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France, terre de Résistance

Cet article a deux chapitres, après la brève présentation générale. C'est la seconde partie qui met en scène des héros méconnus, dont le plus âgé, François, évitait, si son chef d'état major l'avait écouté, l'envahissement de la France par Hitler, alors en situation de faiblesse par rapport à la puissante France. Il fut certes immédiatement "viré" mais il était trop tard. Nos héros ont cependant joué ensuite un rôle de premier plan pour que la FRANCE reste la FRANCE, libre et indépendante.

 

L’Histoire de la libération de la France passe sous silence des faits essentiels de la guerre 39-45 et de ses enjeux, des faits concernant en particulier une glorieuse famille d’origine ardéchoise.

En octobre 2018, j’ai eu la chance de rencontrer à St Laurent du Pape (Ardèche) où il habite, Geoffroy d’Astier de la Vigerie, fils de Jean Anet, lui-même fils de François, neveu d’Henri et d’Emmanuel, quatre libérateurs qui ont permis à la France vaincue, de garder son indépendance, de ne pas devenir un protectorat anglo-américain. Charles de Gaulle n’aurait rien pu sans les d’Astier.

C’est le travail de Geoffroy, fils de Jean - Annet, et demeurant à St Laurent du Pape, en Ardèche, qui m’a permis de rédiger cet article. Il a en effet écrit deux ouvrages composés de récits de témoins des faits qu’il rapporte :

* François, Henri,et Emmanuel d’Astier de la Vigerie, compagnons de la Libération 1939-1945. Argel Paris.

* Emmanuel d’Astier de la Vigerie Combattant de la Résistance et de la Liberté 1940-1944, préface de Raymond Aubrac. France – Empire. (Geoffroy, enfant, admirait beaucoup son oncle Emmanuel, et continue à l’admirer, d’où ce beau livre de 370 pages passionnantes.)

* Geoffroy a aussi publié dans la Revue du Vivarais  de janvier-mars 1997 une précieuse documentation sur les origines ardéchoises de sa famille.

J’évoquerai les ascendants de la branche de Geoffroy , puis plus en détail les combats de son père, de son grand père, et de ses oncles Henri et Emmanuel, tous les trois compagnons de la Libération 39/45. De très nombreux autres Astier  vécurent tout près de St Laurent, à Silhac, Chalencon, Vernoux.

De la maison vivaroise au château de Rançay, dans l’Indre, - et à la noblesse.

Pierre Astier, né vers 1580, marié à Catherine Guigons, habitait une maison dans la commune de Silhac, lieu qui portait et porte encore le nom : ASTIER.

 Jean Astier, son fils, né vers 1605, drapier, épousa Marie Merlin. C’était une famille de protestants dans une région qui avait connu et allait connaître des guerres de religions. Catholiques et protestants depuis l’Edit de Nantes du 30 avril 1598 (Henri IV) vivaient en paix.

Joseph Astier, (1642-1676), fils de Jean épousa Claudine Chardayre, sœur de Claude Chardayre, curé de Silhac. Joseph devint ainsi catholique. Il était procureur et « maître chirurgien ». Il habitait à Vernoux. Le chirurgien était un officier de santé qui soignait la partie externe du corps (luxations, plaies, tumeurs, fractures, ulcères, abcès). Il pratiquait la saignée, se rendait auprès des accouchées, signalait les naissances et les décès.

 Jacques Astier (1666-1734), fils de Joseph et maître chirurgien, apothicaire, procureur juridictionnel vivait à Chalencon. A la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV, (1685) il était lieutenant de la compagnie bourgeoise de Chalencon et combattit les Camisards menés par Cavalier, puis par Mazel. La guerre de religions fut violente (pendaisons, supplices de la roue, fusillades, églises incendiées, prêtres et pasteurs tués, galères, emprisonnements). Jacques épousa à Vernoux Marie – Rose Chermezon.

 Jean - Antoine Astier (1704-1754), fils de Jacques et de Rose Chermezon, fut conseiller du roi et « maire perpétuel » de Vernoux, charge achetée et transmissible à sa descendance. Jean-Antoine était très riche. Il fit siennes sans droit les armoiries d’une autre famille Astier, celle d’Alexandre, comte du Sacré Palais à Malaucène (anobli par le pape Grégoire XIII), pourtant sans parenté avec les ardéchois. Jean-Antoine avait épousé Isabeau Coulet.

 Joseph d’Astier (1739-1812), fils de Jean-Antoine et né à Vernoux, Capitaine de la compagnie des milices gardes-côtes, épousa à Morlaix, en 1772, Marie Anne Josse de famille noble. Il se fit appeler d’Astier, sieur du Plot (une propriété qu’il avait en Bretagne). Il revint à Vernoux, puis acheta, près de Grenoble, le château d’Eybens. Il devint Maire de la ville.

Christophe d’Astier, (1779 – 1858), fils de Joseph né à Grenoble, ne vécut jamais en Ardèche. Ami d’Henri Beyle, le futur Stendhal, ingénieur sorti de Polytechnique, Christophe réalisa la route du Mont-Genèvre. Un ami de la famille, Emmanuel Huguet de La Vigerie lui donna sa nièce Henriette Huguet en mariage (1813) à condition que Christophe ajoute à son nom celui de « La Vigerie ». Emmanuel Huguet de la Vigerie, célibataire, obtint en 1826 l’autorisation de transmettre son titre de baron à son nouveau neveu Christophe, qui devint donc à la mort d’Emmanuel Huguet de la Vigerie, en 1850, le baron Christophe d’Astier de la Vigerie autorisé ainsi que ses descendants à porter les armoiries de son oncle. Ainsi le nom de La Vigerie fut relevé, et cette branche des Astier appartient bien désormais à la noblesse.

Louis d’Astier de la Vigerie, , (1818-1886) unique fils de Christophe et Henriette, fut baron au décès de son père en 1858. Il épousa Marie Chaussé, qui lui donna

Raoul d’Astier de la Vigerie (1850-1922) qui épousa Jeanne Masson – Bachasson de Montalivet. Son beau père, très riche, offrit au ménage sur la commune de Niherne 4000 ha de terres. Il y fit construire un peu plus tard le château de Rançay, pour Raoul et Jeanne. Ce chateau restera la demeure des d’Astier de la Vigerie devenus « régulièrement » nobles.

La noblesse de la Résistance armée : défense de notre liberté

Trois des enfants de Raoul méritent d’être connus autrement, eux, par un autre type de noblesse, la noblesse des faits d’armes, lors de la guerre mondiale 1939-1945, la libération de la France et la conquête par la France de sa place parmi les vainqueurs.

La France métropolitaine livrée à Hitler malgré la possibilité d’empêcher l’invasion

François d’Astier de la Vigerie (1886-1956), Général de corps aérien, Compagnon de la Libération, Grand Officier de la Légion d’honneur, reçut la Croix de guerre 14-18 et la Croix de guerre 39-45. Il avait épousé Anne de Salignac – Fénelon.

Nous parlerons plus loin de son fils Jean-Annet (1920-1976), qui, marié à Madeleine Fontanes, est le père de Geoffroy.

Le Général Gamelin, chef d’état major de la défense nationale, désigna le général François d’Astier de la Vigerie pour le commandement de la zone Nord. La chasse franco britannique était plus puissante que la Luftwaffe.Le 10 mai 1940 par exemple, pour 4 avions français détruits, il y eut 40 avions allemands abattus sur 400 engagés.

Le 11 mai, puis à nouveau le 12, le général d’Astier de la Vigerie qui avait envoyé des avions de reconnaissance signala de fortes concentrations de chars sur les Ardennes, et proposa de les anéantir par des bombardements protégés par la chasse. Mais Gamelin donna l’ordre d’engager les meilleures forces françaises en Belgique, dégarnissant le front nord.

C’est ainsi que la France a perdu la guerre. Hitler dit plus tard « il fallait qu’ils crussent que nous restions fidèles au plan Schlieffen. Il étaient tombés dans le piège » (documentation Martin Borman, sur la chute de la 3ème République). Dns son discours du 19 juillet 1940, au Reichtag, Hitler déclara « Le stratagème a réussi » 

En effet, le 13 mai 1940 les centaines de chars allemands annoncés par d’Astier de la Vigerie déferlent sur la Meuse et c’est la déroute de l’armée française encerclée. Le 19 mai le gouvernement Reynaud remplace Gamelin par Weygand. La contre attaque est tardive. Pourtant le quart de la Luftwaffe est alors détruit. Parmi 700 pilotes Allemands, 4 sur 10 sont abattus. Les très nombreux pilotes allemands prisonniers en France manquent beaucoup à l’Allemagne, mais l’armistice les libèrera.

« L’armée de l’air est une oubliée de l’histoire » (Pierre Miquel, 39-45,1985.)

* Pourra-t-on à sauver de l’invasion notre aviation et notre marine ?

 Début juin, François d’Astier de la Vigerie rend visite à l’Amiral Darlan qui lui dit refuser aussi la capitulation, et promet que la flotte française continuera à se battre (Il changera d’avis et collaborera avec Vichy). D’Astier prend l’initiative de proposer à ses chefs militaires et politiques de replier notre aviation en Afrique du Nord. Au moment des négociations pour un armistice, son attitude est jugée gênante.

Il reçoit d’ailleurs du général Vuillemin un télégramme de remontrances pour avoir rencontré des politiques.

 Le 15 juin d’ Astier est reçu par Mandel mais le Président n’avait pas le pouvoir de décider le repli de l’aviation en Afrique du Nord, et il « n’était sûr de rien quant à Reynaud », chef du Gouvernement.

 François, encore général en chef, protège son aviation en l’envoyant au Maroc tenu par l’armée française, puissante en Afrique du Nord et contrôlée par Vichy.

Malgré son aura de héros de la guerre 1914-1918, d’Astier sera relevé de son commandement de la zone France Nord et muté au Maroc pour le commandement aérien de cette région.

Par leur incurie, les décideurs civils et militaires du moment avaient livré la France métropolitaine à Hitler.  Le pillage des pays déjà conquis a permis au Führer de disposer d’acier, de main d’œuvre, d’approvisionnements divers, pour étendre ses conquêtes.

* L’empire colonial français sera-t-il livré aussi ?

Le 15 mai 1940, Le Général GIRAUD a reçu le commandement de la 9 ème armée mais, dès le 18, il est fait prisonnier à Sedan. Après son évasion en avril 42 de Königstein (forteresse allemande) il s’est réfugié à Alger. Soutenu par les Américains, dès leur débarquement en novembre 42, il a pris le commandement des forces françaises.

Dès le 25 juillet 1940, Pétain est au pouvoir, Le lieutenant Pierre Mendes France de l’état major de d’Astier a été faussement accusé de désertion par ses supérieurs, et d’Astier le défend énergiquement. Pour condamner Mendes France, il faut faire partir François, qui est relevé de son commandement au Maroc. Mendes France est aussitôt arrêté, puis, le 9 mai 41, condamné à Clermont Ferrand à 6 six ans de prison par un tribunal militaire alors qu’il avait rejoint le Maroc pour continuer le combat. Il s’évade le 22 juin pour rejoindre Londres.

Vichy, décembre 1941 : l’Amiral Darlan[1], est Chef du gouvernement. Il sera remplacé par Laval, et deviendra alors ministre de la Défense. Darlan, Chef de toutes les armées, se rend en Algérie au chevet de son fils malade. Après leur débarquement, les Américains obtiennent de lui un cessez le feu au Maroc où l’armée française aux ordres de Vichy les combattait. Il est désapprouvé par Pétain et Hitler. Il garde cependant le pouvoir à Alger et coiffe le Général Giraud. Le voilà Chef de l’Etat français en Afrique du Nord, les Américains ayant préféré traiter avec lui qu’avec le Général Giraud. Darlan constitue un gouvernement dans lequel Henri d’Astier, frère de François est nommé adjoint du commissaire à l’intérieur, et chef de toute la police. Collaborateur de Vichy, Darlan barrera donc la route à De Gaulle jusqu’à son assassinat le 24 décembre 1942, décidé par François d’Astier, et mis en œuvre par son frère, Henri, résistant à Alger.

Le 27 mai 1942, De Gaulle sollicite François d’Astier de la Vigerie par courrier pour qu’il le rejoigne à Londres. Emmanuel, jeune frère de François, y est déjà, et organise son départ de France. Rendez vous manqué avec un sous - marin qui se trompe de baie à Antheor (Côte d’Azur), François et Jean Moulin qui devaient embarquer se refugient au Cap d’Antibes. La nuit du 17 au 18 novembre 1942 permettra finalement à François de monter, sur un terrain préparé par la Résistance près de Lons - le - Saulnier, à bord du « Lysander » qui ramenait Emmanuel et Henry Frenay (groupe de Résistance Combat) de Londres.

8 novembre 1942, Dans la nuit, Henri d’Astier déclenche la prise de contrôle de tous les lieux stratégiques d’Alger, les alliés débarquent en Algérie et au Maroc.Le débarquement a été organisé par un comité dirigé par Henri.

Décret du 1er décembre 1942 : De Gaulle nomme François son Adjoint. En l’absence de De Gaulle, c’est François qui présidera le Haut Comité Militaire. De Gaulle a l’intention de s’établir à Alger.

* Vers la victoire

27 mai1943 ; première réunion du conseil national de la Résistance. Jean Moulin réussira à créer le MUR (mouvements unis de résistance) avant d’être pris à Caluire.

3 juin 1943 constitution à Alger du Comité Français de Libération Nationale co - présidé par les généraux De Gaulle et Giraud, ce qui a été rendu possible par l’assassinat de Darlan.

Henri utilisait ses « promenades » en France pour recueillir des renseignements destinés à Londres. Il avait un laissez passer original. Son frère François, as de l’aviation dès la guerre 14-18 avait répondu positivement à l’invitation du maréchal Goering, as de l’aviation allemande. Ce dernier lui avait offert un porte - cigarette en argent massif sur lequel il avait fait graver ; « A mon camarade d’Astier, Hermann Goering ». François avait abandonné ce porte cigarettes dans le château familial de Rançay,. Henri l’avait récupéré et, grâce à lui, il circulait partout. Henri fut le premier artisan de la Résistance en Afrique du Nord.

Le Comité Français de Libération nationale prendra le nom de Gouvernement provisoire de la République le 3 juin 1944.

16 octobre 1943 : François d’Astier est nommé commandant supérieur des troupes françaises en Grande Bretagne, après avoir obtenu de De Gaulle qu’il dirige aussi les services spéciaux (renseignement) pour des coordinations avec la Résistance en France qu’il dirige.

22 janvier 1944, il prépare avec le général Eisenhower les opérations offensives qui sont menées à partir de la Grande Bretagne.

1er février, création des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI)

* Emmanuel

Je suivrai en parallèle le parcours du frère de François et Henri, Emmanuel, qui, Officier de marine refusa de rester aux ordres de Pétain et entra tout de suite en résistance.

Dès 1940, il fonde la « cinquième colonne » destinée à combattre Vichy et l’occupant. Désormais, il va se consacrer essentiellement à la Résistance. Son frère François, avec deux de ses enfants, Jean - Annet et Bertrande, rejoignent aussi la « cinquième colonne ».

Emmanuel fonde le plus important mouvement de Résistance, Libération, il élabore un journal sous ce titre ainsi que des dizaines de milliers de tracts après avoir constitué des équipes d’impression et de diffusion. Cette propagande et l’organisation dans toute la France de réseaux vers l’Angleterre et vers les maquis sur le territoire, fournissait à la France occupée des dizaines de milliers de soldats en entrainement en Grande Bretagne, et des dizaines de milliers de Résistants en métropole.

Grâce à lui, après un voyage aux USA pour convaincre Roosevelt, ce que De Gaulle n’avait pas réussi à faire, grâce à ses rencontres avec Churchill à Londres (qui ne s’entendait pas toujours avec De gaulle), il obtient des parachutages massifs d’armes, de munitions, sur la France pour les résistants. Les alliés s’organisèrent alors pour que les maquis préparent leur avancée dès leur débarquement en Normandie et retardent par du harcèlement l’arrivée de renforts allemands.

Emmanuel d’Astier créa des « corps francs », des commandos de sabotage et de harcèlement. Il travailla avec Jean Moulin au Conseil national de la Résistance, et s’il ne fut pas arrêté avec lui à CALUIRE, c’est parce ce que son parachutage depuis Londres dût être retardé en raison du temps. Il continua le combat après l’arrestation de Jean Moulin, torturé à mort.

10 novembre 1943, De Gaulle nomme Emmanuel Commissaire à l’Intérieur dans le Comité Français de Libération Nationale, puis le 3 juin 1944, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de la République française.

