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Gilets Jaunes, organisons des primaires citoyennes contre le nouvel ordre néolibéral

Nouvelle Constitution & Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC)

En 5e République, et que cela nous plaise ou non, seul le président de la République est en capacité d'orienter véritablement la politique du pays. Ceci est d'autant plus vrai depuis le passage au quinquennat et l'inversion du calendrier électoral – législatives après la présidentielle. De fait, les seules choses qui comptent vraiment en 5e République, ce sont les qualités humaines, les convictions et les programmes des candidats à l'élection présidentielle, le reste est un peu de la poudre aux yeux. On l'a vu particulièrement avec F. Hollande qui s'est fait élire sur un programme plus ou moins à gauche et qui a fait un "bon" virage à droite !

Charles de Gaulle, suite à son constat sur les travers de la 3e République, a voulu dès la Libération imposer un régime autoritaire, un régime avec un pouvoir exécutif fort et stable *1. Il lui a fallu attendre 12 ans et une crise de régime insurmontable pour le régime parlementaire de la 4e République et aussi parce que René Coty l'a appelé pour être le dernier président du Conseil *2 afin d'imposer, suite au référendum du 28 septembre 1958 gagné à 82,6 %, comme César, comme le dictateur qui "sauve" la République dans les moments de crise, sa 5e République.

Dans l’Antiquité romaine, au temps de la République, la dictature est une forme légale de gouvernement, qui puise sa légitimé dans des circonstances exceptionnelles. En cas de crise grave, si la stabilité du régime politique est menacée, la Constitution romaine prévoit de confier les pleins pouvoirs à un seul homme, pour une durée limitée à six mois, dans le but de sauver l’État. Il s’agit donc d’une mesure de « salut public ». Cette institution est détournée de son objectif initial par Jules César, qui devient « dictateur à vie ». C’est ce même objectif de salut public associé à la notion de dictature que Maximilien de Robespierre invoque lorsqu’il instaure la Terreur, pendant la Révolution française : il s’agit alors de sauver la France (patrie des droits de l’homme, de l’égalité et de la liberté) des attaques qui la menacent de toute part, à l’intérieur comme à l’extérieur.

La 5e République, dans sa constitution, prévoit de donner les pleins pouvoirs au président de la République dans certaines conditions exceptionnelles. L’Article 16 de la Constitution de 1958 autorise le président de la République française à s’emparer de tous les pouvoirs si les circonstances l’exigent. En 1961, tandis que la guerre de décolonisation en Algérie s’éternisait, le général de Gaulle a eu recours à cette procédure.

Mais même en dehors de l'application de l'Article 16, de fait, la 5e République est une quasi-dictature. Seul l'Article 50, qui permet à une majorité de députés, par l'adoption d'une motion de censure, d'obliger le Premier ministre à remettre au Président de la République la démission de son Gouvernement, fait que la 5e République n'est pas une dictature dans l'exercice normal du pouvoir. Cela dit, la seule fois où le pouvoir de l'Assemblée s'est exercé contre le gouvernement fut le 5 octobre 1962 *3, avec le succès que l'on sait ! Certes la motion de censure sera adoptée à la majorité, mais de Gaulle va appliquer l'Article 12 (dissolution de l'Assemblée). Suite à une large victoire au référendum du 28 octobre sur l'élection du président de la République au suffrage universel et aux élections législatives des 18 et 25 novembre, de Gaulle va renommer, le 28 novembre, le même ancien employé de la banque Rothschild à la tête du gouvernement : G. Pompidou. De Gaulle a réussi ainsi à faire admettre aux Français que le dépositaire de la souveraineté nationale pouvait être le président, élu dorénavant au suffrage universel direct, les parlementaires se trouvant cantonnés quant à eux au rôle technique du vote des lois et de l'approbation du budget.

