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Gergovie en direct

Dimanche soir, j’étais – comme la majorité des français – devant mon poste pour assister à la finale de la coupe du monde et la cérémonie de remise du prix. Non que l’évènement m’importât, mais je souhaitai voir ce spectacle (au sens où Debord parle de spectacle). Je dois faire une confidence : je n’en ai pas été déçu. Au moment où je tournai le bouton du téléviseur, je vis Janus-Jupiter entouré de deux blondes : une vieille et sèche et une grassouillette et souriante. « Tiens, me dis-je, voici l’explication des deux alliances ? », d’autant que la gironde blonde fut accorte avec notre bien-aimé chef suprême : l’enlassant, le papouillant, lui susurrant mille mots à l’oreille ; tout cela devant la blonde sèche et pas très souriante. Remarquez qu’on le fût à moins à sa place. Rien n’a jamais été aussi déplaisant aux reines comme de voir leur mari s’afficher en public avec leur maîtresse, fût-ce dans un stade de football. Bref, voici donc me dis-je une malignité de nos amis russes qui dévoilent enfin le « pot-aux-roses ». J’imaginais Bibi la Korophile quittant prestement l’Elysée par une porte dérobée, le regard courroucé sous ses lunettes noires et le sourire encore plus absent (si cela se peut) ; Saint Emmanuel réconforté par Nicolas 1er lui assurant que le meilleur moyen de la reconquérir était le texto, François III lui prêtant son scooter pour la rattraper ; tous deux devant le pauvre homme aux deux alliances éploré et fort marri pour sa « courbe de popularité » plus encore que pour l’amour perdu et songeant, mais un peu tard, que l’on ne l’y reprendrait plus à construire des piscines dans le fort de Bregançon pour faire plaisir à Madame. Il n’en était rien. La blonde grassouillette et souriante n’était autre que Kolinda Grabar-Kitarović, ci-devant président de la Croatie que la France affrontait alors pour gagner le titre, envié, de Champion du monde de football et qui flirtait allègrement avec son cher égal devant les yeux assemblés du monde entier.

Mais surtout vint enfin un moment de bravoure : la remise du trophée lui-même, en présence du Tsar de toutes les Russies, des deux amants et du président de la fédération internationale de football association. Le spectacle eût pu être gâché par la pluie, dans laquelle quelque oracle antique eût certainement décelé de mauvais augures, mais il n’en fût rien pour les deux tourtereaux qui vécurent la scène avec allégresse et confiance, se fiant davantage aux indicateurs économiques qu’aux aruspices et autres signes du Ciel.

En voyant cette cérémonie, je ne pus m’empêcher de me demander ce qu’en aurait pensé les personnages qui ont incarnés la grandeur de la France (dont on se para à presque chaque phrase en cette soirée), comme le Général de Gaulle par exemple, qui jamais ne mit les pieds dans un stade de football ?

Puis je compris : les footballeurs sont les légions romaines modernes plus que des gladiateurs. Ils représentent l’élite des combattants qui doivent honorer chaque peuple sur le champ clos et lui rapporter le trophée. Une équipe de football est organisé comme le quinconce romain : on retrouve les jeunes inexpérimentés devant et les vétérans ayant survécu aux campagnes derrière. Les vétérans sont tout couturés des blessures subies : Krysnia, Maracana résonnent aujourd’hui comme Gergovie, Alésia ou Massada naguère. Ils chantent des épopées et des faits d’armes légendaires. A Krysnia, on surpassa l’armée romaine dans la décimation : puisque aucun Vétéran ne survécut aux événements. Ces braves légionnaires sont eux-mêmes guidés par un centurion-entraîneur qui amène ses troupes de mercenaires combattre aux limes de l’empire. Le centurion Deschamps est aussi valeureux et discipliné que peu lettré, mais tout soumis à son Impérator Mundi, défendant, selon ses propres mots « la République ».

La fin logique des campagnes militaires est le triomphe pour le vainqueur. Janus-Jupiter assista donc au couronnement de ses légions en compagnie du vaincu, qui, contrairement à la tradition, n’y assista pas enchaîné, quoi que cela eût pu plaire à notre cher guide vénéré ; tout cela sous les yeux de l’hôte qui accueillit ce tournoi en champ clos.

D’ailleurs l’hôte fut le seul à faire montre de retenue et à se draper de la pourpre du pouvoir : il se contenta de serrer les mains sans rien perdre de la majesté que doit revêtir celui qui préside à nos destinées, et qui distribue les blâmes et les récompenses sans sourire. Au rebours furent les deux « amants de Venise » qui étreignirent et embrassèrent à tour de bras sans aucune retenue, ni aucune pudeur. Tant et si bien qu’on en était à se demander si la gironde blonde n’allait pas finir par donner quelques baisers hollywoodiens à l’un des malheureux vaincus. Ce spectacle de désolation, de familiarité et d’impudeur enchanta néanmoins les publicistes qui n’y virent rien à redire.