En 1945, Emmanuel est déçu par de Gaulle. Il espérait l’instauration d’une véritable démocratie par une reforme économique et sociale profonde. Il se rapproche des communistes, compagnons d’armes dans la Résistance, qui le soutiennent aux législatives d’octobre 45 en Ile et Vilaine, où il est à la tête d’une liste d’Union des Républicains et des Résistants. Il est élu et réélu sans interruption jusqu’en 1958. Il devient par ailleurs en 1950 l’un des dirigeants du Conseil mondial de la Paix. Il se rapprochera de De Gaulle qui avait mis fin à la guerre d’Algérie, ils restèrent très amis. Son Quart d’heure télévisé qui débute en mars 1965 lui permet de continuer son combat progressiste. Il passe bien et devient une vedette.

Sur le site de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) il est facile de voir aujourd’hui ces quarts d’heures télévisés (documents vidéo) ainsi qu’une rencontre avec jacques CHANCEL (document audio)

* Un livre, plus tard un film. Dès le 13 mai 1943, la Résistance a son hymne.

Début 1943, Joseph Kessel, écrivain, pilote et résistant, est à Londres avec son neveu Maurice Druon, De Gaulle demande à Kessel « d’écrire quelque chose » sur la résistance. Emmanuel d’Astier, à Londres également, va lui fournir anecdotes de terrain, témoignages pour son livre « L’Armée des Ombres » que Jean Pierre Melville, également résistant, portera à l’écran en 1969.

Joseph Kessel prête au héros de son roman, Philippe Gerbier , les exploits d’Emmanuel.

Luc Jardie, l’intellectuel dilettante du roman, est par ailleurs clairement Emmanuel d’Astier.

13 mai 1943, une radio, « Honneur et Patrie », est créée par Emmanuel, André Philip, André Gillois. Celui-ci pose la question d’un indicatif musical : on est à 4 jours de la première émission. D’Astier prend la bonne initiative ! Il appelle Anna Marly qui les reçoit chez elle le soir même, le lendemain, la musique « Guerilla’s song » qui signifie Chant des partisans est retenue. Emmanuel demande à Joseph Kessel d’écrire les paroles en lui disant « On ne gagne les guerres qu’avec des chansons ». Chez Emmanuel et Louba Krassine, sa compagne, en présence de Kessel, de Maurice Druon, d’Anna Marly et de personnalités de la France libre, Germaine Sablon, compagne de Kessel chante. Le petit public est bouleversé, cet hymne deviendra le troisième chant de combat de la France, après La Marseillaise et le Chant du Départ  : le chant des partisans.

* Les prisonniers deviennent geôliers au cœur de l’Allemagne

 Jean Annet de la Vigerie, fils de François, arrêté peu après la capitulation pour « menées anti-gouvernementales » au Maroc, puis en France, est emprisonné à Nîmes. Il s'évade, et participe au Mouvement « Libération. »

1942 : Jean - Annet rejoint en Angleterre les forces françaises libres (FFL) et le BCRA spécialisé dans le renseignement. Il prend le pseudonyme de Jean Baralier dans une escadrille de bombardement où il est pilote.

3 octobre 1943 : Une importante centrale électrique desservant en particulier les voies ferrées vers le Sud Est, est difficile à détruire au cœur de zones habitées. Trois bombardiers dont le second est celui de Jean – Annet réussissent cette mission. (Un désastre pour l’occupant allemand).

Il faut rentrer sur Londres avec l’essence qui reste dans les réservoirs. Pour protéger la population parisienne, le 1er avion, en flammes est dirigé dans la Seine par son pilote tué dans ce plongeon. Le second bombardier, celui de Jean - Annet est abattu au nord de Paris et, grièvement blessé, le pilote est fait prisonnier par les Allemands. Il est soigné puis affecté dans un camp de travail forcé (le stalag 2 A, à Neubrandeburg au nord de Berlin. Il y constitue un réseau de résistance, avec les prisonniers de guerre français présents dans d’autres stalags et les fermes allemandes. Ils contrôlent rapidement et clandestinement cinq camps de travail, ils sabotent la production dans les usines et ils se livrent à un fructueux espionnage qui fournit aux alliés les plans des missiles V2 allemands. Ils retardent le V3 destiné à l’invasion de la Grande Bretagne. Ils mettent également en place le corps-franc « Bayard », qui prendra Neubrandenburg.

Au mois d'avril 1945, ayant pu, avec son réseau, piller un gros dépôt d’armes et de munitions, d'Astier lance des opérations d'insurrection, victorieuses contre l'armée allemande, dans toute la région, de l'Elbe à l'Oder, de Berlin à la Baltique, Quand les Russes arriveront, ils n’auront pas à combattre.

En mai, J. A d’Astier entre à l'état-major de Constantin Rokossovsky maréchal russe, qui le nomme commandant militaire français de cette région.

D’Astier organise alors le rapatriement en France de plus de 120 000 prisonniers de guerre et les déportés survivants du camp d’extermination de Ravensbrück.

Notre liberté et notre puissance

Les trois frères François, Henri, Emmanuel d’Astier de la Vigerie méritent d’être mieux connus pour leur extraordinaire contribution à la victoire contre l’Allemagne nazie, pour leur rôle déterminant pour la grandeur d’une France indépendante. Tous trois furent opiniâtres, et surent agir immédiatement là où il fallait. Ils épaulèrent De Gaulle aux bons moments, le faisant plusieurs fois changer d’avis pour plus d’efficacité, tout en soignant sa popularité de plus en plus grande en France.

Quant à Jean – Annet, avec son réseau français de résistants au cœur de l’Allemagne et leur conquête d’un immense territoire allemand, il s’inscrit parfaitement dans les actions héroïques et exceptionnelles de son père et de ses deux oncles.   

 

[1] 1er décembre 1941 entrevue Pétain-Darlan-Goering (as de l’aviation allemande, Ministre de l’aviation). Cette rencontre avait été précédée par la rencontre Pétain Darlan, Hitler et Ribbentrop. DARLAN collabora beaucoup avec Pétain.

 


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7 réactions à cet article    


  • baldis30 22 janvier 09:50

    bonjour,

     excellent ...

     « Emmanuel demande à Joseph Kessel d’écrire les paroles en lui disant « On ne gagne les guerres qu’avec des chansons ».  »

    C’est vrai .... Que voulez-vous gagner avec dadou-ron-ron ?

    Plus généralement WW1 s’est gagnée au théâtre toutes représentations scéniques confondues ! dadou-ron-ron .... ? NON MERCI !


    •  C BARRATIER C BARRATIER 22 janvier 09:57

      @baldis30
      qui est dadou ronr ron ? Et qu’est WW.1
      Merci de m’éclairer


    •  C BARRATIER C BARRATIER 24 janvier 21:17

      @baldis30
      Emmanuel a composé une chanson émouvante, avant de travailler au chant des partisans

      Il s’agit de la « complainte des partisans »
      Plusieurs chanteurs, seuls ou en choeur l’ont chantée . on a le choix sur Interrnet
      Voici un lien vers une émouvante interprétation (Geoffroy est musicien....)



    • troletbuse troletbuse 23 janvier 09:04

      La résistance, ca se mesure en « hommes ». Mais je n’ai pas vu cette quantité dans l’article


      •  C BARRATIER C BARRATIER 23 janvier 11:47
        • @troletbuse
        Je donne des chiffres dans le chapitre Emmanuel.
        Bien sûr les groupes de résistants ne faisaient pas de listes lorsqu’ils étaient en France, même pas avec leur faux nom, car ils avaient une carte d’identité avec ce faux nom. Les destinataires des paquets de tracs à distribuer, partout, avaient des boites à lettres avec un autre faux nom, sans carte d’identité.
        Un résistant pris était torturé et souvent il parlait...il ne poivait donner que deux ou trois noms....et ces faux noms là changeaient dès l’arrestation connue.
        On doit connaitre par contre l’identité des résistants en angleterre, à condition qu’ils ne fassent pas d’allées et venues. Un résistant arrêté avec son vrai nom, toute la famille en otage !
        N’oublions pas que paris occupé par des milliers d’allemands s’est libéré tout seul, avant l’arrivée de Leclerc.

      • troletbuse troletbuse 23 janvier 12:43

        @C BARRATIER
        J’suis pas sûr que vous ayez bien compris mon message. Enfin, passons  smiley


      • troletbuse troletbuse 23 janvier 22:46

        @troletbuse
        M’bécile. OHMS pas hommes.

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