Faut-il lutter contre les -phobies, ou contre les misos- ?
Je m'explique, c'est très simple : étymologiquement, -phobie signifie effroi, peur, et miso- signifie haine, détestation. Bien sûr, aujourd'hui, le sens de -phobie s'est rapproché de celui de miso- dans certaines expressions (xénophobie, androphobie, transphobie, etc.) que l'on met sur le même plan que d'autres avec miso- (misogynie, misogamie, misonéisme, etc.).

D'un point de vue strictement conséquentiel, nos -phobies peuvent conduire à des actes de rejets, du repoussoir réflexe (dégoût) à la panique destructrice (massacre), tout comme nos misos-. Pourtant, on ne peut pas faire abstraction du fait que les -phobies relèvent d'une frayeur personnelle (l'effroi, la peur), tandis que les misos- relèvent d'un combat personnel (la haine, la détestation). C'est-à-dire que, même si nos -phobies peuvent conduire à des conséquences, voire à des actions ou des idéologies, à caractère misos- (ce qui est rarement le cas, dans la mesure où l'on cherche à s'éloigner de ce qui excite nos -phobies, tandis qu'on cherche à s'en prendre à ce qui excite nos misos-), on ne peut pas dire que les -phobies en propre, sont du même niveau que les misos-. En fait, criminaliser les -phobies, cela revient à criminaliser une frayeur personnelle, éprouvée par la personne -phobique pour commencer, ce qui est pour elle la double-peine.
Je vais donner un exemple : un homo-phobe (effroi, peur, frayeur personnelle) est rarement conduit à des actions ou des idéologies mis-homosexuelles (haine, détestation, combat personnel), pour la simple et bonne raison qu'on cherche d'abord et avant tout à s'éloigner de ce qui excite nos effrois, nos peurs et nos frayeurs personnelles, plutôt qu'à s'en rapprocher ... contrairement à ce qui excite nos haines, nos détestations et nos combats personnels, puisqu'on cherche à l'agresser pour l'anéantir finalement.
En fait, précisément sur cet exemple devant l'homosexualité, ce n'est pas comme si la question d'une mise à nue des corps désirants était engagée, avec un besoin de confiance mutuelle et d'estime de soi dans l'attentionnement de l'autre, des préliminaires aux plaisirs, orgasme compris. Nos pudeurs, nos complexes et nos espoirs sont largement engagés. Alors, qu'on éprouve un frisson, une gêne ou une inquiétude, tout cela est humain, naturel et sain, indépendamment de l'orientation sexuelle. En fait, au compte de la rencontre des corps désirants, tout le monde quelque part, est anthropo-phobe, avec androphobie, gynophobie, homophobie, biphobie et transphobie selon démarche partenariale. C'est même ce qui fait la beauté de certaines rencontres des corps désirants, d'ailleurs, que d'avoir gagné la confiance mutuelle et l'estime de soi dans l'attentionnement de l'autre, jusques et y compris dans la probabilité d'un group sex - à supposer que, comme partout, personne ne joue de salacité insidieusement manipulatrice. BalanceTonPorc, ce n'est pas que pour les hétérosexuels binomiaux ! Voir aussi mon propos, Sauf mon respect pour les LGBTQIA+.
Bref, la criminalisation des -phobies n'est absolument pas la solution à mon avis. Moralement, elle est contestable. Au contraire, c'est donner des arguments aux critiques du mouvement humanitaire, à le faire passer pour déluré hors-sol, inconscient des réalités. Encore un exemple avec la xénophobie : la vérité, c'est que nous sommes tous sujets aux sentiments d'inquiétante étrangeté jusque dans les milieux et avec les personnes qui nous sont les plus familières : on ne connaît jamais totalement rien, sinon c'est d'illusion totalitaire (ce que j'appelle un auto-mentalisme, personnellement). Il faut lire, à ce sujet, le sociologue Georg Simmel, à mon avis, pour réaliser à quel point il peut y avoir auto-xénophobie !
A partir de là, ce à quoi nous avons affaire, ce n'est que cela : de la misanthropie, de la misandrie, de la misogynie, de la mishomosie de la misobisie, de la misotransie, de la misoxénie, etc. Or, de toute évidence, quelqu'un qui a besoin de vivre sur la base de misos- est un faible, un ressentimenteux, un pitoyable, un lamentable. Car tout se passe comme si ce type décompensait sur un bouc-émissaire sa propre misautie (haine de soi, ou d'une partie de soi). Par contre, dans le cas du type soumis à ses -phobies, on a plutôt affaire à des ignorances certes parfois crasses, mais qui restent parfaitement légitimes devant l'inconnu.
