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Accueil du site > Tribune Libre > Ex-pays de l’Est européen et pays de l’Ouest africain… (...)

Ex-pays de l’Est européen et pays de l’Ouest africain… même combat ?

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Sous quel angle la Banque mondiale a-t-elle fait le choix de considérer le secteur informel tel qu’il se présentait à elle dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest en 1996 ? C’est ce que vont nous dire, tout d’abord, Peter Fidler et Leila M. Webster dans un texte qui se présente ainsi :
« Ce chapitre s’ouvre sur une brève explication du secteur informel destinée à tisser la toile de fond de l’étude. » (page 5 du document papier)

De Peter Fidler, nous apprenons par le site de la Bibliothèque nationale de France (data.bnf.fr) qu’à cette date-là, il était « en poste au Département du secteur privé de la Banque mondiale »… Du côté de sa collègue, Leila M. Webster, le tableau est plus fourni… C’est le site goodreads.com qui nous le dit, en nous fournissant cette liste d’ouvrages qui sont de la plume de cette dame, parfois accompagnée d’une autre personne…
« – L’émergence de l’industrie manufacturière privée dans l’ancienne République fédérale tchèque et slovaque : une enquête auprès des entreprises
– Entreprises russes nouvellement privatisées

– L’émergence de la fabrication du secteur privé à Saint-Pétersbourg : une enquête auprès des entreprises
– Prêts de la Banque mondiale aux petites entreprises, 1989 1993
– L’émergence du secteur privé manufacturier en Hongrie : une enquête auprès des entreprises
– Prêts de la Banque mondiale aux petites et moyennes entreprises : quinze ans d’expérience
– L’émergence du secteur privé manufacturier en Pologne : une enquête auprès des entreprises
– Petites entreprises en cours d’ajustement au Ghana

– Le secteur informel et les institutions de micro-financement en Afrique de l’Ouest.  » (Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné soulignent ce terme qui n’en finit pas de vouloir submerger l’ensemble des économies d’Afrique de l’Ouest – comme il l’a fait en Europe de l’Est et en Russie -pour mieux les plier à la finance internationale.)

Nous ne pouvons donc que le constater : si Peter Fidler travaille pour le secteur privé, Leila M. Webster est, elle, une grande spécialiste de la décontamination « antisocialiste » des ex-pays de l’Est… et même de la Russie, voire de la ville où est né Vladimir Poutine en 1952, alors qu’elle portait encore, à ce moment-là, le nom de Léningrad… D’une certaine façon, Leila M. Webster nous fait l’effet d’être carrément une sage-femme habituée à s’activer auprès des tout jeunes bébés d’une économie capitaliste née de la privatisation infligée, par les pays occidentaux, aux populations de l’Est de l’Europe comme une greffe chirurgicale réalisée dans la chair même de l’ancienne Union soviétique et de ses pays frères…

Faudrait-il qu’il en aille de même pour l’Afrique de l’Ouest ?… Y a-t-il, là, du socialisme à extirper encore ? Et de l’exploitation de l’être humain par l’être humain à remettre en œuvre au plus tôt ? Nos deux experts (Banque mondiale, Rapport de 1996) se penchent sur cette sous-région africaine qui va être, ici, l’objet de tous leurs soins :
« Les entreprises du secteur informel partagent un certain nombre de caractéristiques. Les deux particularités essentielles de ces entreprises sont leur petite échelle et leurs modes de production à forte intensité de main-d’œuvre. » (Idem, page 5)

Tout ceci renvoie aux soubassements de l’exploitation capitaliste… c’est-à-dire à l’endroit où, si tout les capteurs sont bien installés, la richesse issue du travail (manuel) des plus pauvres irrigue les dessous de l’exploitation du travail (en général) par le capital. En effet, cette plus-value qui est arrachée dans les conditions les plus inhumaines possibles – compte tenu uniquement d’un seuil au dessous duquel il est impossible de descendre selon l’état général de la société de l’époque – est ce qui se redistribue aux étages supérieurs des collectifs de travail qui sont à l’endroit où peut s’installer une… classe moyenne. Celle-ci – dont les différents types se ramifient à n’en plus finir – n’obtient les petites et, parfois, les grosses miettes du festin de l’exploitation des pays soumis que grâce à la misère endurée par les travailleuses et les travailleurs qui se trouvent, en fait, dans la soute de l’économie capitaliste, comme autrefois – et s’agissant tout particulièrement de l’Afrique subsaharienne – ils se trouvaient dans la soute des bateaux négriers…

