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Accueil du site > Tribune Libre > Gergovie ! Emile Mourey, ancien saint-cyrien, au saint-cyrien Alain Deyber, (...)

Gergovie ! Emile Mourey, ancien saint-cyrien, au saint-cyrien Alain Deyber, docteur en Histoire et civilisation de l’Antiquité

Mon Colonel et cher camarade,

Suite à la parution récente de votre "Vercingetorix, chef de guerre", j'ai cru bon de rappeler dans le média citoyen Agoravox du 21 novembre ma position concernant le lieu de la bataille de Gergovie. https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/au-journal-auvergnat-la-montagne-198844

À la page 81 de votre ouvrage , vous mettez en exergue l'importance du "raisonnement tactique" cher à notre École, qui consiste à réfléchir, avant toute intention de manoeuvre, aux facteurs de la décision : terrain, ennemi, amis... 

Vous localisez le champ de bataille de Gergovie à l'intérieur du périmètre de trois sites, Merdogne, Corent et Gondole. Les traces archéologiques vont, en effet, dans ce sens. Reste la question de leur interprétation dans la logique militaire et en accord avec le récit que César fait de cette bataille.

Je suis d'accord avec vous pour dénoncer l'idée absurde de certains commentateurs qui s'imaginent que l'armée romaine aurait pu s'emparer, dans la foulée, des positions gauloises. Vous-même êtes très surpris que César se soit aventuré dans ce qui s'est révélé être un piège que Vercingétorix lui aurait tendu... Et encore plus surpris en constatant qu'il a attaqué "en montant", grave erreur selon vous, que César confirme d'ailleurs en déclarant, après son échec, que la faute en revient à "la pente du terrain" (DBG VII,53, à cause d'une poisition non équitable, iniquitas loci).

Piège ou pas piège ? La réalié est beaucoup plus simple. Elle se trouve dans la technique de combat de l'armée romaine, telle que je l'ai expliquée dans la bataille que César remporta sur les Helvètes. Après cette surprenante victoire contre une armée pourtant réputée et en nombre, les Gaulois intelligents, dont Vercingétorix, se sont bien rendus compte de la grande supériorité de l'armée romaine sur un terrain non accidenté et dégagé qui lui permettait de déployer ses lignes de bataille, la fameuse "triplex acies", de préférence sur une pente favorable. Je suis très étonné que l'on continue, encore aujourd'hui, à montrer au public des combats de mélée pour illustrer la guerre des Gaules. Ce n'est pas le courage - anima - qui faisait la supériorité des Romains sur les Gaulois qui en avaient autant qu'eux, mais la valeur militaire - virtus - collective et individuelle, les deux se conjuguant pour un maximum d'efficacité sur un terrain, je répète, en pente favorable. De son côté, Vercingétorix connaissait l'avantage de son terrain aux pentes raides, accidentées, boisées où seulement couvertes de végétation sauvage. De son point haut, il pouvait toujours appeler à l'insurrection et s'éloigner pour exécuter des actions de guerre, mais à condition d'éviter la bataille rangée. César a pensé que la rapidité de son action compenserait l'handicap du terrain.

Reprenons, si vous le voulez bien, la chronologie du récit césarien. Le général romain arrive à Gergovie. Le même jour, sa cavalerie, en avant-garde de l'armée en marche, l'agmen, a livré un petit combat de rencontre. Suivant la règle qui veut qu'une armée romaine doit en permanence assurer sa sûreté, les deux premières lignes de bataille (acies) se sont aussitôt déployées et, sous leur protection, la troisième ligne dresse le camp. Sa trace a été retrouvée. Ce même jour, César voit la position ennemie depuis la zône sécurisée.

Déjà, à partir de là, on aurait dû comprendre que l'espace gaulois que défendait Vercingétorix avec sa cavalerie de couverture contre toute attaque surprise, n'était pas centré sur Merdogne mais sur la ligne de hauteurs d'après : la montagne de la Serre. Cette montagne se redresse sous forme d'éperon dans la hauteur du Crest, position favorable pour une défense sur tous les côtés. Au siècle dernier, c'était un motif de sortie pour les membres de la société d'Histoire de Chalon-sur-Saône que d'aller dans le Morvan chercher des traces d'habitations préhistoriques sur des éperons qui auraient été barrés.

