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Homo mediaticus

Comment sortir de la « caverne » de Platon ?, that’s the question !

Le « journaliste » reprend ce que l’opinion publique énonce, alors même qu’il contribue à la former : il est sûr de son coup ! Il ignore ce conseil d’Aristote qui est de ne retenir de l’opinion publique que ce qui paraît juste et raisonnable (quelque chose comme ça). Aristote est en effet l’homme du « juste milieu, ce que le journaliste n’est pas puisqu’il doit trouver dans les faits du moment ce qui est choc, attire l’attention, càd ce qui fait vendre (tirage et audimat, même combat !).

Le journaliste ne retient pas non plus ce qu’a dit Héraclite (l’homme ne se baigne pas deux fois dans la même eau) non pas parce qu’il aime l’eau, mais parce que la répétition d’un événement est la clé du succès : l’attention du lecteur, de l’auditeur, du téléspectateur étant fixée, il faut l’exploiter, càd en tirer le max de pub. Ceci lui permet de faire tourner la vis d’Archimède en jetant au départ du tuyau les pelletées d’information qui permette de répondre à la demande en bout de tuyau. Et comme il y a beaucoup de tuyaux, et des demandes diverses et variées fortes, les pelletées sont remplies avec tout ce qui tombe sous la pelle : des rumeurs, la bouillie des réseaux sociaux, les micro-trottoirs, quelques faits réels et ce que disent les confrères, chacun pillant l’autre, et autres sources diverses et (a)variées. Comme l’actualité est par nature fugitive, il importe de la nourrir avec tout ce qui dans le passé peut s’y rapporter (pour cela les affaires judiciaires sont les plus juteuses), et tout ce que l’avenir laisse entrevoir (pour cela l’économie a un très bon rendement, les experts en prospective étant plein d’imagination : stratégies, conflits, crash financiers, boursiers etc.). Cela fait du papier (recyclé), des heures d’antennes (HD).

Tout cela ne garantit pas une bonne qualité d’information au client final, mais n’a-t-on pas droit à l’erreur ? Ni responsable, ni coupable, le journaliste – indépendant de tous y compris du capitaliste qui le paie – a une position enviable dans une société si attentive au droit des citoyens et si sourcilleuses face aux dérives de corruption et de respect des libertés ; il peut corriger, ce qui lui permet d’alimenter la vis… dite très justement sans fin ! Sans toutefois mettre en cause son éthique personnelles, ni celle de son média ou de sa profession : on est pur par construction génétique !

N’oublions pas Platon et sa caverne qui a donné il y a 2.500 ans une vision de ce que peut être la production journalistique aujourd’hui par rapport au monde réel : ce vous lisez, écoutez, voyez, c’est cela la vérité ; ce que vous voyez est le fruit de votre imagination de votre ignorance et inculture : ce n’est pas la réalité ! Comme les types dans la caverne qui croient aux images projetées et ne croient pas ce qu’ils en voient en mettant le nez dehors. Recommandation des gestionnaires de cette industrie médiatique, devenue un pouvoir sans contre-pouvoir : restez connectés aux images qu’on vous offre pour quelques euros sur votre télé, votre radio de bagnole ou votre smartphone… et bientôt directement dans votre cerveau quand vous aurez implanté la puce qui donne accès à nos applis d’info-en-continu-en-permanence. S’imaginer qu’un système démocratique puisse fonctionner avec cette industrie médiatique relève de l’utopie la plus crasse – naguère on disait « croire au petit Jésus soviétique » : ce petit Jésus est recyclé en petit Jésus médiatique !

Et dans la caverne on pensait avec les images projetées ; aujourd’hui le dispositif s’est raffiné mais la production garde la main. Ainsi le journaliste-animateur est maître des images et des questions dans les débats télé (dits talk show pour faire +++) ; autour de lui un aréopage de confrères et d’experts ad hoc apportent les réponses au cours d’échanges qui doivent être animés (sinon l’émission est raté), polis et un peu savants – mais pas trop pour que l’auditeur et/ou téléspectateur qui est pris pour un con puisse suivre. Son avis est sollicité par l’intermédiaire du web ou par un correspondant suffisamment décoratif pour passer à l’écran, pour assurer proximité et complicité entre citoyens responsables (dans certains cas eco-responsables, c’est mieux) sans lui enlever sa qualité de con primaire. Le journaliste ne fait-il pas ontologiquement parlant de l’élite de la nation, de ses intellectuels qui la font avancer ?

Bien évidemment ce « journaliste » est ici un « type caricatural » ; mais ce profil n’est pas génétique : il n’est pas né avec de telles caractéristiques innées, Non ! C’est de l’acquis ! Et qui lui a inculqué de tels virus ?, son Boss, càd ce tycoon des médias qui impose ses règles pour avoir le meilleur retour sur investissement d’une part, et d’autre part un pouvoir en face au Prince élu démocratiquement. Mais avec les outils de communication actuels, c’est lui le tycoon médiatique qui exerce le pouvoir, et cela sans avoir en face de lui de contre-pouvoir – ou si faible et limité par l’application malin du droit qui protège ses sources et lui permet de solliciter les cafteurs, les délateurs, tout ce beau monde qui crache dans la soupe ! Le système médiatico-industriel a enfermé son personnel dans un jeu où il est victime avec ses propres victimes : « l’homme médiatique » est dans et hors du système, mais tous sont dans la « caverne ». Comment sortir de la « caverne » ?


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3 réactions à cet article    


  • ASTERIX 16 octobre 15:21

    L’ HOMO SAPIENS a donné la place a l’homo economicus boboisé et a l’homo

    mediaticus « homme politique » ou membre de partis tel LREM - marche arrière

    ne prenant aucune décision de groupe en admiration et avec bouche cousue

    en présence de MANU 1ER GUIDE SUPREME comme aux USA en TURQUIE OU SYRIE GB voila les NOUVELLES DICTATURES


    • kimonovert 16 octobre 16:12

      Expliquons déjà : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Allégorie_de_la_caverne En bref, l’homme gagnerait en connaissance de lui et du monde s’il se tournait vers la lumière de l’entrée de la grotte... Ce qu’il voit sur le mur, ce sont des projections mentales de sa condition...Elles sont gigantesques par rapport à lui, et le tiennent en soumission...S’il regarde vers la sortie, il sort de l’obscurité, va vers la lumière qui éclaire sa conscience...


      • Ruut Ruut 17 octobre 22:10

        Humour noir :
        S’il sort, il devra se voiler intégralement pour ne pas que sa peau soit brûlée par ces puissants rayons de soleil que sa peau dépigmentée n’est plus à même d’encaisser….

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