• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Exercice de style avec Shakespeare

Exercice de style avec Shakespeare

To be or not to be…

Hamlet est un romantique torturé par des affaires de famille (son oncle a tué son père et épousé sa mère), qui sait sa vie en danger (l’oncle devenu roi veut le tuer) ; il pense donc au suicide en jouant au fou pour gagner du temps. Mais les interprétations de la pièce, la littérature et les commentaires qu’elle a nourris ont transporté le sens de ces six mots dans l’ontologie, l’Etre en tant qu’Etre devenant l’axe autour duquel la métaphysique a tourné de plus en plus vite, force centrifuge qui a plus ou moins éjecté la dimension psychologie pour poser les problèmes existentiels sans solution.

La question que pose Shakespeare ne devrait pas avoir de sens au-delà de celui que l’on peut associer à la dépression d’Hamlet, dépression qui conduit Ophélia à la folie et à la mort (Rimbaud : « Sur l’onde calme… / La blanche Ophélia flotte comme un grand lys… / Voilà plus de mille ans que sa douce folie / Murmure sa romance à la brise du soir… ») ; et Hamlet à la mort après avoir assouvi sa vengeance. Tout cela n’est que du théâtre et l’auteur aurait pu trouver d’autres issues. Mais pourquoi en faire plus en faisant une autre lecture de cette phrase devenue trop célèbre par les déformations de sens qu’on lui a fait subir ?

L’Etre mort n’est plus, mais il a été… et rien d’autre : dire ne pas Etre (not to be), c’est être dans la fiction littéraire, cela relève du « je ne pense pas », du « je mens », etc., contradictions logiques. (Ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas a dit Héraclite.) Soit l’Etre est, soit il n’y a pas d’Etre et on ne peut que rien dire, soit il a été et on peut dire qu’il a été, mais on ne peut pas dire qu’il n’est pas (not to be). Le il a été induit la reconnaissance d’une existence préalable à sa disparition. On peut être tenté de mettre not to be avant to be et non après : mais qui est celui qui n’est pas ? Ça ne marche pas : ce qui n’est pas n’est pas…, on en revient à Héraclite.

Hamlet comme n’importe quel quidam est une forme fugitive de l’espèce humaine ; concept qu’on peut élargir au vivant. Rien d’autre. Cette forme s’ajoute à celles qui existent – c’est le to be – résultat de la reproduction (sexuée ou autre), et disparaîtra après s’être éventuellement reproduite – ce qui n’est pas une obligation – pour rejoindre celles qui ont existées dit-on parfois (formulation fausse, au mieux poétique, car elles ne forment pas un club, même si on peut en tenir un registre, histoire de jouer la romance du souvenir, souvenir condamné aussi à s’effacer des mémoires et des registres). Il en est ainsi de tout Etre, de toutes choses reproductives ou non, qui ne sont que pour un temps l’une des formes singulières de leur espèce ou de leur catégorie suivant les classifications que nous faisons pour y voir plus clair ; et qui suivent un même chemin conduisant à leur disparition, à un avoir été autant qu’il y a un observateur pour le relever.

Et faut-il redire que cet Etre singulier est dans un univers qui l’écrase, réduit à faire des hypothèses en s’appuyant sur les données de la science d’une part, en recyclant des croyances d’autre part, comme les religions qui ont largement puisé dans les mythologies de l’antiquité pour construire des univers abstraits, refuges de félicité pour les âmes… Dans le profane on a transporté ces croyances en cycles, réincarnation des âmes, éternel retour etc. : rien de nouveau, l’homme s’acharne à vouloir être au-delà de la mort : l’éternité comme objectif. L’âme est une invention (chez les présocratiques) qui donne du sens à cela. Not to be ne répond pas à la question de l’âme d’Hamlet, mais laisse entrevoir pour certains une damnation éternelle à la suite d’un suicide.

 La question de Dieu reste la toile de fond sur laquelle se débattent les protagonistes de ce royaume pourri. Mais chacun est libre de construire son scénario… ou de ne pas en faire (après moi le déluge !). On pourrait rajouter un acte où le fantôme reviendrait après avoir lu les dernières publications des physiciens : le jeu entre la matière et l’énergie, le monde newtonien et le monde quantique etc., permet de faire l’hypothèse d’un univers incréé, sans limites… et donc sans Dieu, le big bang n’étant qu’un phénomène local qui n’a pas plus d’importance dans l’ensemble qu’un grain de sable dans le Sahara. Mais si nous nous laissons aller sur la pente de la physique Hamlet reste dans cette métaphysique primaire qui n’est qu’un des ressorts de sa psychologie, assez mal en point puisqu’il va d’un coup d’épée donné sans raison dans un rideau occire le père d’Ophélie pour son malheur et le sien. Not to be !...


Moyenne des avis sur cet article :  3/5   (2 votes)




Réagissez à l'article

1 réactions à cet article    


  • arthes arthes 13 novembre 23:50

    Ça manque cruellement de poésie..J ai découvert Hamlet avec Goethe, et Shakespeare avec une troupe de theatre moscovite qui jouait :Romeo et Juliette" faut dire...Un autre monde, quoi, une autre approche.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès