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Accueil du site > Tribune Libre > Golfe et États-Unis : une alliance stratégique malmenée  (...)

Golfe et États-Unis : une alliance stratégique malmenée  ?

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De nombreuses analyses et articles ont discuté des implications du retrait américain d’Afghanistan.

Certains ont souligné qu’il s’agissait notamment d’un déclin de la confiance dans l’alliance stratégique entre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et les États-Unis et de l’érosion de la confiance dans les promesses américaines de protéger les intérêts de ses alliés du CCG en cas de menace.

Une analyse précise du paysage actuel suggère une liaison outrancière entre le chaos qui a accompagné le retrait américain d’Afghanistan et les engagements américains en faveur de la sécurité de ses alliés du Golfe. Cela ne nie toutefois pas les changements relatifs clairs de cet engagement. Mais il s’agit de changements qui n’ont rien à voir avec la scène afghane.

Le fait évident est qu’il existe un débat américain animé entre démocrates et républicains sur les limites du rôle américain dans la région du Golfe. Cette controverse a clairement augmenté à la suite de la révolution américaine du pétrole de schiste et de la diminution des besoins américains en ressources énergétiques pétrolières.

On peut donc dire que la «  doctrine Carter,  » qui encadre les relations entre les États-Unis et le Golfe depuis 1980 et appelle à l’utilisation de la force militaire pour défendre les intérêts américains dans le Golfe, existe toujours. Toutefois, les engagements sont beaucoup moins nombreux qu’auparavant en raison de l’évolution des circonstances et de l’environnement stratégique.

Mais il est difficile de dire que la doctrine a complètement changé. Les États-Unis, en tant que superpuissance, ont toujours un vaste réseau d’intérêts géopolitiques dans la région du Golfe. Le fait est aussi que l’on peut dire que l’absence de changement dans la doctrine de Carter ne signifie pas qu’il y ait une volonté américaine définitive de la mettre en œuvre.

Tout porte à croire qu’il y a des glissements au niveau tactique, dans le sens où le principe existe mais sa mise en œuvre dépend de considérations et de facteurs qui limitent fortement son effet sur le terrain.

Certes, l’engagement à défendre les intérêts stratégiques américains ne signifie pas, aux yeux de certaines élites américaines, intervenir militairement pour défendre les intérêts des alliés de Washington dans la région. Ceux-ci estiment que les intérêts américains ne sont plus les mêmes qu’en 1980. Ils citent l’accord nucléaire signé par l’administration Obama avec les mollahs d’Iran.

L’accord a ignoré les préoccupations légitimes de sécurité des alliés américains du Golfe et s’est concentré sur ce qu’il considérait comme les intérêts stratégiques américains derrière l’accord. Ce dernier n’a fait que nuire gravement aux intérêts de Washington et de ses alliés.

L’ancien président Carter considérait toute tentative de l’ancienne Union soviétique ou d’autres puissances de contrôler la région du Golfe et ses ressources pétrolières comme une attaque contre les intérêts stratégiques américains, qui, si nécessaire, devait être contrée par la force militaire.

Mais ce qui s’est passé ensuite, c’est que l’ancien président Trump a suivi l’attaque de novembre 2019 contre des installations pétrolières saoudiennes, en pointant du doigt l’Iran, et n’a pourtant rien fait, bien que l’attaque ait alors été considérée comme un message adressé aux États-Unis et une réponse iranienne au retrait de Washington de l’accord nucléaire.

Bien que l’ancien président Donald Trump ait établi des changements significatifs dans la vision stratégique américaine des relations d’alliance avec les pays du CCG qui ont approfondi les clivages, ces changements ayant redéfini les relations en termes purement matériels plutôt que sur la base d’intérêts stratégiques étendus et d’avantages mutuels, les intérêts américains dans la région n’ont certainement pas beaucoup changé.

Tout ce qui s’est passé à cet égard s’inscrit dans le cadre de la hiérarchisation des priorités et des préoccupations stratégiques américaines en raison de l’évolution de la situation internationale et de l’émergence de défis qui, selon Washington, nécessitent une plus grande attention. Le Golfe n’est pas seulement une histoire de pétrole du point de vue des intérêts stratégiques américains.

Il s’agit plutôt de l’influence et de la position des États-Unis dans l’ordre mondial. Il est aussi étroitement lié à sa stabilité économique. Et les relations avec les États-Unis ne sont pas une couverture pour la protection ou les exportations d’armes uniquement du point de vue des pays du CCG  ; elles sont plus profondes, plus larges et attachées aux intérêts stratégiques des deux parties.

À la lumière de ce qui précède, je crois que l’ouverture récente de canaux de communication et de dialogue entre certains pays du CCG et l’Iran ne reflète pas un déclin de la confiance envers l’allié américain, mais plutôt une réponse stratégique logique aux développements dans la région et dans le monde.

Ces pays veulent diversifier leurs options stratégiques et assurer la sécurité et la stabilité de la région à travers des mécanismes et des outils qui correspondent aux évolutions de la politique étrangère américaine, notamment en ce qui concerne la gestion des relations avec l’Iran.

Enfin, on peut noter que les États du CCG ne sont plus ce qu’ils étaient auparavant, mais ont réussi à traduire leur puissance économique, d’investissement et commerciale en un équilibre politique et stratégique fondé sur la diversité et le pluralisme des relations d’alliance et des partenariats stratégiques avec les grandes puissances.

Si la politique étrangère américaine a changé, les politiques des pays du CCG aussi. Ils deviennent plus enclins à l’indépendance et à la recherche d’intérêts communs et d’alliances avec diverses grandes puissances, dont, bien sûr, les États-Unis. Ces derniers ne sont plus le seul partenaire ou allié de ces pays.

La sécurité du Golfe n’est plus une responsabilité exclusive des États-Unis, mais est devenue une préoccupation pour toutes les grandes puissances, notamment la Chine, la Russie et l’Union européenne.

 


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1 réactions à cet article    


  • titi 27 septembre 17:50

    @L’auteur

    Factuellement les USA ont quitté l’Afghanistan en 2014.

    Ne restait qu’une poignée de militaires pour former l’armée Afghane.

    Le « retrait » de 2021, c’est un retrait de carnet de chèque : les USA ne paient plus un gouvernement corrompu, et une armée incapable.

    (Et j’espère que la France fera de même au Mali bientôt pour les mêmes raisons.)

    Depuis le début des années 2010, les USA n’ont plus besoin du pétrole du Golfe maintenant qu’ils exploitent les schistes.
    En plus ils se sont rendu compte que les pays du Golfe jouaient double jeu.

    Nul doute qu’ils ne se sentent plus vraiment liés par cette alliance.

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