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Accueil du site > Tribune Libre > #Franceleaks : diplomatie, Microsoft

#Franceleaks : diplomatie, Microsoft

 « NSA : scandale ou secret de polichinelle ? », a t-on pu lire ou entendre, dans certains médias, en réaction à Franceleaks ; une controverse superficielle et fausse (nous y revenons plus bas), comme on pouvait s'y attendre, dès lors qu'elle est destinée à camoufler l'embarras d'une élite (plus exactement le groupe social qui fait au peuple l'affront de se faire appeler ainsi) prise au dépourvue. Tandis que d'autres ont titré « L'arroseur arrosé », en référence au vote sur la loi sur le renseignement (1).

Diplomatie :

Tour de force de la part de Wikileaks et de ses partenaires français ?

Assange pousse le gouvernement à engager des poursuites judiciaires contre les É.U. : n'a t-il pas réalisé que la « France des droits de l'homme », c'était seulement en devanture de magasin ? Et que l'arrière boutique recèle assez de squelettes pour faire « sauter 20 fois la République » ? Et quand bien même notre douce France se réveillerait miraculeusement avec un irréprochable État de droit, les É.U. n'auraient que faire de ses prétentions, malgré le budget faramineux qu'elle consacre à la disuasion nucléaire (Assange y fait allusion dans son entretien), surtout alors que le gouvernement s'apprête peut-être à implorer son soutien dans ce qui s'annonce comme une crise historique de l'euro (Grexit). Quant à offrir, lui et son colistier Snowden, l'asile politique, n'est pas Roman Polanski qui veut ! Plus sérieusement, c'est le Front National qui récolte les fruits de la réaction molassone de l'« élite », face au sentiment anti-américain attisé par Franceleaks. Était-ce bien l'intention de Edwy Plenel ?

Simulatnément à Franceleaks, Bill Gates rendait visite à Hollande, sur des sujets convenus (climat, aide à l'Afrique). Les communicants de l'Élysée se sont sans doute imaginé que la modernité qu'on a pu prêter à Gates dans les années 80 rejaillirait encore, en 2015, sur l'hôte du palais... Qui sait si Gates n'est pas destinataire de fuites de la NSA, par le biais de systèmes d'exploitations Windows installées un peu partout dans les ministères et à l'Élysée ? C'est tout à fait probable, et c'est l'objet à suivre.

Sur Microsoft :

En 2013 étaient révéles les programmes de surveillances PRISM (collusion avec Microsoft, Google...) et ECHELON (antennes en GB, Australie...). Et qu'est-ce que l'« élite » a fait pour mettre les intérêts stratégiques de la France à l'abri ? Rien, probablement, sinon on en aurait entendu parler. Il y a donc à la fois secret de Polichinnelle et scandale (et non pas « ou », la « fausse controverse » dénoncée en introduction), celui de la négligence de notre prétendue élite, désastreuse pour la compétitivité des entreprises exportatrices, la NSA ne s'étant pas gênée pour pousser son avantage sur le terrain économique.

De la connivence entre les géants de la technologie américains et la NSA, et les probables failles qui en résultent, le gouvernement chinois avait rapirdement la leçon en 2014 : Windows 8 serait exclu de l'approvisionnement en système d'exploitation, au profit du logiciel libre (2).

Côté défense française, Hervé Morin (UDI) puis Le Drian (PS) passent tranquillement des contrats avec Microsoft, qualifiés par certaines sources, d'« étranges », « embarassants », parce qu'au mépris des règles de marché public, des mises en gardes internes vis à vis de la sécurité nationale, du risque commercial etc. (DRISI, NouvelObs, ZDNET, LeVinvinteur). Ces incohérences ont fait l'objet d'un Q/R, en 2014, entre la sénatrice Garriaud-Maylam (UMP) et le ministère. Réponse un peu langue de bois, où l'on apprend toutefois, ce n'est pas banal, que « le passage aux logiciels libres a été préconisé par l'OTAN en 2008 ». Le ministère justifie de façon un peu obscure de passer outre cette recommandation, tout en apportant des assurances « multiples couches de sécurisation ».

Et pour conclure ?

Franceleaks n'a pas révèlé pas grand chose, pour l'instant, sur la vie politique français (en 2012, Moscovici sait que l'économie allait dans le fossé...), mais a le mérite de mettre en exergue l'insouciance de la classe au pouvoir (plutôt que « dirigeante », car cela supposerait une essence, une vision, des principes etc.), sur le volet sécurité nationale. Voyons maintenant si elle capable de se ressaisir.

