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Accueil du site > Tribune Libre > Fabrice Luchini postule à l’Académie française : itinéraire (...)

Fabrice Luchini postule à l’Académie française : itinéraire improbable d’un miraculé

Après l'excellent Un homme pressé, le comédien sera à l'affiche de plusieurs films en 2019, tout en multipliant les projets de spectacles. Sans oublier l'Académie française, pour laquelle il postule.

Fabrice Luchini

Tout sur Fabrice… Il vient de fêter ses 67 ans au Théâtre des Bouffes Parisiens en lisant des textes sur la musique. On le verra dès le 7 novembre éblouissant, émouvant, époustouflant, dans le rôle d'un homme ayant perdu le sens de l'agencement des mots dans le film d'Hervé Mimran, Un homme pressé, inspiré du drame vécu par Christian Streiff quand il dirigeait Peugeot-Citroën. Il sera aussi aux Bouffes Parisiens (et en mars au Théâtre de la Porte Saint-Martin pour une vingtaine de représentations) pour parler d'argent via Péguy, Guitry, Marx, Zola ou Bruckner...

Comment le fils d'un couple d'épiciers de Montmartre, prénommé Robert et apprenti coiffeur, est-il devenu Fabrice, acteur cérébral et perfectionniste ? Rien ne le laissait présager. Robert Luchini naît dans le 9e arrondissement de Paris. Son père est marchand de fruits et légumes d'origine italienne, tandis que sa mère est native du 10e arrondissement de la capitale. Il grandit dans le quartier de la Goutte-d'Or dans le 18e arrondissement de Paris, où ses parents tiennent leur commerce de primeurs. À 55 ans, ruiné par une opération immobilière, son père est devenu chauffeur de poids lourd et sa mère a dû refaire des ménages.

Comme il n'est pas attiré par l'école, sa mère le place en 1965 comme apprenti dans un salon de coiffure chic. C'est là qu'il adopte le prénom de Fabrice. Il cultive parallèlement, en autodidacte, son goût prononcé pour la littérature (Balzac, Flaubert, Proust, Céline). Il est, en outre, passionné par la musique soul, animateur, il fréquente les discothèques, dont le Whisky à Gogo à Paris, où les patrons Paul Pacini et Ben Simon le repèrent sur la piste de danse, étant à lui tout seul une attraction qui attire la clientèle. Ils lui proposent de devenir l'animateur de la succursale de leur boîte de nuit qu'ils projettent d'ouvrir à Angoulême. C'est sur la piste du drugstore d'Angoulême qu'il est découvert en 1968 par Philippe Labro, alors en repérage pour son film Tout peut arriver : Labro lui offre son premier rôle en 1969.

Il décide de suivre des cours d'art dramatique chez Jean-Laurent Cochet, puis, après plusieurs films confidentiels, rencontre Éric Rohmer avec qui il tourne Le Genou de Claire et surtout Perceval le Gallois en 1978 (avec un rôle principal du chevalier qui « plombe son image »). Associé à un cinéma intellectuel et difficile, Fabrice Luchini « en est réduit à reprendre la coiffure, à livrer des plats cuisinés » et à tourner un film alimentaire avec Aldo Maccione, T'es folle ou quoi ? En 1982. Sa carrière décolle vraiment avec Les Nuits de la pleine lune en 1984, film pour lequel il est nommé au César du meilleur acteur dans un second rôle. Il renoue définitivement avec le succès avec le film La Discrète.

Mais c'est sa passion pour la langue et la littérature françaises qui lui permettent de trouver un public de fidèles, dont je fais partie ! Fabrice Luchini est un amoureux des mots. Dans son livre Comédie Française, il met en forme son attachement profond et touchant pour certains écrivains, avec lesquels il se trouve des affinités. Comme dans le prolongement de ses spectacles, on croit l’entendre, on retrouve son phrasé si particulier au fil des pages. Fabrice Luchini a toujours su mêler habilement la légéreté avec la profondeur, de même que les variations de registre pour le plus grand plaisir de ses admirateurs.