César venait du Nord. Il descendait plein sud. Il avait dépassé Merdogne et, depuis le grand camp qui s'installait, il avait le regard tourné vers Le Crest. 

Pour illustrer mon article du 21 novembre, j'ai repris les croquis de mon "Histoire de Gergovie" publiée en 1993. Il s'agit d'une tentative d'explication volontairement sommaire mais fautive, non pas dans l'esprit mais dans les faits. Je vous propose d'approfondir cette première étude.

Les Romains ont-ils franchi les murs de la ville de Gergovie ? C'est la question que je me pose et que je vous pose, mon cher camarade, car si les Romains ont réussi à investir la ville, César a pu justifier son action dans une certaine mesure : il a puni des rebelles à Rome. En revanche, si les Romains n'ont pas franchi le mur, César a perdu, et sa crédibilité et ses hommes : 46 centurions et 700 hommes, cela fait beaucoup !

Je vous propose de chercher la réponse dans le texte latin de César en essayant de mieux le traduire et de mieux l'interpréter.

D'après les traductions, César écrit que les soldats arrivèrent rapidement aux retranchements gaulois (munitiones) et qu'après les avoir franchis, ils s'emparèrent de trois camps (VII, 46). Trois camps alors qu'il venait de dire, quelques lignes plus haut, que les camps se trouvaient entre le mur (murum) et celui de l'oppidum (murum oppidi). Mur franchi ou non franchi ?

Aussi incroyable que cela soit, il y a là, manifestement, depuis des lustres, une erreur de traduction et d'interprétation qu'il convient de corriger, je cite : les Gaulois avaient tiré en longueur, à mi-pente (medio colle), et suivant la disposition du terrain, un mur de six pieds de haut et formé de grosses pierres, pour arrêter... "je corrige"... une attaque et non "l'attaque romaine". César veut seulement dire que son assaut a buté sur un mur que les Gaulois avaient construit "devant" les maisons... bien avant qu'il n'arrive et, peut-être même, dès la fondation de la ville.

Ce mur de 1m75 de haut n'est donc pas un mur élevé dans l'urgence, à mi-pente, pour arrêter César - ce qui est d'ailleurs peu crédible vu sa longueur - mais celui de la ville, tel que Guillaume Revel l'a représenté sur son dessin. Nous pouvons dès lors mieux comprendre la bataille en appliquant notre raisonnement, et sur le dessin du héraut d'armes Guillaume Revel, et sur l'ancien cadastre, et sur la carte militaire.

César est un écrivain précis quand il le veut. Son "murus" d'1m75 de haut, est donc le mur de la ville, première enceinte. Son "murus oppidumi" est la muraille de l'oppidum, deuxième enceinte. la troisième enceinte, la plus haute, est celle de la citadelle, non citée par César, mais qui figure, apparemment, sur une monnaie romaine commémorant, à la fin du III ème siècle, la victoire des tétrarques romains sur une Gaule qui avait fait sécession. "Munitiones" est un terme courant dans le vocabulaire des Commentaires. Il désigne des retranchements, notamment ceux des camps (fossés, palissades, abattis). Quand il dit que les Romains ont, dans la foulée, investi les retranchements (munitiones et non murus), il s'agit de ceux des camps nitiobroges qui se trouvaient, probablement par manque de place, en dehors des murs de la ville. Sur le dessin de Revel, il faut les situer à droite, de l'autre côté du chemin qui longe le mur d'enceinte.

