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Faina Savenkova – Les destins oubliés

 

Faina Savenkova a écrit cet essai intitulé « Les destins oubliés  », à l’occasion du 9 mai, le jour de la Victoire, pour garder vivante la mémoire de ses ancêtres et soutenir ceux qui sont encore en vie.

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En feuilletant de vieux albums de famille, je fixe les visages sur les photos, jaunies par le temps. Des gens ordinaires, sans particularité. Je ne connais même pas la plupart des personnes dont la vie est dépeinte dans ce film froid. Comme je ne connais pas la raison pour laquelle ils sont apparus à cet instant figé du passé à côté de mes proches, quelles routes les ont réunis. Des destins différents, presque oubliés et perdus quelque part dans les pages de l’histoire. Une histoire qu’ils ont créée ensemble, en sacrifiant parfois non seulement leur nom mais aussi leur vie.

Mon arrière-grand-mère est née et a passé son enfance loin à l’ouest de Lougansk, de l’autre côté du Dniepr. Trois sœurs qui ont grandi trop tôt pendant la guerre. Des enfants laissés sans parents et survivant dans des conditions inhumaines sont une réalité cruelle de tous les jours. Mon arrière-grand-mère est morte il y a 2 ans. En 2014, alors qu’elle regardait un reportage sur la marche aux flambeaux en l’honneur de Bandera à Kiev, elle s’est contentée de dire : «  Pourquoi n’ont-ils pas tous été tués en 1945 ?  ». Ma grand-mère savait de quoi elle parlait : à cause du brouillard, ceux que l’on appelle aujourd’hui les héros de l’Ukraine n’ont pas atteint leur village. C’est grâce à cela que mon arrière-grand-mère et ses sœurs ont survécu. Et que je suis moi-même en vie.

Aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre comment les efforts de nombreux témoins de la Grande Guerre patriotique pour rétablir la paix dans leur pays natal, leur vie même, soient réduits en cendres et soient devenus sans valeur en quelques années seulement. Comment rester indifférent devant de vieilles photos de ses arrière-grands-parents ? N’y a-t-il aucun désir de comprendre pourquoi ils sont devenus ce dont nous nous souvenons : forts, aimants et appréciant les choses simples ? En niant, en réécrivant leur passé à notre guise, ne trahissons-nous pas non seulement nos ancêtres, mais aussi nous-mêmes ?

Je n’ai pas vraiment de réponse à toutes ces questions. Je ne pense pas que beaucoup d’autres personnes en aient non plus. Mais ce que j’ai, c’est la conviction que les erreurs du présent seront corrigées avant qu’il ne soit trop tard. Et une fois encore, Kiev honorera la mémoire de ceux qui ont libéré cette ville, et non de ceux qui ont assassiné ses habitants. Le lien entre les générations réside dans la recherche de la paix et de sa création pour le bonheur de leurs enfants, et non dans la volonté de tout détruire. Il me semble que c’est la chose la plus importante à retenir à la veille du jour de la Victoire. Et n’oubliez plus jamais cela.

Faina Savenkova

Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider


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3 réactions à cet article    


  • roman_garev 11 mai 14:13

    Bonjour Christelle, et merci pour cette traduction poignante.

    Mon arrière-grand-mère est morte il y a 2 ans. En 2014, alors qu’elle regardait un reportage sur la marche aux flambeaux en l’honneur de Bandera à Kiev, elle s’est contentée de dire : «  Pourquoi n’ont-ils pas tous été tués en 1945 ?  ».

    Je modifierais un peu cette question. Pourquoi ont-ils été amnistiés en 1955 ? (Par ce même Khrouchtchev, qui en 1954 a « fait cadeau » de la Crimée à son Ukraine natale.) Pourquoi leur condamnation a été effacée ? Pourquoi n’ont-ils pas été frappés par la dégradation civique, de sorte que vers la fin de l’URSS ces nazis et collaborants, ainsi que leurs descendants, occupaient jusqu’à la moitié de l’élite ukrainienne. (Lire plus en russe, p.ex., ici.)

    • JP94 11 mai 17:18

      Merci pour ce fait édifiant, car un fasciste ne renie jamais ses crimes, même s’il est dans le déni, le jour où il craint le châtiment.

      Toute paix et tout pardon sont impossibles avec les fascistes.

      Pour compléter ce qu’écrit Roman, l’attitude de Khrouchtchev est d’autant plus à questionner, que de 45 à 54/55 environ, les maquis blancs ( bandéristes) organisés par le général nazi Gehlen rétabli à son poste de chef du SD sans interruption- par les Américains à Pullach (Münich), a assassiné en Ukraine notamment des dizaines de milliers de Soviéitiques...

      il était clair que ces monstres uniates poursuivaient la guerre et la terreur.

      Il y a un reportage de Channel 1 Russia, qui montre les divers défilés du RI dans le monde, y compris à Odessa, où les fascistes ne semblent pas en mesure de le contrer. on y voit une petite escale à Haubourdin (Nord), qui honorait des combattants soviétiques morts dans la région, loin de leur pays. Cette ville pourrait être réceptive à un échange avec le Donbass, a priori ...


      • Guy19550 Guy19550 11 mai 18:25

        C’est toujours un plaisir de lire Faina. Son esprit est sain et elle ne voit pas les choses en adulte, cela mérite d’être noté car si on se base sur les propos des adultes, c’est vraiment compliqué pour trouver des solutions. A défaut de solution, la cohabitation des deux clans est impossible. Je vous dis cela d’une région où on n’a pas la guerre, mais même sans guerre, on a l’occasion de voir par les propos tenus par les adultes, que le problème est toujours présent, cela implique que le pardon du passé n’est pas pour l’immédiat. De là, on peu voir la complexité des la chose en région de guerre, car si ce n’est déjà pas évident ailleurs sans guerre, cela me semble carrément impossible en région où règne la guerre. 

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