Notes

(1) Sur la dérive liberticide, chacun a encore en mémoire la « trés contestable » décision du Conseil d'État, en 2014, d'interdire le spectacle de Dieudonné. Exemple moins connu, mais tout aussi édifiant, l'affaire Borrel, du nom du juge français en mission à Djibouti, retrouvé mort en 1997 dans des conditions suspectes ; décès que la justice a persisté à traiter comme un suicide jusqu'en 2007. Entre temps, les avocats de la famille avaient dénoncé une raison d'État, leur valant condamnation pour outrage à magistrat en 2004 ; condamnation jugée contraire à la liberté d'expression par la Cour européenne en 2015.

(2) La référence, c'est Richard Stallman, fondateur du système d'exploitation GNU (étroitement lié à Linux), devenu militant de la cause. Lire, par exemple, son article « Pourquoi l'open source passe à côté du logiciel libre. »

(3) Complément sur Microsoft :
2012, Microsoft encore condamné pour abus de position dominante
2014, la Cour surprême italienne bannit la « taxe Microsoft » sur l'achat de PC


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12 réactions à cet article    


  • straine straine 30 juin 2015 14:17

     La non réaction de nos bouffons (prétendument élites) implique qu’ils ont été placés par nos amis us justement parce qu’ils sont susceptibles d’obéir aux ordres sous la pression d’un chantage ...
    Il est grand temps de nettoyer les écuries d’Augias !
     smiley
    Tous les secteurs sont gangrenés des médias en passant par les hauts fonctionnaires, l’armée, .... etc etc , pour finir par nos politiques censés être les garants de la constitution aux service de TOUS les Citoyens  smiley


    • Ruut Ruut 30 juin 2015 16:58

      En effet la non réaction de nos élites indique qu’ils sont complices et qu’ils étaient au courant.
      La question nos élections ne sont elles pas bidonnées ?
      Somment nous toujours un pays libre ?
      Les faits indiquent que non....


      • Bonneteau 30 juin 2015 17:13

        Sur le même thème :

        « Les Etats-Unis ont toujours privilégié le numérique, alors que l’Europe n’a, hélas, pas cette priorité. Elle se laisse influencer dans la directive sur la protection de la vie privée par les lobbys du drainage mondial des données. Sans législation, ni programme industriel, les Européens ne peuvent que livrer leur patrimoine numérique personnel en échange de services gratuits en ligne, gérés sans garantie de protection.  »

        http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/25/edward-snowden-n-a-revele-qu-un-secret-de-polichinelle_3436009_3232.html


        • Bonneteau 30 juin 2015 21:20

          Sur le même thème :

          « A la tête de l’Anssi, l’agence chargée de la protection des communications sensibles en France, Guillaume Poupard défend son action et avance de nouvelles pistes pour lutter contre l’espionnage. [...] La prise en compte d’une menace majeure relative à la sécurité informatique des données sensibles dans les entreprises fait partie des scénarios graves envisagés dès 2008 par le livre blanc de la défense et de la sécurité nationale, menace largement confirmée dans la version de 2013. »

          http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2015/06/30/renseignement-une-centaine-d-attaques-graves-ont-ete-detectees-depuis-2009_1340215
          Sauf qu’entre le livre blanc et les actes, il y a un fossé. Les sources citées dans le billet, qui elles mêmes s’appuient sur des documents internes au ministère de la défense, font état de craintes que Windows ne soit le cheval de Troie de la NSA. Et pourtant c’est auprès de Microsoft que l’armée équipe son parc bureautique, sans appel d’offres....

        • Bonneteau 30 juin 2015 22:31

          « Sauf qu’entre le livre blanc et les actes, il y a un fossé » que Libération, partenaire de Wikileaks, se garde bien de relever, s’abstenant ainsi de tenir une contradition crédible au responsable interviewé. D’un côté, éventer Franceleaks pour remplir le tiroir caisse. De l’autre, éviter à tout prix un crime de lèse majesté envers la classe au pouvoir : il y a de grosses subventions à la clé... L’abonné-lecteur en a t-il pour son argent, et Wikileaks aurait-il fait équipe avec Libération, s’il avait anticipé ce genre d’entorse à l’éthique ?


        • straine straine 1er juillet 2015 01:05

          @Bonneteau
          L’article du monde désamorce une situation de crise en relativisant les révélations dans la droite ligne du tout le monde savait en oubliant l’omerta de rigueur sur le sujet !


        • straine straine 1er juillet 2015 01:40

           @Bonneteau
          M. Guillaume Poupard oublie de préciser que la majorité du matériel est fabriqués en Chine et, que nos amis Chinois ne se privent pas de le plomber, de la simple clé USB, en passant par les routeurs, sans oublier les PC ; Exemple qui a défrayé la chronique Lenovo (PC Chinois) cache des backdoors dans les composants mêmes de ses machines...
          Question sécurité, avec des logiciels made-in US et du matos made-in China la France a du soucis à se faire smiley


        • Bonneteau 1er juillet 2015 03:29

          @straine merci pour ce complément d’information, avec une source se serait idéal. Un non expert un tant soit peu vigilant quant à la pertinence des réponses déceler aisément qu’il ne s’agit tout du long que de phrases stéréotypées, contournant l’objet sous-entendu de l’article : quel est l’origine de l’échec du contre-espionnage ? Il peut compter sur Libération, par complaisance et manque de technicité, pour ne pas mettre le doigt sur les plaies qui font mal, et ne pas aller vérifier ses affirmations. Il en va de même pour le Q/R cité dans le billet, dont je me rends compte que le lien est erronné. Voici le bon (à suivre). 


        • Bonneteau 1er juillet 2015 06:57

          Les contrats de la défense avec Microsoft étaient-ils opaques, et mettent-ils en danger la sécurité nationale ?

          2008 :

          « En 2007, Microsoft proposait au ministère de la Défense de centraliser les multiples contrats passés entre l’éditeur de logiciels américain et l’armée française. » (source à suivre). Le contrat fait l’objet de deux rapport d’évaluation en 2008 (rendus publics en 2013), l’un par la DG système d’info. et de comm. (DGSIC) , et l’autre par la Commission des marchés publics (CMPE).

          Le Rapport DGSIC, vu par Le vinvinteur, en 2013, dans « L’armée accro à Microsoft » :

          a) Le rapport déplorait que la procédure, passée sans appel d’offres, [...]. Les experts pointaient également du doigt le risque d’ [...] « addiction » aux produits Microsoft.

          b) Ils constataient la situation de « monopole confirmé » de l’éditeur, mettant l’armée « à la merci de la politique tarifaire » [...]

          c) Les experts militaires déploraient également le risque de « perte de souveraineté nationale » et [...] le rapport estimait que le système informatique de l’armée française serait [...] « vulnérable car susceptible d’être victime d’une intrusion de la NSA dans sa totalité »

          d) Les auteurs du rapport concluaient enfin que « la seule certitude » de l’offre de Microsoft était qu’elle « entraînera un accroissement de 3 M€/an des dépenses de logiciel » [...] Et tout en contribuant à un « affaiblissement de l’industrie française et européenne du logiciel  »

          e) Non contents de constater que l’offre Microsoft (S2) comportait « dix risques rédhibitoires » , les experts militaires pointaient également du doigt « trois critères destructifs » , censés se caractériser par « un seuil au delà duquel le scénario est rejeté » .

          Et l’issue du dossier : « En dépit de cette « analyse de la valeur » particulièrement sévère de la proposition de contrat, l’armée française n’en signait pas moins un « acte d’engagement » portant sur un marché de « maintien en condition opérationnelle des systèmes informatique exploitant des produits de la société Microsoft avec option d’achat » avec… la filiale irlandaise de l’éditeur américain. »

          2013 :

          En janvier 2013, le contrat de 2008 arrivant à expiration, la DGSIC, sous la direction du général P. Bazin établit un « projet de contrat cadre avec Microsoft ». Essentiellement, ce rapport tente de justifier à postériori le contrat initial :

          « S’appuyant sur une analysé économique [...] le [comité exécutif du conseil des systèmes d’information et de communication ([CECSIC[)] a validé les choix de solutions majoritairement Microsoft. En effet, l’analyse, confirmé depuis par d’autres (note 5), a montré que les logiciels libres n’offraient pas de gain financier notable  » avec note 5 : « Etude VOIRIN consultant auprès de collectivités territoriales. »

          Il faudrait juger sur pièce l’« étude » du CESIC et la seule autre (et non « autres ») dite VOIRIN (lien de consultant avec MS ?), mais elles ne se trouvent pas dans les sources à disposition, citées plus bas. Levinvinteur relève que, en passant au logiciel libre, la gendarmerie avait occasionné une réduction de coût de 70%. Comment se fait-il que ce ’constat’ (c’est à propos, venant de la gendarmerie), n’est pas cité dans le « projet de contrat cadre » ?!

          S’ensuit une justification sur le plan de l’interopérabilité, dont le Levinvinteur souligne l’insuffisance. En gros, s’aligner sur les alliés de l’OTAN, qui ont retenu Microsoft, serait une garantie à ce niveau là. Ajoutons à l’analyse de Levinvinteur que c’est retenir une définition d’interopérabilité qui n’est pas celle de la Commission et du Tribunal de l’UE. En 2004, le premier avait, condamné Microsoft à lui verser 899 millions d’euros pour abus de position dominante. En 2012, le second publiait un communiqué de presse intitulé : « confirmé la décision de la Commission imposant une astreinte pour ne pas avoir permis à ses concurrents d’accéder aux informations relatives à l’interopérabilité à des conditions raisonnables » CQDF.

          Levinvinteur fait valoir d’autres arguments, par exemple le fait que l’adoption de logiciel propriétaire est contraire à une circulaire de 2012 du premier ministre, J-M Ayrault.


          Ministres de la défense :

          Présidence Sarkozy / Gouvernements Fillon

          7 mai 2002 – 15 mai 2007 - Michèle Alliot-Marie
          18 mai 2007 – 13 novembre 2010 - Hervé Morin
          14 novembre 2010 – 27 février 2011 - Alain Juppé
          27 février 2011 – 10 mai 2012 - Gérard Longuet

          Présidence Hollande / Gouvernements Ayrault, Valls

          16 mai 2012 – - Jean-Yves Le Drian


        • straine straine 1er juillet 2015 10:32

           @Bonneteau Citation :
          "merci pour ce complément d’information, avec une source se serait idéal. Un non expert un tant soit peu vigilant quant à la pertinence des réponses déceler aisément qu’il ne s’agit tout du long que de phrases stéréotypées, contournant l’objet sous-entendu de l’article« 
           :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :: :
          Je ne suis pas sur de saisir le sens de votre réponse :
          Mon tout premier commentaire,
           »straine 30 juin 14:17« 
          est une réaction à chaud qui devrait ne laisser aucun doute sur mon état d’esprit sur le sujet de vos préoccupations !

           Mes deux autres réactions ciblent vos commentaires :
           »Bonneteau 30 juin 17:13« et »Bonneteau 30 juin 21:20« .
          - Pour le premier de ’ces deux’, je suis désolé pour ceux qui n’ont pas remarqué le manège des médias de masse ....

          - En ce qui concerne le ’deuxième’, une simple recherche »(PC Chinois) cacher des backdoors dans les composants mêmes de ses machines"
          va étancher la soif d’informations du béotien de service.

           [Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être beaucoup se laisse tromper par les apparences. Rares sont ceux qui ont l’intelligence de voir ce qui se cache derrière les masques].
          Phèdre


        • Bonneteau 1er juillet 2015 13:40

          @straine merci, la suite ici.


        • Bonneteau 3 juillet 2015 22:48

          Asile pour Polanski, Léonarda, pas Assange ni Snowden : deux poids, deux mesures

          Sous la présidence Sarkozy :

          2009 : cris d’orfraie de Jack Lang, ancien ministre de la culture sous Mitterrand, qui a fait l’objet d’accusations de pédophilie, sur la demande, faite par les US à la Suisse, d’extrader Roman Polanski dans le cadre d’une ancienne affaire d’abus sur mineur

          2010 : Le ministre des affaires étrangère sous la présidence Sarkozy, Bernard Kouchner, fait pression sur son homologue US, Hillary Clinton, pour ne pas extrader Polanski. Soutien du ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, qui juge « épouvantable » son arrestation par la suisse ; ministre dont les moeurs revendiqués ont fait polémique.

          Sous la présidence Hollande :

          2013/10 : Hollande : « Léonarda pourra revenir en France, mais sans sa famille », « [quand] je rentre en France et après c’est moi qui vais faire la loi », répond l’intéressée...
          2014/06 : Valls pas favorable à accueillir Snowden
          2015/06/26 : Taubira tient double language sur asile politique pour Assange
          2015/06/25 : Valls botte en touche sur la question de l’asile de Assange
          2015/07/03 : L’Élysée rejette une demande d’asile d’Assange...qu’il nie avoir faite

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Langlemort


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