Autre indice. Quand César écrit que les soldats des autres légions n'entendirent pas la sonnerie de trompette à cause d'un vallonnement assez large (et non ravin) qui les séparait de lui, cela ne peut s'expliquer que si lui-même progressait sur la pente, vers le centre du dessin de Revel. Les dites légions, à sa droite, avaient atteint le sommet ou presque. Elles n'étaient plus en liaison avec lui, ni à vue, ni au son... encouragées par la fuite des Gaulois (nitiobroges)... elles n'avaient cessé la poursuite qu'une fois arrivées au pied de la muraille et des portes de l'oppidum... dans le dessin de Revel, à droite.

Ceci étant dit, essayons de comprendre les facteurs qui ont pesé sur la décision de César.

Ses moyens. En arrivant à Gergovie, il disposait de six légions. Dans sa fausse attaque de contournement sur le flanc sud du plateau de la Serre, il a laissé une légion cachée dans les bois. Après s'être emparé de la position gauloise de La Roche-Blanche, il y a installé deux légions (deux camps). La nuit précédant l'attaque, il les a renforcées (une légion). Sécurité oblige, il a laissé une légion pour garder les grands camps (celui de la première nuit, Gondole et Orcet. Il se met en route avec la dixième légion. Cela nous fait six légions.

Depuis l'endroit où la montée commençait jusqu'à la muraille de l'oppidum, il y avait 1200 pas en ligne droite, soit 1800 mètres, mais tous les lacets qu'on avait faits pour faciliter la montée augmentait la distance à parcourir (VII, 46). Les distances concordent avec celles du terrain actuel, nouvelle preuve.

Lors du déclenchement de l'attaque, une légion est restée à La Roche-Blanche pour garder les petits camps (elle se portera en soutien au moment du décrochage des Romains en déroute). Deux légions montent à l'assaut sur l'axe d'attaque. La dixième légion, avec César, gravit la pente, sur le dessin de Revel, plus à gauche. Le dispositif est logique : la dixième légion couvre l'attaque sur son flanc gauche et se trouve en deuxième échelon face à la contre-attaque prévisible de Vercingétorix venant du plateau.

Vercingétorix et ses Gaulois. Les Gaulois se sont-ils laissés abuser par la ruse de César quand Il a déployé un vaste mouvement sur le versant sud pour leur faire croire qu'il lançait son attaque de ce côté ? César l'espère, ou tout au moins, créer le doute car il croit que le conseil gaulois est divisé comme l'a montrée l'affaire d'Avaricum. Il fait confiance à ses informateurs. Mais il ignore qu'en arrivant à Gergovie, le chef gaulois a choisi, lui-même, les membres de son nouveau conseil... Bref, Vercingétorix n'est pas dupe. Il contrôle l'information jusqu'à intoxiquer César par de faux déserteurs. Ses éléments disposés sur le plateau de la Serre et cachés par la végétation sont prêts à faire demi-tour et, sur ordre, à se lancer dans une vigoureuse contre-attaque par élémets d'assaut successifs en prenant l'adversaire de flanc.

Quel était l'effectif des Gaulois ? César fait dire à Critognatos qu'ils étaient 80 000 à être venus s'enfermer dans Alésia après l'affaire de Gergovie, mais comme il a tendance à confondre les effectifs prévus inscrits sur les listes avec les effectifs réalisés, il est difficile de se prononcer. Quel était l'effectif des deux légions qui sont montées à l'assaut, je ne le sais pas non plus, certainement bien moins que l'effectif théorique de 5000 hommes par légion.

En toute logique, il devait exister, derrière le mur de la ville, un espace de circulation aménagé pour les mouvements de la défense. C'est là que se sont alignés les camps gaulois, séparés par de faibles intervalles. Du fait de la pente naturelle du terrain, les défenseurs se trouvaient à un niveau supérieur au niveau de l'attaquant du dehors. C'est ainsi que dès l'alerte donnée, les Gaulois n'avaient que quelques pas à faire pour se porter derrière le mur, comme derrière un rempart, en position dominante.

L'attaque romaine, premier engagement.

Le récit de César, tel qu'il est traduit, n'est pas clair. Il ne cite que deux actions apparemment isolées, celles des centurions Fabius et Petronius de la VIII ème légion, l'une des deux légions qui sont montées à l'assaut, à droite dans le dessin de Revel, côté oppidum ouest.

Cela commence par une grande clameur qui retentit dans la ville. Cette clameur est, bien évidemment, celle des assiégés, côté ouest, qui voyant arriver l'assaut, se sont portés, en criant, au mur de la ville pour le défendre contre les Romains qui "s'approchaient du mur de l'oppidum (muro oppidi) et des portes (portis)". Portes de la ville ou portes de l'oppidum ? Probablement les deux, quoique l'expression semble désigner plus précisément celles de l'oppidum ? Quels sont ceux qui, "plus loin" (longius), terrifiés en entendant la clameur, croient que l'ennemi a franchi les "portes" ? Ce ne sont pas ceux de la ville et de l'oppidum, côté ouest, puisqu'ils sont au contact mais ceux de la ville et de l'oppidum, côté est. Si ceux-là sortent précipitamment de l'oppidum, comme le précise César, ce n'est évidemment pas pour s'enfuir mais pour intervenir en soutien des assiégés. Il s'agit de l'action normale d'une troupe placée en réserve d'intervention à l'intérieur de l'oppidum, derrière ses hautes murailles. Suit l'épisode très curieux des mères de famille qui, du haut du mur ou des murs, le sein nu, jettent des étoffes et de l'argent en implorant les assaillants. C'est à ce moment-là que le centurion Fabius escalade et franchit le mur d'enceinte de la ville et, si l'on en croit les traductions, en se faisant aider par deux soldats de son manipule.

Seulement trois Romains pour s'emparer de la ville ? C'est absurde ! Je propose la traduction suivante : Fabius, ayant pris le commandement de deux manipules, se fait hisser par les soldats. Il franchit le mur, puis, il les fait passer de l'autre côté, les uns après les autres (VII, 47).

Nous sommes au coeur de l'action. Deux manipules, cela fait théoriquement 400 hommes. 400 légionnaires romains qui ont franchi le mur de la ville et qui sème la terreur.

Suite de l'attaque romaine, deuxième engagement. César cite ensuite Marcus Petronius, centurion de la même légion, qui essaie de briser les portes. Portes de la ville ou portes de l'oppidum ? Pourquoi briser les portes de la ville, côté ouest, alors que les légionnaires de Fabius, qui étaient déjà de l'auitre côté, pouvaient les lui ouvrir de l'ntérieur ; ce serait absurde ! Il s'agit des portes de l'oppidum de ce même côté ouest. Si le centurion a pu arriver jusqu'à la porte, s'il a pu commencer à l'attaquer à la hache ou avec d'autres outils, en étant bien sûr aidé par ceux qui, nombreux, l'avaient suivi, c'est qu'il est arrivé par surprise et en force, avec des forces encore plus importantes que les deux manipules de Fabius. Comme il fallait s'y attendre et comme le texte de César le dit ou le laisse entendre, les défenseurs gaulois sont arrivés de plus en plus nombreux jusqu'à forcer les Romains au repli. Petronius est tué et, avec lui, beaucoup d'autres. La tentative d'entrer dans l'oppidum par surprise a échoué. C'est à ce moment précis que César aurait dû commencer par dire que le corps à corps était acharné, avant la contre-attaque de Vercingétorix.

Contre-attaque de Vercingétorix. Je cite : Ceux des Gaulois qui s’étaient assemblés de l’autre côté de la ville, je corrige : à l'autre bout de l'oppidum, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, pour y faire des travaux de défense, entendant d’abord des cris, puis recevant à plusieurs reprises la nouvelle que les Romains étaient maîtres de la ville, je corrige, de l'oppidum, se portèrent au pas de course vers le lieu de l’action, précédés de la cavalerie... Pourquoi des cavaliers ? Je réponds : parce qu'en toute logique, César a envoyé un élément probablement important sur le plateau plat de la Serre pour barrer le retour prévisible de Vercingétorix. La mission des cavaliers gaulois était d'enfoncer ce barrage pour permettre aux fantassins d'intervenir sur "le lieu de l'action".

Le combat fait rage (traduction Constans corrigée) : le centurion Lucius Fabius et ceux qui ont escaladé le mur (et non la muraille de l'oppidum) avec lui, sont enveloppés, massacrés et jetés à bas du mur de la ville (400 légionnaires et non trois, ce qui suppose un affrontemnt particulièrement sanglant). Marcus Pétronius, centurion de la même légion, après avoir essayé de briser les portes, écrasé par le nombre et voyant sa mort certaine - il était couvert de blessures, - s’adresse en ces termes à ses hommes qui l’avaient suivi « Puisque je ne peux me sauver avec vous, je veux du moins préserver votre vie, que ma passion de la gloire a mise en péril. Songez à votre salut, je vais vous en donner le moyen. » Ce disant, il se précipite au milieu des ennemis, en tue deux (duobus : deux ou un multiple de deux ?) et réussit à dégager un peu la porte. Ses hommes essaient de l’aider ; mais lui : « En vain, dit-il, vous tentez de me sauver ; j’ai perdu trop de sang et mes forces me trahissent. Partez donc, pendant que vous le pouvez encore, et repliez-vous sur la légion. » C’est ainsi que peu après il tomba, les armes à la main, en assurant le salut des siens. 

Arrivée surprise du contingent éduen. Face à l"arrivée de plus en plus importante des Gaulois, de Vercingétorix à leur droite, des Gaulois venant de l'oppidum à leur gauche, les Romains sont obligés de se replier, certes en se mettant en lignes de bataille, mais malheureusement pour eux, sur une pente défavorable, ce que reconnaît César dans son récit. Et voilà qu'en même temps, pour ajouter à la confusion, arrive sur leur flanc droit, voire dans leur dos, le contingent éduen que César avait envoyé sur la droite pour faire diversion et qui revient inopinément. Ils sont habillés comme l'ennemi ; c'est la panique. La ligne de bataille se désarticule. Les Romains se replient. Vercingétorix les poursuit.

Le mensonge de César. L'auteur des Commentaires écrit, qu'après la prise des trois camps des Nitiobroges, il fit sonner la retraite car il estimait qu'il avait atteint son but. Il ajoute que ce sont les soldats qui, d'eux-mêmes, poursuivirent le combat jusqu'à la muraille et aux portes de l'oppidum. Curieuse affirmation qui a dû faire bien rire ses opposants de Rome. Un cheval nitiobroge blessé, un chef ennemi qui réussit à s'enfuir, des légions qui auraient franchi au pas se course 1km 800 pour s'arrêter à distance respectueuse des femmes de Gergovie aux seins nus dont certaines sont même descendues du mur pour se livrer et semer le désordre dans leurs rangs - que celui qui veut omprendre, comprenne - non, l'affirmation de César ne tient pas la route.

Les impondérables que César a peut-être sous-estimés. Traduction Constans, je cite : César a expliqué aux légats les difficultés dûes à l’inégalité des positions : seule une action prompte pouvait y remédier ; il s’agissait d’une surprise, non d’une bataille en règle. Après quoi, il donne le signal de l’assaut et lance en même temps, sur la droite, par une autre montée, les Héduens. Fin de citation. Pourquoi sur la droite ? Réponse : pour confirmer sa ruse en direction des Gaulois du plateau afin qu'ils y restent pour le défendre. La promenade terminée, les Héduens reviennent tout naturellement et remontent vers le point chaud. Ils portaient pourtant à l'épaule le signe prévu de reconnaissance. Trahison ? Il n'est dit nulle part qu'ils aient combattu.

César donne donc le signal de son assaut surprise. En toute logique, on aurait pu penser que cela aurait dû se faire en fin de nuit de façon à arriver sur place avant que le jour se lève. Surpris en faisant la méridienne, le torse nu, le chef nitiobroge nous incite à penser que l'attaque a pu avoir lieu au plus chaud d'une journée particulièrement chaude. Cela pourrait expliquer qu'en plus de la fatigue de la course - ce que César mentionne - les Romains aient souffert de la chaleur.

Bref, que voulait César ? Bien évidemment s'emparer de la place. La VIII éme légion a reçu la mission principale : se porter le plus rapidement possible vers la porte ouest de l'oppidum, de balayer tout ce qui s'y opposait, de l'enfoncer et d'entrer en force et en nombre dans l'oppidum. Deux manipules la couvrent sur son flanc gauche en investissant la partie ouest de la ville tout en y inderdiisant l'arrivée des renforts, le temps qu'il faut. Deux autres manipules, probablement, sur le quartier nord, avec la même mission. L'autre légion dont César ne nous dit pas le nom couvre la VIII ème légion sur son flanc droit en s'emparant des camps nitiobroges puis en prenant pied sur la montagne de la Serre de façon à faire barrage à la contre-offensive de Vercingétorix. La Xème légion, celle de César, est en deuxième échelon, en soutien et en réserve d'intervention.

Emile Mourey, 2 décembre 2017, www.bibracte.com

copie à Mme la Ministre de la Culture, M. le Président de la région Auvergne, Laurent Wauquiez, M. mon député, Raphaël Gauvain.

 


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14 réactions à cet article    


  • Emile Mourey Emile Mourey 7 décembre 14:31

    Corrigez le dessin en fin de texte. La porte attaquée par les Romains est celle qu’il faut deviner, à droite, et non celle, visible, que j’ai indiquée.


    • JC_Lavau JC_Lavau 7 décembre 15:08

      César est un écrivain précis quand il le veut. Et elliptique quand ça l’arrange.


      • OMAR 7 décembre 17:07

        Omar9

        Bonjour Emile Mourey

        En tant qu’ancien militaire, vous auriez été plus inspiré de faire un article sur ce nouveau Hitler dénommé Trump, et son irresponsable mais catastrophique décision de reconnaitre Jérusalem capitale des sionistes.
        .
        Mais chutttttttttttt

        Un événement aussi pernicieux, aussi crapuleux, aussi immonde, faut pas en parler.
        Surtout qand ce sont des bougnoules, les victimes...


        • Emile Mourey Emile Mourey 7 décembre 17:55

          @OMAR


          Bonjour,

          Les Modernes sont, pour moi, beaucoup moins intéressants que les Anciens.

        • popov 7 décembre 18:29

          @OMAR


          Surtout qand ce sont des bougnoules, les victimes...

          Quel vocabulaire ! Il y aurait donc des « bougnoules » à Jérusalem ?

          Je ne connais pas l’avis de l’auteur sur cette décision de Trump. Il vous le donnera peut-être si vous lui demandez gentiment. Mais pour l’instant, votre remarque est tout à fait hors sujet.


        • velosolex velosolex 8 décembre 11:19

          @Omar
          Ancien ou modernes, les temps ont le hoquet. Les bougnoules d’hier, c’était les gaulois. Et on peut faire le parallèle entre notre vision dévalorisée pendant longtemps de notre civilisation gauloise, avec le regard que les africains ont jeté sur la leur. Gaulois caricaturé, transformé lui aussi en « bon banania » par césar, qui a besoin d’affirmer la supériorité de la civilisation romaine. Le colon a toujours eu besoin de légitimer son action, autant au niveau de ses contemporains que de l’histoire. 

          Donc , quand monsieur Moury parle des gaules, il n’est pas hors sujet. La connaissance de l’histoire est une sorte de philosophie, et lire les grecs du cinquième siècle avant JC vous apporte bien plus que les mauvais articles sur le temps présent. Trump est une sorte de Néron qui va bientôt faire bruler washington, rien que pour qu’on regarde ailleurs. A moins qu’on parvienne à le destituer avant. C’est peut être là le fondement du problème, qui remonte en surface, et l’amène à faire des provocations....y aura t’il un Brutus qui passera à l’acte ?... Un jour, allez savoir on rechercha l’emplacement de NY. On a bien cherché aussi celle de Babylone, complètement perdue dans les sables du désert. .La porte d’Ishtar, dont on récupéré les fragments, est maintenant au musée de Berlin......Blowin’ in the wind.....

