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Accueil du site > Tribune Libre > Faut-il calotter les « sérials décalotteurs » ?

Faut-il calotter les « sérials décalotteurs » ?

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales précise qu’une « calotte » désigne un « petit bonnet rond ne couvrant généralement que le sommet de la tête  » qui sert souvent de coiffure aux ecclésiastiques. Mais cela désigne aussi une « tape sur la tête ou la joue du plat de la main » dans le but de frapper l’esprit de la personne qui en est l’objet. Qu’est-ce donc alors qu’un « décalottage  » ? En médecine pédiatrique ce mot désigne le fait de libérer le gland du prépuce des jeunes garçons qui sont normalement en état de phimosis physiologique à la naissance. Les médecins « décalotteurs » sont donc les médecins qui font cette intervention sur de jeunes enfants. Or les problèmes soulevés par ces pratiques sont malheureusement nombreux, et cet article en recense quelques-uns

Ayant eu l’occasion de travailler autrefois en lien avec des services pédiatriques, j’ai pu constater par moi-même la fréquente méconnaissance des médecins à l’égard des souffrances infantiles, tant psychiques que physiques. Car jusque vers les années 1985-90, ce qui n’est pas si lointain, les interventions sur les enfants pour des raisons a priori médicalement justifiées ne tenaient que rarement compte des souffrances que cela leur infligeait, particulièrement dans les services de néonatologie accueillant des bébés prématurés. Cette situation s’est heureusement améliorée depuis mais il est curieux qu’il ait fallu attendre si longtemps pour mettre en doute la valeur rédemptrice de la souffrance et pour si tardivement s’en préoccuper chez les petits humains, et aussi chez d’autres animaux, puisque l’invention de l’anesthésie date de 1842, avec la première utilisation par Crawford William Long de l’éther pour l'opération d'un patient.

Par-delà ces remarques historiques il existe des données physiologiques dont le fait pour les très jeunes garçons d’avoir fréquemment des adhérences de la peau du prépuce au gland avec une absence d’élasticité et de jeu qu’on appelle un phimosis, c’est à dire une impossibilité normale de décalotter. La plupart du temps ces problèmes disparaissent d’eux-mêmes car il se produit naturellement un agrandissement de la peau qui peut descendre et libérer le gland. Cela arrive habituellement pendant l’enfance mais parfois seulement à l’adolescence, un âge où la curiosité pour le corps devient fréquente. Mais cela n’empêche cependant pas qu’il existe souvent sur ce sujet un interventionnisme médical inapproprié qui ne tient pas compte des précautions indispensables à prendre concernant cette zone aussi sensible tant sur le plan psychologique, physique que symbolique.

Le premier activisme constaté est celui qui s’oppose à la déontologie médicale du « primum non nocere ». D’abord ne pas nuire signifie en effet qu’une pratique médicale éthique doit faire tout ce qui est possible pour éviter de créer chez le patient des problèmes plus importants que les bénéfices qu’il est susceptible d’en retirer. Il existe certes des traitements douloureux, mais le patient doit en être informé pour pouvoir donner un consentement éclairé qui lui fasse espérer une issue suffisamment bonne pour lui. Et si des risques particuliers existent, notamment opératoires, parce que la médecine est davantage un art qu’une science exacte, la personne doit en être informée avant de donner son accord pour les soins préconisés. C’est devenu la règle pour toute intervention chirurgicale chez l’adulte, mais malheureusement pas encore pour l’enfant comme nous le constaterons plus loin.

Un autre activisme afférent semble ignorer que le corps de l’enfant lui appartient car il est une personne. Il est vrai que pendant longtemps le problème ne se posa pas en occident car les enfants des classes populaires, souvent séparés de leur famille, faisaient très tôt le même travail que les adultes, dans les mines ou aux champs. L’ « in fans », c’est à dire celui qui ne parle pas, était alors paradoxalement considéré comme une sorte d’adulte en miniature comme l’a montré Philippe Ariès dans « L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime » et comme on le voit sur les représentations de l’enfant Jésus jusqu’au Moyen Âge. Dans d’autres cultures, notamment endogamiques, l’enfant n’a pas non plus d’individualité spécifique car son identité se confond avec celle de la tribu ou de la communauté à laquelle il appartient au moins jusqu’à l’âge de pourvoir procréer. Et ce sont les travaux de Harry Harlow, René Spitz, et John Bowlby sur l’attachement, avec ceux de Mélanie Klein, Berry Brazelton et Françoise Dolto, ainsi que d’autres études encore, qui ont démontré que l’enfant est bien une personne même si malheureusement comme la suite le prouve, cette connaissance déjà ancienne n’est pas encore parvenue à l’ensemble du corps médical.

