• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Hommage au poète et dandy Baudelaire, né il y a, jour pour jour, 200 ans (...)

Hommage au poète et dandy Baudelaire, né il y a, jour pour jour, 200 ans !

 

Hommage au poète et dandy Baudelaire, né il y a, jour pour jour, 200 ans !

 

Il est des dates anniversaires qui ne peuvent que marquer, incontestablement, les âmes éprises de grandeur intellectuelle, de profondeur humaine, d’indicible beauté, sinon, plus encore, de l’ineffable sens du Sublime. C’est précisément le cas aujourd’hui, en ce vendredi 9 avril 2021, pour l’immense Charles Baudelaire, mémorable auteur de ce chef-d’œuvre poétique et littéraire que sont ses immortelles Fleurs du mal, et, depuis ma plus jeune adolescence, mon poète préféré, dont on commémore justement, en ce vendredi 9 avril 2021, les 200 ans, jour pour jour, de la naissance.

Qu’il me soit donc permis, à cet effet, de lui rendre ici, à travers son admirable théorie du dandysme, l’un de mes sujets de prédilection, cet humble mais très sincère hommage ! 

Car, de toutes les théories du dandysme, celle énoncée, en ce XIXe siècle où il naquit, par Baudelaire (né donc le 9 avril 1821 et mort le 31 août 1867, à l’âge de 46 ans, à l’instar d’un autre dandy historique, Oscar Wilde) s’avère assurément la plus aboutie et la mieux réussie à la fois. Elle se trouve dans Le Peintre de la vie moderne, « critique d’art » qu’il publia, en trois épisodes, les 26, 29 novembre et 3 décembre 1863, dans « Le Figaro », journal considéré, à l’époque, comme le plus important, mais aussi le plus influent, de France. Ce texte reparut ensuite six ans plus tard, en 1869, à titre posthume, dans « L’Art romantique », livre formant le tome 3 de ses Œuvres complètes, alors imprimées, à Paris, par Michel Lévy.

Certes ne proposerai-je pas ici une nouvelle analyse, du moins en profondeur, du dandysme, y compris dans sa dimension philosophico-métaphysique et même théologique. Je l’ai suffisamment fait, par ailleurs, dans quelques-uns de mes ouvrages précédents[1]. Aussi le lecteur intéressé pourra-t-il aisément s’y reporter. Qu’il me soit permis, en revanche, d’en relever ici, secondé donc en cela par Baudelaire en son Peintre de la vie moderne, les points les plus saillants.

Il y affirme, en un premier temps : « Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel ; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants ; très générale, puisque Chateaubriand l’a trouvée dans les forêts et au bord des lacs du Nouveau-Monde. Le dandysme, qui est une institution en dehors des lois, a des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses sujets, quelles que soient d’ailleurs la fougue et l’indépendance de leur caractère. (…). Ces êtres n’ont pas d’autre état que de cultiver l’idée du beau dans leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser. » Baudelaire précise, tout en y affinant son examen, en un deuxième temps : « Le dandysme n’est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu’un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est, en effet, la meilleure manière de se distinguer. »

 

POETE IMPECCABLE ET PARFAIT DANDY !

Et, de fait, « la simplicité absolue » comme « meilleure manière de se distinguer », c’était déjà là ce que, quelques années avant Baudelaire, avait prôné un de ses plus illustres contemporains en matière de littérature : Balzac dans son brillant Traité de la vie élégante lorsqu'il y proclame que « l'effet le plus essentiel de l'élégance est de cacher les moyens. » ! Quant à cette « supériorité aristocratique » de l’ « esprit » inhérent à ce « parfait dandy » que vante ici Baudelaire, n’est-ce pas également là ce que, mutatis mutandis, préconisait Nietzsche lui-même lorsque, pour décrire l’intelligence tout autant que la sensibilité de son « surhomme », il en glorifiait, dans Ainsi parlait Zarathoustra, l’ « esprit hyperboréen » ?