Ce travail manuel, lié à des conditions de vie qui ne font que jouer autour du minimum vital – une fois un tout petit peu au-dessus, une autre fois bien en dessous, et c’est la mort… – doit entrer en lutte (on dit très gentiment : en concurrence), grâce aux échanges internationaux, avec les machines autrement performantes que lui, mais auxquelles il donne un soubassement : celui de sa survie – à des populations entières… situation que l’Afrique subsaharienne connaît parfaitement depuis la fin du XIXème siècle tout particulièrement…

Revenons à Peter Fidler et à Leila M. Webster qui se penchent avec délice sur une proie dont l’Occident redécouvre, avec des spécialistes de leur dimension, qu’elle est devenue une condition de survie d’un modèle auquel il est tellement attaché :
« D’autres caractéristiques comprennent : un accès au métier facile, de faibles coûts fixes, la dépendance par rapport à la main-d’œuvre familiale, l’usage de sources de crédit personnelles ou informelles, le recyclage de biens et le manque d’emploi salarié. » (Idem, page 5)

D’un strict point de vue capitaliste, cela s’appelle la misère, la misère et la misère ! Mais : Eurêka ! cette population miséreuse travaille !…

Et qui mieux est : elle travaille pour sauver sa peau !… En effet, malheur à qui – dans le secteur informel – ne réussit pas à très vite accrocher les bouées de sauvetage qui passent ici ou là :
« La présence de marchands ambulants et de producteurs travaillant à domicile prouve que la structure et le taux de croissance de l’économie structurée ne permettent pas d’absorber la population active. » (Idem, page 7)

Par conséquent, tout va très bien… pour les observateurs étrangers et pour la politique générale de la Banque mondiale… En effet, si le soubassement y est déjà, il ne reste plus qu’à réaliser quelques branchements entre ce soubassement de misère travailleuse et l’économie capitaliste qui paraît se mettre dûment en place en Afrique de l’Ouest :
« L’objectif serait donc d’améliorer la gestion de l’économie structurée, afin qu’elle puisse intégrer les personnes à faibles revenus ou sans emploi et, finalement, absorber le secteur informel. » » (Idem, page 7)

Et voici que s’annoncent les petites aides des gros « bailleurs de fonds »… petites aides qui sont autant d’hameçons plus ou moins garnis de quelques babioles proposées à la crédulité africaine comme autrefois on faisait pour pouvoir l’entraîner là où on voulait bien :
« Les débats sur le rôle du secteur informel continuent, mais entre-temps, de nombreux bailleurs de fonds ont choisi de soutenir le développement du secteur informel pour des raisons très pragmatiques : l’accroissement du taux de chômage, provoqué essentiellement par la migration vers les zones urbaines et par la croissance démographique élevée, a atteint un seuil critique pour les gouvernements des pays en voie de développement. » (Idem, page 8)

Nous le comprenons : la révolution menace des États qui ne sont peut-être que des fantoches !… Le moment est donc venu de prendre les dispositions adaptées (nous sommes alors en 1996) :
« C’est pourquoi les bailleurs de fonds ont réagi en finançant des programmes visant à créer les micro-entreprises, afin d’absorber une partie de la main-d’œuvre excédentaire. » 

Avant qu’elle ne leur saute au visage ?…

NB. La suite immédiate est accessible ici :
https://remembermodibokeita.wordpress.com/2020/05/06/des-que-lunion-sovietique-a-eternue-lafrique-de-louest-sest-mise-a-tousser-rudement/


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1 réactions à cet article    


  • Faedriva 3 août 14:12

    La réalité chiante c’est que les « directeurs » « industriels » ne comprenaient rien assez tôt du monde autour d’eux et ils étaient persuadés que leurs productions avaient une valeur exacte et légitime face à celles du monde.
    Vu de l’autre coté de leur loupe, ils produisaient de l’ordinaire, juste de l’ordinaire, qu’ils étaient persuadés que c’était du luxe.

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