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Hommage à Aretha Franklin

 

Jeudi dernier, Aretha Franklin s'est éteinte à Detroit, sa ville natale, à l’âge de 76 ans. Les funérailles auront lieu le 31 août. En 60 ans de carrière, elle a influencé plusieurs générations d'artistes et mené un combat permanent pour défendre la cause en laquelle elle croyait. Pour Angela Davis, le travail de la chanteuse "a contribué à façonner et à approfondir une conscience collective ancrée dans un désir de liberté".

Aretha Franklin est une grande figure de la culture américaine. Ses dons musicaux étaient immenses. Enfant prodige, elle semblait être née déjà dotée du talent qui la ferait connaitre sur la planète entière. Des témoins l’ont entendue chanter à l'âge de 4 ans et jouer des accords complexes de musique sacrée à l’église à 7 ans. Elle était issue de cette riche culture de Detroit, une ville réputée pour son patrimoine musical dans divers styles musicaux tels que Gospel, Jazz, Rhythm and blues, Soul, Rap et différents courants de Rock, une ville qui a donné des artistes mondialement connus tels que Eminem, Diana Ross, Stevie Wonder et Alice Cooper.

Formée et perfectionnée dans l’élise baptiste où son père était pasteur, elle a intériorisé les rythmes et les cadences de cette pépinière d’artistes fréquentée alors par Dinah Washington, Mahalia Jackson et Clara Ward, entre autres. Elle s’est également imprégnée et a hérité de leurs sensibilités politiques en même temps que la capacité à mettre son talent au service de la cause de la « liberté noire ».

Au sommet de sa gloire en 1970, elle a soutenu Angela Davis, membre du Parti communiste qui avait été accusée d'acheter des armes à feu utilisées dans la prise de contrôle d'une salle d'audience dans le comté de Marin, en Californie, et qui avait été accusée de complot, enlèvement et meurtre. Aretha Franklin avait déclaré à Jet magazine qu'elle paierait la caution, « qu’elle soit de 100 000 $ ou 250 000 $. » Son père, son avocat et sa meilleure amie ont essayé de la dissuader, mais elle a maintenu son engagement : « Bien sûr, je les respecte, mais je veux rester fidèle à mes convictions. Angela Davis doit partir libre. Les Noirs seront libres. "

Elle a expliqué qu’elle ne soutenait pas Angela Davis pour ses engagements politiques, "mais parce qu’elle était une femme noire et qu’elle voulait la liberté pour les Noirs." Elle a donc voulu l'aider "d'une manière qui aiderait notre peuple". En fin de compte, elle n'a pas pu payer cette caution parce qu'elle était à l’étranger au moment crucial et c’est un fermier progressiste blanc de Californie, Rodger McAfee, qui l’a fait.

Angela Davis n’a jamais rencontré Aretha Franklin, mais elle sait que la chanteuse était parmi ses plus grands partisans et elle vient de déclarer : "Au-delà de la promesse d'un soutien financier, le fait qu'elle ait défendu la cause de ma liberté a eu un impact profond sur la campagne, en particulier parce que sa déclaration impliquait que les gens se préoccupant de la justice ne devraient pas rejeter un de leurs défenseurs à cause d’opinions politiques considérées comme infâmantes à cette époque aux Etats-Unis. Son audacieux appel public à la justice dans mon cas a grandement contribué à consolider la campagne internationale pour ma liberté. "

Et c’est en 1970, quand elle a exprimé son soutien à Angela Davis, qu’Aretha Franklin s'est imposée avec une série de succès comme "Respect", "No not way" et "Think". Nées à seulement deux ans d'intervalle, Angela Davis et Aretha Franklin représentaient le génie, le combat et la beauté provocante de leur génération de femmes noires. Aretha Franklin ne craignait pas de perdre son auditoire ou de futures opportunités en raison de son soutien à une combattante radicale. Elle n’était guidée que par son propre sens de l'intégrité et de la vérité.

C'est ce qu’on entendait dans sa voix, la vérité. C'était une voix qui exprimait la plainte du blues, le gospel et l'inventivité permanente du jazz. Elle n'était jamais mièvre ni timide. Elle était forgée de sensualité et de sincérité. Elle excellait dans tous les modes qu'elle essayait, y compris l'opéra. Elle franchissait les frontières, invoquant les cultures ouest-africaines, le berceau de sa musique, et touchant un public mondial qui appréciait cette sonorité.

On peut difficilement imaginer un monde sans sa voix, mais elle n’est plus là. 

Reste l’exemple de cette femme qui a su rester fidèle à ses croyances et a exigé le respect d'elle-même et de son peuple.


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13 réactions à cet article    



    • bob14 bob14 20 août 08:29

      Ne rien dire, juste écouter ses enregistrements...Parfois le silence est d’or !


      • Fergus Fergus 20 août 09:08

        Bonjour, Fr Faustroll

        Une grande dame de la soul, une formidable voix, et une forme d’engagement pour les droits des minorités, voilà ce que l’on retiendra de cette femme qui a incontestablement marqué l’histoire de la musique populaire.

        Sur le plan de l’héritage gravé, dommage qu’elle ne laisse derrière elle qu’une dizaine de titres réellement attractifs, et notamment les incontournables Respect et Think.


        • Gwynplaine Dr Faustroll 20 août 13:13

          @Fergus

          quelques titre parmi ceux qui figurent dans sa discographie trouveront peut-être quand même grâce à vos yeux :

          Aretha Franklin discography

        • Fergus Fergus 20 août 14:40

          @ Dr Faustroll

          Oui, une dizaine. Mais seulement les deux précitées dans mon panthéon personnel de 2500 titres pop-rock-folk-soul.


        • Passante Passante 20 août 09:24
          pour comprendre le contexte de cette rançon,
          Angela Davis interviewée en prison en 72 (extrait) :


          • Hijack Hijack 20 août 14:54
            Merci pour le partage.
            Respect ... à la mémoire de Aretha !
            Voix aussi belle que son âme ... unique. Fille de pasteur, sa voix de braise couvrait quatre octaves, incarnait le souffle de la douleur d’un peuple, ses luttes. Enfant et ensuite plus tard, j’ai, comme bcp, été profondément ému par la voix de la Diva.
            Qu’elle repose en paix !



            • Le421 Le421 20 août 16:42
              Il paraît que Sean Connery l’avait demandé en mariage.
              Elle a refusé.
              Elle se serait appelé « Aretha Connery ».

              Bon.
              Je sors...

              • Le421 Le421 20 août 16:43

                @Le421
                Plus sérieusement, une TRES grande dame de la soul... Incontournable.


              • Gwynplaine Dr Faustroll 20 août 20:12

                @Le421

                En fait, sa femme s’appelle Justine, et sa fille Corine

              • Nowhere Man 20 août 23:31

                Les médias feignasses ont repris la fable AFP qui piétine la version originale de « Respect » qu’ Aretha aurait sauvé de l’anonymat. Otis Redding l’a non seulement écrite mais sa version fut un tube planétaire. Johnny notre King des opportunistes ne s’y est pas trompé en faisant une reprise copiée-collée.

                « Try a little tenderness » Bordel !

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