Ajoutez à cela les expressions et le comportement du premier personnage de France dans la loge présidentielle durant la rencontre sportive, et vous arrivez à l’expression de la décadence des mœurs et des vertus. Il se rêvait Jules César, il ne se fit que Caligula. L’empire romain finit ainsi : dans les fêtes et les excès. Ses expressions étaient celles au choix d’un enfant atteignant à la majorité ou d’un possédé. Bref aucunes de celles qui siéent à une représentation de la France ; comme quoi il ne suffit pas de lire et de commenter Kantorowicz pour incarner la France ; eût-on deux corps.

Il ne manquait plus guère que quelque alcoolique dans le goût de Juncker pour que la scène fût complète et bien digne des orgies ou autres bacchanales de l’Empire romain finissant. Nous eussions alors contemplé le trait d’union entre deux mille ans d’histoire : celles de deux empires voués à leur disparition.


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7 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 18 juillet 23:09

    "Arret du conseil du Roi

    Sa Majesté étant informée que le nombre des Noirs s’est tellement multiplié en France, qu’on enlève journellement aux Colonies cette portion d’hommes si nécessaires à la culture des terres, dont le séjour dans le Royaume, et surtout dans la Capitale, cause les plus grands désordres, et qui, lorsqu’ils retournent dans les Colonies y portent l’esprit d’indépendance et d’indocilité et y sont plus nuisibles qu’utiles, Sa Majesté a pensé qu’il étoit de sa sagesse de déférer aux sollicitations des Habitants des Colonies, en défendant l’entrée du Royaume à tous les Noirs.

    Sa Majesté a ordonné en outre que tous les Noirs, Mulâtres, ou autres Gens de couleur qui seroient amenés dans son Royaume, ou qui pourroient s’y introduire, seront arrêtés et conduits au Port le plus prochain pour y être rembarqués.

    Sa Majesté étant de plus informée que quelques uns des Noirs de l’un ou l’autre sexe qui se trouvoient en France avant ladite Déclaration, se sont proposés de contracter mariage avec des Blancs, ce qui seroit contre le bon ordre de tolérer : ouï le rapport, le Roi étant en son Conseil, a fait et fait défenses à tous ses Sujets Blancs de l’un et l’autre sexe de contracter mariage avec les Noirs, Mulâtres ou autres gens de couleur.

    Fait au Conseil d’Etat du Roi, Sa Majesté y étant,
    Tenu à Versailles le 5 avril 1778.

    Signé : DE SARTINE"


    • izarn izarn 19 juillet 17:11

      Déja le mec, comme le lobotomisé majeur allume sa télé pour voir le MATCH....
      Moi je roulais dans ma province du Sud vers la mer en passant par la Montagne Noire...
      Alors, comme par instinct lobotomisé j’ai branché Inter, et Sud Radio....
      La match était merdique, coup contre son camp, pénalty. France 2-0...2-1...Chez plus...
      Rien à battre...
      J’ai dit c’est plié...On a gagné..j’ai coupé... Moi le suspence ça me gonfle.
      J’ai eu raison deux heures plus tard, on a gagné et les mecs bouffaient leurs micros...Et retournaient leur pantalon...Du classique chez les enfoirés.
      Recoupé la radio...
      Basta !
      Mais j’ai rien à foutre de votre foot, de votre Macron, de votre Trump...
      Allez tous vous faire enc....Amusez vous avec la Société du Spectacle.
      Continuez dans le délirium tremens de ces pauvres types qui se croient riches et puissants...
      Pov’couillons !


      • Sébastien A. 19 juillet 17:39

        @izarn
        Vous reprendrez bien un peu de foin ?


      • Montdragon Montdragon 19 juillet 23:25

        @izarn

        Mince un tarnais !!
        RDV à Castelnaudary en aout alors !
        Le sport c’est mieux à 15 !

      • zzz'z zzz’z 19 juillet 18:48
        Merci, cela m’a fait penser à la Petite Gazette Illustrée.

        La Trogneux a bien coaché son poulain. Le théâtre, à cause de l’éloignement du public, force à l’outrance les gestes ; couplé au manque de son, la scénique du monā®© avait l’air pas mal selon vos écrits — Je n’ai pas votre courage —. La leçon des nations sœurs européennes dans l’adversité avec cette proximité a l’air d’avoir fait son petit effet.

        • Jason Jason 20 juillet 16:04

          Pas mal votre petite pochade. La pièce en un acte est bien campée, on y trouve de l’histoire avec à la fois la majesté et la cruauté de l’Antiquité, des moeurs et une idylle possible, et quelques acteurs malgré eux qui sont aussi les spectateurs d’une arène pacifiée.


          Miroir à plusieurs facettes pour la plus grande joie du lecteur.

          Pour les orgies et les bacchanales on est passé près avec cette fête de l’Elysée aux échos felliniens, faible copie d’un Satyricon au rabais.

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Sébastien A.


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