Et je tiens alors à faire remarquer que le libertarisme, et plus généralement le gauchisme, sont largement extrême-droitophobes de méconnaître leur ennemi uniquement à travers des biais idéologiques, et même misextrême-droitiers jusqu'aux redskins et autres blacks blocs, etc. qui valent bien les skinheads dans la méthode fascisante, voire pire. Pour eux : peu importent les moyens, ils sont machiavéliens puisque la fin les justifie, seulement c'est nihiliste et c'est quelque chose avec quoi Albert Camus - conséquent avec Nietzsche sur ce point - n'aurait pas été d'accord, notoirement dans l'Homme révolté. Pour Albert Camus, les moyens justifient la fin, et de toutes façons les moyens influent sur la fin. Penser autrement est nihiliste, d'après Albert Camus (c'est bien pour cela que Camus valorisa le syndicalisme sur le révolutionnarisme, et a fortiori sur le terrorisme anarchiste) - et, pour dire, Nietzsche aurait seulement été moins moraliste, car il savait qu'un certain nihilisme actif était utile, parfois nécessaire, mais certainement pas à fins libertaire ou gauchiste, puisqu'il s'agissait pour Nietzsche, de surmonter le nihilisme qu'elles cultivent quant à elles. Ce point mériterait un topic, passons.
Alors, toutes ces extrêmes-droitophobies et misextrême-droiteries ne sont pas universalistes (depuis les libertaires jusqu'à la droite mondialiste, en passant par le gauchisme, le sociétalisme et le libéralisme) : cela maintient le statu quo en chiens de faïence avec l'extrême-droite, épouvantaille, mais plus généralement tous les (mêmes pas adversaires politiques - mais seulement) diversaires, ou divergents si vous préférés. C'est aussi pour cela que le mouvement libertaire, l'extrême-gauche et la gauche sont des constellations aussi nébuleuses et éclatées, aussi nébuleuses et éclatées que les dits "néo-réacs" en vérité. Du point de vue strictement conséquentiel, en termes d'organisation et de dynamique des groupes, les uns comme les autres en sont au même point technique, c'est-à-dire à celui de "l'erreur 404" ... au final, c'est le centrisme qui gagne, c'est-à-dire l'inertie de l'affairisme lucratif, qui sait très bien s'arranger des dynamiques de groupes à travers une novlangue orwellienne, couvrant assez bien ses propres fractures et fractales ...
Alors ce n'est pas tout de dénoncer les peurs, encore faut-il vouloir les apaiser au lieu de les criminaliser, car la criminalisation n'a pour effet que de les transformer en paniques, bonnes uniquement pour des manipulateurs politiciens. Ce n'est pas tout de dénoncer les haines, encore faut-il ne pas y tiquer soi-même par réflexe mentaliste, serait-ce au nom de "la bonne cause" : la bonne cause n'a pas toujours raison, et il arrive même qu'elle ait tout faux, quand elle se perd dans l'idéalisme pur et dur, ramassis de ressentiments. D'un point de vue conséquentiel en vérité, et profondément libertaire en termes d'expression, peu importe que des guedins hurlent à la haine, pourvu qu'ils ne s'y adonnent pas.
Auquel point, il faut constater que nos lois étatiques, non-libertaires mais libérales-républicaines, y sont déjà : elles punissent les passages à l'acte ... en plus d'avoir criminalisé certaines expressions sous le coup des mouvement hélas (ce qui n'est pas pour moi une bonne chose, comme vous avez compris, puisque ça maintient le statu quo en chiens de faïence, avec la critique adversaire ou même seulement diversaire).
Et alors la question se pose en effet, dans un monde qui aurait développé un fonctionnement réellement anarcho-gauchiste (ce qu'est relativement notre loi à ce niveau, sous le coup des militances) de savoir quoi faire des -phobies plutôt naturelles, généralement ignorantes, ainsi que des misos-, alors qu'on ne veut pas d’État pour garantir les poursuites punitives. Y aurait-il des mandats miliciens/policiers à la Judge Dredd ?! ... Malheureusement, même par nos contrées, la punition des expressions misos- n'est largement pas applicable, à se contenter de harcèlements moraux idéologiques, militants et médiatiques types BalanceTonPorc.
Enfin, ce qui est sûr, c'est que devant les -phobies, il faut de la patience, de l'enseignement et de l'amour. Le reste est contre-productif. Au pire, il faut de l'indifférence, et certainement pas ... des misomisies et des phobophobies, car à ce compte le monde est un vaste asile psychiatrique. Ce que sont devenues nos démocraties, socio-médiatiquement, ou bien ?
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Qui, chez moi, provoque une véritable phobie. Mais ça n’a rien de pathologique, je ne peux me maitriser. 


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