S'attarder sur chaque mot, savourer l'alexandrin, faire émerger le sens et partager le plaisir du texte, voilà le grand talent de Fabrice Luchini. Du vers millimétré de Molière à la langue parlée jaillissant dans l'écrit, cette phrase faussement simple, taillée au cordeau d'un Céline, Luchini nous donne envie de tous les lire et les relire, lui qui est capable de faire salle comble en récitant des auteurs aussi difficiles que Rimbaud, Valéry, Céline, Flaubert… Dans un interview donné en 2017, il disait : « L'essentiel, c’est que le public ne vient pas te regarder jouer, il vient jouir avec toi… Certains soirs, il y a ce miracle… Mais c’est un miracle grâce au génie de la langue française, car elle est démente la langue française ». Fabrice Luchini à l'Académie française ? Je vote pour !


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23 réactions à cet article    


  • JL JL 6 novembre 15:28

    ça fera un cabot de plus.


    • scorpion scorpion 6 novembre 16:39

      Un expert de la langue française, un conteur hors pair, si il y a des glands à l’académie, lui par contre il mérite largement l’habit vert... Je vote pour.


      • L'enfoiré L’enfoiré 6 novembre 18:05

        @scorpion

        Moi, aussi.
        Ai moins, avec lui, on rie en même temps.


      • gaijin gaijin 6 novembre 16:51

        que va t’il faire dans cette galère ?

        ce n’est pas qu’il n’ait pas le talent qu’il faut mais j’ai du mal a l’imaginer ne pas se sentir engoncé dans son habit d’académicien ..........


        • arthes arthes 6 novembre 17:22

          @gaijin

          C’est son coté cabotin qui le domine ?

          Encore merci pour la vidéo, j’ai redécouvert un Luchini brillant, j’avais lu récente une interwiou de lui dans un magazine , avant cette vidéo, où il parlait de son dernier film, le trouvais embourgeoisé et conformiste , en apparences, mais après tout, c’est un amoureux des lettres, pas un révolutionnaire.
          Sans doute, pour lui, être à l’académie correspond à un couronnement ?
          ça va assez avec le personnage je trouve, comme un nouveau rôle de sa vie.


        • gaijin gaijin 6 novembre 18:51

          @arthes
          "Sans doute, pour lui, être à l’académie correspond à un couronnement ?

          « 
          sans doute ...un coté revanche du garçon coiffeur, ça habite souvent les autodidactes et les » partis de rien " mais c’est dommage j’ai beaucoup d’admiration pour son talent et je trouve que courir après un truc comme ça ça l’abaisse ....


        • arthes arthes 7 novembre 12:01

          @gaijin

          J’dirais qu’il s’installe  dans une posture , c’est un jeu d’acteur, c’est pour cela que je parlais de « rôle de sa vie » 
          Le coté « revanche garçon coiffeur » , c’est aussi possible, pas certain, mais en tous les cas, il va se le bouffer de la part de ses pairs.

          Qui est Luchini ? 


        • BA 7 novembre 06:32

          Bernard-Henri Lévy : sa pièce à Broadway encensée par un certain BHL.


          BHL s’autocite pour dire à quel point sa pièce est géniale, « un rayon de lumière »…


          Vous connaissez l’adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » ? Bernard-Henri Lévy vient de lui donner un nouveau sens à l’occasion de sa pièce Off Broadway, Looking for Europe. Il a même tué le game de l’autocélébration. La pièce est une reprise de son Hôtel Europe, joué en 2014 par Jacques Weber au Théâtre de l’Atelier à Paris… Et déprogrammé au bout de quelques semaines, faute de public.


          L’écrivain et polémiste la joue lui-même ce lundi soir à New York, le jour de ses 70 ans. Il a pour l’occasion donné une interview au New Yorker, où il parle d’antisémitisme, des élections américaines et du futur de l’Europe.


          Bernard-Henri Lévy s’est empressé de partager l’article du New Yorker sur les réseaux sociaux, d’autant plus que le journal américain semble avoir adoré sa pièce.


          Enfin, selon lui. « Pour le New Yorker, Looking for Europe est un « coup de théâtre », a-t-il tweeté. Mais aussi « un rayon de lumière ». »


          Sauf qu’il suffit de lire le papier pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’une critique du journal, mais d’une citation de Bernard-Henri Lévy à propos de son travail. Les internautes n’ont pas manqué de lui faire remarquer, et de se moquer de lui, mais vous connaissez l’adage : « Plus c’est gros, plus ça passe » ?


          https://m.20minutes.fr/amp/a/2366023?__twitter_impression=true&fbclid=IwAR1TfDeWklDFbQZxPc—AetQVbxakr4I-nq20SQ8UcbzcPj6TqUIPXOofrw


          • marceau 7 novembre 14:35

            @BA

            Là vous tirez sur une ambulance, que dis-je une ambulance, sur un corbillard !


          • ZenZoe ZenZoe 7 novembre 10:17

            Chouette portrait !

            Réconfortant aussi qu’on peut partir de presque rien et finir (peut-être) à l’Académie Française avec de l’ambition et un talent fou. Luchini à mon avis le vaut bien.


            • sergent Meslier Mr Meslier 7 novembre 11:49

              A part réciter les textes des autres et faire constamment des citations de Céline , ce type est de l’esbroufe !


              • Djam Djam 7 novembre 12:56

                @Mr Meslier

                Bien sûr on peut ne pas aimer Lucchini et vous n’êtes pas le seul...mais cela ne prouve certainement pas que « ce type » (?) fasse dans l’esbrouffe. Découvrez donc déjà les auteurs qu’il adore et connait par cœur, tachez par la même occasion de saisir puis de restituer l’induscutable génie complexe de la mangue française, montez sur une scène vide et tachez de capter la totalité d’une salle comble rien qu’en lisant....et ensuite venez dire qu’il n’est qu’esbrouffe. Il y a un réel talent chez cet homme et son style (qui vous déplait) ne justifie en aucun cas ce jugement lapidaire parfaitement personnel.


              • Djam Djam 7 novembre 12:57

                @Mr Meslier

                « Langue » bien sûr et non pas mangue smiley


              • BM 7 novembre 12:06

                Bah !

                On donne bien la légion d’honneur à n’importe qui...

                Mais...

                Je suis quand même abasourdi que l’on encense de simples « récitants » :

                Jonnyhaliday, Luchini... d’autres !

                Ont-ils écrit quelque chose ?

                Créé du nouveau, de l’original ?

                Nouvelles idées, nouvelles pensées ?

                NON !

                Notre échelle des valeur se cantonne uniquement au « paraître » et aux images.

                C’est désespérant car je suis absolument persuadé que dans notre fange, vivotent des diamants qui ne verrons jamais le jour ou bien que l’on découvrira peut-être dans cent ans...

                Que de temps perdu au bénéfice d’égos démesurés : putain de système médiatique qui ne creuse jamais rien.

                Luchini est une mémoire qui lit bien, un humain psychotique plein de postures, toujours les mêmes ; étonnamment, un comique qui s’éteint et se rabougrit quand il est en concurrence sur un plateau, avec un autre comique.

                Je l’aime bien...de temps en temps...mais il ne mérite pas l’académie, pas plus que beaucoup d’autres qui y posent leur fion.

                Ultime pins piqué au revers du col d’un cabotin vieillissant !

                Peste !


                • Aude Sapin Aude Sapin 7 novembre 23:24

                  @BM Fabrice Luchini ne vous contredirait pas forcément. Il ne prétend être qu’un interprète au service des grands auteurs. Mais qu’importe !, puisqu’il les sert si bien.


                • BM 7 novembre 13:51

                  Qu’est-ce qui a de la valeur, qui est important ?

                  Créer des choses ?

                  ou les utiliser ?


                  • ZenZoe ZenZoe 7 novembre 14:08

                    @BM
                    Sarah Bernhart n’a jamais rien écrit, ni Edith Piaf, ni Roberto Alagna ni Elvis Presley ni tous les musiciens de tous les orchestres philarmoniques ni tous les danseurs de tous les ballets. Tous ces artistes sont-ils sans valeur ?
                    Une création peut prendre des formes différentes, et l’interprétation personnelle d’une oeuvre en fait partie, vous ne pensez pas ?


                  • BM 7 novembre 15:26

                    @ZenZoe

                    Ah làlà ! Vous gambergez sur vos idées et ne sentez pas le sens de mon message !
                    Pratiquement tous les Académiciens actuels sont poètes, écrivains, historiens etc...
                    Il n’y a pas de comédiens ou autres...

                    Ceci n’enlève rien à la valeur de Fabrice ; mais ce n’est pas ni son monde, ni sa place.

                    Mais comme je disais, Mireille Mathieu est bien Officier de la Légion d’Honneur (pas chevalier !!)

                    Alors pourquoi pas un saltimbanque à l’académie...

                    J’attends avec impatience que l’on accepte aussi l’ artisan mécanicien de mon quartier...histoire de parler du peuple au masses savantes et possédantes.

                    Après tout, les jolis mots du Français ne viennent ils pas de la langue populaire ?


                  • ZenZoe ZenZoe 7 novembre 16:09

                    @BM
                    Vous mélangez absolument tout.

                    Déjà, où parlez-vous de de l’Académie Française dans votre premier message ? Vous dites juste de façon très générale qu’une interprétation n’a aucune valeur, je vous dis que si, et je donne des exemples. Et que vient faire la légion d’honneur là-dedans ?

                    Concernant l’entrée à l’Académie Française et votre second message, si j’ai bien compris, vous laissez finalement tomber le critère de création comme jauge de valeur et vous vous focalisez sur un soi-disant « monde » dans lequel Luchini n’aurait pas sa place.

                    Or, parmi les académiciens, il y a, outre des écrivains et des historiens certes, un évèque, un ophtalmologue, un biologiste, un ancien président, un médecin...

                    Dites-moi en quoi un ophtalmo aurait plus de culture littéraire qu’un acteur ? Dites-moi en quoi un évèque serait plus à même de veiller sur la langue française qu’un amoureux des lettres ?

                    Non, quelle horreur, dans votre conception étriquée du monde, les garagistes sont forcément des ploucs incultes, et les présidents forcément des sommets de culture. L’élitisme français le plus pur !

                    Juste un dernier détail : la langue appartient à tous ceux qui la parlent, et dans votre dernière phrase, vous semblez entrevoir cette vérité, et me donner finalement raison.


                  • marceau 7 novembre 14:33

                    Luchini est de la veine de ces acteurs issus d’un milieu populaire qui par leur talent, leur personnalité et leur travail arrivent à percer et à se faire un nom, tels les Gabins,Raimu, Ventura, Ronet, Delon.........Tout le contraire de ce que l’on trouve à foison de nos jours où des gens sans personnalité, sans talent mais bien introduits occupent des places de premiers grâce à une foultitude de films médiocre !.


                    • Aude Sapin Aude Sapin 7 novembre 23:20

                      @marceau Je suis d’accord avec vous. Je dirais qu’il y a des acteurs plus talentueux, plus versatiles que Fabrice Luchini, mais c’est sa personnalité passionnée qui le place au-dessus du lot.


                    • BM 7 novembre 15:32

                      Pouah !

                      J’en suis bien revenu de ces gens qui ont une personnalité et dont tous les films où ils apparaissent sont construits autour de cette personnalité !

                      Quid des rôles de composition ?

                      Delon qui a refusé un film car le sujet du film meure à la fin : « Delon ne meure pas dans ses films ».


                      • Aude Sapin Aude Sapin 7 novembre 23:22

                        @BM Fabrice Luchini n’est sans doute pas un de ces acteurs caméléon, mais qu’importe ! On peut aimer les deux types d’acteurs, les caméléons d’un côté et ceux qui ont un style propre qu’on retrouve dans tous leurs rôles.

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