pas peur, j'espère ? Du peuple ? Du référendum ?

Monsieur, je suis soulagée. Je vous ai dit le fond de ma modeste pensée.

Je n'userai pas de formule pompeuse pour terminer, je vous salue, simplement. Vous pourriez être mon fils, et si tel était le cas, c'est ce que j'aurais à lui dire.

 


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7 réactions à cet article    


  • Sergio Sergio 28 novembre 2018 12:31

    « ... le résultat des suffrages sans broncher, comme la majorité de mes concitoyens ... »


    Et qui malheureusement, ont enfoncé le clou durant les Législatives qui ont suivi les Présidentielles,en conséquence, marée LREM. Du coup, recadrer le fils en lui laissant faire tout ce qu’il a envie de faire, ça confère au signalement à la protection de l’enfance. J’exagère mais à peine !


    • Angerona 29 novembre 2018 12:25

      @Sergio
      c’est votre interprétation des événements ... pour ma part , je n’ai pas enfoncé de clou et je reste fidèle à mes convictions ...bonne journée !


    • rogal 28 novembre 2018 14:16

      Article participant du Spectacle. Comme le rappelle Sergio le vrai pouvoir est à l’Assemblée Nationale, laquelle est ce qu’elle est par la volonté populaire.

      Halte à la niaiserie !


      • Sergio Sergio 28 novembre 2018 14:17

        @rogal

        Bien dit et bien vu, merci !


      • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 28 novembre 2018 14:54

        A l’auteur.

        Félicitations pour cette belle adresse au chef de l’État.

        Je crains fort, malheureusement, qu’inspiré par le « dur désir de durer », notre jeune mirliflore ne puisse comprendre cette lettre pourtant simple.

        Le recours au referendum pour retremper une légitimité politique bien écornée serait de sa part une démarche intelligente en même temps qu’une marque de confiance et de respect.

        Hélas ! Du mépris affiché envers ses compatriotes et concitoyens à la peur du Peuple et du referendum, la frontière est bien mince.

        "Et pourtant les Français aiment être fiers de leurs représentants, être fier de leur Président.

        Vous seriez bien inspiré, Monsieur, de leur présenter vos excuses pour tout ce temps perdu, et leur proposer un référendum : « Me croyez vous encore digne de présider aux destinées de la France ? »

        Vous cherchez une porte de sortie, disent les gens bien informés qui savent tout sur tout.

        Je crois que ce serait là une porte de sortie de cette crise de confiance digne d’un vrai chef d’état. Pensez au Général De Gaulle, l’homme du référendum, dont vous avez célébré la mémoire il n’y a pas si longtemps !(encore un costume ?)

        Relisez cette phrase de la constitution :

        « La Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum »

        Vous n’en avez pas peur, j’espère ? Du peuple ? Du référendum ?"

        Cordialement,

        Renaud Bouchard

        https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-ou-l-ecologie-punitive-pour-210031


        • Jeekes Jeekes 28 novembre 2018 15:48

          @ l’auteur

           

          J’aime bien votre petit billet, il dit beaucoup de choses justes.

          Personnellement j’y ajouterais un point...

           

          S’il était mon fils, ce petit trou-du-cul prétentieux et méprisant, je me le coucherais en travers des genoux et je lui collerais une telle branlée qu’il lui serait impossible de marcher droit, ou même de s’asseoir pour les prochaines 48 heures.

           

          Je suis persuadé que c’est ça qui a manqué à son éducation et qui l’a amené à ’’tuer’’ son père pour épouser sa mère !

           

          Un psychopathe avéré...

           


          • Raymond75 29 novembre 2018 09:24

            "Ces classes sociales du bas de l’échelle

            « se sentaient elles beaucoup mieux sous Chirac, Sarkozy ou Hollande ? voire sous Mitterand ou Giscard d’Estaing ?

            Les »classes sociales du bas de l’échelle

            " sont par définition malheureuses ; ce qui est récent, c’est l’arrêt de l’ascenseur social, ce dont ne parlent jamais les ’gilets jaunes’... C’est une société européenne qui repose sur le dumping fiscal et social, sur l’immigration qui détruit les emplois non délocalisables, sur les délocalisations, sur le profit à court terme de la finance internationale.

            Ce ne sont pas les taxes sur le diesel pour aller au travail à 40 km depuis son pavillon miteux et mal isolé, et pour aller acheter des saloperies au super marché.

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