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@Frauden : trop poli pour être honnête

Cet article est une œuvre de pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles, des articles déjà parus ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que coïncidence fortuite.

Lancé en 2009 en France, Frauden se présente comme « le premier site de fraude généralisée pensé par des honnêtes gens  ».

Impossible d'échapper aux publicités du site si vous fréquentez les couloirs de métro. Sur fond noir et blanc, l'emblème de Frauden, une prune flamboyante, symbole bien connu de l’amende récoltée lors d’une fraude, est agrémenté de slogans tels que « Avec Frauden, évitez les prunes », « Frauden, la gratuité pour tous », « Clic-clac, la fraude est dans le sac ! » ou encore « Les prunes ne comptent pas pour les brunes ».

Une promotion de la fraude qui n'est pas du goût de tout le monde. Des citoyens ordinaires, choqués et exaspérés ont décidé d'arracher ou de taguer les affiches dans les transports publics. Les usagers interrogés ne comprennent pas le positionnement de la RATP qui vante par ailleurs les comportements citoyens par ses campagnes « restons civils sur toute la ligne ».

Tout est parti du groupe zoroastrien conservateur Les Podromiques. Ce dernier a adressé aux réseaux de transports franciliens, dont la RATP, une pétition qui a recueilli plus de 300 000 signatures sur le site CiudadanoGo pour demander le retrait de "ces publicités scandaleuses". La régie des transports parisiens, interpellée sur Twitter, lui avait opposé une fin de non-recevoir : « La RATP est tenue de se conformer au principe de la liberté d'affichage défini par la réglementation en vigueur ».

Mais les publicités ont disparu des bus notamment à Vertuville, Poliville et Honnêteville avant la fin de la campagne prévue le 9 février. « Censure ! », clame Frauden.

Un groupe de plus de 400 élus d’Ile de France a réagi en signant une tribune dans le journal FigoraBox « @RATP : frauder c'est voler » : « à travers la fraude permise par ce site illicite et immoral, c’est non seulement la RATP qui est lésée, mais également toutes nos collectivités, villes ou communautés de communes qui organisent les transports, et ainsi l’ensemble de la société, avec en prime, un exemple déplorable pour nos administrés ».

Frauden estime être dans son bon droit, les publicités ayant été validées par le Jury de Zérodéontologie publicitaire et Lidiot transports, une des régies publicitaires des transports en Europe.

La très conservatrice Confédération Nationales des Associations des Usagers Zoroastriens a décidé dans la foulée de porter l’affaire devant la justice en portant plainte. Selon elle, « la fraude au transport est tout simplement de la filouterie et donc un vol avec lequel on ne rigole pas ! ».

En retour, Frauden a répondu à travers un communiqué de presse, titrant « Atteinte à la liberté d’expression et aux libertés individuelles  ». Maïzou Payée, la porte-parole de Frauden, dénonce « une atteinte à la liberté d'affichage » et « un retour en arrière », alors que « la fraude au transport n’apparait pas explicitement dans le code pénal  : il y a bien quelques références à la filouterie mais le terme moyenâgeux n’a plus lieu d’être pris au sérieux en 2015 ». « 2015 est d’ailleurs une année importante pour la liberté d’expression avec les évènements de janvier dernier » explique Maïzou Payée, qui dit se sentir censurée. C’est plus qu’un combat simple pour Frauden, qui « devient un symbole pour la liberté d’expression ».

Elle poursuit : « On n'oblige personne, on fait la promotion d'un service qui répond à une demande ». « Au moins quand on vient sur Frauden, on affiche la couleur, on assume son envie de frauder  ». « On n'a pas inventé la fraude », rappelle Maïzou Payée. « Ce n'est pas parce que Frauden est arrivé un beau jour de 2009 que les gens ont décidé d'être fraudeurs. La fraude a toujours existé ». « Ce service permet à nombre de citoyens de préserver leur pouvoir d’achat, et à l’heure où le chômage augmente et le niveau de pauvreté progresse chaque jour davantage, Frauden rend un service d’Intérêt Général à la nation ».

Le site Internet semble pleinement assumer ce positionnement : « La fraude est résolument dans l'air du temps. Aussi, notre parti pris est d'ancrer la nouvelle identité de marque de Frauden au cœur même de l'origine de la notion de fraude : le voyage en bus, en métro, en tram, en car ou en train. Frauden est une véritable marque, haut de gamme et référente sur le territoire de la fraude. A l'heure où l'évolution de l'institution des transports collectifs déchaine les passions, nous assumons la portée polémique de cette campagne mettant en image le contre-symbole de l'un des piliers fondateurs des transports en commun ».

Contactée par téléphone, l’avocate de Frauden, Coraline Mécaliméro, affirme : « C’est vraiment trop injuste. Ils n’ont pas le droit de vouloir comme ça faire respecter la loi ! Depuis quand les Zoroastriens peuvent-ils se considérer comme des citoyens comme les autres et chercher à défendre ainsi la loi ? Dans une tribune « Ne nous laissons pas empapaouter ! », publiée sur le HoufPost, elle éructe par ailleurs : « Par cette malhonnêteté intellectuelle, les bigots zoroastriens montrent qu'ils ne sont pas autres choses que les nouveaux censeurs de la liberté d'expression. […] Si le peuple de France s'est levé le 11 janvier 2015, debout derrière la République qui autorise à caricaturer Mahomet, quand bien même cela heurterait certains musulmans, alors la même République doit laisser des sites comme Frauden exprimer leurs opinions sur les fraudes dans les transports en commun, quand bien même cela heurterait la sensibilité de certains Zoroastriens. A défaut la République ne protègerait pas également tous ses enfants et ce serait le début de la tyrannie  ».

Le Figora quant à lui, a laissé la parole à quelques clients choisis soigneusement par Frauden afin de répondre aux plaignants : « Je ne comprends pas en quoi cela les concerne », regrette l’un d’entre eux, très grand habitué de Frauden. « Ont-ils peur que le commandement zoroastien « tu ne voleras pas » soit si fragile qu'il suffirait d'une affiche rouge prune pour faire basculer ces croyants dans le péché ? ». Pour cette autre cliente, cadre supérieure, utilisant le métro depuis plus de 20 ans, pas question de retirer ces affiches qui choquent depuis plusieurs mois certains usagers scrupuleux : « elles me rassurent ces affiches d’une certaine manière, ça me rappelle que je ne suis pas la seule à frauder et que ce n’est pas aussi dramatique qu’on ne le dit : la fraude est partout et elle fait partie de notre société, il faudrait quand même l’admettre et arrêter de jouer aux hypocrites », soupire-t-elle. Dans un sondage Ifop publié récemment, plus d’un homme sur deux (55%) et près d’une femme sur trois (32%) admettaient avoir déjà fraudé. Selon elle, « les personnes qui se rendent sur ce genre de site « ne vont pas forcément détruire la RATP comme on a pu l'entendre  ».

Le silence de la RATP en a laissé plus d’un perplexe. Pour un expert du sujet, fin connaisseur de la RATP, « son attitude schizophrène peut s'expliquer par les multiples bénéfices engrangés par une telle opération : en tout premier lieu, les revenus issus de ces campagnes publicitaires peuvent être colossaux. En 2ième lieu, cette soudaine augmentation de fraudeurs peut redonner du travail aux contrôleurs qui menaçaient de faire grève et apporter, grâce aux contraventions, des compléments de revenus non négligeables. Il semble qu’au global, l’équation soit positive pour la RATP ».

Les réseaux sociaux bruissent de mille prises de position. Pour un internaute : « on s’invente de nouvelles vies possibles grâce à Internet ou les nouvelles formes de technologie, et là, vous avez 2 positions, ceux qui réagissent, c’est le camp des réactionnaires et ceux qui essaient de comprendre et d’accompagner et c’est le camp du progrès ».

Tweet Jérôme Cahazuc

Tweet Thomas Tevenudou

Tweet François O Landes

Tweet Jean-Pierre Mechil

Tweet Pierre Chiendeberger

Les fondateurs du site, les frères Truanchot, déclarent quant à eux : « on est honnête en affaire. On est honnête en famille, on est honnête dans le cœur. C’est l’éducation, ça vient de nos parents. D’ailleurs, nous demandons à nos membres d’être honnêtes avec nous-mêmes comme en témoigne notre charte d’accueil du site : « L’honnêteté au cœur des échanges » : nous vous invitons sur Frauden à rester honnête et à ne pas nous frauder. L’intégrité est à la base de notre travail, nous respectons les membres en ne présentant que des vrais fraudeurs. Notre politique est fondée sur des valeurs fortes et notre communauté se construit chaque jour naturellement » ».

Mis en confiance, ils poursuivent, « mais il est vrai dans pour ce nouveau site, nous avons vu les choses en grand en commençant, pour montrer l’exemple et enraciner notre légitimité, par frauder le fisc français. Nous engrangeons en effet des millions d’euros de chiffre d’affaire sur le territoire français sans payer un euro d’impôt ! Pourquoi croyez-vous sinon, qu’en tant que français, nous soyons partis aux Etats-Unis, avec des équipes exclusivement françaises pour attaquer le marché Français ? Pour l’instant, grâce à nos soutiens au plus haut niveau, le fisc ne s’intéresse pas à nous, et c’est tant mieux… ».


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