La 5e République est celle de l'homme "providentiel" ; c'est une république de droite, de culture politique de droite, faite par un homme de droite : C. de Gaulle en l'occurrence ! En 5e République, les partis sont les rassemblements des partisans des candidats. C'est comme cela que se sont créés les partis gaullistes et c'est comme cela que l'a voulu C. de Gaulle. Et depuis lors, beaucoup de partis politiques se sont constitués derrière des "hommes providentiels". Pour l'élection de 2017, deux des principaux candidats ont en effet créé des partis à cet effet, J.-L. Mélenchon et le président actuel. Les constitutions des 4e et 3e République sont plutôt de culture politique de gauche, c'est le pouvoir de l'Assemblée. L'Assemblée constituante de 1789 est instituée par des députés des États généraux lorsqu'ils s'érigèrent d'eux-mêmes en une « Assemblée nationale » le 17 juin 1789, date que l'on retient comme celle de la naissance du système représentatif français. Le pouvoir du peuple représenté par l'Assemblée qui s'oppose au pouvoir du roi, de l'homme providentiel qui se rapporte à la providence, à la volonté de Dieu, à l'action de Dieu. 

L'homme providentiel, n'existe pas dans la culture de gauche. La gauche a des représentants, la droite a des leaders ; à gauche, le peuple dispose ; à droite les candidats s'imposent (enfin normalement !). Le concept des primaires citoyennes est donc ce qui permet à gauche de sortir de l'impasse d'une multitude de candidats et à droite de départager entre les "leaders".

Mitterrand qui a beaucoup critiqué la constitution de la 5e République n'a rien fait pour la changer ; Hollande n'a rien fait non plus. Et il n'y a aucune raison qu'un président de droite change de constitution puisque la 5e République est de culture politique de droite. Il n'y aura pas, espérons, de révolution au sens de 1789-92 (1e République), de 1848 (2e) ou de 1871 (3e) ou de guerre comme la Seconde Guerre mondiale (4e République) et la Guerre d'Algérie (5e) et donc la 5e République restera en place jusqu'à ce que le Président en place décide de la changer pour une 6e !

Au printemps 2017, la fusion au centre-droit a été réussie par E. Macron, avec environ 500 sièges (REM+LR+Modem+UDI+PRG) sur 577. Elle s'étend donc de la droite classique au social-libéralisme. La France est dorénavant plus que jamais sous le contrôle de l'oligarchie médiatique et financière. La Commission européenne, les euro-atlantistes et les banquiers sont plus forts qu'ils ne l'ont jamais été.

Il ne reste plus au peuple Français qu'à trouver une stratégie efficace pour prendre le pouvoir en 2022. Alors, à moins de penser que J.-L. Mélenchon – 70 ans en août 2021 – soit l'Alpha et l'Oméga de l'élection présidentielle de 2022, il est incontournable d'organiser des primaires citoyennes (avec le concours de partis comme le PCF et d'autres partis politiques antilibéraux) si on veut avoir une chance de gagner contre l'oligarchie financière ; nous inviterons d'ailleurs J.-L. Mélenchon à y participer. Nous pourrons également inviter, entre autres, P. Poutou, F. Asselineau… . La dynamique de ces primaires doit rassembler tous ceux qui sont contre le néolibéralisme. Les scrutins de la primaire pour l'élection présidentielle devront se dérouler 1 an avant le 1er tour officiel, soit en avril 2021.

Un texte d'engagement des candidats aux primaires citoyennes contre le nouvel ordre néolibéral pourrait ressembler à ceci :
« En tant que candidat aux primaires citoyennes contre le nouvel ordre néolibéral, je m'engage à respecter les points suivants durant mon mandat si je deviens président ou député de la République française :
1/ Sortir de l'euro afin de récupérer notre souveraineté monétaire*.
2/ Proposer une réforme afin que la création monétaire ne soit plus une affaire privée*.
3/ Sortir de l'OTAN afin de récupérer notre indépendance diplomatique et géostratégique.
4/ Faire des modifications à la Constitution afin, par exemple : a) d'instaurer la possibilité pour les citoyens de décider d'un Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) ; b) de rééquilibrer les pouvoirs exécutif et législatif. »
*en effet, comment lutter contre le néolibéralisme sans reprendre le contrôle de la monnaie et comment reprendre le contrôle de la monnaie sans sortir de l'euro ?

Les conditions pour participer à la primaire citoyenne à l'élection présidentielle pourraient ressembler à ce qui suit. Pour pouvoir être candidat à cette primaire, il faudra obtenir au moins 500 signatures ou présentations (couramment appelées « parrainages ») de citoyens dont 10 % d'élus dans les mêmes conditions qu'un candidat officiel au premier tour de cette élection ; c'est-à-dire 50 présentations issues d'au moins 30 départements ou collectivités d’Outre-mer ; et dont seuls 5 d’entre eux peuvent être les élus d’un même département. Chaque candidat sera, évidemment, libre d'établir ses propositions, mais devra forcément intégrer les 4 (ou 3 ou 2 !) points du texte d'engagement dans son programme. Ce texte d'engagement n'est, évidemment, qu'une proposition. Le point 2 pourrait être, par exemple, supprimé ; mais, les point 1, 3 et 4 semblent incontounables.

En ce qui concerne les conditions pour participer aux primaires aux élections législatives, elles pourraient ressembler à ce qui suit. Chaque circonscription sera souveraine pour organiser une primaire et élire son candidat. Les candidats ou candidates qui voudront l'être devront être soutenus – obtenir le « parrainage » – de 20 citoyens de leur circonscription. Chaque candidat devra être signataire du texte d'engagement. Les scrutins de ces primaires pour les élections législatives devront se dérouler 6 mois avant le 1er tour officiel (juin 2022), soit en décembre 2021. Il sera donc impossible de forcer la parité, car comment obliger les citoyens d'une circonscription à voter d'emblée et obligatoirement pour seulement des femmes ou pour seulement des hommes ? Les candidats à la primaire présidentielle pourront réserver la circonscription de leur choix (pas de primaire sur leur circonscription).

1 - Discours de Bayeux → ina.fr/video/AFE99000039)

2 - René Coty donne le pouvoir au Général De Gaulle → ina.fr/audio/P12024171

3 - La seule motion de censure adoptée sous la 5e République → assemblee-nationale.fr/…1962


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5 réactions à cet article    


  • Arthur S François Pignon 29 janvier 17:21

    Il faudrait déjà instituer le mandat impératif, car sinon, les promesses n’engagent...


    • Clouz0 Clouz0 29 janvier 17:37

      Encore un qui souhaite profiter un peu (beaucoup) de la couleur jaune à la mode du moment pour vendre les salades de son potager à lui. 

      Encore un sauveur de l’humanité. Un de plus.


      • Lugsama Lugsama 29 janvier 18:54

        Tiens je n’étais pas passé depuis longtemps et ça n’a pas changé..

        La gauche est morte actuellement, elle ne représente réunis même pas 40% de l’électorat, et elle est divisé comme jamais.

        Proposer la sortie de l’Euro c’est perdre d’avance les élections, même le RN et les divers populistes en Europe le savent et n’en parlent plus. Un peu de réalisme peut être ?

        Sinon d’accors avec Clouz0, cette récupération des Gilets jaunes par tous les mouvements est ridicule, surtout la gauche alors qu’il s’agit d’un mouvement très à droite à l’origine, l’incrustation des syndicats ne va pas les aider. D’ailleurs ce ridicule va maintenant éclabousser tous les partis d’oppositions puisqu’ils vont devoir prendre un virage à 180º maintenant que des listes jaunes poussent de partout et qu’ils vont se retrouver en concurrence.

        La campagne pour les européennes va être amusante.


        • michalac michalac 30 janvier 11:08

          « les parlementaires se trouvant cantonnés quant à eux au rôle technique du vote des lois et de l’approbation du budget. »

          C’est un peu réducteur. Sans le vote de la loi par chacune des assemblées, elle n’est pas adoptée. Il ne s’agit pas là d’un rôle purement technique mais bel et bien décisionnel.


          • Aristide Aristide 30 janvier 16:05

            L’homme providentiel, n’existe pas dans la culture de gauche. La gauche a des représentants, la droite a des leaders ; à gauche, le peuple dispose ...


            Cette affirmation est contredite par toute l’histoire des mouvements révolutionnaires.

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