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Accueil du site > Tribune Libre > Hé, si c’est légal, c’est moral, hein biloute ?

Hé, si c’est légal, c’est moral, hein biloute ?

Parmi les mille et un sujets de l’actualité, on assiste au grand retour quasi « messianique » d’une valeur longtemps dénigrée, jugée ringarde voire complètement « réac’ », j’ai nommé… La morale !

Mai 68 : la fin du vieux monde ?

Soyons chauvins, restons en France. Il y a 50 ans, toutes les tendances libertaires faisaient voler en éclat le cadre « moral » hérité des nos anciens, dans une révolution moderne des mœurs.

Mai 68 : en finir avec le Général (la figure du Père), en finir avec l’interdit, en finir avec la morale et les institutions, tout ça au nom de la libération des désirs et de l’épanouissement des individus.

Finir la morale, au nom du désir !

La morale : c’est réac’ ! On ne veut plus subir les lois castratrices, on veut s’exprimer librement et par tous les moyens possibles.

Quand les désirs dominent, c’est la personnalité qui dirige la conduite de l’homme. Et comment s’y prend-t-elle ? En suivant les quatre volontés de ses désirs : où je veux, comme je veux, quand je veux, avec qui je veux (et je ne parle pas uniquement de sexe !)

M’en fous !

Si l’on suit cette logique, on comprend que depuis un demi-siècle, la France a suivi une voie structurelle, administrative et économique reposant sur le mode du désir : « m’en fous ! Je le ferais quand même » et que toutes les sphères du pouvoir ont cultivé cette terre aride de l’égoïsme.

« oh, c’est bon, c’est pas si grave… »

Conséquence : ce qui était immoral est devenu normal. Et très vite, l’intelligentsia a su bidouiller des lois a son avantage faisant de l’immoralité une règle. Comme ça, pas vu, pas pris et on s’arrange avec les copains.

Depuis que « Asservir » (lire l’article) n’est plus légalement autorisé en France (ni dans le monde, quoi que…), les oligarques de tout acabit se sont largement adonnés au sport national qui est « Se Servir », ou comment s’arranger avec sa conscience tout en se graissant au passage.

Ils ont habilement fait voter des lois permettant aux nantis de garder leurs biens et richesses (tout en prônant la restriction et en fustigeant la gabegie de l’État ! Forts les mecs), offert à des « hors la loi » politiques des passerelles pour contourner la case prison (les Balkany, si vous nous écoutez…), distribué généreusement des emplois fictifs aux épouses et aux enfants, etc. Et on est encore très très loin du compte…

Moralité vs légalité : un (minuscule) florilège des affaires qui illustrent la problématique !

1. Moi, coupable ? Mais j’ai le droit, c’est légal !

Ah, François… Fillon… Le chevalier blanc de la présidentielle, finalement éclaboussé, plongé dans le bitume et les plumes, lui, l’oie blanche innocente déclarant : « je n’ai pas enfreint la loi… ».

Aïe, aïe, François… Les temps ont changé, mais pas toi ! Nous servir le refrain de la pauvre victime innocente.

Peut-être qu’aujourd’hui, il s’en mord les doigts…

2. «  Je ne suis pas au-dessus des lois, mais je ne suis pas en-dessous non plus » !

Autre beau plaidoyer de notre winner, Nicolas S., en faveur des droits inaliénables de l’individu à jouer sur les mots (et à enfumer son monde).

Comme je vois que vous éprouvez quelques difficultés à situer sur l’échelle de la mauvaise foi cette ligne de défense, je vais vous aider à traduire. Branchez le décodeur :

 » Dites donc, j’vais vous dire Monsieur : moi les lois, j’ les connais. Jusqu’à preuve du contraire, je suis avocat ! Et on ne me la fait pas, à moi. C’est compris ? »

Ah, Sarko… qui croyait être au-dessus de tout soupçon et en dessous des radars… Si toutes ses manœuvres sont légales, il n’a donc aucun souci à se faire ?