Un troisième activisme inapproprié consiste à soigner sans recul scientifique et de façon inadaptée, ce qui est malheureusement encore trop fréquent pour le phimosis de l’enfant. Dans la plupart des cas en effet les opérations sont inutiles, et même nocives, d’autant que l’application de crèmes à base de corticoïdes suffit généralement pour assouplir et lever les adhérences et conduire à un décalottage normal. Et le fait de contourner cela par la circoncision n’est en réalité qu’une mauvaise solution car cette mutilation sexuelle bien réelle, outre qu’elle n’est pas éthiquement défendable, entraine fréquemment des conséquences physiques et mentales très néfastes. Comme pour le clitoris chez la femme, qui est encore souvent terra incognita, de nombreux praticiens semblent vouloir ignorer les fonctions physiologiques normales du prépuce sur le plan immunologique sensoriel et mécanique.

En résumé, l’intervention de décalottage forcé des garçons est tout simplement une mauvaise pratique car elle ne respecte pas l’éthique médicale :

  • En ne tenant pas compte de la souffrance physique des enfants,
  • En ignorant les retentissements psychiques et symboliques potentiels,
  • En ne considérant pas que le corps de l’enfant lui appartient en propre,
  • En n’examinant pas d’autres soins médicaux plus appropriés,
  • Et parce qu’elle se fait trop souvent en catimini de façon illégale.

Il faut savoir en effet qu’il n’est pas rare que ce décalottage forcé des garçons soit réalisé par des médecins peu scrupuleux dans des lieux pourtant habilités à donner des soins, sans aucune préparation de l’enfant et de ses parents. Et même si cela est difficile à croire, mais attesté par de nombreux témoignages, ces opérations sont faites en cachette des parents sur des enfants qui n’ont rien demandé d’autant qu’ils viennent pour des traitements qui n’ont absolument aucun rapport.

Cela signifie qu’un enfant accompagné par sa famille qui va en consultation pour une allergie par exemple est par surprise derechef déculotté et décalotté d’autorité « pour son bien », sans aucune information ni consentement éclairé du garçon et de ses parents ! Les pratiques plutôt culottées de ces « sérials décalotteurs » justifient donc largement une saisie du Conseil de l’Ordre des Médecins. Mais un recours en justice contre ces praticiens qui cherchent des calottes est sûrement le meilleur moyen pour que ces décalotteurs impénitents qui déculottent si promptement les enfants reçoivent en retour une bonne déculottée qui mette fin à ces pratiques indignes.

 

Témoignages

Le décalottage du petit garçon

Le décalottage et le droit

Prévention des violences sexuelles

La douleur et ses effets sur le néonat humain

Crawford Long et l'anesthésie


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Réagissez à l'article

26 réactions à cet article    


  • nenecologue nenecologue 31 mai 15:06

    Les juifs et les musulmans vont forcement voter contre cet article.

    Mais que vont voter les islamogauchistes ? Suspense supense ...

    Pour moi ce devrait être un choix fait obligatoirement à la majorité quand il s’agit de raisons religieuses !
    Il y en aurai forcément beaucoup moins ...

    • fatallah 31 mai 18:18

      @nenecologue

      Les juifs et les musulmans roulent en Alpine coupée ...

      voir aussi


    • astus astus 31 mai 18:41

      @fatallah


      La question des mutilations sexuelles a été traitée précédemment ici : https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-tabou-des-mutilations-sexuelles-203992
      Merci pour votre lien intéressant, mais n’hésitez pas à explorer aussi ceux qui suivent ces deux articles.
      Cdlt

    • Dom66 Dom66 31 mai 19:35

      @fatallah

      « Les juifs et les musulmans roulent en Alpine coupée ... » ou décalotable
      Avec des phares à « ioud »  smiley....
      Je sors, désolé !!