        • Antenor Antenor 7 décembre 21:01

          Au-delà de la question de la localisation des sites les plus médiatisés (Gergovie, Bibracte, Alésia), l’enjeu global est la compréhension de la logique d’implantation des sites stratégiques gaulois. Je serais curieux de savoir ce que pense Alain Deyber de l’idée de la permanence d’utilisation des points forts du terrain à travers les époques défendue par Emile. Découvrir des sites, c’est bien. Mais cela n’a de sens que si on comprend la raison de leur emplacement et donc leur fonction précise. Autrement il ne s’agit que de marketing historico-touristique. Qu’on nous explique enfin en quoi le site de Merdogne était si intéressant à l’époque gauloise et pourquoi il ne l’était plus au Moyen-âge.


          • Emile Mourey Emile Mourey 7 décembre 21:10

            @Antenor

            Bien sûr, ce qui est intéressant, c’est de comprendre le fil d’une histoire, d’une évolution. Force est de reconnaître que le site de Merdogne ne nous a rien apporté dans ce sens.

          • Emile Mourey Emile Mourey 8 décembre 10:17

            Au lieu de « Ce disant, il se précipite au milieu des ennemis, en tue deux (duobus : deux ou un multiple de deux ?) et réussit à dégager un peu la porte. » Il faut lire : Ce disant, il se précipite au milieu des ennemis, il leur fraie un passage (aux légionnaires qui sont avec lui) en abattant les Gaulois deux par deux et réussit à dégager un peu la porte. Duobus est l’ablatif de deux. L’image est impressionnante ; rien à voir avec les traductions courantes. Petronius devait être un colosse et un escrimeur hors pair.


            Au lieu de : après avoir parcouru 1km 800 au pas de course, lire : plus de 1km 800 compte-tenu des lacets.

            • Emile Mourey Emile Mourey 8 décembre 10:42

              Dans mon croquis représentant la médaille et l’extrait cadastral, il faut rectifier la flèche et indiquer la porte de l’oppidum plus haut sur le cadastre.


              • sls0 sls0 8 décembre 20:37

                Une simple question, à l’époque de Jules César 1200 pas faisaient 1800m. Vachement grands les romains.


                • Emile Mourey Emile Mourey 9 décembre 09:02

                  @sls0

                  Merci de votre remarque. J’aurais dû préciser que le pas romain est en réalité un double pas.

                • Emile Mourey Emile Mourey 9 décembre 09:44

                  Détail mais important toutefois pour comprendre le déroulement des combats. Concernant l’implantation des camps gaulois, il faut comprendre qu’il y a ceux qui étaient autour de Vercingétorix qui était dans l’oppidum, donc derrière le mur de la ville, comme je l’ai dit, et qui, bien évidemment, y sont restés pour le défendre et il y a aussi (atque) ceux qui s’échelonnaient au pied du plateau allongé de la Serre (jugum). Ce sont ceux-là que Vercingétorix a rappelés pour travailler aux travaux de défense (abattis) de l’autre bout de l’oppidum. Le versant, au pied de la falaise, était devenu « nu d’hommes ». Ce sont ceux-là qui portèrent la contre-offensive. C’est à cette contre-offensive que dut s’opposer l’autre légion.


                  Concernant le mot « munitiones », je maintiens qu’il faut le traduire par « simples retranchements ». Quand, après avoir poursuivi les légions en déroute, jusqu’en bas de la pente, Vercingétorix remonte dans ses munitiones, ce n’est pas dans la ville, mais là où il y avait un peu plus tôt les camps retranchés des Nitiobroges (munitiones).

                  • Emile Mourey Emile Mourey 11 décembre 09:50

                    Correction : Au lieu de « Emile Mourey, ancien saint-cyrien, au saint-cyrien Alain Deyber », lire « Emile Mourey, ancien saint-cyrien, au professeur de Saint-Cyr, Alain Deyber ».

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