Ainsi poursuit, à ce propos, Baudelaire dans cette insigne description du dandy idéal selon lui : « Qu’est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine ? C’est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances. C’est une espèce de culte de soi-même (…). C’est le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant ; mais jamais, dans ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard. » 

Ces prérogatives du dandy, Jules Barbey d’Aurevilly, le premier vrai théoricien du dandysme en réalité, les avaient déjà mises habilement en avant, presque vingt ans auparavant, en 1845, dans son historique Du Dandysme et de George Brummell, notamment au regard de cet indomptable esprit d’indépendance qui le caractérise, ainsi que de son irréductible hostilité, quasi viscérale, à l’égard des convenances comme des valeurs de la société bourgeoise. Il y stipule, en effet : « Brummell (…) fur le Dandysme même. Ceci est presque aussi difficile à décrire qu’à définir. Les esprits qui ne voient les choses que par leur plus petit côté, ont imaginé que le Dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature en fait de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement c’est cela aussi ; mais c’est bien davantage. Le Dandysme est toute une manière d’être, et l’on n’est pas que par le côté matériellement visible. C’est une manière d’être, entièrement composée de nuances, comme il arrive toujours dans les sociétés très vieilles et très civilisées, où la comédie devient si rare et où la convenance triomphe à peine de l’ennui. » Barbey, après avoir dressé cet astucieux, complexe mais juste portrait, en infère, très subtilement : « Ainsi, une des conséquences du Dandysme, un de ses principaux caractères – pour mieux parler, son caractère le plus général – est-il de produire toujours l’imprévu, ce à quoi l’esprit accoutumé au joug des règles ne peut pas s’attendre en bonne logique. (…). C’est une révolution individuelle contre l’ordre établi, quelquefois contre nature : ici on touche à la folie. Le Dandysme (…) se joue de la règle et pourtant la respecte encore. Il en souffre et s’en venge en la subissant ; il s’en réclame quand il y échappe ; il la domine et en est dominé tour à tour : double et muable caractère ! Pour ce jeu, il faut avoir à son service toutes les souplesses qui font la grâce, comme les nuances du prisme forment l’opale, en se réunissant. C’était là ce qu’avait Brummell. Il avait la grâce comme le ciel la donne et comme souvent les compressions sociales la faussent. Mais enfin il l’avait, et par là il répondait aux besoins de caprice des sociétés ennuyées et trop durement ployées sous les strictes rigueurs de la convenance. Il était la preuve de cette vérité (…) : c’est que si l’on coupe les ailes à la Fantaisie, elles repoussent plus longues de moitié. »

D’où, au vu de ce très perspicace portrait, fût-il à peine esquissé ici, de celui que l’on appelait encore, à l’époque, le « Beau Brummell », cette conclusion, non moins avisée, du même Barbey en cet opus : « On l’a déjà dit plus haut, mais on ne se lassera point de le répéter : ce qui fait le Dandy, c’est l’indépendance. Autrement, il y aurait une législation du Dandysme, et il n’y en a pas. Tout dandy est un oseur, mais un oseur qui a du tact, qui s’arrête à temps et qui trouve, entre l’originalité et l’excentricité, le fameux point d’intersection de Pascal. » Dont acte : c’est très exactement là le meilleur, le plus beau et le plus juste à la fois, portrait qui soit, au regard du dandysme en tant que tel, de Charles Baudelaire en personne !

 

  DANIEL SALVATORE SCHIFFER, philosophe, écrivain, auteur, tout récemment, de « L’Ivresse artiste – Double portrait : Baudelaire-Flaubert » qui vient de paraître aux Editions Samsa (Bruxelles), à l’occasion des 200 ans, en cette année 2021, de la naissance de ces deux géants de la littérature française, sinon universelle.

 

[1] CF, à ce sujet, mes ouvrages suivants : Philosophie du dandysme – Une esthétique de l’âme et du corps (PUF, Paris, 2008) ; Le Dandysme, dernier éclat d’héroïsme (PUF, Paris, 2010) ; Le Dandysme – La création de soi (François Bourin Editeur, coll. « Beaux Livres », Paris, 2011) ; Manifeste Dandy (François Bourin Editeur, Paris, 2012) ; Métaphysique du dandysme (Académie Royale de Belgique, coll. « Aca Poche », Bruxelles, 2013, avec une préface de Jacques De Decker) ; Oscar Wilde – Splendeur et misère d’un dandy (Editions de La Martinière, coll. « Beaux Livres », Paris, 2014) ; Petit Eloge de David Bowie – Le dandy absolu (Editions François Bourin, Paris, 2016).


Moyenne des avis sur cet article :  2.71/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • ZenZoe ZenZoe 10 avril 12:16

    Hommage au poète ou hommage à l’auteur ?

    Promotion de son livre ou de la poésie ?

    Hmmm...

    L’article de Rosemar est bien plus honnête et sincère.