    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 31 mai 19:45

      @Dom66

      Comprends pourquoi l’A110 est devenue si chère .


    • astus astus 31 mai 15:15

      Bonjour nenecologue,

      Le phimosis peut malheureusement affecter tous les garçons à la naissance, et cela indépendamment de leur religion ou de celle des parents. Le problème examiné ici est celui d’un interventionnisme médical qui ne respecte pas l’éthique médicale normale, et qui à ce titre doit tout simplement cesser.
      Cdlt 

      • astus astus 31 mai 15:55

        @ nenecologue


        Mais j’ajoute que le consentement éclairé du sujet lui-même face à ces pratiques est en effet tout à fait pertinent. 

      • nenecologue nenecologue 31 mai 16:32

        @astus
        Salut,Il se trouve que un phimosis ne doit pas être traité aussi jeune.Donc AUCUNE intervention sur un prépuce avant l’age de au moins 3 mois pour 1 cas sur un million ...



      • astus astus 31 mai 16:39

        @nenecologue


        Merci pour ce lien approprié qui gagne à être connu de toutes les familles ...mais aussi de certains médecins et responsables de clinique ou d’hôpitaux où ces pratiques se font dans une omerta quasi totale.. ! Voir aussi les liens en fin d’article.
        Bien à vous. 

      • Jason Jason 31 mai 15:35

        Il s’agit d’un crime de lèse-prépuce. Tout médecin surpris à commettre cette agression devrait être présenté devant une commission d’éthique et psychanalysé d’office.


        • Jason Jason 31 mai 15:39

          P.S. A bien y réfléchir il ne s’agit pas d’une calotte, donc d’un objet fermé, mais d’un fourreau. Le terme de « vagina » ou gaine serait plus approprié.


          • astus astus 31 mai 15:45

            Bonjour Jason,


            Pour réfléchir sur soi grâce à la psychanalyse ou avec d’autres méthodes, encore faut-il le vouloir, et je ne suis pas certain que ces serials décalotteurs soient très demandeurs...
            Mais la commission d’éthique, en revanche, s’impose, à condition que les familles soient suffisamment courageuses pour faire ces démarches, ce qui nécessite bien souvent un aide comme celle proposée ici : http://www.droitaucorps.com/temoignages-circoncision

            • Pauvre Marie Bonaparte, passée tant de fois par le bistouri. 


              • nono le simplet nono le simplet 31 mai 15:57
                je peux témoigner avoir été brutalement décalotté à l’âge de 6-7 ans sans explication par une femme médecin lors d’une visite médicale dans mon école ... je n’en ai pas parlé à ma mère avec qui, pourtant, les conversations étaient libres et sans tabous ...
                bon, j’ai été, depuis ce temps là, décalotté par d’autres femmes et j’en garde un meilleur souvenir smiley

                • astus astus 31 mai 16:01

                  @ nono le simplet

                   
                  Vous confirmez que ces pratiques cachées la plupart du temps sont plus courantes qu’on ne l’imagine, et qu’elles peuvent laisser des traces. En tous cas je n’ai jamais vu ou lu quoi que ce soit dans les médias sur ce sujet qui ne semble pas intéresser beaucoup ni les médecins, ni les journalistes d’investigation.
                  Cdlt

                  • nono le simplet nono le simplet 31 mai 16:16

                    @astus

                    cela se passait au milieu des années 60, ce que j’ai oublié d"écrire, preuve que la pratique est ancienne ...
                    Cdlt

                  • astus astus 31 mai 16:18

                    @nono le simplet

                    Hélas oui et qu’elle continue toujours, ce qui prouve que des recours légaux sont indispensables pour faire changer ces pratiques...

                  • cassini 31 mai 18:05

                    Sniff... Mon enfance n’a connu aucun traumatisme irréparable tel qu’un décalottage-surprise... Je n’ai à me plaindre de rien, ce qui est en soi dans notre société psychologisée une grave lacune... 