Savoureux n’est-ce pas, quand on se rappelle les propos de l’ancien président sur sa volonté de liquider l’héritage de Mai 68 (« Dans cette élection, il s’agit de savoir si l’héritage de mai 68 doit être perpétué ou s’il doit être liquidé une bonne fois pour toutes », en 2007) ! On dirait bien qu’il va commencer par liquider sa propre carrière –karma, karma, quand tu nous tiens la main…

3. J’ai fait de la zon-zon, j’ai demandé pardon : j’ai payé ma dette et j’ai des droits (comme tout le monde) !

Dans un registre plus brutal, plus noir aussi…

Bertrant Cantat, on aime ou on n’aime pas, là n’est pas la question. On se rappelle l’épisode de la lettre ouverte au PDG de Vivendi Universal, lors des victoires de la musique en 2002, et on se disait :  » Bravo ! Quel culot de s’élever contre le Goliath de l’industrie. Belle preuve d’intégrité, le mec ! »

Et puis patatra, bas les masques : le meurtre, le scandale, l’affaire, la prison, la libération, le retour dans les médias…
Sauf que là, ça ne passe plus du tout. #MeToo est passé par là et à l’heure du » trop, c’est trop « , on n’accepte plus de donner une tribune aux bourreaux.

Alors oui, légalement, « l’artiste » peut encore paraître publiquement et diffuser ses messages en chanson. Mais moralement, l’homme a perdu toute légitimité et crédibilité à incarner la figure de l’artiste (l’être qui inspire et élève l’âme).

Bertrand « quand t’as » fait le mal, il faut se faire (tout) petit…

Et si « l’âme-orale » était la nouvelle voix de la morale ?

Nous sommes entrés brutalement dans l’ère de la moralité, par une libération de la parole, comme si le silence ne pouvait plus être contenu. Et cette odeur nauséabonde du désir dépassé, outrancier, qui a bafoué pendant des décennies l’intégrité de l’âme, en faisant croire que jouir de tout (et de tous) était plus « fun » que de pratiquer les justes relations, avec élégance et respect de l’autre.

Aurait-on peur de s’ennuyer si la vie était simple ? Évidemment, c’est tellement plus « fun » de manipuler, violenter, déchirer que de bâtir du Beau, du Bien, du Vrai…

Aujourd’hui, la moralité fait peau neuve en se parant non plus des médailles de la légalité, mais en réinjectant dans le cœur et les consciences la lumière de l’âme.

Qu’on se le dise : rien ne sera plus comme avant. Et tant mieux !


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12 réactions à cet article    


  • pierre 3 avril 18:18

    un peu confus


    • Antoin 3 avril 20:07

      Depuis que « Asservir » n’est plus légalement autorisé en France
       
      Bon article.
      Néanmoins :
      Cultiver de le désir permet d’asservir, puisque le propre du désir est d’être sans assouvissement.


      • ETIENNE 4 avril 09:18

        @Antoin
        Eh oui, vivre selon ses désir est littéralement obéir à ses passions, dont l’étymologie (padere, pâtir, subir) traduit cet asservissement.


      • L'enfoiré L’enfoiré 4 avril 12:07

        @YoannNotedEsprit

        Quand j’ai lu "Soyons chauvins, restons en France. Il y a 50 ans, toutes les tendances libertaires faisaient voler en éclat le cadre « moral » hérité des nos anciens, dans une révolution moderne des mœurs.« 

        Je me suis dit, il ne doit pas connaître le pays du dessus.
        Pourtant, France3 pardon ».3« (parce qu’il faut se mettre au goût du jour) avait présenté un docu dont le titre était »Les Belges ça ose tout".
        Passer le Quiévrain, ce serait déjà un premier pas. smiley


        • L'enfoiré L’enfoiré 4 avril 12:10

          J’oubliais d’ajouter la conclusion

          « Qu’on se le dise : rien ne sera plus comme avant. Et tant mieux ! »

          Parfaitement d’accord.

          @+ dans de nouvelles aventures.


        • Gilbert Spagnolo dit P@py Gilbert Spagnolo dit P@py 4 avril 14:02

          Après 68, l’avenir de la France devait être que bonheur et miel, … ben un demi siècle plus tard, comme dit le Christophe Mahé il est où le bonheur


          @+ P@py


          • Plongée dans les « Naufrageurs » je fus moi^même prise dans les tiraillements de cette époque. Debord traitant Renaud Séchan de « fragile » sous-entendu : petits con, parce qu’il ne voulait pas faire une chanson vantant Mesrine. A l’époque, je lisais : L’Univers contestationnaire et « Derrière la vitre » de robert Merle. Cette époque comme La Loire et le Rhône était divisée, déjà confrontée à ses valeurs profondes. Celles de l’enfance. Avec le recul, ceux qui allèrent le plus loin dans la transgression venaient de milieux intellectuel, souvent bourgeois et « petit bourgeois ». J’ai failli participer à une expédition avec Raoul Van Eigem. Sachant mes positions sur le « mariage homo », toutl e monde hésitait. On l’emmène ou pas,.... J’ai répondu : évitons les confrontations inutiles,... Vous êtes mes amis,...de loin en loin,... je n’ai rien sur ma conscience. 


            • De l’ère liquide nous sommes passés dans le brouillard pour sombrer dans la vase. L’avantage, c’est que celle-ci solidifée (par compression, ignition), permet de reconstruire un nouveau socle pour remonter,....


              • eddofr eddofr 4 avril 17:52

                L’Ethique est mon seul Capitaine.


                C’est un officier sévère et intransigeant.

                C’est un maître qui jamais ne récompense, car la satisfaction d’accomplir son devoir est la seule récompense qu’on doit en espérer.

                La morale est mon ennemie car ce n’est pas un maître.

                La morale est mon ennemie car elle est un esclavage qu’on n’impose qu’aux autres.

                Soit libre de toute morale accusatrice, vindicative et insidieusement inquisitrice.

                Soit le fier porte étendard de l’éthique, prompt à mourir pour son drapeau, avec pour seule arme l’étendard qu’il brandit à la face de l’ennemi.

                • Louise Louise 4 avril 18:52

                  @ eddofr


                  L’éthique n’est-elle pas morale ?

                  Qu’est-ce que l’éthique « permet » que la morale ne permet pas ?

                  • Antoin 4 avril 19:19

                    @Louise
                    L’éthique, c’est la morale à la carte.
                    Par exemple le Comité consultatif national d’éthique avait jusque-là donné un avis défavorable à la PMA pour les couples de même sexe. Puis voila que tout à coup il change d’avis, en fonction de l’évolution des mentalités, elles-mêmes ont été travaillées par la propagande médiatique.
                    Ici, l’éthique sert à donner un vernis « moral » à un choix politique.


                  • eddofr eddofr 10 avril 11:37

                    @Louise

                    Bonjour Louise,

                    Je vais essayer de faire simple, ce qui n’est pas forcément facile vu que les concept sont passablement embrouillés et souvent détournés de leur sens premier.

                    L’éthique est une recherche « philosophique ».
                    La morale est un ensemble des règles établies.

                    L’éthique est une démarche volontaire (elle ne s’applique qu’à celui qui choisit de s’y plier).
                    La morale est imposée, par la société, l’église, l’état, les autres, ...

                    L’éthique c’est chercher à déterminer ce qui est bien et ce qui est mal, indépendamment des traditions, du « qu’en dira-t-on », de la religion, de la culture locale.
                    Mais l’éthique c’est aussi chercher à déterminer ce qui est mieux et ce qui est pire, dans le domaine du « possible », dans des conditions déterminées, en un lieu déterminé, en un temps déterminé.

                    L’éthique c’est penser avant d’agir, c’est toujours s’interroger pour savoir si nos actes ou paroles peuvent nuire à autrui. Et, au cas où on aurai nui « par inadvertance », indemniser et corriger au mieux.
                    L’éthique c’est respecter l’autre et son droit à « ne pas penser comme moi ».
                    L’éthique c’est s’en tenir à ce qui est possible (je ne peux pas ressusciter les morts, mais je peux éviter de tuer les vivants).

                    Bien évidemment, sous couvert d’éthique, puisqu’il faut tenir compte du « réel », certains peuvent se permettre et se permettront certaines entorses à la morale. Certains feront le mal en se donnant de fausses excuses sous couvert de « charte éthique ».
                    Sous couvert d’éthique, certains justifieront de faire du mal à une minorité au bénéfice d’une majorité.

                    Les grands groupes pollueurs, par exemple, ou les banques d’affaire blanchisseuses d’argent sale, ont tous et toutes une charte éthique (qu’ils respectent ou pas, mais qui ne les empêche jamais de faire ce qui « rapporte »).

                    Tout comme la morale, l’éthique n’est qu’un mot. Ce qui compte se sont les actes et les motivations de chacun.

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