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Accueil du site > Tribune Libre > Il faut (nécessairement) que les politiques soient riches

Il faut (nécessairement) que les politiques soient riches

Celui-ci est trop riche, celui-là trop pédant ; ici insolent, là-bas stupide... Les politiques ont toujours tort. Et les pauvres badauds qui émettent les reproches ont, de toute éternité, raison. Néanmoins, c'est une réflexion superficielle : car il faut d'abord se demander pourquoi les « chefs » se distinguent du groupe, et si la distinction n'est une pas qualité constitutive de la fonction qu'occupe le chef – si, autrement dit, il n'appartient pas aux chefs d'être différents du groupe, et d'exprimer clairement cette différence.

On se plaint d'un voyage d'Edouard Philippe, dans les Alpes, ayant coûté 150 000 euros1. Et c'est une récrimination courante : on critique un politicien pour avoir, souvent au frais du contribuable, fait des voyages onéreux. Or, à rebours de ce reproche commun, je soutiens l'intérêt fondamental d'un tel coût pour les déplacements ministériels... 

Puisque la politique est d'abord une strate. 

La politique est une strate de la société, et les strates se superposent dans la société française. Plus les strates sont nombreuses, équilibrées, entretenues, plus cela témoigne de la richesse et de la prospérité de la culture par lesquels celle-ci « se fonde ». En d'autres termes : la qualité des strates témoigne directement de la complexité organique d'un pays. 

Partant, les strates doivent être distinguables (sans quoi elles ne sont plus des strates). 

Au fond, c'est la définition d'une structure : la structure se définit comme un complexe d'élément distinguables par la place qu'ils occupent. On ne peut, dès lors, parler de structure, si tous les éléments grâce auxquels une structure est une structure ne peuvent pas en constituer une... Par exemple, des éléments détachés, ou un seul élément – comme un organisme est unicellulaire ou pluricellulaire. Par conséquent, l'existence « en soi » de la structure dépend de la différenciation de ses éléments internes.

Voyez-vous même : il existe, pourrait-on dire, trois stades – chaotique (divisé, moment de non-culture, d'anarchie, impossibilité de fonder « son Monde »), basique (une seule entité, indivisible), et complexe (assemblage d'entités, non-désordre). 

Pour passer du désordre à l'ordre, il faut donc réguler, appliquer la Loi (à titre d'exemple). On appelle ça le contrat social. Au sein du contrat social, selon ses différents théoriciens, le peuple, d'un commun accord, octroie à une personne le privilège – et en conséquence le devoir – de diriger le territoire et la hiérarchie humaine... Ce faisant, tout en étant tout à la fois comme tout le monde, à savoir un être humain, il est différent. Cette différence est d'ordre purement symbolique : rien ne distingue un roi, un président, de la population. Au contraire. Il a tendance à naturellement se résorber dans le groupe. Afin que cela ne se produise pas, on utilise – entre autres – l'apparat.

L'apparat est une petite série de distinctions dont l'accumulation, à la longue, permet de maintenir le roi au-dessus de la foule, si bien que le pouvoir se maintient aussi – le contraire étant l'anarchie.

Un arbre sans branche n'est qu'un tronc, ça n'est pas un arbre.

De même, une société sans ses ordres n'est pas une société normale : soit c'est une société en crise, soit c'est une société en guerre civile, anarchique (ce qui revient au même).

Ainsi donc, il est normal qu'Edouard Philippe voyage aux frais du contribuable ! Non pas qu'il ne faille dénoncer les abus de pouvoir, mais reste que ceux qui font profession de les dénoncer sont insatiables – ils dénoncent non pas pour l'efficacité de la dénonciation, mais pour le plaisir de geindre de quelque chose (puisque la plainte est un signe de vie, un moyen d'accentuer son être dans le monde, un peu comme on se pince et se mortifie pour se sentir exister). Mais l'insatiabilité de la dénonciation est dangereuse, car elle avère souvent des intentions sous-jacentes. Ainsi les geignards ont-ils souvent une « idée » politique derrière la tête. De fait, la résorption de la puissance dans la masse, et la paix au sein de la masse, suivie de l'idée de confraternité universelle est un désir vieux comme le monde ! Et les grandes mouvances savent, avec une telle carotte, guider les foules.

De sorte que la distinction n'est pas un crime... Elle est essentielle pour la survie de la collectivité et de l'individu. Tout organisme discrimine en hiérarchisant mécaniquement des « vitamines », c'est-à-dire des apports essentiels pour le fonctionnement de ses composants. Et le drame arrive dès lors qu'à l'intérieur même de l'organisme en question, les appareils ne savent plus « distinguer ». Pareillement, la crise arrive dans la société pour lors que ses membres ne s'y « retrouvent plus ». 

Et reprochait-on à une voiture de nécessiter un carburant ?

Pas davantage qu'on ne peut reprocher à Edouard Philippe 150 000 euros pour son déplacement !