                    • ta152 31 mai 22:24

                      Ces décalottages forcés sont catastrophiques. A cause de cela j’ai failli me suicider à l’age de 16 ans, se sentir sale, souillé, + menaces d’opération si je ne me débrouille pas pour mon phimosis très sévère. Ensuite : déni et amnésie traumatique Des années plus tard : tout est revenu en quelque secondes : syndrome de stress post traumatique, catastrophe en cours, envie de suicide 1 psychiatre et 2 psychologues dont une spécialisée en viol et technique EMDR ; 2000 € de soins. En suite : 3000 heures de travail, et aide à plus de 5000 jeunes en direct, plus maman rédaction d’une brochure anti phimosis, anti agression sexuelle pour protéger les jeunes : http://phimosis-abc.eu/


                      • astus astus 31 mai 22:51

                        @ta152


                        Oui, merci pour votre témoignage qui montre clairement à tous ceux qui veulent continuer à ignorer ce problème en faisant des blagues douteuses, qui sont exactement les mêmes que celles que font les serials calotteurs, mais qui ne font pas rire leurs victimes, que cela peut laisser des traces douloureuses, parfois pendant très longtemps comme dans votre cas. 
                        Je ne saurais trop vous suggérer, à condition que vous puissiez le faire et que cela ne soit pas une difficulté supplémentaire pour vous, de faire part de votre expérience ici  : http://www.droitaucorps.com/temoignages-circoncision
                        Je pense personnellement que cela peut aider d’autres personnes et vous permettre de faire davantage connaître votre travail ainsi que tous les moyens pouvant faciliter la résilience.
                        N’hésitez pas à me faire savoir si vous souhaitez faire ce genre de démarche car je peux m’occuper de ces questions.

                        Bien à vous.

                      • L'Astronome L’Astronome 1er juin 10:03

                         
                        Si ma mémoire est bonne, on doit au bon docteur Kellogg (celui des « céréales » du petit-déjeuner) la pratique systématique aux États-Unis de l’ablation du prépuce pour de prétendues raisons scientifiques et d’hygiène. Peut-être que le docteur Mengele lui aussi prétextait des raisons scientifiques pour opérer ses monstruosités...
                         


                        • astus astus 1er juin 10:40

                          @L’Astronome

                          Merci pour ces précisions que j’ignorais, mais qui confirment que les raisons prétendument scientifiques sont parfois des idéologies ou des croyances parmi d’autres...


                        • ta152 1er juin 12:56

                          kellog souhaitais par la circoncision empêcher les garçons de se masturber, source de folie, de cécité et de maladies diverses. kellog intervenait aussi pour l’ablation du clitoris ou le brûler par différentes méthodes. Cela se faisait sur des filles de famille bourgeoise.

                          La circoncision devait se faire à vif chez le garçon pour qu’il retienne sexe = douleurs, et que cela l’empèche définitivement de se manipuler.


                          • L'Astronome L’Astronome 2 juin 10:40

                             
                            @ta152
                             
                            Exact. Une précision : pour empêcher la masturbation chez les petites filles, le bon docteur Kellogg préconisait l’usage du phénol sur les lèvres de la vulve.
                             
                            Sachant cela, comment manger des produits Kellogg, ceux commercialisés par le frère du bon docteur, aux sadiques prescriptions ?
                             


                          • astus astus 2 juin 15:23

                            @L’Astronome

                            Les recommandations soi disant « hygiénistes » des mutilations sexuelles cherchaient à cette époque à préserver la « bonne moralité » des filles (virginité) comme des garçons (onanisme). Mais par la suite, et pour maintenir le lobby médical en activité, avec ses revenus, elles se sont transformées en un prétendu moyen pour lutter contre toutes les maladies ou presque, ce qui est évidemment bien peu crédible malgré les efforts encore aujourd’hui de ces lobbys pour persévérer dans ces pratiques contraires à toute éthique, source de grandes souffrances dans de nombreux cas.

                            Cdlt

                          • astus astus 4 juin 10:40

                            @astus


                            J’ajoute qu’encore à présent en France sur le site très regardé « Doctissimo », des médecins continuent d’encourager les mutilations génitales, dont on sait à présent qu’elles sont une source potentielle de graves problèmes chez ceux qui en sont victimes, et de donner des informations fausses ou gravement incomplètes comme ici :
                             

                            où il est écrit que la circoncision « est aujourd’hui le meilleur moyen de traiter un phimosis » ce qui n’est pas scientifiquement validé même si certains lobbys s’acharnent à le faire croire pour des raisons idéologiques et/ou financières 

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