    • « Char »les nous a donné la clé de dernière porte de l’enfer de la mélancolie, du marais, des miasmes et du souffre afin de remonter au BEAU DE l’AIR...Les ailes de son Char étaient plombées. Comme, Phaéton, il ne risquait pas de tomber, il avait la plume pour se relever.... c’était un 17 juillet...Invitation au voyage sur les quatre saisons de Vivaldi... UNE ROSE...


      • « Char »les nous a donné la clé de dernière porte de l’enfer de la mélancolie, du marais, des miasmes et du souffre afin de remonter au BEAU DE l’AIR...Les ailes de son Char étaient plombées. Comme, Phaéton, il ne risquait pas de tomber, il avait la plume pour se relever.... C’était un 16 ou 17 juillet. L’invitation au voyage sur les quatre saisons de VIVALDI. 


        • 9 avril, date de naissance d’une Princesse qui aimait les corbeaux. FESTETIC DE TOLNA. Elle aussi était mélancolique, parfois aigre et méchante : suivant son père hongrois et médecins dans les hôpitaux à quatre ans. Le sang partout. Des hurlements. C’était la guerre. BEATRICE...


          • L’ancêtre de Béatrice (et DANTE) était aussi un DANDY. L’aristocrate et ses cannibales : https://www.google.com/search?q=So+FESTETIC+DE+TOLNA&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwjQzsej8_PvAhUAhf0HHQHuCGwQ_AUoAXoECAEQAw&biw=1280&bih=663#imgrc=8BFA2UwlBRD4_M. Ils iront au paradis.. La vie parfois, c’est dégueulasse..

             l’influence de Dante sur Baudelaire (bien souvent débattue, pour aboutir à des conclusions différentes1), même s’il faudra nécessairement que je me réfère​ ...

            .


            • « Il y a du Dante, en effet, dans l’auteur des Fleurs du Mal, mais c’est du Dante d’une époque déchue, c’est du Dante athée et moderne, du Dante venu après Voltaire, dans un temps qui n’aura point de saint Thomas. Le poète de ces Fleurs, qui ulcèrent le sein sur lequel elles reposent, n’a pas la grande mine de son majestueux devancier, et ce n’est pas sa faute.

              Il appartient à une époque troublée, sceptique, railleuse, nerveuse, qui se tortille dans les ridicules espérances des transformations et des métempsychoses ; il n’a pas la foi du grand poète catholique, qui lui donnait le calme auguste de la sécurité dans toutes les douleurs de la vie. Le caractère de la poésie des Fleurs du Mal, à l’exception de quelques rares morceaux que le désespoir a fini par glacer, c’est le trouble, c’est la furie, c’est le regard convulsé et non pas le regard, sombrement clair et limpide, du Visionnaire de Florence. La Muse du Dante a rêveusement vu l’Enfer, celle des Fleurs du Mal le respire d’une narine crispée comme celle du cheval qui hume l’obus ! L’une vient de l’Enfer, l’autre y va. Si la première est plus auguste, l’autre est peut-être plus émouvante. Elle n’a pas le merveilleux épique qui enlève si haut l’imagination et calme ses terreurs dans la sérénité dont les génies, tout à fait exceptionnels, savent revêtir leurs œuvres les plus passionnées. Elle a, au contraire, d’horribles réalités que nous connaissons, et qui dégoûtent trop pour permettre même l’accablante sérénité du mépris. »
              JULES BARBEY D’AUREVILLY, Les Œuvres et les hommes (1ère série) – III. Les Poètes, Paris, Amyot, 1862, p. 380.


              • Proche de Péladan. 

                [Joséphin PELADAN][PHOTOGRAPHIE] Portrait photographique de Joséphin Peladan enrichi d’un bel envoi autographe signé à Gabriel Mourey « puîné de Baudelaire » Sous la Fleur se cachait la ROSE...

                • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 11 avril 05:54

                  Bonjour,

                  Dans un tout autre sujet, je cherchais à savoir ce que vous avez écrit sur la Trinité. Mais votre livre est introuvable et ne figure même pas sur votre page wikipedia. Y a-t-il encore moyen de se le procurer ?

                  Merci d’avance.


                  • Samson Samson 11 avril 22:22

                    « ... Je sais que la douleur est la noblesse unique
                    Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
                    Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
                    Imposer tous les temps et tous les univers. ... »

                    Bénédiction, in Les Fleurs du Mal

                    Hommage ! smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité