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Fusion Renault-Fiat : liaisons dangereuses, amants éconduits et vieille maîtresse délaissée

L’arrestation de Carlos Ghosn en novembre dernier à Tokyo a provoqué un séisme dont l'industrie automobile mondiale n’a pas fini de ressentir les effets. Le projet de fusion entre Fiat et Renault n’est qu’une réplique qui annonce un nouveau cataclysme.

La descente aux enfers de Ghosn a déclenché une série d'événements qui ont amené ce mois-ci Jean-Dominique Senard, président de Renault, et John Elkann, président de Fiat Chrysler, à envisager un accord pour créer le troisième constructeur automobile mondial, et c’est Fiat Chrysler qui a officiellement demandé à Renault de fusionner lundi dernier.

Si l'accord se concrétise, les ventes cumulées des deux sociétés dépasseront celles de General Motors et rivaliseront avec les deux leaders : Volkswagen et Toyota. Bien mieux, si Fiat Chrysler et Renault pouvaient renouer les relations tendues avec Nissan, l’ex-fiancée de Renault, les trois réunis deviendraient de loin le plus grand constructeur automobile du monde.

La question est de savoir si les fées qui président aux mariages heureux ou malheureux et à la naissance des monstres, si les fées de Bruxelles et de Tokio scelleront les destins de MM Senard et Saikawa (le directeur général de Nissan).

Sans Nissan, Fiat Chrysler et Renault seraient un concurrent important mais beaucoup moins redoutable pour les autres constructeurs, exposé à la morosité de l’économie européenne morose et peu présent en Chine, qui est devenue le plus grand marché automobile du monde. Or dans le passé, la direction de Nissan (qui contrôle aussi Mitsubishi) a déjà repoussé les avances de Renault pour un partenariat plus étroit.

Les Européens ont gardé le secret jusqu’au dernier moment, car ils craignaient que les Japonais ne se sentent menacés et tentent de s'immiscer en divulguant des détails aux responsables gouvernementaux ou à la presse, ce qui met en évidence la dégradation des relations entre des entreprises qui, encore récemment constituaient un modèle de coopération intercontinentale, un exemple de la manière dont les industriels peuvent accéder à la dimension géographique dont ils ont besoin pour survivre tout en conservant leur identité. Les deux firmes disent vouloir continuer à travailler ensemble, mais le manque de communication est peu propice à la naissance d’un « hybride » de cultures d'entreprises japonaises, américaines, françaises et italiennes.

Après l'éviction de M. Ghosn, M. Saikawa s'est plaint de ce qu'il considérait comme une domination injuste du couple par Renault (qui détient 43% du capital de Nissan), et il a fait valoir que la discrète japonaise vendait beaucoup plus de voitures que le mâle alfa : 5,5 millions lors de son dernier exercice financier, contre moins de quatre millions pour Renault. Il craint qu’avec l’appui de Fiat Chrysler, Renault devienne un partenaire encore plus dominateur. L'année dernière, Fiat et Renault avaient réalisé des ventes combinées de 8,7 millions de véhicules, et M. Senard (ex patron de Michelin)et M. Elkann (un descendant de la famille Agnelli qui contrôle Fiat depuis plus d'un siècle), ont beaucoup de points de convergence, ils se connaissent depuis de nombreuses années.

Renault et Nissan se sont éloignés l'un de l'autre au cours des deux dernières décennies. Renault s'est concentré sur l'Europe, la Russie, le Moyen-Orient et l'Afrique. Nissan s'est concentré sur l'Asie et les États-Unis. Ils ont mutualisé l’achat de pièces et le coût de développement de nouveaux modèles. Cette synergie serait renforcée par la fusion envisagée. Pour Nissan, il s’agit donc d’un dilemme : la société aurait moins d'influence, mais sans cette alliance, elle ne pourrait probablement pas survivre.

Comme la nouvelle société serait basée aux Pays-Bas, Nissan pourrait exercer les droits de vote qui lui ont été refusés en vertu du droit français.

Reste à savoir, en-dehors de la question cruciale de la privatisation et de la perte d’influence de l’état français sur la stratégie de son industrie de plus en plus contrôlée par les lobbies européens, si la Commission Européenne bénira de nouveau mariage à trois, quatre ou cinq ? Cette commission si chatouilleuse d’ordinaire sur les règles de concurrence anti-monopoles qui justifient le démantèlement d’EDF ?

Les enjeux de la présidence de l’UE et du bras de fer Macron-Merkel seraient-ils le reflet de la tératomachie Renault-Fiat-Volkswagen ?


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16 réactions à cet article    


  • ticotico ticotico 29 mai 12:31

    En février dernier, une journaliste japonaise m’avait expliqué que Ghosn avait été mis au congélateur sur ordre de Washington... sur le moment, je n’avais pas compris, on dirait que maintenant un début d’explication apparaît...


    • Julot_Fr 29 mai 21:33

      @ticotico
      C’est bien la France et non Washinton qui n’apporte pas le soutient due a un citoyen Francais embettes avec une histoire bidon.. emprissonne sans culpabilite prouvee.. Je chercerais plutot les coupables de notre cote de l’atlantique


    • Martha 29 mai 17:41

      ++++

       Ca a marché pour Alstom, pourquoi s’arrêter là ?


      • Positronique 29 mai 20:02

        Super de 2 borgnes on va faire un aveugle , j’entend les rires des chleus jusqu’ici.


        • Julot_Fr 29 mai 21:30

          Avec la mort subite du patron de Fiat (marchionne) il y a moins d’un an et l’arrestation bidon de Gohsn est-ce que ca ne sent pas l’oeuf pourri cette histoire de fusion ?


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 mai 00:28

            Encore une fois après Alsthom je crains que Bercy ne comprend toujours pas le jeu a trois bandes. On va se faire baiser...


            • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 mai 00:44

              @Aita Pea Pea

              Les encules de polaks doivent rigoler ...eux qui récupérent nos industries avec le pognon qu’on leur donne .


            • Julot_Fr 31 mai 15:15

              @Aita Pea Pea Biensur quon va se faire baiser.. cest fait pour. Les polaks ont le merite davoir elus des nationalistes.. ce qui nest pas le cas des collabos francais (collabos car ils votent pour lennemi contre leur petit cheque en fin de mois).. on ne peut donc blamer que nous meme


            • Fanny 30 mai 01:36

              Il n’y a pas de monopole dans l’industrie automobile. La Commission n’aura, à mon avis, rien à opposer à cette fusion.

              Renault n’a jamais été « dominateur » dans l’Alliance avec Nissan. Ghosn donnait plutôt l’impression aux salariés de Renault de gérer l’Alliance en faveur de Nissan. Ghosn a été viré car ses projets d’évolution de l’Alliance ne convenaient pas à une partie puissante des acteurs japonais (avec peut-être un coup de pouce des Américains, comme le soupçonne une journaliste japonaise : la géopolitique n’est jamais loin de l’industrie automobile).

              Sauf tremblement de terre dans le secteur automobile et des alliances, Nissan n’aura d’autre choix que de suivre. L’Alliance de Renault avec Nissan est allée trop loin (20 ans de mises en commun) pour que Nissan puisse envisager de la dissoudre. Nissan pourra exiger certains aménagements des règles du jeu et obtenir des garanties concernant son identité et son indépendance, mais l’essentiel qui concerne la mutualisation des coûts gigantesques de développement de la voiture du futur, ainsi que la mise en commun de certains organes mécaniques, ce qui motive réellement ces alliances, ne saurait être mis en cause par Nissan.


              • Fanny 31 mai 00:53

                @Fanny

                Curieux, cet éditorial du journal Le Monde, mettant en garde contre une alliance Renault/Fiat-Chrysler.

                Rien n’est fait, les négociations pouvant échouer, comme elles ont déjà échoué avec PSA. Mais le journaliste du Monde a déjà décidé que le patron du conglomérat constitué serait au final l’homme de Fiat, John Elkann, sous entendant que ce serait catastrophique.

                Le Monde prend les négociateurs de Renault pour des ânes. Leurs noms (Sénard-Bolloré) ne sont d’ailleurs pas cités dans l’article.

                L’âne, c’est le rédacteur de l’éditorial, qui n’a aucune compétence (et c’est bien normal) pour juger des tenants et aboutissants d’une telle négociation, mais donne un avis définitif sans savoir. Un peu de modestie de sa part serait bienvenue.


              • Fanny 6 juin 16:44

                @Fanny

                Raté, comme on pouvait le supposer. Les journaleux y voient la patte de l’Etat (Elie Cohen). J’y vois plutôt la lucidité du couple Sénard/Bolloré, qui a refusé de céder la moitié de leur boutique pour trois cacahuètes.


              • Fanny 7 juin 13:54

                @Fanny

                En fait, je n’y comprends pas grand-chose dans cette affaire bien emmêlée.

                Tavares de PSA, après avoir repoussé Fiat, dit « c’est une prise de contrôle » (de Renault par Fiat). Mais le CA de Renault y est favorable, y compris les syndicats (CGT mise à part). ???

                L’Etat français et Sénard sont-ils en phase ? Pas sûr. Quand l’Etat prétend bloquer toute réduction d’effectif pendant 4 ans, il interdit ce que pratiquent tous les constructeurs, dont Renault, depuis que la mondialisation est devenue la règle du jeu pour tous. L’Etat est dans son rôle, mais du coup le constructeur ne se battrait plus à armes égales, il aurait un bras attaché.

                Pourquoi une telle précipitation, vouloir tout conclure si rapidement, sans vraiment chercher à associer Nissan ? Tous les Goldmann Sachs et autres cabinets juridiques spécialistes du mondialisme sont sur le coup. Un peu suspect cette précipitation. Dégage l’impression d’un « coup » plus que d’un mariage de raison. Que Nissan s’abstienne dans ces conditions est plus que normal. Mais l’Etat exige une approbation immédiate de Nissan. Bizarre.

                Au plan technique/industriel, ce projet de fusion se défend. C’est du point de vue de la gouvernance et de la finance que c’est complètement foireux. Trop d’acteurs, trop de précipitation, trop d’arrière-pensées contradictoires. Le retrait de Fiat est peut-être une manœuvre tactique. On sait pas.

                Tenter de jouer ce gros coup alors que l’Alliance Renault-Nissan est en déséquilibre et reconfiguration, c’était prendre le risque d’un beau plantage. On y est.

                Si quelqu’un sur Ago a des lumières, je suis intéressé. Que se passe-t-il vraiment dans la tête de Sénard ? J’aimerais bien savoir. L’impression que tout n’est pas joué, que ça pourrait rebondir dans quelque temps. Ou pas.


              • zygzornifle zygzornifle 30 mai 09:14

                Dommage les Fiat vont devenir moches et tomber en panne .....


                • Oscar Ollo Oscar Ollo 30 mai 15:43

                  @zygzornifle

                  Cela nous rappellera les années 80 avec les horreurs biodégradables qui démarraient une fois tous les quatre matins (Ritmo II, Argenta, Panda I...).


                • zygzornifle zygzornifle 30 mai 09:16

                  Quand Grumaux Lemaire va prendre la parole Renault sera condamnée ....


                  • L'Astronome L’Astronome 1er juin 11:04

                     

                    Toutes ces fusions entre constructeurs automobiles font penser, outre aux intérêts économiques, au fait qu’il leur faut faire front commun contre le fléau à venir : les voitures sans chauffeur, sous l’égide de l’hydre googuélienne.

                     

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