Inversement, ce serait mauvais signe. Car les pays en crise ne se repèrent au fait qu'il y a un écart substantiel entre le mode de vie du souverain et la vie de misère, en général, de sa population – comme pendant la Russie tsariste – mais par l'absence soudaine, ou, du moins, la réclamation d'absence d'écart de richesse entre leurs membres.

On me rétorquera, à bon droit, que c'est grâce aux protestations que les richesses, aujourd'hui, sont relativement équilibrées. Or, rien de moins vrai. 

Les différences de régime, les améliorations structurelles, ne dépendent pas des actions du moment, mais de l'avancée générale des technologies et des modifications (pour le meilleur et pour le pire) des rapports humains. Autrement dit : les améliorations sont « naturelles », et ne sont pas le fruit des plaintifs – au moins partiellement. 

Ainsi il est inutile, voire néfaste, de perdre votre temps à geindre2 : la richesse des politiques soit augmentera, soit baissera, en fonction des flux et reflux des modifications de la structure étatique. Quant à ceux qui souhaitent la disparition de ses différences, ils (1) ne connaissent pas la structure vitale, c'est-à-dire le mécanisme pour que la vie prospère, et (2) sont d'ordinaire des staliniens dans l'âme.

Qu'on pense à la tour de Babel (Genèse 9:1-9) : la construction de cette monstrueuse est non seulement une entreprise à l'ambition démesurée – c'est-à-dire totalisante – mais également le viatique, en quelque sorte, de la réduction de l'hétérogénéité, ou (en d'autres termes) de la monolithisation de la culture. Ce faisant, le message divin en sous-texte indique qu'à mesure qu'on tend à réduire les différences pour le « bonheur humain », on en arrive précisément tout à l'inverse – à savoir la mise à mort de l'idée de « bonheur humain » en voulant forcer la main, confinant parfois à la folie, à l'ensemble de l'humanité ou à une de ses parties.

D'où vient qu'Edouard Philippe doit être riche, et que c'est même généralement la caractéristique d'une bonne société – non pas les écarts de richesse trop importants, mais le fait qu'il y ait des gens pour se plaindre des frais ministériels.

________

1 https://www.rtl.fr/actu/politique/le-cout-du-voyage-d-edouard-philippe-dans-les-alpes-est-une-polemique-inutile-selon-giraud-7794675283

2 La plainte n'est qu'un symptôme du changement, pas son moteur.


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9 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 15 septembre 10:42

    Quand c’est pas son pognon, c’est facile smiley Ah, anthropocentrisme, quand tu nous tiens ! ^^


    • banban 15 septembre 11:42

      C’est un publi-reportage sur la monarchie de droit divin ?


      • Ciriaco Ciriaco 15 septembre 12:21
        Là faut vraiment les bases.

        • mmbbb 15 septembre 12:48

          article tres con , je ne vois pas ce qu apporte une depense de deplacement de 150 000 € hormis de grever le budget . Qu a t il fait ce cher E PHILIPPE , créer de la richesse ? Cet auteur devrait lire les rapports de la Cour des Comptes , la valse des millions des milliards . Cet auteur oublie que nous avons un solde negatif de notre balance commerciale et que notre dette est tout de même un poids pour les generations futures . Article tres con 


          • Le421 Le421 15 septembre 18:32
            Le souci n’est pas que les politiques soient riches.
            Le souci, c’est qu’ils se font élire pour l’être encore plus.
            Tiens, on élit un type, Jupiter, le pôvre a à peine 35.000balles sur son compte.
            Déclaration à la HATVP.
            Puis, une fois élu, ben pas de bol !!
            Faut planter des poulets devant la superbe villa du Touquet !!
            35.000 balles. Sans déconner !!

            On est vraiment cons, je crois...

            • Le Vautre Vertagus 15 septembre 19:31

              @Le421 Vous êtes si bon. Il faudrait que le Vatican déroge à ses lois et vous canonise de votre vivant.


            • zygzornifle zygzornifle 16 septembre 08:36

              @Le421


               se rappeler que Macron a bouffé un SMIC par jour pendant 3 ans avant d’aller traîner chez hollande

            • Le421 Le421 15 septembre 18:36
              la richesse des politiques soit augmentera, soit baissera, en fonction des flux et reflux des modifications de la structure étatique

              Baissera ?
              Ah bon.
              Des exemples ??
              Du moins, récemment.
              Et hormis ceux, bien sûr, qui se sont fait rattraper par la patrouille.
              Cas extrêmement rare.
              En France, comme disait Coluche, on a des politiques « Pampers ».
              Même mouillés, ils restent au sec...  smiley


              • zygzornifle zygzornifle 16 septembre 08:34

                On a pas élu un trader Rothschildien ancien ministre d’Hollande et spécialiste du grand banditisme financier pour avoir un gouvernement de cul terreux sans dents sentant l’eau de toilette a 2 balles de chez Prisunic , faut pas déconner quand meme , la France a un certain standing a respecter meme si pour cela la majorité de ses citoyens doivent êtres a la ramasse, tout le monde n’a pas droit au « pognon de dingue »....

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