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Accueil du site > Tribune Libre > Gouvernance économique, passerelle vers le fédéralisme ?

Gouvernance économique, passerelle vers le fédéralisme ?

Un chèque du Trésor en clin d'oeil au père du fédéralisme américain, Alexander Hamilton L'adhésion de la Lettonie, petit pays balte de l'ancien bloc soviétique, marque un bien triste anniversaire -15 ans - pour la monnaie unique (lancement de l'euro en 1999, mise en circulation des pièces et billets en 2002).

Dans l'esprit des concepteurs de l'euro (Delors, Trichet...), il fallait faire avancer l'Europe coûte que coûte, y compris, nous l'avons documenté tout au long d'une série de billet (voici le dernier), au mépris des lois économiques.

Cette inconséquence, ce sont les familles de près de 20 millions de chômeurs de par la zone euro qui en payent le prix, alors que les États-Unis, eux, ont nettement  inversé leur courbe de chômage en 2010.

Dans le langage des économistes, la zone euro est fragile aux chocs asymétriques, le contraire de ce qui caractérise une zone monétaire optimale.

La refonte de la « gouvernance économique » qui fait actuellement cogiter les experts est un ersatz du fédéralisme (inutile sur le plan économique). À court terme, il permet de temporiser. À plus long terme, c'est probablement une passerelle vers le fédéralisme (“full blown” comme on dirait à Bruxelles). 

Autrement dit, un fédéralisme en latence et qui ne dit pas son nom. Ce serait le sens de l'histoire de l'euro : au mépris du peuple.

« L'euro, à la croisée des chemins »

Corriger une bonne fois pour toute le vice de (construction de) l'euro nécessiterait de créer un État fédéral. C'est une idée lointaine pour les politiques (de partis dominants), qui restent attachés à ce qui leur reste de prérogatives.

L'alternative, vers laquelle semble s'acheminer le consensus dans le cercle des économistes (outre-Manche et Atlantique), c'est un retour aux monnaies nationales, au moins pour les pays les plus faibles (au sud). Conservatisme oblige, les politiques (des partis dominants) n'y sont pas prêts non plus.

Voilà pour la contrainte politique : pas de réferendum en vue pour choisir entre ces deux options.

 

Jean Pisani-Ferry

Alors, à l'instar de Jean Pisani-Ferry dans sa récente tribune, « L'euro a la croisée des chemins », les élites tâtonnent dans leur cadre de pensée, à la recherche de la solution politiquement recevable permettant de donner un nouvel élan à l'euro, autrement dit lui trouver la bonne « gouvernance économique ».

‘Le Commissaire à la stratégie et à la prospective, Pisani-Ferry, est favorable à plus de fédéralisme. Il est le fondateur du think tank Bruegel qui est présidé par J-C Trichet.’
Que faut-il penser ? Tâchons d'y répondre en nous penchant sur le cas de Jacques Delors, dont on rappelle que le rapport du même nom, en 1989, posait les bases de l'unification monétaire. 

« Je ne suis pas le père de cet euro-là ! »

Au milieu de la débâcle de Dexia, en 2011, Jacques Delors confiait à l'Express : « Je ne suis pas le père de cet euro-là ! », rejetant la faute sur les chefs d'états de l'époque (Mitterrand, Chirac...).

Et de rejeter explicitement le fédéralisme budgétaire, lui préférant un ersatz, le « gouvernement économique » (1), qu'il décrit comme suit : « fonds de régulation conjoncturelle, qui, au besoin, permettrait de stimuler l'activité et la création d'emplois » 

« Au besoin », quelle idée ?!

La faculté d'un budget fédéral a résorber un choc asymétriques est éprouvée (aux États-Unis, il a été créé en 1789 !).

Son mécanisme assez facile à comprendre : les zones épargnées par un choc asymétrique (ne serait-ce que relativement) financent un stimulus dans celles qui sont sinistrées. Ce rééquilibrage se produit automatiquement par le jeu de l'impôt (progressif) et les prestations sociales.

Enfin, l'ordre de grandeur conservateur en matière de budget fédéral, c'est celui des États-Unis : comme déjà indiqué, ça marche. En deçà, c'est (et donc reste) du domaine de l'expérimentation (cobayes). 

Pour toutes ces raisons, à quoi bon un ersatz ?

Nous avons déjà donné la réponse en introduction. Reformulons là : quelle que soit la forme prise par la nouvelle « gouvernance économique » son objet est de servir de coquille pour acceuillir le fédéralisme. Les dirigeants (Bruxelles) la garniront au moment opportun, c'est à dire quand la vigilance de la population sera bien engourdie (la prochaine crise financière, qui sait ?). Ce serait, pour les fédéralistes, transformer l'essai.

 

-------

(1) Quant à Trichet, cet autre père fondateur de l'euro, voyons, en aparté pour ne pas ralentir la lecture, qu'elle est sa conception de la gouvernance économique censée redonner du souffle à l'euro. Pour cela, nous utilisons son discours prononcé à New York en 2011. Elle est consiste à renforcer le cadre de surveillance (sanctions plus tôt, automatiques, plus sévères etc.) des règles budgétaires auxquelles sont soumis les états membres. Et d'expliquer, comme il le fait depuis au moins 1999, à ses contradicteurs (pas moins que l'establishment économique américain), que la raison même de l'orthodoxie budgétaire, c'est de pallier à l'absence de fédéralisme budgétaire. Mais dans le même discours, il implore les dirigeants européens à s'inspirer d'Alexandre Hamilton, le père du fédéralisme américain : allez donc comprendre quelque chose ! Quatremer, qui en exégète de Trichet mérite qu'on s'y intéresse, ne s'était pas arrêté sur cette contradiction (certes de forme, puisque l'on fait dire à Alexandre Hamilton un peu ce que l'on veut). Il avait rendu de compte de ce discours dans un billet néanmoins remarquable par son titre époustouflant  : « Pour Jean-Claude Trichet, il n’y a pas plus de différence entre la Grèce et l’Allemagne qu’entre le Michigan et le New Jersey »...

 


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9 réactions à cet article    


  • Captain Marlo Fifi Brind_acier 4 janvier 2014 10:16

    Bonjour,

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que toute cette construction européenne ne fonctionne pas pour les peuples, qui ne vont pas tarder à le faire savoir.

    Chacun y va de sa solution, mais les décisions sont prises par l’ Allemagne, qui ne veut à aucun prix d’un fédéralisme quelconque, lequel obligerait les pays riches à payer pour les autres...

    «  Comment (et surtout pourquoi ?) l’ Allemagne a saboté l’union bancaire »

    Merkel protège ses contribuables. Et ce que Merkel veut, Dieu veut.

    Ainsi va l’ UE, si cela ne convient pas, il reste un moyen simple, utiliser la clause de sortie, l’article 50, qui est bien la seule chose démocratique écrite dans le Traité de Lisbonne..

    Et qu’ Attali aurait bien voulu ne jamais voir écrite :

    « Jacques Attali et la clause de sortie, article 50 »


    • Bonneteau 4 janvier 2014 10:25

      Merci pour ces précisions.


    • Bonneteau 4 janvier 2014 10:30

      Légende de l’image en haut de page : Chèque du Trésor en clin d’oeil au père du fédéralisme américain, Alexander Hamilton.


      • Bonneteau 4 janvier 2014 13:34

        Rappel factuel (lire mon dernier billet pour les liens html) : 


        Trichet est depuis 2013 président du ‘think tank’ Bruegel (indépendant et non-doctrinaire dit la page d’accueil : au cas où ils y auraient des sceptiques ? ) situé dans la capitale européenne du lobbying, Bruxelles. Deux anciens de Goldman Sachs en sont membres, Mario Monti et Jim O’Neill (c’est lui qui aurait inventé l’acronyme BRICS, il n’en a pas fallu plus pour en faire une célébrité dans le monde de la finance). Jean Pisan[i]-Ferry, régulièrement cité par une certaine presse (par exemple Eric Le Boucher), Commissaire général à la Stratégie et à la Prospective (le gouvernement veut connaître ses vues) depuis mai 2013, est lui aussi membre (et ancien directeur) de Bruegel.

        • G.L. Geoffroy Laville 4 janvier 2014 19:07

          Merci pour la mise en garde.

          Et votre conclusion ouvre sur une question :

          Qu’elle sera le payasage socio-économique de la France dans une Europe fédérale ?


          • Bonneteau 4 janvier 2014 20:13

            C’est viser beaucoup plus loin que cet article, je ne sais pas.


          • Bonneteau 4 janvier 2014 20:37

            Il n’y a pas de rapport entre votre commentaire et ce billet.


          • Bonneteau 5 janvier 2014 13:37

            AVERTISSEMENT


            Je cite abondemment mes sources. Je demande la même chose (un lien html suffit) à ceux qui seraient tentés de reproduire ou seulement s’inspirer de mes billets. 

            Ce sont le fruit d’un travail non négligeable : recherche, analyse, structuration du texte, traductions, référencement. Sans compter l’expérience universitaire et professionnelle me permettant de le réaliser.

            Faire du plagiat, c’est s’attirer des ennuis.

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Langlemort


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